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Le Bref de Béatification

 

BREF DE BEATIFICATION « QUOD JOHANNES VIDIT »

Bref-de-beatification


On voit ci-contre à droite la première page du bref,
  papier parchemin ayant résisté aux bombardements
de 1944 mais tordu sous l'effet de la chaleur.

[le texte original est en latin]

lu en latin à la Cérémonie de Béatification.

29 AVRIL 1923
PIE XI, Souverain Pontife
Pour perpétuelle mémoire

SAINT Jean a vu, sur les Montagnes de Sion, le chœur des Vierges qui suivent l'Agneau partout où il va, et il a entendu un Cantique très suave que personne ne pouvait redire. Cela montre jusqu'à quel point Dieu estime la fleur de la Virginité, c'est-à-dire, ce genre de vie qui est plus conforme à la nature angélique qu'à la nature humaine. Cette vie, précieuse entre toutes, due à la grâce évangélique, un grand nombre de jeunes filles l'ont embrassée avec zèle, à la suite de l'Auguste Vierge, Mère de Dieu, qui est regardée, à bon droit, comme l'Auteur de la Beauté virginale. Elles portent leurs robes blanches dans l'Eglise de Dieu. Elles méprisent les voluptés et les séductions passagères du monde, pour les Biens Célestes qui ne passent pas. Aussi voyons-nous, dans l'Eglise Catholique, les lis blancs des Vierges se mêler aux roses de pourpre des Martyrs. Les uns et les autres forment cette couronne splendide dont l'Epouse immaculée du Christ est ornée.
Or, à notre époque, s'est distinguée, dans ce chœur des Vierges, THERESE DE L'ENFANT-JESUS, Religieuse professe, gloire et ornement de l'Ordre du Carmel, qui, en peu d'années, a rempli une longue course et a rehaussé la candeur virginale qu'elle avait vouée à l'Agneau Divin, par l'éclat des plus belles vertus.
C'est à Alençon, au diocèse de Séez, qu'est née la Servante de Dieu ; elle fut la dernière de neuf enfants ; elle eut pour parents Louis-Joseph-Stanislas Martin et Marie- Zélie Guérin, qui jouissaient des biens de la fortune et surtout des qualités d'une vie vraiment chrétienne.
Elle naquit le 2 janvier 1873 ; elle fut baptisée le 4 de ce même mois et reçut les prénoms de MARIE-FRANÇOISE- THERESE. A l'époque où la Servante de Dieu vint au monde, son père, qui avait acquis honorablement une fortune suffisante pour quitter son commerce de joaillier, s'était consacré tout entier à l'éducation de ses enfants ; il avait pour compagne et pour aide, dans cette œuvre, sa femme qui a, dit-on, exprimé le vœu que ses cinq filles consacrent à Dieu leur virginité, comme elles le firent en effet, l'une après l'autre.
Dans ce domicile de la piété, l'enfant avait à peine deux ans, qu'elle manifestait déjà l'usage de la raison ; elle fut aussitôt éprise de la beauté de la vertu. Elle commença donc à aimer l'Enfant Jésus de tout son cœur pour ne jamais lui déplaire. Elle avait quatre ans et demi lorsque la mort prématurée de sa bien-aimée mère lui causa une cruelle douleur et lui fit perdre complètement sa gaîté naturelle. Ses sœurs aînées, Marie et Pauline, se chargèrent de son éducation ; elle leur était soumise et leur obéissait en tout, comme elle l'avait fait à sa mère.
Elle n'avait aucun goût pour les jeux et les amusements de son âge, et se cachait dans la maison pour se livrer à la contemplation des choses célestes. Son père, devenu veuf, voulut, dans le but d'assurer davantage la garde et l'éducation de ses filles, aller habiter Lisieux avec toute sa famille. C'est alors que la Vénérable Servante de Dieu fut placée sous la discipline des Religieuses Bénédictines de la ville. Douée d'une intelligence de beaucoup élevée au-dessus de son âge, elle fit de rapides progrès, surtout dans les études historiques ; quant au catéchisme, elle l'apprit si bien, qu'on l'appelait le petit docteur. Favorisée d'une mémoire excellente, elle apprit par cœur tout le livre de Y Imitation. Elle ne possédera pas moins bien, plus tard, la Sainte Ecriture.
