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Les articles. 1 - profil biographique de Thérèse

ARTICLES POUR LA CAUSE DE LA SERVANTE DE DIEU THÉRÈSE DE L’ENFANT-JÉSUS ET DE LA SAINTE-FACE, CARMÉLITEDU MONASTERE DE LISIEUX

[28r] PREMIÈRE PARTIE

1 - C'est la vérité que Marie-Françoise-Thérèse Martin, en religion soeur Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face, reçut de la mère prieure du Carmel de Lisieux l’Ordre d'écrire sans contrainte sur sa vie ce qui lui viendrait naturellement à la pensée. Notre-Seigneur lui ayant fait sentir qu'en obéissant simplement, elle lui serait agréable; avant de commencer à chanter les miséricordes de Dieu, elle pria la Sainte Vierge de guider sa main, ne voulant rien écrire qui ne lui soit agréable.

             Telle est l'origine de cette sorte d'autobiographie intitulée: « Histoire d'une âme.» Ce n'est par la vie proprement dite de la soeur Thérèse de l’Enfant Jésus, mais on y trouve ses pensées sur les grâces que Notre-Seigneur a daigné lui accorder, au cours de son existence. Elle était heureuse, écrivait-elle dans un gracieux langage, de chanter, près de sa mère prieure et pour elle seule, ces ineffables bienfaits et d'écrire l'histoire d'une petite fleur cueillie par Jésus. Elle ajoute: « La petite fleur qui va raconter son histoire se réjouit d'avoir à publier les prévenances tout à fait gratuites de Jésus. Elle reconnaît que rien n'était capable en elle d'attirer ses divins regards, que sa miséricorde seule l'a comblée de biens» - MSA 3,1 - Comme il sera prouvé par des témoins bien informés, qui apporteront la preuve de ce qu'ils avancent.

 

[28v] 2 - Marie-Françoise-Thérèse Martin naquit à Alençon, le 2 janvier 1873, de parents très chrétiens. Son père, Louis-Joseph-Stanislas Martin, se distinguait par son esprit de foi et une grande charité; sa mère, Zélie Guérin, était une femme d'une piété fervente et éclairée. Dieu avait donné la fécondité à leur union. Marie-Françoise-Thérèse était leur neuvième enfant. Elle fut baptisée dans l'église de Notre-Dame à Alençon, diocèse de Séez, le 4 janvier 1873. - Comme il sera constaté...

 

3 - Ces parents chrétiens se préoccupaient sans cesse du salut éternel de leurs enfants qui grandissaient dans une atmosphère de vraie et solide piété. L'aisance, éloignée de la recherche et du luxe, régnait dans leur intérieur; Dieu bénissait leurs affaires temporelles. Il rappela à lui, dès leur bas âge, quatre des enfants: deux garçons et deux filles. Les cinq autres filles entrèrent dans la vie religieuse; quatre furent reçues au Carmel de Lisieux, une au couvent de la Visitation de Caen. - Comme il sera constaté...

 

4 - Thérèse, la dernière, était entourée de l'affection la plus vive. On aimait à lui prodiguer, avec les noms de reine, de petite reine, les caresses les plus tendres. Son intelligence s'éveilla de très bonne heure et dès lors elle goûtait les charmes de la vertu. Comme plusieurs saintes, sainte Thérèse, sainte Geneviève et bien d'autres, elle se distingua par une maturité précoce, surtout vis-à-vis des pensées surnaturelles qui l'attirèrent pendant toute sa vie. « Oh! que je voudrais bien que tu mourrais, ma petite mère », lui disait-elle un jour. Comme on la grondait: « C'est pourtant - répondit-elle - pour que tu ailles au ciel, puisque tu dis qu'il faut mourir pour y aller.» - MSA 4,2 - Elle souhaitait de même la mort à son père, quand elle était dans ses excès [29r] d'amour, elle avait trois ans environ. Dès cet âge, malgré sa ténacité de volonté et son orgueil naissant, elle s'appliquait, à l'instigation de ses soeurs, à offrir à Dieu de petits sacrifices; elle s'initiait à la charité et était heureuse de porter aux pauvres les aumônes qui lui étaient confiées. - Comme il sera constaté par des témoins bien renseignés, qui apporteront la preuve de ce qu'ils avancent, parce qu'ils l'ont vu ou entendu dire.

 

5 - A quatre ans et demi, Thérèse perdit sa mère, après une longue maladie. Elle garda de ces jours un douloureux et impérissable souvenir. Tout avait frappé sa nature si sensible: l'éloignement d'abord auquel on était obligé de la soumettre, la cérémonie de l’Extrême-Onction, la douleur de son père, le baiser sur le front glacé de sa mère, la vue du cercueil qu'elle considéra longuement. Après les funérailles, les cinq petites orphelines étaient réunies et bien tristes. Céline se choisit pour mère sa soeur Marie; alors Thérèse se jeta dans les bras de l'aînée, en disant: « Pour moi, c'est Pauline qui sera maman » - MSA 12,2 - . Et elle lui donna désormais sa plus entière confiance. - Comme il sera constaté...

