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De sœur Agnès de Jésus à Céline - 28 août 1889.

 

De sœur Agnès de Jésus à Céline. 28 (?) août 1889.

J.M.J.T.
Ma chère petite Céline,
Notre Mère chérie est bien touchée de ta lettre. (Mère Marie de Gonzague vient de perdre son frère
Alexandre, le 21 août). Elle a en ce moment une autre croix à porter, bien lourde aussi ! Ce bon Victor
était si dévoué à la Communauté (Victor Bonaventure, jardinier-sacristain du Carmel, vient de mourir
le 27 août à 44 ans, d'une fièvre typhoïde). Nous sommes toutes bien tristes de sa mort. Pourras-tu
venir à [1 v°] son inhumation ? à moins d'un grand empêchement je t'en prie, n'y manque pas ainsi que
Léonie. Si mon Oncle pouvait venir aussi... Enfin plus il y aura de monde chez nous, plus nous serons
reconnaissantes.
Voilà donc la vie ! sur qui peut-on compter ici-bas... Ah! comme tous les événements de cette pauvre [2
r°] terre nous en détachent de plus en plus...
Si nous pouvions être à la hauteur de Sainte Thérèse qui disait sur la fin de sa vie: « Les choses de cette
vie ne me causent plus ni plaisir, ni peine, je suis à leur égard comme une personne endormie qui ferait un
rêve et qui l'oublierait à son réveil. Ah ! ma chérie, élevons-nous aussi et vivons [2 v°] plutôt au ciel que
sur la terre. Ne recherchons uniquement que ce qui nous fera parvenir plus sûrement à cet heureux port.
Plaire aux créatures, quel néant, quel mensonge. C'est en face de la mort, qu'on comprend bien cela ! Ne
plaire qu'à Dieu, à Dieu seul, voilà toute l'ambition d’un coeur créé pour le Ciel.
Je lisais dernièrement qu'une sainte religieuse ayant sa sœur dans le même monastère la vit deux jours
après sa mort s'élever au ciel, sous la forme d'une nuée légère d'où sortait une voix qui lui dit: « Ma sœur,
je vais à Dieu ! Oh ! si vous pouviez savoir quelle gloire je vais posséder ! [2 v° tv] Que je ne regrette pas
aujourd'hui de m'être abaissée et méprisée sur la terre pour Jésus... »
Puissions-nous tenir un jour le même langage !
Adieu, ma chérie,
Sr Agnès de Jésus
r.c.i.
[1 r° tv] Mille amitiés à tout le monde - merci merci de toutes les provisions, tu nous gâtes.