Lorsqu'elle accomplissait tous ses devoirs de piété, elle y mettait tant de dévotion et de modestie, qu'elle était un modèle pour les autres et un encouragement à l'imiter. Cependant, elle fut visitée par un mal dont le caractère demeura inconnu des médecins eux-mêmes. L'avis des membres de la famille, qui ne manque pas de fondement, est que ce mal fut causé par le démon qui prévoyait les défaites qu'elle lui infligerait ; on se confirma dans cette opinion, quand on vit la guérison admirable dont elle fut favorisée instantanément, après des prières adressées à la Très Sainte Vierge.
L'enfant, qui brûlait du plus grand amour de Dieu, désirait depuis longtemps recevoir la Sainte Communion ; mais, d'après les règlements diocésains, elle en restait encore éloignée à cause de son âge : elle avait à peine dix ans. Enfin, arriva le jour tant désiré du 8 mai 1884, où il lui fut donné de voir ses vœux comblés ; aussi est-ce avec une joie incroyable, accompagnée des plus douces larmes, qu'elle reçut, toute brûlante d'amour, le Pain des Anges. Peu après, elle se prépara admirablement à recevoir la Confirmation et les dons du Saint-Esprit.
Les sœurs aînées de la Vénérable Servante de Dieu ayant dit adieu au monde, pour entrer au Carmel, leur départ de la maison paternelle causa une profonde douleur à l'enfant. Aussi son père crut bon de la retirer du Pensionnat des Bénédictines, pour lui faire achever ses études à la maison. Mais, visitée alors par des troubles de conscience, elle répandait souvent des larmes et ne cessait de supplier Dieu de lui venir en aide... Dieu se laissa toucher par les prières de son enfant. La nuit de Noël 1886, après avoir assisté à la Messe solennelle, elle se sentit délivrée de toutes ses angoisses intimes ; toutes ses craintes disparurent et les mouvements de son âme furent animés de sentiments tout nouveaux. Dès lors, elle semble courir à pas de géant dans la voie de la sainteté ; elle se porte avec plus de zèle aux œuvres de piété et de charité, et dirige plus que jamais sa pensée vers le cloître du Carmel.
Son père si pieux, qui avait déjà donné à Dieu trois de ses filles, ne refusa pas à THERESE l'autorisation de suivre sa Vocation, malgré tout le chagrin que devait lui causer la séparation. Quant aux Supérieurs ecclésiastiques, ils refusèrent absolument de soumettre aux rigueurs de la vie religieuse une jeune fille, à peine âgée de quinze ans. Ferme dans son désir, la Vénérable Servante de Dieu résolut de recourir directement au Saint-Siège. Aussi s'adjoignit-elle, avec son père, à ses compatriotes qui se rendaient en pèlerinage à Rome. Dès qu'elle se trouva en présence de Notre Prédécesseur., le Souverain Pontife LEON XIII, elle surmonta sa timidité naturelle et se jeta à ses pieds, pour lui manifester le désir de son cœur. Mais le Pontife remit la suppliante au bon plaisir de ses Supérieurs.
Frustrée dans son espérance, l'héroïque Vierge supporta courageusement son chagrin et se soumit à la volonté divine, jusqu'à ce que l'Evêque, touché enfin de tant de vertu, accordât l'autorisation désirée.
Le 9 du mois d'avril 1888. la Servante de Dieu entrait au Monastère des Carmélites de Lisieux. Elle était enfin parvenue au but qu'elle avait tant désiré. Dès les premiers jours de sa vie religieuse, elle apparut tellement élevée en sainteté, que sa Maîtresse avouait qu'elle n'avait jamais vu une novice aussi fervente. Elle prononça ses Vœux le 8 septembre 1890, et fut appelée providentiellement THERESE DE L'ENFANT-JESUS, comme pour signifier, par ce nom, le genre particulier de sainteté qu'elle devait suivre avec ardeur, et cette perfection qui est appelée l'enfance spirituelle, d'après cette parole de la Sagesse incréée : Si vous ne vous convertissez et ne devenez semblables à de petits enfants, vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux (Matt., XVIII, 3.)
