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Les articles. 2 - les vertus de Thérèse

ARTICLES POUR LA CAUSE DE LA SERVANTE DE DIEU THÉRÈSE DE L’ENFANT-JÉSUS ET DE LA SAINTE-FACE, CARMÉLITE DU MONASTERE DE LISIEUX


[39r] DEUXIÈME PARTIE

 

VERTUS THÉOLOGALES, VERTUS CARDINALES ET AUTRES VERTUS CONNEXES PRATIQUÉES PAR LA SERVANTE DE DIEU AU DEGRÉ HÉROÏOUE

 

La vie de la Servante de Dieu se fit remarquer par la pratique constante de vertus chrétiennes; dès son jeune âge elle lutta contre ses défauts naissants. Ses vertus grandirent dans la vie religieuse pour atteindre par la promptitude, par la générosité, par la continuité sans défaillance, le degré héroïque, qui les distingua des vertus pratiquées par les religieuses ferventes, comme, dans une campagne, les héros se signalent parmi les braves qui les entourent.

 

LA FOI

 

28 - Thérèse de l’Enfant Jésus eut un foi précoce; elle la montrait, toute petit enfant, dans ses réflexions sur la puissance de Dieu, dans la pensée du ciel, dans la pratique des sacrifices. «Je m'efforçais - dit-elle - de plaire à Jésus dans toutes mes actions et je faisais grande attention à ne l'offenser jamais » - MSA 15,2 - . Sa première confession fut faite avec un grand esprit de foi; à cinq ans et demi, un sermon sur la Passion 1a toucha si profondément que depuis elle ne cessa de saisir le sens et de goûter toutes les instructions religieuses. Elle témoignait par son attitude recueillie à l'église, par le goût avec lequel elle parlait ou entendait parler des cho-[39v]ses pieuses d'une dévotion peu commune. Ses vertus reflétaient sur ses traits une lumière céleste. Une personne disait en la regardant: « Qu'a donc cette enfant? on en voit d'aussi jolies, mais ce n'est pas de cette beauté-là: cette petite Thérèse a du ciel dans les yeux.» - Comme, il sera constaté...

 

29 - Sa foi parut dans la préparation lointaine à la première communion. Lorsque sa soeur Céline se disposait à ce grand jour, Thérèse n'avait que sept ans, elle voulut imiter sa soeur et prit la résolution de mener dès lors une vie nouvelle, pensant que ce ne serait pas trop de quatre ans pour se préparer à recevoir Notre-Seigneur. Aidée de sa soeur Marie, ses efforts redoublèrent, quand vint la préparation immédiate; elle s'isolait dans sa chambre pou r penser au bon Dieu dans une véritable oraison. Voici le souvenir qu'elle avait gardé de sa première communion: «Ce jour-là - dit-elle - notre rencontre ne pouvait plus s'appeler un simple regard, mais une fusion. Nous n'étions plus deux: Thérèse avait disparu comme la goutte d'eau qui se perd au sein de l'océan, Jésus restait seul, il était le Maître, le Roi » - MSA 35,1 - - Comme il sera constaté...

 

30 - Elle aspirait ensuite à s'approcher souvent de la table sainte et se fit remarquer toute sa vie par sa dévotion envers l'Eucharistie: « Ce n'est pas - disait-elle - pour rester dans le ciboire d'or que Jésus descend chaque jour du ciel, mais afin de trouver un autre ciel, le ciel de notre âme où il prend ses délices » - MSA 48,2 - . Elle ne se contentait pas de communier; elle n'entreprenait rien d'important sans faire offrir le saint sacrifice de la messe. Lorsque, à 14 ans, déjà altérée de la soif des âmes, elle voulait obtenir la conversion d'un assassin fameux, nommé Pranzini, sentant que ses petits mérites seraient insuffisants, [40r] elle demanda à sa soeur Céline, qui avait deviné ses intentions, de faire dire une messe pour ce criminel et, plus tard, quand on lui remettait quelque argent pour ses fêtes, elle demandait la permission de faire offrir le saint sacrifice pour celui qu'elle appelait « son enfant » - MSA 46,2 - Voici ce qu'elle a écrit à son sujet:

 

