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Mère Agnès de Jésus à Sr Françoise-Thérèse - 26 septembre 1914

Mère Agnès de Jésus à sa sœur Léonie

Jésus +                                                                               26 Septembre 1914

 

Ma chère petite sœur,

 

Nos lettres se sont croisées, mais je veux te faire une surprise pour le 30 et t'écrire encore ce petit mot. D'abord une grande grâce une apparition de notre petite sœur céleste à un jeune soldat mort sur le champ de bataille. Ce jeune homme devait épouser la sœur d'une de nos novices, il était de bonne famille, pieux, charmant avait toutes les qualités de l'esprit et du coeur. On l'avait recommandé chaudement à notre petite Thérèse et il portait une de ses reliques. La famille s'inquiétait de n'en avoir pas de nouvelles quand la tante de la jeune fille, sœur de sa mère, vient dire à celle- ci tout à coup: "Je viens de voir à l'instant la petite sœur Thérèse soutenant X. dans ses bras et lui présentant une palme elle avait l'air radieux et lui souriait avec tant de bonheur! sûrement la petite sainte l'a préservé d'un grand danger, ou bien il est mort!"

Il était mort, en effet, n'est-ce pas touchant?! Je raconte la chose à peu près, mais c'est bien le sens. Et cette bonne tante de notre jeune sœur est une personne si pondérée! Jamais de sa vie elle n'avait eu de vision. On ne peut douter d'elle, d'ailleurs l'événement a prouvé la réalité du phénomène. Il ne faut pas raconter ce fait en dehors de ta chère communauté. Je te dirai quand tu pourras le faire.

Je voulais aussi te dire que hier matin, nous avons assisté à la messe d'un jeune prêtre blessé et qui retournait au combat. A sa messe quatre autres soldats blessés et retournant aussi au combat, assistaient un jeune sergent français un maréchal des logis belge et deux turcos, les deux premiers firent la sainte communion avec grande piété. Après la messe je suis allée au parloir et j'ai été bien touchée d'entendre ce prêtre. Il me disait que jamais même pendant sa retraite d'ordination il n'avait aussi bien prié que sur les routes durant les marches forcées pendant les grandes chaleurs ou la pluie et sur les champs de bataille.

Pendant qu'il parlait, le sergent français pleurait. "On n'a plus la même ardeur dit-il quand on a vu l'horreur d'un champ de bataille d'y retourner..." Je sentais que ces pauvres enfants avaient besoin d'un courage héroïque, divin pour retourner à peine guéris affronter le combat. Je leur dis: "Vous savez bien que si Sr Thérèse de l'Enfant Jésus que vous venez prier avec tant de confiance pour être préservés de la mort, ne vous obtient pas ce que vous demandez, c'est que ce sera pour votre plus grand bien et vous irez droit au ciel" "Nous irions droit au ciel? reprit le jeune prêtre avec entrain. Vous nous promettez cela au nom de Sœur Thérèse?! Oh! alors nous ne craindrons plus rien". Et le sergent et le soldat belge si tristes tous deux parurent rassérénés me dirent les sœurs tourières présentes. Tous voulurent que je les bénisse, même le prêtre et tandis que je les sentais à genoux, je suppliai ma petite. Thérèse de les bénir par ma main et de les protéger. Les deux turcos aussi étaient à genoux, me vois-tu bénissant ces gros noirs là?! L'un d'eux m'a récité sa leçon de catéchisme apprise à l'ambulance d'Houlgate : "Il y a un Dieu, il y a 3 personnes en Dieu, le Père, le Fils et le Saint Esprit. Ce Dieu a fait le Ciel et la terre.., tout! tout! tout! Et c'est tout ce qu'il sait pour aller au Ciel!

Au revoir ma petite sœur chérie, nous qui savons bien davantage aimons de plus en plus Celui dont l'amour nous est si connu.

Ta petite sœur et mère

Sr Agnès de Jésus

r.c.i. 

Nous allons très bien. Pierre va passer au conseil de révision. Monseigneur a fait plusieurs neuvaines à Thérèse. C'est depuis la fin de la 1ère neuvaine que l'hémorragie n'a pas reparue. Religieux et fraternel souvenir à ta bonne Mère.

On t'a envoyé ces jours derniers "Pluie de roses IV".