 

6 - Après son veuvage, M. Martin vint habiter à Lisieux la maison des Buissonnets, afin de rapprocher ses enfants de leur famille maternelle. Thérèse grandissait, sous la direction ferme et éclairée de sa soeur Pauline. Elle s'efforçait de faire ses actions pour plaire à Jésus et ne pas l'offenser, et, le soir, elle était anxieuse de savoir si le bon Dieu était content d'elle. Dès l'âge de cinq ans et demi, elle comprenait toutes les instructions religieuses qu'elle entendait, aussi on avança le moment de sa première confession. Sa préparation avait été si sérieuse qu'elle se présenta au prêtre comme au bon Dieu, [29v] elle emporta de cette première confession un souvenir plein d'allégresse et une dévotion plus grande envers la Sainte Vierge. Comme il sera constaté...

 

7 - C'était une joie de sortir avec M. Martin, leur promenade se terminait d'ordinaire par une visite au Saint-Sacrement. Elle aimait les cérémonies du dimanche, les fêtes religieuses, les pieuses lectures, la prière en commun, n'ayant, dit-elle, qu'à regarder son père pour savoir comment prient les saints. Elle entrevit, dans une sorte de vision prophétique, racontée aussitôt à ses soeurs, les croix qui devaient peser sur la fin de ce père bien-aimé. Elle crut le reconnaître sous les traits d'un vieillard courbé par l'âge et portant sur sa tête blanchie le signe de sa grande épreuve; son coeur si affectueux ne put jamais éloigner ce souvenir et l'événement confirma, plus tard, ses appréhensions d'enfant. - Comme il sera constaté...

 

8 - Thérèse entra chez les religieuses bénédictines de Lisieux, pour suivre les cours du pensionnat, à l'âge de huit ans et demi. Sa vive intelligence brillait dans les études, mais elle préférait le temps passé dans sa famille aux jeux plus bruyants de ses compagnes. Bientôt le départ pour le Carmel de sa soeur Pauline, qui avait été pour elle une seconde mère, lui causa une peine très vive. A cette époque et aux entretiens avec sa soeur remontent ses premières aspirations à la vie du cloître et le désir de parvenir à la sainteté. Elle s'en ouvrit même, sous l'impulsion de sa soeur, à la mère prieure du Carmel. Celle-ci ajourna à de longues années la petite postulante de neuf ans, qui devait passer avant par de multiples épreuves. La première fut une maladie très grave, accompagnée de phénomènes étranges, de frayeurs attribuées au démon; la science du médecin et les [30r] soins dévoués de la famille restaient impuissants. La maladie se termina subitement pendant une neuvaine à Notre-Dame des Victoires. Un jour, où l'état paraissait le plus grave, ses soeurs se jetèrent à genoux au pied de la statue de Marie, la petite malade s'unit à leur prière ardente et Marie se laissa toucher. « La Sainte Vierge s'est avancée vers moi - dit-elle -, elle m'a souri... mais je ne le dirai à personne, car mon bonheur disparaîtrait » - MSA 30,1 - . Elle était guérie. Cependant sa nature si impressionnable fut en partie devinée par ses soeurs et des questions, dues à la pieuse curiosité des carmélites, achevèrent la divulgation du secret, ce qui la jeta dans une longue et pénible anxiété.

 

9 - La première communion de Thérèse eut lieu le 8 mai 1884. Pour mieux s'y disposer, elle offrait de petits sacrifices en grand nombre, comme autant de fleurs variées; elle était avide des conseils de piété qu'elle recevait et des instructions plus intimes de sa soeur Marie. Sa ferveur redoubla pendant sa retraite à l'abbaye de Lisieux. Elle la suivit comme pensionnaire et fut entourée des soins les meilleurs par les religieuses bénédictines. Les instructions sacerdotales achevèrent la préparation de ce grand jour. « Qu'il fut doux le premier baiser de Jésus à mon âme! » a-t-elle écrit, des larmes de joie coulaient durant l'action de grâces pendant qu'elle disait à Notre-Seigneur: « Je vous aime et veux me donner toute à vous » - MSA 35,1 - . Thérèse avait disparu comme la goutte d'eau qui se perd dans l'océan, Jésus restait seul, il était le maître, le roi. Elle prononça, au nom de ses compagnes, l'acte de consécration à Marie, animée d'un souvenir plein de reconnaissance pour la protection dont elle avait été l'objet. - Comme il sera constaté...

 

10 - Le 14 juin 1884 elle reçut la confirmation.