Et, en fait, de même que l'enfant repose, tranquille, sur le sein de sa mère, de même la Servante de Dieu se remit tout entière entre les bras de la Providence divine. Simple comme la colombe qui pose son nid sur le bord de la cavité, elle ne regardait que du côté du ciel, et elle conserva sans tache la robe blanche du Baptême.
Trois ans après sa Profession, il sembla bon à la Supérieure du Monastère (la Révérende Mère Agnès de Jésus, sa sœur), pour mieux assurer le bien des Novices, de les confier à THERESE, en lui donnant la charge d'aide de la Maîtresse. Ainsi donc la Servante de Dieu avait vingt ans, lorsqu'elle reçut cette charge si importante, qu'elle exerça jusqu'à sa mort, et qu'elle remplit avec une prudence et une abnégation remarquables, non moins qu'avec les plus grands et les plus beaux fruits spirituels. Elle se consacra tout entière au bien de ses Novices ; elle fut pour elles une mère et une sœur, d'une suavité angélique.
Pieuse, douce, humble, obéissante, très fidèle à sa Règle, ce qu'elle enseignait par les paroles, elle le confirmait par l'exemple. Toutes les vertus fleurirent en elle, mais elle excella dans l'Amour de Dieu. Son âme, comme celle de saint François d'Assise, exhalait un cantique d'Amour perpétuel. Elle a manifesté dans la poésie ses sentiments intimes, et composé les plus belles strophes pour chanter les mystères de l'Amour divin. Sur l'ordre de ses Supérieures, elle a écrit, pour l'édification et le salut d'un grand nombre, l'Histoire de son Ame, afin de montrer la voie qui mène à la plénitude de l'Amour. Notre Prédécesseur, d'heureuse mémoire, le Souverain Pontife PIE X, n'a pas craint d'affirmer que, dans ce récit de sa Vie, répandu aujourd'hui dans tout l'univers, les Vertus de la Vierge de Lisieux brillent d'un si vif éclat que c'est son Ame, en quelque sorte, que l'on y respire.
Or, la fin de la Servante de Dieu approchait, et le Seigneur lui-même sembla en donner le présage en ce que les hommes pensèrent qu'une Vierge, d'une telle candeur, et si angélique, ne pouvait rester longtemps sur la terre. Elle avait déjà dépassé ses vingt-trois ans, lorsqu'elle fut atteinte d'une maladie de poitrine ; mais elle n'omit rien des austérités de la Règle, jusqu'à ce qu'elle fût, à bout de forces et obligée de garder le lit. Durant cinq mois, elle endura les plus grandes souffrances, mais son visage était toujours gai et sa patience admirable. Elle offrait ses souffrances au Christ, désirant mourir et être avec Lui. Elle semblait consumée plutôt par l'Amour divin que par la maladie, et ce lit, où reposait la Servante de Dieu, fut comme une chaire d'où elle prêchait la sainteté à toute sa famille religieuse. Enfin, le 30 septembre 1897, après avoir été favorisée d'une vision céleste, elle fit une mort très douce, et s'envola aux Noces de l'Epoux Céleste. On lui fit les funérailles religieuses et on l'inhuma au cimetière de Lisieux.
Bientôt le nom de la Vierge sainte commença à retentir dans tout l'Univers catholique, et son tombeau est devenu glorieux. (Ps. xi, 10.) La renommée de sa sainteté a grandi de jour en jour ; elle a été confirmée par des prodiges et des miracles. La Cause de Béatification a commencé à être introduite près de la Sacrée Congrégation des Rites. Des Procès ont été faits, selon l'usage, à Lisieux et à Rome pour examiner ses Vertus. Lorsque toutes les preuves furent faites juridiquement et bien pesées, Notre Prédécesseur, d'heureuse mémoire, le Pape BENOIT XV, publia, le 19 des Calendes de Septembre 1921, un Décret solennel, par lequel il déclarait que les Vertus de THERESE DE I.'ENFANT-JESUS étaient arrivées à un degré héroïque.