«Afin d'exciter mon zèle, le bon Maître me montra bientôt que mes désirs lui étaient agréables. J'entendis parler d'un grand criminel - du nom de Pranzini - condamné à mort pour des meurtres épouvantables, et dont l'impénitence faisait craindre une éternelle damnation. Je voulus empêcher ce dernier et irrémédiable malheur. Afin d'y parvenir, j'employai tous les moyens spirituels imaginables; et, sachant que de moi-même je ne pouvais rien, j'offris pour sa rançon les mérites infinis de Notre-Seigneur et les trésors de la sainte Eglise. Faut-il le dire? le sentais au fond de mon coeur la certitude d'être exaucée. Mais afin de me donner du courage pour continuer de courir à conquête des âmes, je fis cette naïve prière: Mon Dieu, je suis bien sûre que vous pardonnerez au malheureux Pranzini; je le croirais même s'il ne se confessait pas et ne donnait aucune marque de contrition, tant j'ai confiance en votre infinie miséricorde. Mais c'est mon premier pécheur; à cause de cela, vous. demande seulement un signe de repentir pour ma simple consolation. Ma prière fut exaucée à la lettre! » - MSA 45,2 46,1 - Comme il sera constaté...

 

31 - La Servante de Dieu nourrissait son âme de L'Imitation de Jésus Christ, livre qu'elle savait par coeur avant d'entrer au Carmel, et de la lecture de l'Ecriture Sainte: « En elle, je trouve une manne cachée, solide et pure mais c'est surtout l'Evangile qui m'entretient pendant mes oraisons. Là, je puise tout ce qui est nécessaire à un pauvre petite [40v] âme. J'y découvre toujours de nouvelles lumières, des sens cachés et mystérieux, je comprends et je sais que le royaume de Dieu est au dedans de nous. Jésus n'a pas besoin de docteurs ni de livres pour instruire les âmes. Lui, le Docteur des docteurs, enseigne sans bruit de paroles. Jamais je ne l'ai entendu parler, mais je sais qu'il est en moi. A chaque instant il me guide et m'inspire; j'aperçois juste au moment où j'en ai besoin des clartés inconnues jusque-là » - MSA 83,2 - .

Elle écrit à un missionnaire: « Parfois, lorsque je lis certains traités, où la perfection est montrée à travers mille entraves, mon pauvre petit esprit se fatigue bien vite, je ferme le savant livre qui me casse la tête et me dessèche le coeur, et je prends l'Ecriture Sainte. Alors tout me paraît lumineux, une seule parole découvre à mon âme des horizons infinis, la perfection me semble facile, je vois qu'il suffit de reconnaître son néant et de s'abandonner, comme un enfant, dans les bras du bon Dieu. Laissant aux grandes âmes, aux esprits sublimes les beaux livres que je ne puis comprendre, encore moins mettre en pratique, je me réjouis d'être petite, puisque les enfants seuls et ceux qui leur ressemblent seront admis au banquet céleste. Heureusement que le royaume des cieux est composé de plusieurs demeures! car, s'il n'y avait que celles dont la description et le chemin me semblent incompréhensibles, certainement je n'y entrerais jamais....» - LT 226 -

        Thérèse chercha dans les livres saints ce qu'elle appelle dans son gracieux langage l'ascenseur pour s'élever jusqu'à Jésus: « J'ai demandé aux livres saints l'indication de l'ascenseur, objet de mon désir; et j'ai lu ces mots sortis de 1a bouche même de la Sagesse éternelle: Si quelqu'un est TOUT PETIT qu'il vienne à moi (Prov. 9, 4). Je me suis donc approchée de Dieu, devinant bien que j'avais découvert ce que je cher-[41r]chais; voulant savoir encore ce qu'il ferait au tout petit, j'ai continué mes recherches et voici ce que j'ai trouvé.

Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein, et je vous balancerai sur mes genoux. Ah! jamais paroles plus tendres, plus mélodieuses ne sont venues réjouir mon âme. L'ascenseur qui doit m'élever jusqu'au ciel, ce sont vos bras, ô Jésus! Pour cela je n'ai pas besoin de grandir, il faut au contraire que je reste petite, que je le devienne de plus en plus. 0 mon Dieu, vous avez dépassé mon attente, et moi je veux chanter vos miséricordes! Vous m'avez instruite dès ma jeunesse, et jusqu’à présent j'ai annoncé vos merveilles; je continuerai de les publier dans l'âge le plus avancé » - MSC 3,1 - .

