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1ère guerre - courrier du front


Extraits de la correspondance reçue au Carmel de Lisieux

lors de la 1ère guerre mondiale


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Aubert, Pierre / sergent

1915 Juillet  Au cours d’un mois de convalescence que j’ai pu passer chez l’un de mes patrons à Deauville, celui-ci a tenu à me conduire à Lisieux où j’ai fait un pèlerinage aux Buissonnets, au Carmel et à la tombe de la Petite Soeur Thérèse. Mes deux soeurs m’avaient autrefois parlé de la dévotion à la petite Sainte et je vous avoue bien simplement que j’étais alors très sceptique. Or j’ai été profondément touché et réellement remué par cette petite figure mystique, si douce, si belle, à la foi si grande, à la confiance en Dieu si admirable. Et tout près d’elle je me suis senti si confiant moi-même, si porté à me réfugier près d’elle que j’ai laissé sur sa tombe une lettre avec la photographie de ma femme… et la mienne. Et j’ai quitté le cimetière de Lisieux, emportant une certitude absolue en l’avenir comme si la petite Soeur Thérèse m’avait dit elle-même que dès ce moment nous avions partie liée. Je suis à la veille de retourner au front.

Gérard, Charles / Caporal

1916 Février  Tiré des profondeurs de l’abîme de l’incroyance, je vais doucement à la foi. C’est bien imbu de mon indigence qu’un jour je tombais sur l’Histoire d’une Ame que Mr le Curé du Cantonnement me prêta et j’y lus qu’il y a une route, une joie, qu’on appelle la joie sainte et que les simples mêmes la suivront et ne s’égareront pas. Soeur Thérèse, humble fleur des champs, m’enhardit et me fit voir que Jésus aimait les humbles d’un amour tout particulier. Elle m’insuffle le courage et avec elle j’attends, j’espère… elle achève ma conversion. Lorsque j’aurai l’honneur d’aller me battre, je voudrais que sœur Thérèse – ma patronne désormais – m’accompagne.  Je l’emmenerai avec moi dans mon cœur, dans mon souvenir,  mais je voudrais qu’une fleur de sa tombe soit placée dans mon portefeuille, sur mon cœur.

Photos de soldats déposées sur la tombe de Thérèse parfois par la maman

soldats deposes tombe TH

Bellois, Henri /Caporal

1916 Mars Une lettre lui a appris la maladie de ses deux filles.Bellois lt

Je vous prie de m’excuser en vous demandant de bien vouloir unir vos prières aux miennes en l’honneur de Soeur Thérèse de l’Enfant Jésus afin d’avoir une guérison compète de mes petites. Dans mes idées, je ne peux trouver de meilleurs médecins que ma Petite Soeur Thérèse en qui j’ai une confiance inoubliable dans mon coeur. Je voudrais en posséder toutes les éditions et passer mon temps à les lire par les moments de repos qui me restent à part mon service de surveillance…. Elle est pour moi un soutien, une garantie, et une amie de combat. Chaque jour aussi, je ne l’oublie pas en me levant le matin je lui adresse une prière et chaque soir un chapelet.

1916 Juin  C’est avec grande joie que je vous adresse cette lettre, pour vous remercier de tout mon cœur. Je fus touché de joie quand ces petites photographies [de Thérèse] m’ont frappé la vue, je ressentis une impression qui me renouvella le moral. Mais je ne fus pas seul : un de mes hommes qui était auprès de moi fut frappé de même, et il trouva la petite photo si gentille qu’il s’empressa de me demander si je n’en avais pas d’autres. Le voyant si touché et si heureux de faire la connaissance de Petite Sœur Thérèse, je lui offris une photo cartonnée, qu’il ne pouvait s’empêcher à chaque instant de fixer le médaillon. Bientôt un homme de mon escouade, qui était assis non loin de nous, eut bientôt l’éveil [eut bientôt vent ?] de cette petit distribution [et] vient me trouver en me demandant si j’avais encore de ces petits médaillons. Je lui offris de suite le dernier. Donc, les 3 médaillons sont dans mon escouade, et placés dans des mains de bonne foi, et leur confiance se borne de tout leur cœur en cette Petit Sainte. Plusieurs camarades viennent de temps à autre demander si j’avais des médaillons. En leur annonçant que non, leurs visages souriant s’attristaient, mais me priant de leur en faire parvenir de suite. Je suis heureux moi-même de faire des heureux et d’approcher leur confiance égarée de cette Petite Sœur Thérèse.  Chère Mère, je vous envoie en même temps que cette lettre un billet de 5 francs… je vous prierais de bien vouloir m’expédier de suite des médaillons, que je contente plusieurs de mes amis tant désireux. Je vous remercie de tout cœur à l’avance ; mes camarades se joignent à moi.

