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Mère Agnès de Jésus à Sr Françoise-Thérèse - 25 décembre 1918

Mère Agnès de Jésus à sa sœur Léonie

Jésus +                                                      Carmel de Lisieux            25 Décembre 1918

                                                                                               Noël ! Noël !                            

Bonne fête de Noël et bonne année ma petite sœur et petite fille aimée. Comment as-tu passé ton avent ? Ici nous allons bien, mais j'ai été obligée de rendre à sa famille une petite novice du voile blanc, à cause de sa santé et il m'en a bien coûté ! Elle avait tout excepté la santé. Depuis nous avons reçu une postulante du chœur, la fille d'un député catholique du Nord mais elle n'a l'air guère forte non plus, je ne sais pas ce que nous ferons de ce "criquet" là je suis un colosse à côté.

A Rome le Procès est reconnu valide depuis le 10 Décembre ne m'en demande pas davantage, car je n'y comprends pas grand' chose. C'est un pas de fait en avant, voilà ce qui est certain. Mais aurons-nous la béatification pour 1921 comme je l'espérais, je n'en sais rien ! Il y a tant de causes dont la S.C. des Rites doit s'occuper ! Tout ce que je sais c'est que le Saint Père ne s'est jamais intéressé à une cause comme à celle de notre Thérèse Mgr de Teil qui revient de Rome nous l'a dit il y a 3 jours.

Ma petite sœur bien aimée nous pouvons bien, nous, être béatifiées bien avant 1921 oui, nous pouvons être les petites bienheureuses de Jésus si nous écoutons sa douce parole et la mettons en pratique. Est-ce que dès que nous sommes douces et humbles dans les occasions, comme il nous l'a recommandé, nous ne sentons pas une joie profonde dans nos petites âmes ? C'est comme le commencement de la béatitude du Ciel, même en souffrant beaucoup, car nous sommes toujours, nous autres montées et immolées sur l'autel du sacrifice. Là on ne nous entoure point de lumières et on nous chante point de cantiques, non, c'est la nuit et le silence... Notre petite Thérèse a su si bien se conduire sur cet autel-là qu'elle a gagné l'autre. Nous, après l'autel du sacrifice, nous volerons au ciel sur l'autel des "genoux du bon Dieu et de la Sainte Vierge" cela suffira à notre bonheur et remplira tous les vouloirs divins à notre endroit, car heureusement la Sainte Église n'est pas chargée de canoniser tous les amis du bon Dieu.

Au revoir, ma petite sœur bien aimée, je t'ai radoté je ne sais pas quoi mais que veux-tu, quand on aime on dit avec abandon ce qui vous passe par le coeur et la tête. Attention je te sens passer dans mon coeur et je ferme la porte ! Essaie de te sauver maintenant si tu peux.

 Ta petite sœur Maman

Sr Agnès de Jésus

r.c.i. 

Ne m'oublie pas auprès de ta chère petite sœur Marguerite Agnès, je l'aime bien.