 

Elle chantera plus tard:

«Aux affaires du ciel daigne me rendre habile, / montre-moi ces secrets cachés dans l'Evangile. / Ah! que ce livre d'or / est mon plus cher trésor... / Rappelle-toi » - PN p695 couplet 12 - .

- Comme il sera constaté...

 

32 - La foi qui animait sa vie religieuse, inspirait ses paroles et ses écrits, fut battue en brèche par des tentations violentes et prolongées; elles la rendirent plus méritoire. Ce fut au début de sa maladie. Voici comment elle les dépeint:

«Aux jours si lumineux du temps pascal, Jésus me fit comprendre qu'il y a réellement des âmes sans foi et sans espérance qui, par l'abus des grâces, perdent ces précieux trésors, source des seules joies pures et véritables. Il permit que mon âme fût envahie par les plus épaisses ténèbres et que la pensée du ciel, si douce pour moi depuis ma petite enfance, me devînt un sujet de combat et de tourment. La durée de [41v] cette épreuve n'était pas limitée à quelques jours, à quelques semaines; voilà des mois que je la souffre, et j'attends encore l'heure de ma délivrance. je voudrais pouvoir exprimer ce que je sens; mais c'est impossible! Il faut avoir voyagé sous ce sombre tunnel pour en comprendre l'obscurité. Il me semble que les ténèbres, empruntant la voix des impies, me disent en se moquant de moi: 'Tu rêves la lumière, une patrie embaumée, tu rêves la possession éternelle du Créateur de ces merveilles, tu crois sortir un jour des brouillards où tu languis; avance!... avance!... réjouis-toi de la mort qui te donnera, non ce que tu espères, mais une nuit plus profonde encore, la nuit du néant!...'. Mère bien-aimée, cette image de mon épreuve est aussi imparfaite que l'ébauche comparée au modèle; cependant je ne veux pas en écrire plus long, je craindrais de blasphémer... j'ai peur même d'en avoir trop dit. Ah! que Dieu me pardonne! Il sait bien que, tout en n'ayant pas la jouissance de la foi, je m'efforce d'en faire les oeuvres. J'ai prononcé plus d'actes de foi depuis un an que pendant toute ma vie» - MSC 5,2-7,1 - .

 

A l'instigation d'un religieux très éclairé, auquel elle avait confié ses peines, elle portait sur elle le texte du symbole des apôtres, qu'elle avait écrit de son sang. Il ne faudrait pas se méprendre sur cet état de tentations violentes, en lisant ses poésies écrites à cette époque, car elle affirme: « Lorsque je chante le bonheur du ciel, l'éternelle possession de Dieu, je n'en ressens aucune joie; car je chante simplement ce que je veux croire » - MSC 7,2 - . - Comme il sera constaté...

 

33 - Toute sa vie elle eut une grande confiance dans la protection de la Sainte Vierge. Elle devait à sa protection manifeste, pendant une neuvaine à Notre-Dame-des-Victoires, la délivrance d'une maladie pénible pour tous. Dans les circonstances plus difficiles, dans la direction des novices, elle [42r] jetait un regard intérieur vers Marie. Son image était sa consolation dans la maladie. « Que je l'aime, la Vierge Marie - disait-elle un jour : Si j'avais été prêtre, que j'aurais bien parlé d'elle. On la montre inabordable, il faudrait la montrer imitable. Elle est plus mère que reine » - CJ 21-8-3 - .» - Comme il sera constaté...

 

 

VERTU D'ESPÉRANCE

34 - Vers l'âge de sa première communion, Jésus lui fit comprendre que la vraie, l'unique gloire est celle qui durera toujours et que le moyen d'y parvenir est de devenir une sainte.

« Ce désir pourrait sembler téméraire - dit-elle - si l'on considère combien j'étais imparfaite, et combien je le suis encore après tant d'années passées en religion; cependant je sens toujours la même confiance audacieuse de devenir une grande sainte. Je ne compte pas sur mes mérites, n'en ayant aucun; mais j'espère en celui qui est la vertu, la sainteté même. C'est lui seul qui, se contentant de mes faibles efforts, m'élèvera jusqu'à lui, me couvrira de ses mérites et me fera sainte. je ne pensais pas alors qu'il fallait beaucoup souffrir pour arriver à sa sainteté; le bon Dieu ne tarda pas à me dévoiler ce secret » - MSA 32,1 - .

