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7 avril 1899

Mr l’abbé Homo, Grand Séminaire d’Evreux
Ma Révérende Mère, J’avais grande hâte que le Carême finisse pour pouvoir vous écrire combien je vous suis reconnaissant du livre que vous m’avez donné. J’ai lu plusieurs fois la vie de votre sainte Sr Thérèse de l’Enfant Jésus et à chaque fois j’étais davantage charmé par cette lecture. Aujourd’hui il me semble que rien ne traduira mieux ma pensée que le mot du R.P. Madelaine « c’est un ravissement ». Quelle belle âme vous nous avez découverte, ma Révérende Mère ! Comme elle est simple ! comme elle rend la vertu aimable ! Avec cette douceur d’enfant et cette humilité, comme elle doit être bien placée dans le Paradis de l’Enfant Jésus ! J’ai lu autrefois cette pensée de Jacqueline Pascal « La sainteté se manifeste dans les petites âmes par de grandes choses et dans les grandes âmes par de petites choses. Ainsi de l’aveu même de votre chère Enfant, tous ces petits traits dont sa vie est remplie, sont l’indice certain d’une âme admirable en même temps de grandeur et de simplicité. Je voulais vous dire quel monde de sentiments fait naître en moi son chapitre onzième. Et ses poésies ! C’est un bonheur intense que j’éprouve à les lire. Elles sont si pieuses, si calmes, si onctueuses auprès des poèmes maladifs et sans âme qu’on lit partout maintenant. Pour moi en particulier, pour ma pauvre âme, que de bien cette vie m’a fait – ou plutôt, pour vous dire toute ma pensée, que votre sainte Enfant m’a fait de bien ! Son livre a été pour moi « la pure farine » qui en un instant m’a fortifié le cœur en l’établissant à jamais, je l’espère – dans la voie de la vraie sainteté par le pur amour. Voilà pourquoi, si le bon Dieu m’en donnait les moyens, je le propagerais de toutes mes forces, parce qu’il donne sur la vraie sainteté des idées que l’on n’a plus dans le monde, malheureusement, parce qu’on n’y renoncerait pas si facilement.