[30v] On lit dans l'« Histoire d'une âme »: « Je m'étais préparée avec beaucoup de soin à la visite de l'Esprit-Saint; je ne pouvais comprendre qu'on ne fît pas une grande attention à la réception de ce sacrement d'amour. La cérémonie n'ayant pas eu lieu au jour marqué, j'eus la consolation de voir ma solitude un peu prolongée. Ah! que mon âme était joyeuse! Comme les apôtres, j'attendais avec bonheur le Consolateur promis, je me réjouissais d'être bientôt parfaite chrétienne, et d'avoir sur le front, éternellement gravée, la croix mystérieuse de ce sacrement ineffable » - MSA 36,2 - . Comme sa soeur Céline était surprise de ces pieux désirs, que les enfants manifestent plutôt pour la première communion, elle lui révéla alors, avec un saint enthousiasme et une intelligence bien supérieure à son âge, ce qu'elle comprenait de la vertu de ce sacrement, de la prise de possession de son coeur, de son âme, de tout son être, par l’esprit d'amour. « Je ne sentis pas - dit-elle - le vent impétueux de la première Pentecôte, mais plutôt cette brise légère dont le prophète Elie entendit le murmure sur la montagne d'Horeb. En ce jour, je reçus la force de souffrir, force qui m'était bien nécessaire, car le martyre de mon âme devait commencer peu après » - MSA 36,1-37,2 - .

En effet la maladie des scrupules l'assaillit à tel point à 13 ans, que son père dut la retirer du pensionnat des bénédictines. Sa soeur Marie était sa confidente et la soutenait, jusqu'au jour où elle-même quitta les Buissonnets pour le Carmel. Thérèse alors chercha son appui dans sa famille du ciel, en invoquant surtout les quatre petits anges que Dieu avait rappelés à lui. - Comme il sera constaté...

 

11 - A une sensibilité exagérée et trop personnelle succéda une charité intense pour les âmes et un grand désir de [31r] les sauver par la prière; ce fut la grâce, 1886, qu'elle appelle l'époque de sa conversion. La vue des blessures de Notre-Seigneur sur la croix toucha son coeur, la parole du Calvaire: « J'ai soif », se présentait à son esprit dans le sens spirituel du zèle pour le salut des âmes. Comme elle avait souvent entendu parler, à cette époque, d'un assassin endurci, sur le point d'expier à Paris ses forfaits, elle employa tous les moyens spirituels pour sa conversion et fit cette prière: « Mon Dieu, je suis bien sûre que vous pardonnerez au malheureux Pranzini, je le croirais même s'il ne se confessait pas et ne donnait aucune marque de contrition, tant j'ai confiance en votre infinie miséricorde; mais, c'est mon premier pécheur, à cause de cela je vous demande un signe de son repentir, pour ma simple consolation.» - MSA 46,1 - Et, sur l'échafaud, au moment suprême, ce pécheur, obstiné jusque-là, réclama le crucifix que l'abbé Faure, l'aumônier de la prison, lui fit baiser. La lecture de cette scène, où le signe réclamé avait été obtenu, remplit de consolation la servante de Dieu. Comme il sera constaté...

 

12 - Thérèse s'efforçait avec sa soeur Céline de correspondre à la grâce; l'Imitation de Jésus-Christ était sa lecture habituelle, le texte se gravait dans sa mémoire. Elle communiait souvent et Jésus l'instruisait lui-même; il l'appelait, bien jeune encore, vers le Carmel, Céline était sa seule confidente. A quatorze ans et demi, le moment lui sembla venu de s'en ouvrir à son père *; bien des obstacles allaient s'opposer au pieux projet; pour en triompher, elle invoqua le Saint-Esprit avec ferveur et résolut d'exposer son désir le jour même de la Pentecôte. Le sacrifice fut dur pour M. Martin; mais profondément chrétien, il ne pensa pas à s'opposer à la vocation de sa fille. « Il me parla comme un saint », a écrit la Servante de Dieu - MSA 50,2 - et n'objecta que la grande jeu-[31v]nesse de Thérèse. Les autres consentements furent plus laborieux à obtenir: il y eut opposition momentanée dans la famille, au Carmel, peu d'encouragements, sauf chez la soeur Agnès de Jésus; opposition du supérieur du Carmel, qui crut sans doute au succès d'un moyen dilatoire, en renvoyant la décision à Mgr Hugonin, Thérèse plaida elle-même sa cause devant monseigneur l'évêque de Bayeux, vivement frappé de la vocation précoce de cette enfant et plus encore de la générosité de son père, mais il crut ne devoir donner qu’une réponse évasive à cause de la grande jeunesse de l'enfant. La peine qu'elle en éprouva ne put ébranler sa volonté de répondre, sans retard, à l'appel divin. Comme il sera constaté...

 

