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Mère Agnès de Jésus à Sr Françoise-Thérèse - 26 septembre 1918

Mère Agnès de Jésus à sa sœur Léonie

+                                                                                        26 Septembre 1918

Ma bien aimée petite sœur,

Je te souhaite une bonne fête pour le 30. Oh ! quand serons-nous ensemble à fêter là-haut tous nos anniversaires d'ici bas ! Je crois que ceux que nous fêterons avec le plus de joie seront nos anniversaires de plus grandes croix. Ainsi vois pour notre petite Thérèse qui a tant souffert pendant son agonie, eh bien à présent c'est son jour de plus grande gloire.

Ca ne fait rien, ma petite sœur aimée que tu chemines péniblement, au contraire, comme cela tu n'as pas à craindre l'orgueil, dis seulement au bon Dieu comme le publicain : "Ayez pitié de moi parce que je suis misérable". Alors comme lui tu t'en iras justifiée.

Je trouve que plus on avance dans la vie, plus les ombres du soir nous enveloppent plus nous devons nous serrer contre notre Jésus, tenir sa main bien dur. A notre âge toutes les illusions disparaissent, on sait trop que les plus belles fleurs se fanent en un jour et cela fait qu'on ne regarde plus que les fleurs du Ciel.

Quand j'étais toute petite et que c'était la foire à Alençon j'avais si peur des voleurs d'enfants que je me pressais contre papa lui serrant la main le long des baraques, pourtant bien éclairées, mais je me méfiais de cette clarté de foire, je me méfiais des saltimbanques, de tout. A présent que je suis vieille, je vois toutes les choses d'ici bas tourner comme les chevaux de bois et j'aurais grand peur encore si papa le bon Dieu n'était là mais il est là et c'est Lui qui nous volera toutes deux n'est-ce pas ma petite sœur enfant que je chéris de tout mon coeur

Sr Agnès de Jésus

r.c.i.