1916 Novembre  En permission, j’ai pris un petit moment  pour aller me rendre auprès de la tombe de ma Petit Thérèse. [Dans ] les moments d’ennui, je me rappelle ce petit pèlerinage qui me relève le courage et me fait oublier ces jours angoissants.

1917 Maideco-pr-bellois Je vous envoie dans ce petit colis la récompense [décoration militaire] que j’ai obtenue voilà quelques jours, que j’ai gagnée dans une petite attaque dont je faisais partie volontairement. Je m’en suis tiré sans aucune égratignure. J’en dois reconnaissance à ma Petite Thérèse…Cette Croix de Guerre lui appartient plutôt qu’à moi, au tableau des décorations qui est exposé en son honneur. Et je la remercie du fond du cœur : merci ma Petite Thérèse ! merci ! merci !

1918 Juin / juillet  Le 4 juin, étant en reconnaissance entre les lignes françaises et allemandes, nous fûmes accueillis par un feu assez violent, et là j’ai eu la preuve d’une protection sans limites. Une balle de revolver vint percer ma veste, mon carnet de l’escouade et mon portefeuille, et en plus mon gilet, en face du cœur. Mais la balle déviât sans atteindre ma chemise grâce au petit médaillon de Sœur Thérèse qui se trouvait là comme rempart. C’est le matin, au jour, que je m’en aperçus, dans ce cas [je] ne fis qu’une inclination très profonde auprès de ma petite Thérèse. Et je la remercie de tout mon cœur, et je demeure confiant qu’elle sera toujours mon soutien dans ces épreuves…  En juillet : [une] balle avait glissé avant d’arriver au médaillon qui m’a évité la mort, puisque cette balle devait me frapper en plein cœur.

Boucaud, Ch. / Sergent  

1916 Avril J’éprouve le besoin de vous dire que, pendant cette guerre épouvantable, j’ai mis spécialement ma confiance en votre sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus.  Je suis parti sur le front en emportant sur moi un portrait et une relique de la petite sainte, comme des gages de préservation et d’heureux retour au foyer. …J’ai en tête un travail capital dont je n’ai encore publié que des maquettes. Dans un chapitre de cet ouvrage, relatif à la vie dans la beauté et à la beauté morale de l’action, la sœur Thérèse de l’Enfant Jésus pourrait être la meilleure illustration et je me propose de contribuer ainsi à sa glorification intellectuelle. Enfin, la vertu d’abandon providentiel et d’enfance spirituelle que cette petite sainte a si spécialement pratiquée me prédestinait, par contraste, à me placer sous sa protection spéciale car mon âme, usée par une suite de tribulations, épuisée, anémiée par un état de détresse chronique, longtemps rongée par l’angoisse spirituelle, ne sait pas s’abandonner comme un enfant à la paternelle providence. Mon âme, qui avait l’habitude de la souffrance et de l’angoisse, et à qui la guerre apportait encore de nouvelles angoisses, s’est réfugiée auprès de la petite Soeur Thérèse, dont la protection souriante et gracieuse convenait bien à ce temps d’épouvante, et qui se complaisait à faire pleuvoir des roses. Puisse-t-elle apporter de la consolation aux pauvres militaires qui souffrent et qui sont dans l’angoisse ! Confiant dans la protection de la petite sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus, à laquelle j’ai voué mes angoisses de guerre, je travaille à propager cette confiance.

 

Brouquier, F. / Téléphoniste 29e d’Infanteriebrouquier

1916 Août  Les poilus aiment bien Soeur Thérèse de l’Enfant Jésus et ne se lassent pas de le dire ;  je veux comme eux acquitter aujourd’hui ma dette envers elle.

