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Mère Agnès de Jésus à Sr Françoise-Thérèse - 31 mars 1918

Mère Agnès de Jésus à sa sœur Léonie

Jésus          +                                                                  Pâques 1918 [31 mars]

Ma bien aimée petite sœur,

Malgré les si graves événements qui se déroulent et nous angoissent le coeur, chantons quand même ensemble Alléluia ! Parce que cela ferait de la peine au bon Dieu si nous ne nous réjouissions pas de sa gloire et de son bonheur. D'ailleurs c'est notre gloire et notre bonheur aussi que sa résurrection qui nous promet la nôtre un jour. Ah ! vraiment on ne regrettera guère la terre en mourant car c'est une espèce d'enfer quand on songe aux offenses qui y sont commises contre le bon Dieu à toute heure.

En attendant, nous nous portons bien et rien ne nous fait présager une mort prochaine mais nous vieillissons tout de même et en licence Sr Geneviève nous dit avec un air malin en contemplant nos rides et devinant bien les siennes : "c'est égal mes petites sœurs, on ne peut pas dire autrement, nous sommes maintenant "trois bonnes femmes". Et je pense qu'il y a une autre petite "bonne femme" à Caen bien près de nous par le coeur alors nous sommes "4 bonnes femmes" de la même famille bénie. Eh bien tant pis pour les bonnes femmes, elles ont le coeur encore plus jeune qu'à 20 ans parce que leurs sentiments sont plus profonds, leur détachement de tout est plus grand par les épreuves, par tous les évènements que les années ont amenés avec elles. Oh ! pour moi, j'aime beaucoup mon âge, je trouve qu'il a tous les avantages.

Mais voilà que je fais des vers sans y penser.

Petite sœur aimée, donne-nous bien vite de tes nouvelles, comment as-tu passé ton Carême ? Ici, le Vendredi saint pour la première fois de ma vie de carmélite, j'ai mangé avec la Cté matin et soir avec soupe mitonnée et bu du tilleul. Impossible de manger le pain sec, il est trop mauvais. Eh bien notre vendredi Saint en a été moitié moins dur, personne n'a eu mal à l'estomac. Voilà comment le bon Dieu fait le plus souvent avec nous, il paraît nous châtier d'une main, mais de l'autre il caresse et adoucit tout.

Au revoir ma petite sœur et petite fille si aimée, sois bien heureuse dans ton coeur car je sais bien que Jésus l'habite et l'enrichit sans que tu t'en doutes. Lorsque tu fais quelque bêtise, que tu te jettes par terre au risque de te casser le nez, si tu en es plus humble, c'est encore plus profondément que Jésus habite dans ton coeur.

Quelle drôle de finale de lettre. Enfin je t'écris au courant de la plume, s'il fallait réfléchir je ne te dirais rien.

Ta petite sœur maman

Sr Agnès de Jésus

r.c.i. 

Dis à tes bonnes Mères mon religieux et fraternel souvenir. Sr M. de la Trinité ne va pas avoir le temps d'écrire peut-être alors elle le fera à sa sœur une autre fois prochaine. Dis bien à Sr M. Agnès que je ne l'oublie pas et que son souvenir m'est très doux.