Imprimer

Mère Agnès de Jésus à Sr Françoise-Thérèse - 27 janvier 1915

Mère Agnès de Jésus à sa sœur Léonie

Jésus                                                            +                                               27 Janvier 1915

Ma petite sœur et fille bien aimée,

Je te remercie de tes vœux de fête, ta lettre m'a fait beaucoup de plaisir, je voulais justement avoir des nouvelles de ton âme, j'en ai eu, elle se porte bien, je suis contente, contente, j'en danserais bien de joie.

J'ai reçu avec plaisir aussi je t'assure, les épingles, quelle provision !!! J'en remercie ta si bonne Mère, je lui parle aussi de la belle cellule, mais j'ai eu beau chercher partout, je ne l'ai pas vue, ni toi non plus ! J'aurais bien refermé la boîte pour que vous ne vous échappiez pas et de temps en temps je vous aurai fait une petite visite. Ça sera pour le Ciel.

J'ai fait copier pour ta fête ma petite sœur chérie (car c'est ta fête et je te la souhaite avec tout mon coeur) quelques-unes des grâces accordées par notre petite sainte pendant la guerre. Il en a paru plusieurs dans La Croix, mais tu en verras d'autres, et il en vient tous les jours. Enfin cela te donnera une idée des roses de guerre et te fera plaisir.

Tu peux garder tant que tu voudras Mère Isabelle.

Tu dis, petite sœur, que tes souhaits ne peuvent pas être joyeux à cause de la guerre, mais si, ils peuvent être joyeux les miens pour toi le sont, parce que le bon Dieu ne veut pas que nous soyons tristes à cause de la guerre. Tant pis pour la guerre ! D’un côté sans doute, on a le coeur dans l'angoisse mais de l'autre en voyant le bon Dieu moins offensé, beaucoup de retours vers Lui, en voyant et sachant qu'il ne châtie que parce qu'il aime, qu'il ne blesse que pour guérir, eh bien oui, on dit : Tant pis pour la guerre ! Beaucoup lui devront leur paix éternelle, beaucoup se trouveront bien heureux d'entrer dans le royaume des Cieux avec un bras ou une jambe de moins plutôt que d'être précipité avec tous leurs membres dans l'enfer. Est-ce que ce n’est pas Jésus lui-même qui a dit cela ?

Mais assez sur ce sujet, car je finirais peut-être par dire : Tant mieux pour la guerre ! Et je te scandaliserais... Ne montre pas ma lettre, dis ? Je t'écris tellement au courant de la plume. Je me suis interrompue pour aller au réfectoire, puis à la récréation, puis au parloir, puis aux vêpres et il est maintenant 3 h 1/4 car après nos vêpres du grand office, nous avons récité un office des morts. Voilà ce que nous ne ferons pas au ciel ! Et voilà ce qui nous mortifie pas mal sur la terre. Je ne suis pas comme les saints qui aimaient la longueur des offices ; quand ça n'en finit pas, je l'offre pour l'expiation de mes péchés, comme une mortification. C'est toute ma ferveur. Il est vrai que parfois sur la terre, tout fatigue et "tout devient un pesant ennui, même les consolations spirituelles". C'est dans l'Imitation que j'ai lu cela et je l'expérimente. Oh ! oui, notre âme a soif de la Vérité pure, et cette vérité c'est Dieu que nous ne possédons qu'imparfaitement ici-bas, cet imparfait excite notre désir de le voir face à face et de ne plus lui chanter que des cantiques d'éternité, c'est-à-dire en dehors du temps si long de cette vie.

Je m'exprime bien mal, je ne trouve pas les expressions qui conviendraient à ma pensée. Ça ne fait rien tu devineras bien ce que je veux dire.

Au revoir petite sœur et enfant bien aimée. Je t'embrasse bien bien fort.

Ta petite sœur-maman

Sr Agnès de Jésus

r.c.i.