La vie au front n’est pas toujours gaie : de grandes tristesses peuvent nous envahir et de réels dangers nous menacent.  J’ai ressenti ces tristesses, et j’ai connu ces dangers. Mais, en lisant les belles pages de l’Histoire d’une Ame, le courage et la foi, la résignation et la confiance me sont revenus avec une plus grande force, un plus indomptable élan. Oh !!! je puis vous dire par quel moyen il me fut donné de retrouver l’énergie perdue, car il est simple : j’ai suivi de mon mieux la « Voie délicieuse de l’Enfance spirituelle »,  celle qui nous mène au bonheur, en nous faisant passer par l’accomplissement spontané de tous les devoirs. Et toute ma gratitude est acquise à l’aimable Servante de Dieu.

brouquier roses1917 Juin  Ici des fleurs s’offrent à moi. En souvenir de Sœur Thérèse, j’effeuille une rose, en sa fraîcheur, et vous en adresse quelques pétales. Acceptez-les comme remerciement pour le bien que vous avez fait à tous, et surtout aux soldats, en leur révélant la petite reine, consolatrice et soutien des éprouvés.

Clouet, Julien / Compagnie du Génie

clouet

1915 Mai  Sœur Thérèse, silencieusement, a visité le jardin de mes rêves… Un jour je lus un petit opuscule Pluie de Roses et je le discutai en profane sans prendre garde qu’une Rose était tombée dans mon coeur et que le charme allait opérer. Puis la guerre vint, l’horrible guerre. Avant de partir ma chère Femme me mit une relique de notre Sainte. J’allai une fois à la Messe, puis deux, puis souvent encore et j’éprouvais en m’abandonnant à Soeur Thérèse un très grand bonheur en même temps que la Confiance s’ancrait en moi. J’aimais prier et j’ai prié partout sur ma route de guerre… en rêvant sur cette route nouvelle que m’a tracée Soeur Thérèse.

Dayras, J. / Aide major

1918 Août Je me fais un devoir de vous dire toute la confiance que je garde en la puissance de la petite Soeur Thérèse à qui je dois d’avoir été protégé en Avril dernier dans la Somme…  Au milieu du danger des combats contre lequel on ne peut rien par soi-même, on se sent tout petit enfant, on a besoin de s’en remettre aveuglément à la protection du Père et à ce point de vue, la petite voie de confiance et d’abandon est bien naturelle au soldat. Devant la guerre si proche, on regrette d’avoir si peu de temps pour acquérir des mérites, et l’exemple de sœur Thérèse est précieux, en montrant tous ceux qu’on peut tirer des actions les plus humbles simplement offertes à Jésus…  Ainsi, par cette voie facile, j’ai pu supporter avec confiance et résignation toutes les épreuves que Dieu m’envoyait. J’ai pu remettre entre ses mains par l’intermédiaire de Sr Thérèse, le sort de ma vie ; et comme Il a bien voulu me la conserver, je viens rendre hommage aujourd’hui à cette intermédiaire puissante.

Mme Louis Delormedelorme

1916 Juin  Cette chère petite Sainte veille sur son protégé, mon mari, qui vient de beaucoup se battre à Verdun et il est sorti sain et sauf de la fournaise ! Après le premier combat, il y est retourné encore et en est sorti le 18 juin bien fatigué mais sans aucune blessure. Il me dit bien que c’est un miracle. [ci-joint une photo de notre famille].

Esnou, J. /Maréchal des Logis

1918 Mars  Je sollicite l’aumône de vos prières pour que j’obtienne la grâce de suivre la voie de confiance, d’abandon et d’amour que nous a prêchée d’exemple votre petite Sainte. Je vous recommande également ma femme: c’est la tombe de la petite Soeur Thérèse qui a été le but de notre voyage de noce en 1914. J’ai mis notre union sous sa protection. Pendant cette guerre je lui confie toutes mes missions périlleuses. Elle me protège et met la vaillance dans mon cœur.

1918 Mai  C’est en ligne que j’ai lu ses livres... La vie de votre si aimable petite Sainte est bien à sa place dans l’isolement des tranchées. Comme elle sait instruire les coeurs!

Gaillot, Gabriel / Sergent-Major - Zouaves

1915 octobre  Votre Soeur Thérèse j’en suis sûr nous donnera la victoire, elle accordera à nos armées le courage des croisés, et leur fera accomplir les oeuvres les plus héroïques, comme elle le dit elle-même.

