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De sœur Marie‑Dosithée à Marie et Pauline - 15 août 1875.

 

De sœur Marie‑Dosithée à Marie et Pauline. 15 août 1875.

 

V. + J.

De notre Mère du Mans

                                                                     le 15 août 1875

                     Mes chères petites filles

Vos deux petites lettres m'ont fait bien plaisir aussi ne vais-je pas vous faire attendre une réponse qui, je sais, vous intéressera. Il y a tant de nouveau à vous apprendre !. . .

Ma sœur M. Paula comme vous le pressentiez bien, n'est plus première maîtresse, non seulement cela mais elle n'est plus au Mans; depuis longtemps nos sœurs d'Angers la réclamaient, on la leur a prêtée (secrétaire de la supérieure puis économe, elle rentrera au Mans en 1888)).

Ma sœur M. de Sales (Sœur Marie François de Sales Guyas) est première maîtresse à sa place, tu l'aimeras bien ma petite Pauline car elle est bien bonne, c'est une Ste religieuse. Ma Sr M. Stanislas (Sœur Marie-Stanislas Corniaud) est maîtresse de discipline, Sr M. Gertrude n'est plus économe de la communauté, mais portière et économe du pensionnat. Sr M. Pauline (Sœur Marie-Pauline Bonfils), Sr M. Elisabeth (Sœur Marie-Elisabeth Lioust) ne sont plus au pensionnat; Sr Marguerite (Sœur Marguerite-Marie Chauviteau) lingère et chargée des trousseaux. Je crois qu'il n'y aura pas de changements pour les maîtresses [l v°] mais l'heure des classes sera probablement changée.

(Le 16 mai, Mère Marie-Thérèse de Gonzague de Freslon fut réélue supérieure. Une de ses préoccupations fut de modifier, autant que possible, l'organisation du Pensionnat. Elle désirait au moins que le règlement de nos élèves se conciliât davantage avec la régularité; et que les classes se fassent de manière à ce que les maîtresses pussent se rendre à la plupart des exercices de communauté).

Comme vous voyez il y a beaucoup de changements.

Je suis enchantée que ma Pauline aime bien ma Sr M. Aloysia (Sœur Marie-Hilaire Aloysia Vallée) et moi aussi je l'aime et elle le mérite, mais il ne faudra pas faire d'extravagance, ce n’est pas là-dedans que consiste l'affection.

Cette bonne Sr M. Aloysia est sensible à l'amitié que tu lui portes, elle t'embrasse bien, ainsi que Marie et me charge de te dire de ne pas trop te fatiguer à faire tes devoirs, elle aime mieux qu'il en reste parce qu'ayant bien travaillé tu as besoin de repos.

J'ai été voir ton jardin ce matin et qu'ai-je vu, c'était Jérusalem désolée ! . . . tout était cuit rôti grillé, tes pauvres reines‑marguerites sont sèches et moi qui ai toujours été à l'infirmerie depuis 19 jours je n'ai pu les arroser et maintenant que je suis descendue je ne marche pas assez bien pour le faire, ainsi je les abandonne à leur malheureux sort, l'année prochaine si mon pied ne se guérit pas, adieu le jardin.

Te voilà donc ma bonne petite Marie lancée dans la vie du monde ce n'est pas une petite chose, mais j'ai confiance, je t'ai confiée au Sacré-Cœur, il ne l'abandonnera pas et la Ste Vierge dont tu es la fille chérie quoique indigne te protègera, aie recours à sa protection dans tes besoins. Observe [2r°] bien ton règlement, donne cette marque de fidélité au Sacré-Cœur, et tu verras que la vertu n'est pas si difficile à pratiquer qu'on se l'imagine; ton petit règlement est très facile, je croyais avoir mis la lecture du point de méditation à 5 heures, tu comprends qu'en te couchant il est un peu tard cela prend sur ton sommeil, et puis si je mets un peu de lecture en deux fois c'est meilleur qu'en une, cela rappelle à Dieu et au devoir que les occupations font souvent perdre de vue, surtout n'oublie pas les aspirations ferventes et à faire toutes tes actions pour plaire à Dieu, avec cela tu iras loin. J'ai bien prié pour que tu trouves un confesseur qui te convienne j’espère que je serai exaucée, c'est tout pour une jeune fille de bonne volonté comme est ma Marie, mais ma chère enfant ne te décourage jamais de tes défauts, quand tu en aurais cent fois plus, il ne faudrait pas encore le faire, crois bien que ce n'est pas toi qui les corrigera mais N. S. avec ta bonne volonté, car si tu ne le voulais pas assurément N. S. ne te forcerait pas, car il ne veut point de forçats à son service, mais des âmes de bonne volonté comme la tienne. Ecoute un secret que je vais te dire et surtout profites-en, peu de gens le comprennent. N. S. dit un jour à Ste Catherine de Sienne : « Ma fille, pense à moi et je penserai pour toi ».

[2v°] Voilà tout le secret de la perfection, penser à N. S. à lui plaire, à sa bonté, à son amour et lui ne laissera pas une âme qui l'aime avec tant de désintéressement. Vois Magdeleine aux pieds de N. S. elle écoutait sa parole et ne pensait point à ses anciens péchés, elle ne lui en parlait pas mais était toute absorbée dans l'amour de Jésus, elle ne pensait pas même à lui faire préparer son dîner. Ste Marthe n'était pas de son humeur car elle s'empressait et s'embesognait et se fâchait contre sa sœur, aussi fut-elle porter ses plaintes au bon Maître qui la blâma de son empressement et loua Marie. Il est vrai que Ste Marthe avait tort car elle voulait si bien traiter N. S. qu'elle ne s'occupait que de cela et le laissait tout fin seul. Il faut éviter cela et servir N. S. c'est‑à-dire s'employer aux travaux de notre position avec paix et retourner entretenir N. S. par de saintes pensées et aspirations. Ainsi mon enfant tu as besoin de la méditation pour te former à la vertu; mais la prière et le regard continuel de N. S. te feront arriver à la sainteté; quand on a détesté ses fautes et pris la résolution de s'amender il n'y faut plus penser, mais se confier en Dieu.

Tu communiqueras cette lettre à ta mère, il n'y a rien qui ne puisse bien être montré à tout le monde et dis-lui que je commence à marcher mais que mon pied n'est pas mieux. Encore un avis: j'ai peur que tu lambines, il ne faut pas prendre cette habitude, j‘ai remarqué que tu travaillais toujours et que tu ne faisais pas grand' chose, il faut se presser et puis se reposer à certaines heures et encore on y gagne, car il [2v° tv] y a des personnes qui travaillent toujours et ne font rien, et d'autres qui ne travaillent que quelques heures et en font encore plus, Ma Sr M. Paula m'a dit de t'engager à lui écrire et qu'elle te répondrait. N'oublie pas, mon enfant, de prier ton oncle de te donner les deux bouteilles que nous lui demandons (Bouteilles de médicament?) et que Pauline doit rapporter.

[2r° tv] Tu vois ma chère Marie que je vais tout rondement avec toi je sais que tu désires te corriger, alors je te dis tout simplement ce que je pense pouvoir t'être utile.

Je vous embrasse mes chères petites filles, ainsi que votre bonne Mère.

Votre tante affectionnée.

Sr M. Dosithée Guérin

de la Von Ste Marie

D. S. B.

P. S. [1v° tv] Il faudra ma petite Pauline prendre de bonnes résolutions ; il paraît que l'an prochain on se propose d'être sévère pour le règlement, on veut établir un grand silence, tu auras bien des marques si tu parles.

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