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De Mme Martin à Mme Guérin CF 136 - 22 août 1875.

 

Lettre de Mme Martin CF 136

 

A Mme Guérin

22 août 1875.

Nous sommes rentrées mercredi soir, très heureusement, et nous avons eu la chance d'être seules pendant tout le trajet, dans un compartiment réservé aux dames. Aussi Céline s'est donné du plaisir ! Par contre, j'ai eu bien du mal après elle, je n'ai pas eu un instant de repos, il fallait la surveiller tout le temps, si bien qu'arrivée à Alençon, j'étais tellement étourdie que j'avais peine à me tenir debout.

Mon mari est parti, jeudi, pour la Grande Trappe et de là sur Paris, je pense qu'il pourra être à Lisieux jeudi ou vendredi.

J'ai vu Mme Y. la semaine dernière, elle m'a dit qu'elle ne pourrait aller chez vous cette année, son mari n'ayant pas la possibilité de s'absenter davantage. Elle m'a raconté toutes ses excursions en Bretagne, c'est vraiment bien inté­ressant. Quand je serai riche, je me propose d'y faire un tour avec tous les miens, et je compte bien que vous serez du voyage. Il paraît que tout est très bon marché dans ce pays; on a deux poulets pour un franc cinquante; du filet de bœuf à soixante centimes la livre; enfin, on y vit à fort bon compte.

Sa sœur est revenue des Eaux‑Bonnes, elle est toujours souffrante et on craint pour la poitrine ! Cependant, elle se trouve mieux, bien qu'elle n'ait pas d'appétit; on ne sait comment elle peut vivre avec le peu qu'elle prend. J'ai bien peur qu'elle ne vive pas vieille et j'en suis peinée, car je l'aime bien.

Maintenant, parlons du bon séjour que je viens de faire à Lisieux, et que vous avez rendu si agréable par votre accueil cordial et la bonne amitié que vous m'avez témoignée. Ces quelques jours m'ont fait du bien, j'en conserve un doux souvenir et je me prends à regretter qu'ils soient déjà passés.

Vous direz à Jeanne que son petit pêcheur a fait le plus grand plaisir à sa petite cousine Thérèse; elle l'a placé dans la grande chambre et, souvent dans la journée, elle va l'admirer, disant que c'est sa petite cousine qui le lui a envoyé, et, en retour, lorsque celle‑ci viendra, elle lui donnera un gros morceau de chocolat.

Marie et Pauline doivent se trouver bien heureuses que vous leur procuriez d'aussi belles vacances ? Quand elles seront rentrées à la maison, où il n'y aura ni fêtes, ni plaisirs, cela leur semblera dur. Pour moi, j'ai eu du mal à m'y réha­bituer, le travail me paraissait plus pénible qu'à l'ordinaire; il faut pourtant que je profite des quelques jours où je vais être seule pour m'avancer, car j'ai bien de l'ouvrage en retard.

Je vous prie, ma chère soeur, de recevoir mes remerciements pour toutes les bontés que vous avez eues à mon égard. Embrassez bien de ma part Jeanne et Marie, qui sont de charmantes petites filles et que leur tante aime bien.

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