De la Vaissière / Capitaine de Vaisseau

de la vaissiere1915 Mars  Vous aimeriez à connaître q.q. détails sur les grâces que la sainte Âme m’a obtenues. C’est d’abord une protection d’une persistante bonté depuis que je la connais et m’adresse à elle. Je la sens proche de moi et de ma vie, m’aidant aux passes difficiles et me donnant toute confiance. Joignez à ces secours temporels une protection spirituelle qui m’attire à moins mal servir Dieu, et vous aurez une petite idée de l’aide fraternelle et combien permanente de la Sainte du Carmel. Elle est toute accessible, toute charité, et elle enveloppe en quelque sorte son client d’une atmosphère de piété, de douceur et de force extrardinaires. A présent moi, le capitaine, un vieux loup de mer, je lui a confié la direction de ma pauvre barque. Le capitaine ne peut rien, mais le pilote le conduit, le rassure et le charme.

Nef, Maurice / Caporal

rose effeuillee

1915  Quelque temps avant la guerre, ma femme qui est très catholique m’avait poussé à assister à une conférence sur Soeur Thérèse de l’Enfant Jésus à Somain (Nord). M. le Curé avait distribué de petits opuscules sur Soeur Thérèse et j’en ai conservé précieusement un sur moi. Quoique catholique moi-même, je négligeais beaucoup mes devoirs de chrétien… Depuis j’ai invoqué souvent Soeur Thérèse pour certaines petites grâces que j’ai toujours reçues et un jour je me suis senti poussé par une force irrésistible de me confesser et de communier. C’est alors qu’une grande transformation s’opéra en moi. Je ne me reconnais plus, je vis dans une quiétude parfaite, malgré les obus et les balles qui tombent autour de moi. J’attribue cela à un miracle de Soeur Thérèse.

Bal, Elie / Lieutenant

1918 Mai  J’ai eu l’occasion de profiter de la lecture de la vie merveilleuse de Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus [Une Rose effeuillée].  Je vous avoue, ma Mère que moi-même, un vieux soldat de carrière, 19 ans de service… j’ai eu des larmes de joie en lisant cette si belle existence et devant tant de simplicité, comme paraissent mesquines les joies de ce monde. Petite rose effeuillée, Petite Reine, sœur Thérèse de l’Enfant Jésus, daignez accepter pour tous l’hommage respectueux d’un vieux soldat de cette grande guerre et priez Jésus que vous avez tant aimé : priez pour tous les petits soldats.

Vanlaethem, Pierre / Sergent Belge au Camp d’Auvours

1915 Juillet  Il y a quelques jours j’ai reçu d’un camarade un petit recueil de la vie de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et cette lecture m’a remis complètement sur le chemin que j’avais eu le malheur d’oublier. Je me suis mis depuis ce jour à prier Sainte Thérèse  de l’Enfant Jésus et je me trouve tout autre, mais il me manque quelque chose et c’est cela que je viens solliciter de votre bonté. Je vais bientôt rejoindre le front. Avant d’aller où le devoir et Dieu m’appellent je sollicite de votre bonté une médaille de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et elle sera mon bonheur.

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Devant les demandes constantes des soldats, Rome a permis la frappe de médailles avant la Béatification de Thérèse.


Suite du courrier reçu du front - page 2

Anglade J. / territorial téléphoniste

1917 nov

  Employez à la plus grande gloire de Soeur Thérèse de l’Enfant-Jésus la petite attestation que voici : Le 15 novembre courant, j’eus le malheur de donner au remords l’occasion de torturer mon âme. Pour sortir de cet affreux état, je recourus à notre chère Sainte. Vers 6 heures du soir, dans l’Eglise d’E…., banlieue de Nancy, je lui criai du fond de ma misère : « O chère Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus, faites-moi trouver un confesseur, ce soir même ! » 

  Aussitôt j’eus l’intuition, la conviction que ma prière était exaucée. Où ? comment ? Qu’importait ! Je quitte l’Eglise « allant, courant » au-devant du confesseur qui ‘venait’ à ma rencontre.  En effet, à 500 mètres de là, l’envoyé de Sr Thérèse se présentait à moi dans la personne du Curé du village voisin, et ce grand et bon vieillard rendait bientôt à mon âme la paix avec la grâce de Dieu.

Remarquez que depuis le 28 octobre, je passe là tous les soirs et à peu près à la même heure ; mais, ni avant, ni après le 15 novembre, je n’y ai plus rencontré l’envoyé de ma bienfaitrice. Gloire à vous ! ô chère Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus, et merci pour votre si opportune bonté à l’égard d’un pauvre soldat !

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