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Mère Agnès de Jésus à Sr Françoise-Thérèse - 8 avril 1917

Mère Agnès de Jésus à sa sœur Léonie

                                                               J.M.J.T.              

Jésus          +                                                                   Carmel de Lisieux 8 Avril 1917    

                                  

Ma bien aimée petite sœur,

 

Alléluia ! Alléluia ! Attends nous pour nous répondre sur le même ton, je t'en supplie, j'ai encore peur que nos lettres ne se croisent en même temps que nos bras pour s'entr'embrasser bien fort à l'occasion de cette fête des fêtes. Oui, c'est bien la fête des fêtes, celle qui nous rappelle le plus que notre exil aura un lendemain de gloire et de réunion éternelle dans notre vraie Patrie.

Chère petite fille notre Carême s'est bien passé sans fatigue je t'assure, je me porte très bien. On nous avait assuré que nous n'aurions pas de poisson et jamais nous n'en avons été si peu privées. C'est comme pour le jour de Pâques, on s'attendait à ne pouvoir fêter comme d'habitude au réfectoire, et comme d’habitude tout le monde s'est mis à nous envoyer des gâteries. On nous prédit pourtant la famine. On verra bien! Quand elle sera venue on la supportera et si elle est mortelle, on en mourra tout simplement, ça ne sert à rien de se tourmenter et de s'affamer d'avance. Nous sommes les petits enfants du bon Dieu il faut toujours répondre à tous les malheurs, toutes les épreuves qui nous surviennent en cette pauvre misérable vie. Ce que les trois hébreux répondirent à Nabuchodonosor avant d'être jetés dans la fournaise: "Si Dieu le veut, vos flammes ne nous feront aucun mal, s'il ne le veut pas, sachez tout de même que nous n'adorerons pas votre statue" c'est-à-­dire pour nous que nous ne manquerons point de confiance et de foi que nous ne cesserons de bénir le Seigneur de l'adorer et l'aimer même s'il semble nous abandonner et nous laisser consumer par les adversités de ce monde.

Oui mais après avoir secoué nos cendres, quelle envolée vers le Paradis! Alors on bénira ensemble la fournaise et la guerre et tous les fléaux si passagers de notre courte vie. Et tant mieux si nous n'avons rien craint de tout cela, si nous avons voulu comme notre petite Thérèse vivre dans la joie en cette vie et en l'autre.

Petite Mère aux petits sermons très très drôles

Sr Agnès de Jésus

r.c.ind.