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De Mme Martin à Sœur Marie‑Dosithée, religieuse à la Visitation du Mans CF 138 - 31 août 1875

 

Lettre de Mme Martin CF 138

 

A Sœur Marie‑Dosithée, religieuse à la Visitation du Mans

31 août 1875

J'ai été enchantée de notre voyage à Lisieux. J'ai une belle‑sœur qui est d'une bonté, d'une douceur incomparables. Marie dit qu'elle ne lui connaît pas de défauts, ni moi non plus. Je trouve qu'Isidore, malgré tous ses ennuis, est bien heureux d'avoir une telle femme; j'en aurais long à te conter sur ses vertus, mais ce sera pour plus tard.

Je t'assure que je l'aime autant qu'une soeur, elle a l'air de me rendre la pareille, et elle témoigne à mes enfants une affection quasi maternelle; elle a eu pour elles toutes les attentions possibles. Elle faisait tout pour nous rendre la vie agréable; si je paraissais soucieuse, elle me regardait avec sympathie, cela avait l'air de lui faire de la peine. Marie venait vite me dire : « Maman, je t'en prie, aie l'air plus gai, ma tante te croit triste et en a de la peine. » Moi, je lui répon­dais: « Laisse‑moi, je ne puis faire mieux. » Et je me le reproche !

Nous avons été à la campagne le lundi. J'y suis partie à contrecœur pour suivre les autres. Puis nous nous sommes installées dans une prairie pour nous reposer. Pendant ce temps, ma belle-soeur est allée en cachette nous préparer un goûter, et quand elle nous l'a apporté, j'étais si contrariée de la peine qu'elle s'était donnée, que j'ai été loin de lui témoigner la gratitude qui convenait. Elle s'est contentée de rire de ma froideur apparente.

Enfin, je ne suis vraiment pas bien aimable; heureusement que j'ai encore l'esprit de le reconnaître ! Mais, si je ne sais pas donner des marques d'affection, j'en éprouve intérieu­rement les sentiments. Je crois que je souhaite plus la pros­périté de mon frère que la mienne. J'ai un désir ardent de le voir heureux, lui et sa femme, et je serais prête à faire tous les sacrifices pour leur bonheur.

Si je n'avais point un foyer et des enfants, je ne vivrais que pour eux, je leur donnerais tout l'argent que je gagne; mais puisque je ne puis le faire, le bon Dieu y pourvoira. Certainement, des gens comme eux ne peuvent manquer de réussir; j'en ai la ferme confiance. Hélas ! ce pauvre Isidore n'a guère de bénéfices avec sa Droguerie et il se donne pourtant beaucoup de mal; cela m'afflige pour lui.

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