13 - M. Martin, pour consoler Thérèse, la conduisit à Rome avec sa soeur Céline; ils s'étaient joints au pèlerinage du diocèse de Coutances, organisé à l'occasion du jubilé sacerdotal de Léon XIII. Elle forma le projet de demander au Saint-Père l'autorisation si désirée. L'itinéraire était combiné pour l'agrément et la piété des pèlerins. Les beautés de la nature et de l'art charmaient Thérèse, les souvenirs religieux la touchaient davantage, surtout au sanctuaire de Lorette, aux Catacombes, au Colysée; la vue du Pape, l'assistance à sa messe l'impressionnèrent au plus haut point. Voici ce qu'elle écrivait à cette époque: «Je ne sais pas comment je m'y prendrai pour parler au Pape; vraiment si le bon Dieu ne se chargeait pas de tout, je ne sais comment je ferais, Mais j'ai une si grande confiance en lui qu'il ne pourra pas m'abandonner, je remets tout entre ses mains » - LT 32 - . Enfin arriva le moment de l'audience. Les pèlerins étaient admis à s'agenouiller devant Sa Sainteté et à baiser son anneau, avec la défense formelle de lui adresser aucune requête. Cependant Thérèse dominant l'émotion que cause à [32r] tous la première rencontre avec le Vicaire de Jésus-Christ, les yeux baignés de larmes, encouragée par sa soeur et soutenue par la grâce elle dit au Pape: « Très Saint-Père, j'ai une grande grâce à vous demander. Aussitôt raconte-t-elle, baissant la tête jusqu'à moi, son visage toucha presque le mien, on eût dit que ses yeux noirs et profonds voulaient me pénétrer jusqu'à l'intime de l'âme. Très Saint-Père, répétais-je, en l'honneur de votre jubilé permettez-moi d'entrer au Carmel à quinze ans.»

M. Révéroni, vicaire général, était à côté du Pape, il reprit:

« Très Saint-Père, c'est une enfant qui désire la vie du Carmel, mais les supérieurs examinent la question en ce moment.

- Eh bien! mon enfant, me dit Sa Sainteté, faites ce que les supérieurs décideront.»

Joignant alors les mains et les appuyant sur les genoux du Pape, elle tenta un suprême effort.

« Oh! très Saint-Père, si vous disiez oui, tout le monde voudrait bien.

- Allons, allons, - lui dit Léon XIII, en appuyant sur chaque syllabe -, vous entrerez si le bon Dieu le veut » . - MSA">. - MSA> 63,1-2 -

Grande fut l'épreuve de n'avoir pas le oui si ardemment désiré. La pieuse enfant avait fait tout son possible, Dieu devait faire le reste; mais, à partir de ce moment, il y eut comme un voile sur son pèlerinage. - Comme il sera constaté...

 

14 - Monseigneur l'évêque de Bayeux fut informé de ce qui s'était passé à l'audience du Vatican, il écrivit au Carmel pour donner son avis favorable; c'était au jour des Saints Innocents. L'entrée fut alors ajournée par la mère prieure et reportée après le carême. La Servante de Dieu a indiqué comment elle s'y disposa, et surmonta la tentation de mener pendant ces quelques mois une vie moins réglée que de coutume. [32v] Dieu lui fit comprendre les bienfaits de ce délai: « Je résolus - écrit-elle - de me livrer plus que jamais à une vie sérieuse et mortifiée. Lorsque je dis mortifiée, je n'entends pas les pénitences des saints. Loin de ressembler aux belles âmes qui, dès leur enfance, pratiquent toute espèce de macérations, je faisais uniquement consister les miennes à briser ma volonté, à retenir une parole de réplique, à rendre de petits services autour de moi, sans les faire valoir, et mille autres choses de ce genre. Par la pratique de ces riens je me préparais à devenir la fiancée de Jésus et je ne puis dire combien cette attente me fit grandir dans l'abandon, l'humilité et les autres vertus.» - MSA 68,2 -

 

Le passage suivant d'une lettre à sa soeur Pauline, mère Agnès de Jésus, fait connaître les pensées qui animaient cette âme généreuse pendant cette période d'attente :

« Ma petite maman chérie,

Ma nacelle a bien de la peine à atteindre le port. Depuis longtemps je l'aperçois, et toujours je m'en trouve éloignée; mais Jésus la guide, cette petite nacelle, et je suis sûre qu'au jour choisi par lui, elle abordera heureusement au rivage béni du Carmel. 0 Pauline! quand Jésus m'aura fait cette grâce, je veux me donner tout entière à lui, toujours souffrir pour lui, ne plus vivre que pour lui. Oh non! Je ne craindrai pas ses coups, car, même dans les souffrances les plus amères, on sent que c'est sa douce main qui frappe. Et quand je pense que pour une souffrance supportée avec joie, nous aimerons davantage le bon Dieu toujours! Ah! si au moment de ma mort je pouvais avoir une âme à offrir à Jésus, que je serais heureuse! Il y aurait une âme [33r] de moins dans l'enfer, une de plus à bénir le bon Dieu toute l'éternité! » - LT 43 - 13. Comme il sera constaté...

 

15 - L'entrée au Carmel fut fixée au 9 avril 1888. La résolution de se donner tout entière à Dieu, qui avait dicté tant de démarches, n'abandonna pas la jeune postulante de 15 ans, au moment du départ. Fortifiée par la sainte communion et la bénédiction de son admirable père, elle franchit, sans larmes, la porte de clôture, mais son coeur battait si violemment, au moment de la séparation, qu'elle se demandait si elle n'allait pas mourir. Elle fut réconfortée par le cordial accueil de sa nouvelle famille religieuse et une paix intime de l'âme ne l'abandonna plus, même avec le pain quotidien des sécheresses. Son but, le salut des âmes et surtout la prière pour les prêtres, ne pouvait être atteint que par l'union avec la croix, elle le comprenait et ne cessa, jusqu'à la mort, de porter sa croix. Elle avait d'autant plus de mérite qu'elle devait dominer la sensibilité de sa nature, elle se refusait toutes les occasions de la satisfaire. - Comme il sera constaté...