On se mit alors, sans retard, à examiner les Miracles que Dieu, disait-on, avait opérés à son intercession, et, quand toutes les formalités juridiques furent terminées, Nous avons Nous-même, le 3 des Ides de Février de la présente année 1923, publié un Décret où Nous reconnaissions la réalité de deux Miracles.
Dès lors que le jugement avait été porté sur l'Héroïcité des Vertus et sur la certitude de deux Miracles, il restait à discuter si la Vénérable Servante de Dieu pouvait être sûrement placée parmi les Bienheureux du Ciel. C'est ce qu'a fait notre Vénérable Frère Antoine, Cardinal Vico, Evêque de Porto et Sainte-Rufine, Rapporteur de la Cause, dans la Congrégation Générale qui s'est tenue en Notre présence au Vatican, le 6 mars dernier. Or, tous les Cardinaux faisant partie de la Sacrée Congrégation des Rites, et tous les Pères Consulteurs présents ont répondu affirmativement. Pour Nous, Nous avons différé la manifestation de Notre avis, afin de pouvoir, dans une question si importante, obtenir par des prières ferventes la Lumière céleste. Nous l'avons demandée avec instances. Puis, le jour heureux où se célébrait, cette année, la fête du Saint Patriarche Joseph, Illustre Epoux de la Très Sainte Vierge Marie et Patron de l'Eglise, après avoir offert le Sacrifice Eucharistique, Nous avons, en présence du même Evêque, le Cardinal Antoine Vico, Rapporteur de la Cause et Préfet de la Sacrée Congrégation des Rites, ainsi que de Nos chers Fils Ange Ma- riani, Promoteur général de la Foi, et Alexandre Verde, Secrétaire de la Sacrée Congrégation des Rites, décrété que l'on peut, en toute sécurité, procéder à la Béatification solennelle de la Vénérable Servante de Dieu, THERESE DE L'ENFANT-JESUS.
Voilà pourquoi, mû par les prières de tout l'Ordre des Carmes Déchaussés, en vertu de Notre Autorité Apostolique et des présentes Lettres, Nous permettons que la Vénérable Servante de Dieu, THERESE DE L'ENFANT-JESUS, Religieuse professe de l'Ordre des Carmélites Déchaussées, soit appelée BIENHEUREUSE, que son corps et ses reliques soient présentés à la vénération publique des fidèles, pourvu cependant qu'ils ne soient pas portés dans des suppliques solennelles.
De plus, en vertu encore de Notre Autorité Apostolique, Nous autorisons, chaque année, au jour voulu, la récitation de l'Office et la célébration de la Messe, approuvés par Nous. Toutefois Nous ne concédons la célébration de cette Messe et la récitation de cet Office que dans le diocèse
de Bayeux et Lisieux, ainsi que dans tous les temples et oratoires de l'Ordre des Carmes Déchaussés, à tous les Réguliers et Séculiers qui sont tenus aux Heures canoniales et, pour ce qui regarde la Messe, à tous les Prêtres qui iront dans les églises où se fera la fête. Enfin, Nous accordons que les fêtes solennelles de la Béatification de la Vénérable Servante de Dieu, THERESE DE L'ENFANT- JESUS, soient célébrées dans le diocèse et les temples susdits, avec l'Office et la Messe, sous le rit double majeur ; et Nous ordonnons que cela se fasse les jours que l'Ordinaire désignera dans l'année, lorsque ces fêtes solennelles auront été célébrées dans la Basilique Patriarcale du Vatican.
Nonobstant les Constitutions et Ordinations Apostoliques, ainsi que les Décrets publiés sur le non-culte, et toutes les autres choses contraires.
Mais Nous voulons que les Copies des présentes Lettres, même imprimées, jouissent de la même autorité que l'on accorderait, dans les discussions judiciaires, à la manifestation de Notre volonté dans les présentes Lettres, pourvu qu'elles soient signées par le Secrétaire de la Sacrée Congrégation des Rites et munies du Sceau du Préfet.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, sous l'Anneau du Pêcheur, le 29 avril de l'année 1923, de Notre Pontificat la seconde.
PAR MANDEMENT SPECIAL DE SA SAINTETE.
P. CARDINAL GASPARRI, Secrétaire d'Etat.


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