On demandait un jour à la Servante de Dieu comment elle ne se décourageait pas dans les moments d'épreuve et de délaissement. Elle répondit: « Je me tourne vers le bon Dieu, vers tous les saints, et je les remercie quand même; je crois qu’ils veulent voir jusqu'où je pousserai mon espérance... Mais ce n'est pas en vain que la parole de Job est entrée dans mon coeur: Quand même Dieu me tuerait, j'espérerais encore en lui! Je l'avoue, j'ai été longtemps avant de m'établir à ce degré d'abandon; maintenant j'y suis, le Seigneur m'a prise et m'a [42v] posée là » - CJ 7-7-p3 - . La mère prieure la chargea, à 22 ans, de la direction des novices. « Aussitôt que je pénétrai dans le sanctuaire des âmes, je jugeai - dit-elle - du premier coup d'oeil que la tâche dépassait mes forces; et, me plaçant bien vite dans les bras du bon Dieu, j'imitai les petits bébés qui, sous l'empire de quelque frayeur, cachent leur tête blonde sur l'épaule de leur père, et je dis: Seigneur, vous le voyez, je suis trop petite pour nourrir vos enfants; si vous voulez leur donner par moi ce qui convient à chacune, remplissez ma petite main; et, sans quitter vos bras, sans même détourner la tête, je distribuerai vos trésors à l'âme qui viendra me demander sa nourriture. Lorsqu'elle la trouvera de son goût, je saurai que ce n'est pas à moi, mais à vous qu'elle la doit; au contraire, si elle se plaint et trouve amer ce que je lui présente, ma paix ne sera pas troublée, je tâcherai de lui persuader que cette nourriture vient de vous, et me garderai bien d'en chercher une autre pour elle » - MSC 22,1-2 - . Son espérance ne fut jamais déçue, elle fit le plus grand bien aux âmes de ses novices et disait: on obtient de Dieu tout autant qu'on en espère. - Comme il sera constaté...

 

 

35 - Thérèse de l’Enfant Jésus mettait autant son espérance dans la justice de Dieu que dans sa bonté, et s'efforçait d'inspirer les mêmes sentiments, quand elle écrivait, l'année de sa mort, à un missionnaire:

« S'il faut être bien pur pour paraître devant le Dieu de toute sainteté, je sais, moi, qu'il est infiniment juste; et, cette justice qui effraie tant d'âmes fait le sujet de ma joie et de ma confiance. Etre juste, ce n'est pas seulement exercer la sévérité envers les coupables, c'est encore reconnaître les intentions droites et récompenser la vertu. J'espère autant de la justice du bon Dieu que de sa miséricorde; c'est [43r] parce qu'il est juste qu'il est compatissant et rempli de douceur, lent à punir et abondant en miséricorde. Car il connaît notre fragilité il se souvient que nous ne sommes que poussière. Comme un père a de la tendresse pour ses enfants, ainsi le Seigneur a compassion de nous! (Ps. 112, 8.13.14) " - LT 226 - . - Comme il sera constaté                                             ...

 

 

SA CHARITÉ POUR DIEU

36 - Une flamme du ciel anima constamment la Servante de Dieu. Elle ne vécut que pour Dieu, qu'elle aima d'un amour fort et généreux. La piété de son enfance, sa vie continuelle en la présence de Dieu, son assiduité à l'oraison, son goût pour les pratiques de dévotion, surtout la préoccupation qu'elle eut de chercher ce qui pouvait profiter à sa perfection, sa voie d'abandon, comme une enfant, à l'amour plein de miséricorde de Dieu, tout cela en fournit des preuves surabondantes. Dès sa plus petite enfance, la Servante de Dieu s'appliquait à corriger ses défauts, et tenait à se rendre compte du succès de ses efforts; avant de s'endormir elle demandait à sa soeur Pauline: « Est-ce que j'ai été mignonne aujourd'hui? Est-ce que le bon Dieu est content de moi? Est-ce que les petits anges vont voler autour de moi? » - MSA 18,2 - .» Toujours la réponse était: oui; autrement elle aurait passé la nuit tout entière à pleurer. - Comme il sera constaté...