 

16 - La Servante de Dieu suivit une retraite du père Pichon, S. J., religieux très versé dans la conduite des âmes; elle s'ouvrit à lui avec une grande simplicité, il la tranquillisa sur son passé et ajouta: « Mon enfant, que Notre-Seigneur soit toujours votre supérieur et votre maître des novices » - MSA 70,1 - paroles qui n'enlevèrent rien de la soumission à ses supérieurs religieux, en qui elle voyait les représentants directs de Dieu, mais lui indiquaient de le laisser agir directement dans son âme. Elle se tourna bien vite vers le Directeur des directeurs et s'épanouit à l'ombre de la croix.

 

[33v] 17 - La prise d'habit, fixée au 10 janvier 1889, fut présidée par Mgr Hugonin, évêque de Bayeux. M. Martin, malgré les craintes qu'avait données sa santé, put présenter lui-même sa fille au Seigneur. Bientôt l'état de dépression intellectuelle et physique, dans lequel il tomba, fut l'épreuve que le coeur de Thérèse redoutait, et ressentit si profondément; elle comprit que son père, après avoir donné ses enfants au ciel ou au cloître, s'était offert lui-même comme victime. Les peines de sa piété filiale s'augmentèrent d'une grande sécheresse d'âme, et cependant elle remerciait Dieu dans ses épreuves et écrivait à sa soeur Céline pour la consoler:

Janvier 1889

« Ma chère petite Céline,

Jésus te présente la croix, une croix bien pesante! et tu t'effraies de ne pouvoir porter cette croix sans faiblir; pourquoi? Notre Bien-Aimé, sur la route du Calvaire, est bien tombé trois fois, pourquoi n'imiterions-nous pas notre Epoux? Quel privilège de Jésus! Comme il nous aime pour nous envoyer une si grande douleur! Ah! l'éternité ne sera pas assez longue pour l'en bénir. Il nous comble de ses faveurs, comme il en comblait les plus grands saints. Quels sont donc ses desseins d'amour sur nos âmes? Voilà un secret qui ne nous sera dévoilé que dans notre patrie, le jour où le Seigneur essuiera toutes nos larmes. Maintenant, nous n'avons plus rien à espérer sur la terre, les fraîches matinées sont passées, il ne nous reste que la souffrance! Oh! quel sort digne d'envie! Les Séraphins dans les cieux sont jaloux de notre bonheur » - LT 81 - .

 

Et le 28 février 1889:

[34r] « Ma chère petite soeur,

Jésus est un Epoux de sang. Il veut pour lui tout le sang de notre coeur! Tu as raison, il en coûte pour lui donner ce qu'il demande. Et quelle joie que cela coûte! Quel bonheur de porter nos croix faiblement! Céline, loin de me plaindre à Notre-Seigneur de cette croix qu'il nous envoie, je ne puis comprendre l’amour infini qui l'a porté à nous traiter ainsi. Il faut que notre père soit bien aimé de Dieu, pour avoir tant à souffrir! Quelles délices d'être humiliées avec lui! L'humiliation est la seule voie qui fait les saints, je le sais; je sais aussi que notre épreuve est une mine d'or à exploiter, Moi, petit grain de sable, je veux me mettre à l'oeuvre, sans courage, sans force, et cette impuissance même me facilitera l'entreprise, je veux travailler par amour. C'est le martyre qui commence... Ensemble, ma soeur chérie, entrons dans la lice; offrons nos souffrances à Jésus pour sauver les âmes » - LT 82 - .

Et encore le 18 juillet 1890:

« Et notre père chéri! Ah! mon coeur est déchiré; mais comment nous plaindre, puisque Notre-Seigneur lui-même a été considéré comme un homme frappé de Dieu et humilié? Dans cette grande douleur, oublions-nous et prions pour les prêtres; que notre vie leur soit consacrée. Le divin Maître me fait de plus en plus sentir qu'il veut cela de nous deux... » - LT 108 - .Comme il sera constaté...

 

18 - A la fin de son noviciat la Servante de Dieu aspirait à sa profession, quand elle fut différée par le supérieur ecclésiastique. Le sacrifice ne fut pas accepté sans efforts, mais la lumière divine lui montra qu'une fiancée ne serait pas agréable à son époux, si elle n’était ornée de magnifiques parures et elle dit à Dieu.- « Je vais mettre tous mes soins à me faire une robe enrichie de diamants et de pierreries de [34v] toutes sortes, quand vous me trouverez assez riche, je suis sûre que rien ne vous empêchera de me prendre pour épouse. » "

Aidée de la Sainte Vierge, elle se mit à l'oeuvre avec courage, ses efforts portaient surtout vers la vertu de pauvreté, les petits actes de vertu bien cachés, la mortification de l'amour-propre, à défaut des autres mortifications que lui interdisait l'obéissance. Elle a dit de cette période, qui dura vingt mois: « Tout ce que je viens d'écrire, en si peu de mots, demanderait bien des pages; mais ces pages ne se liront pas sur la terre » - MSA 75,1 - . - Comme il sera constaté...

