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Mère Agnès de Jésus à Sr Françoise-Thérèse - 11 août 1918

Mère Agnès de Jésus à sa sœur Léonie

Jésus +                                                                    Carmel de Lisieux 11 Août 1918

Ma bien aimée petite sœur,

Tu vois, je suis fidèle à ma promesse et me voilà près de toi, par la pensée et par le coeur et par la plume.

Nous avons eu peur lundi dernier. Figure-toi que vers 5 heures, un représentant du Service sanitaire de l’Armée américaine est venu me demander notre Monastère pour en faire un hôpital !!! Le Saint Sacrement était exposé à l'Oratoire, j'ai sonné la Cté qui après m'avoir entendue est allée prier de tout son coeur et de toute sa foi pour que ce malheur ne nous arrive pas. Le bonhomme me disait sans se gêner que la police allait entrer pour visiter le Monastère !... Oui, mais tous les bonhommes même quand ils sont mauvais et puissants sont comme des fourmis quand le bon Dieu s'en mêle. En voici une nouvelle preuve : Après la bénédiction (à 5 heures) on me dit : "Le Sous-préfet est ici avec sa femme, laquelle demande le parloir pour Sr Jeanne de l’Eucharistie en faveur d'une de ses amies. Je réponds : c'est l'heure de l'oraison, impossible - mais Sr Elisabeth du tour insiste parce qu'elle pense obtenir quelque protection du préfet pour notre ennuyeuse affaire. Je cède et pendant le parloir voilà mon sous-préfet en conversation avec Sr Elisabeth et qui dit en sortant : "N'ayez aucune crainte, ma sœur, ce que vous appréhendez n'arrivera certainement pas, je vais m'occuper de la chose aussitôt rentré, mais je vous le répète ne craignez rien". Et depuis en effet, il n'est plus question que de paix et de reconnaissance chez nous. L'orage a pris fin et nous goûtons encore davantage s'il est possible le bonheur de notre solitude.

Voilà certainement une histoire qui va t'intéresser.

A présent je n'ai plus à te dire que notre tendresse à toutes trois et notre désir si grand que de plus en plus tu sois la petite violette du bon Dieu qui en vieillissant n'en donne que plus de parfum et d'humilité et d'abnégation et d'amour du bon Dieu, et de charité pour le prochain. Il faut qu'en te rencontrant dans le Monastère les sœurs puissent se dire : C'est la sœur d'une petite sainte, et elle lui ressemble par son humilité et sa simplicité. Et toi ma petite sœur chérie, tu dois laisser ton âme bien plus que ton corps s'incliner, se courber sous l'abondance des dons célestes et répéter avec une grande reconnaissance toi aussi "Je suis une toute petite âme que le bon Dieu a comblé de grâces".

Ta petite sœur maman

Sr Agnès de Jésus

r.c.i.