 

19 - Quelques-unes ont été signalées, au moins pour la retraite de profession. Elle écrivait à sa soeur Marie (4 septembre 1890):

« Votre petite fille n'entend guère les harmonies célestes.- son voyage de noces est bien aride! Son fiancé, il est vrai, lui fait parcourir des pays fertiles et magnifiques; mais la nuit l'empêche de rien admirer et surtout de jouir de toutes ces merveilles. Vous allez peut-être croire qu'elle s'en afflige? Mais non, au contraire, elle est heureuse de suivre son fiancé pour lui seul et non à cause de ses dons. Lui seul, il est si beau! si ravissant! même quand il se tait, même quand il se cache! » - LT 111 -

« Bien loin d'être consolée - dit-elle encore -, l'aridité la plus absolue, presque l'abandon furent mon partage. Jésus dormait, comme toujours, dans ma petite nacelle » - MSA 75,2 - . Elle attribue à une bénédiction spéciale reçue du Saint-Père, l'assistance qui l'aida à traverser la plus furieuse tempête de toute sa vie. Quelques heures avant sa profession, dans cette aridité absolue, le démon lui suggéra l'assurance qu'elle n'était pas appelée au Carmel, qu'elle trompait ses supérieurs [35r] en avançant dans une voie qui n'était pas faite pour elle. A ce moment d'angoisse et de perplexité, Jésus, qui lui indiquait, comme elle l'assure, les moyens actuels de pratiquer la vertu, lui inspira de découvrir la tentation à la maîtresse des novices et à sa supérieure. Quand cet acte d'humilité eut été accompli, la paix, une paix qui surpasse tout sentiment, pénétra son coeur et y demeura, malgré les larmes versées sur les tristesses extérieures, qui accompagnèrent sa prise de voile. Elle les dit à sa soeur Céline dans sa lettre du 23 septembre 1890:

« 0 Céline, comment te dire ce qui se passe dans mon âme?... Quelle blessure! Mais je sens qu'elle est faite par une main amie, par une main divinement jalouse!... Tout était prêt pour mes noces; cependant ne trouves-tu pas qu'il manquait quelque chose à la fête? Il est vrai que Jésus avait déjà mis bien des joyaux dans ma corbeille, mais il en fallait un, sans doute, d'une beauté incomparable, et ce diamant précieux, Jésus me l'a donné aujourd'hui... Papa ne viendra pas demain! Céline, je te l'avoue, mes larmes ont coulé... elles coulent encore pendant que je t'écris, je puis à peine tenir ma plume. Tu sais à quel point je désirais revoir notre père chéri; eh bien! maintenant je sens que c'est la volonté du bon Dieu qu'il ne soit pas à ma fête. Il a permis cela simplement pour éprouver notre amour... Jésus me veut orpheline, il veut que je sois seule avec lui seul, pour s'unir plus intimement à moi; et il veut aussi me rendre, dans la patrie, les joies si légitimes qu'il m'a refusées dans l’exil. » - LT 120 -

Notre-Seigneur ne l'abandonna pas, après sa profession, dans ses nombreuses épreuves spirituelles, et la consola de différentes manières. Un jour, il se servit du prédicateur de retraite, qui les ayant entrevues, lui dit: « Mon enfant, en ce moment, je tiens la place du bon Dieu auprès de vous, eh bien! Je vous [35v] affirme de sa part qu'il est très content de votre âme », - MSA 80,2 - et cette assurance la combla de joie. Plus tard, c'est la doyenne et fondatrice du Carmel de Lisieux, la mère Geneviève, religieuse vénérable qui au moment d'une nuit obscure dans son âme lui donna ce bouquet spirituel: « Ma petite fille, servez Dieu avec paix et avec joie; rappelez-vous, mon enfant, que notre Dieu est le Dieu de la paix » - MSA 78,1 - . Paroles qui furent un arc-en-ciel dans la vie d'épreuves de la jeune religieuse. - Comme il sera constaté...

 

20 - A une longue période d'aridité succédèrent des jours de paix et de joie: « Le divin Maître - dit-elle - a changé complètement sa manière de faire pousser sa petite fleur: la trouvant sans doute assez arrosée, il la laisse maintenant grandir sous les rayons bien chauds d'un soleil éclatant» - MSC 1,2-2,1 - Son désir de sanctification redoublait. La distance était extrême entre elle et une sainte, pensait-elle. Si Dieu l'y appelait, il lui donnerait le moyen de franchir la distance. Mais comment? n'y aurait-il, se disait-elle toujours, d'inventions pratiques que dans la vie terrestre si l'on découvrait un ascenseur pour s'élever jusqu'à Dieu. Elle en chercha le secret dans les livres saints. Ces mots des Proverbes (9,4) lui parurent la solution désirée: « Si quelqu'un est tout petit, qu'il vienne à moi », et ceux d'Isaïe (66,13): « Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein et vous balancerai sur mes genoux.» L'ascenseur précieux est trouvé: ce sont vos bras, ô Jésus. Elle ne désire plus que chanter les miséricordes divines, et se sanctifier dans la voie où Dieu l'appelle. - Comme il sera constaté...

 

21 - Malgré ses supplications, la mère prieure lui confia [36r] la charge de maîtresse des novices, sans lui en donner le titre, elle n'avait que 22 ans. « Dès que je pénétrai - écrit-elle - dans le sanctuaire des âmes, je jugeai, du premier coup d'oeil, que la tâche dépassait mes forces; et je me plaçai bien vite dans les bras du bon Dieu.» - MSC 22,1 - Elle ajoute: « En comprenant qu’il m'était impossible de rien faire par moi-même, la tâche me parut simplifiée. je m'occupai intérieurement et uniquement à m'unir de plus en plus à Dieu, sachant que le reste me serait donné par surcroît. En effet, jamais mon espérance n'a été trompée; ma main s'est trouvée pleine autant de fois qu'il a été nécessaire pour nourrir nos soeurs » - MSC 22,2 - . - Comme il sera constaté...

 

22 - La jeune maîtresse des novices se conduisait avec une prudence consommée dans cette direction des âmes, elle étudiait avec soin la voie que Dieu voulait pour chacune; son attention était toujours en éveil, quoi qu'il lui en coûtât, pour observer les fautes et leur livrer une guerre à mort. Si sa perspicacité, aidée de la grâce, découvrait les moindres défauts, sa bonté ne reprenait pas sans s'imposer un véritable effort. « Je trouve - dit-elle - le prophète Jonas bien excusable de s'être enfui de devant la face du Seigneur pour ne pas annoncer la ruine de Ninive » - MSC 23,1 - .

La sévérité était plus difficile à la Servante de Dieu à cause de son jeune âge, et cependant elle disait: « Le Seigneur m'a fait cette grâce de n'avoir nulle peur de la guerre; à tout prix il faut que je fasse mon devoir » - MSC 23,2 - . Si on lui demandait avec instance: « Ne me prenez pas par la force, mais par la douceur, autrement vous n'aurez rien » - MSC 23,2-24,1 - , elle se disait que nul n'est bon juge dans sa propre cause, qu'un enfant, auquel le chirurgien fait subir une douloureuse opération, ne manquera pas de jeter les hauts cris et dire que le remède est pire que le mal; cependant, quand il se trouve guéri, il est tout heureux de pouvoir jouer et courir. Il en est de mê- [36v] me pour les âmes, bientôt elles reconnaissent qu'un peu d'amertume est préférable au sucre et ne craignent pas de l'avouer. - Comme il sera constaté...

 

23 - La vigilance sur elle-même, sur la curiosité en particulier et sur la sensibilité, n'était pas moindre que celle exercée sur ses novices: « Je sais, ma mère - disait-elle -, que vos petits agneaux me trouvent sévère... S'ils lisaient ces lignes ils diraient que cela n'a pas l'air de me coûter le moins du monde de courir après eux, de leur montrer leur belle toison salie, ou bien de leur rapporter quelques flocons de laine qu'ils ont accrochés aux ronces du chemin. Les petits agneaux peuvent dire tout ce qu'ils voudront: dans le fond ils sentent que je les aime d'un très grand amour; non, il n'y a pas de danger que j'imite le mercenaire qui voyant venir le loup, laisse le troupeau et s'enfuit. je suis prête à donner ma vie pour eux et mon affection est si pure que je ne désire même pas qu'ils la connaissent. Jamais, avec la grâce de Dieu, je n'ai essayé de m'attirer leurs coeurs; j'ai compris que ma mission était de les conduire à Dieu et à vous, ma mère, qui êtes ici-bas le Dieu visible qu'ils doivent aimer et respecter » - MSC 23,1-2 - . C'est la prière et le sacrifice qui font toute ma force, ce sont mes armes invincibles; elles peuvent, bien plus que les paroles, toucher les coeurs, je le sais par expérience » - MSC 24,2 - . Comme il sera constaté...

 

24 - La première atteinte du mal, qui devait l'emporter, se fit sentir par un crachement de sang, à la fin du carême de 1896, le 3 avril, dans la nuit du jeudi saint, elle avait 23 ans. Les conséquences lui en apparurent aussitôt « comme un lointain murmure qui lui annonçait l'arrivée de l'Epoux » - MSC 5,1 - . Par mortification cependant, elle resta toute la nuit sans cons-[37r]tater la réalité de l'accident et le lendemain elle demanda avec instance de ne rien modifier au régime de la semaine sainte. Comme il sera constaté...

 

25 - Dieu permit alors une épreuve nouvelle: de violentes tentations contre la foi vinrent l'assaillir et lui causer un inexprimable martyre. Ces attaques visaient en particulier l'existence du ciel. Dans cette nuit noire, elle multiplia les actes et les oeuvres de la foi, elle offrit ses souffrances en réparation des fautes commises sur la terre contre cette vertu. - Comme il sera constaté...

 

26 - La Servante de Dieu a écrit par obéissance comment se termina momentanément cette épreuve. Ses paroles s’adressent à Jésus et non plus à la mère prieure et elle rapporte le songe qu'elle eut, le 10 mai 1897:

« 0 Jésus, qui pourra dire avec quelle tendresse, quelle douceur vous conduisez ma petite âme!... L'orage grondait bien fort en elle depuis la belle fête de votre triomphe, la radieuse fête de Pâques; lorsqu'un des jours du mois de mai, vous avez fait luire dans ma sombre nuit un pur rayon de votre grâce... Pensant aux songes mystérieux que vous accordez parfois à vos privilégiés, je me disais que cette consolation n'était pas faite pour moi; que, pour moi, c'était la nuit, toujours la nuit profonde! Et sous l'orage, je m'endormis. Le lendemain, 10 mai, aux premières lueurs de l'aurore, je me trouvai, pendant mon sommeil, dans une galerie où je me promenais seule avec notre mère. Tout à coup, sans savoir comment elles étaient entrées, j'aperçus trois carmélites revêtues de leurs manteaux et grands voiles, et je compris qu'elles venaient du ciel. Ah! que je serais heureu-[37v]se, pensai-je, de voir le visage d'une de ces carmélites! Comme si ma prière eût été entendue, la plus grande des saintes s'avança vers moi et je tombai à genoux. 0 bonheur! elle leva son voile, ou plutôt le souleva et m'en couvrit. Sans aucune hésitation, je reconnus la vénérable mère Anne de Jésus, fondatrice du Carmel en France. Son visage était beau, d'une beauté immatérielle; aucun rayon ne s'en échappait, et cependant, malgré le voile épais qui nous enveloppait toutes les deux, je voyais ce céleste visage éclairé d'une lumière douce qu'il semblait produire de lui-même. La sainte me combla de caresses et, me voyant si tendrement aimée, j'osai prononcer ces paroles: 0 ma mère, je vous en supplie, dites-moi si le bon Dieu me laissera longtemps sur la terre? Viendra-t-il bientôt me chercher? Elle sourit avec tendresse. - Oui, bientôt... bientôt... Je vous le promets. - Ma mère, ajoutai-je, dites-moi encore si le bon Dieu ne me demande pas autre chose que mes pauvres petites actions et mes désirs; est-il content de moi?

 

A ce moment, le visage de la vénérable mère resplendit d'un éclat nouveau, et son expression me parut incomparablement plus tendre. - Le bon Dieu ne demande rien autre chose de vous, me dit-elle, il est content, très content!... Et me prenant la tête dans ses mains, elle me prodigua de telles caresses, qu’il me serait impossible d'en rendre la douceur. Mon coeur était dans la joie, mais je me souvins de mes soeurs et je voulus demander quelques grâces pour elles... Hélas! je m'éveillai! Je ne saurais redire l'allégresse de mon âme. Plusieurs mois se sont écoulés depuis cet ineffable rêve, et cependant le souvenir qu'il me laisse n'a rien perdu de sa fraîcheur, de ses charmes célestes. je vois encore le regard et le sourire pleins d'amour de cette sainte carmélite, je crois sentir encore les caresses dont elle me combla [38r]. 0 Jésus, vous aviez commandé aux vents et à la tempête, et il s'était fait un grand calme. A mon réveil, je croyais, je sentais qu'il y a un ciel, et que ce ciel est peuplé d'âmes qui me chérissent et me regardent comme leur enfant » - MSB 2,12 - . - Comme il sera constaté...

 

27- Après des désirs brûlants de zèle elle s'écria: « 0 Jésus, mon amour, ma vocation, enfin, je l'ai trouvée, ma vocation, c'est l'amour. Oui, j'ai trouvé une place au sein de l'Eglise et cette place, ô mon Dieu, c'est vous qui me l'avez donnée, dans le coeur de l'Eglise, ma mère, je serai l'amour... je ne sais plus qu'une chose, vous aimer, ô Jésus. Les oeuvres éclatantes me sont interdites, je ne puis prêcher l'Evangile, verser mon sang... Qu'importe! Mes frères travaillent à ma place et moi, petit enfant, je me tiens tout près du trône royal, j'aime pour ceux qui combattent... Mais comment témoignerai-je mon amour, puisque l'amour se prouve par les oeuvres?... je n'ai pas d'autre moyen pour vous prouver mon amour que de jeter des fleurs, c'est-à-dire de ne laisser échapper aucun sacrifice, aucun regard, aucune parole, de profiter des moindres actions et de les faire par amour. Je veux souffrir par amour et même jouir par amour, ainsi je jetterai des fleurs, je n'en rencontrerai pas une sans l'effeuiller pour vous. O Jésus, que ne puis-je dire à toutes les petites âmes ta condescendance ineffable! Je sens que si, par impossible, tu en trouvais une plus faible que la mienne, tu te plairais à la combler de faveurs plus grandes encore, pourvu qu'elle s'abandonnât avec une entière confiance à ta miséricorde infinie» - MSB 3,2, 4,1-2, 5,2 - Comme il sera constaté...