 

37 - Dans l'« Histoire d'une âme », soeur Thérèse de l’Enfant Jésus a rappelé un trait bien ordinaire de ses premières années; mais au sens surnaturel qu'elle lui donne, on peut juger de sa charité et y voir un résumé de toute sa vie. Il s'agissait de se partager de menus objets entre fillettes, chacune prenait à sa guise; elle avança la main et dit: je choisis tout. Voici son interprétation: [43v] « Ce trait de mon enfance est comme le résumé de ma vie entière. Plus tard, lorsque la perfection m'est apparue, j'ai compris que pour devenir une sainte il fallait beaucoup souffrir, rechercher toujours ce qu'il y a de plus parfait et s'oublier soi-même, J'ai compris que, dans la sainteté, les degrés sont nombreux, que chaque âme est libre de répondre aux avances de Notre-Seigneur, de faire peu ou beaucoup pour son amour; en un mot, de choisir entre les sacrifices qu'il demande. Alors, comme aux jours de mon enfance, je me suis écriée: Mon Dieu, je choisis tout! Je ne veux pas être sainte à moitié; cela ne me fait pas peur de souffrir pour vous, je ne crains qu'une chose, c'est de garder ma volonté; prenez-la, car je choisis tout ce que vous voulez! » - MSA 10,1-2 - Comme il sera constaté...

 

38 - Elle s'y appliqua si bien qu'elle rend ainsi compte d'une retraite, après sa profession, retraite pendant laquelle son âme troublée s'était révélée tout entière au prédicateur qui donnait les exercices:

« Le père me lança à pleines voiles sur les flots de la confiance et de l'amour qui m'attiraient si fort, mais sur lesquels je n'osais avancer. Il me dit que mes fautes ne faisaient pas de peine au bon Dieu: 'En ce moment, ajouta-t-il, je tiens sa place auprès de vous; eh bien! je vous affirme de sa part qu'il est très content de votre âme'. Oh! que je fus heureuse en écoutant ces consolantes paroles! Jamais je n'avais entendu dire que les fautes pouvaient ne pas faire de peine au bon Dieu. Cette assurance me combla de joie; elle me fit supporter patiemment l'exil de la vie. C'était bien là, d'ailleurs, l'écho de mes pensées intimes. Oui, je croyais depuis longtemps que le Seigneur est plus tendre qu'une mère, et je connais à fond plus d'un coeur de mère! Je sais qu'une mère est toujours prête à pardonner les petites indélicatesses involontaires de son enfant » - MSA 80,2 - .» - Comme il sera constaté...

 

[44r] 39 - Cette âme pure et aimante se tenait sans cesse dans la présence de Dieu; une de ses soeurs lui ayant demandé si elle la perdait quelquefois, elle parut étonnée et répondit: « Oh! non, je crois que je n'ai jamais été trois minutes sans être unie à lui, cela n'est pas difficile, on pense naturellement à quelqu'un qu'on aime ».» Un jour, une soeur la surprit travaillant avec une grande activité et cependant l'air si recueilli que, frappée d'étonnement, elle lui demanda: « A quoi pensez-vous donc? - Je médite le Pater répondit-elle c'est si doux d'appeler le bon Dieu notre Père » - CSG p77 -

Elle a manifesté dans diverses poésies les sentiments qui l'animaient. Voici trois strophes de celle intitulée Vivre d'amour:

« Vivre d'amour, ce n'est pas sur la terre fixer sa tente au sommet du Thabor; avec Jésus, c'est gravir le Calvaire, c'est regarder la croix comme un trésor! Au ciel, je dois vivre de jouissance, alors l'épreuve aura fui sans retour: mais, au Carmel, je veux dans la souffrance vivre d'amour!

Vivre d'amour, c'est garder en soi-même un grand trésor en un vase mortel. Mon Bien-Aimé! ma faiblesse est extrême! Ah! je suis loin d'être un ange du ciel. Mais, si je tombe à chaque heure qui passe: me relevant, m'embrassant tour à tour, tu viens à moi, tu me donnes ta grâce, je vis d'amour!

Vivre d'amour, c'est essuyer ta Face, c'est obtenir des pécheurs le pardon. 0 Dieu d'amour! qu'ils rentrent dans ta grâce, [44v] et qu'à jamais ils bénissent ton nom!

Jusqu'à mon coeur retentit le blasphème. Pour l'effacer je redis chaque jour:

0 nom sacré! Je t'adore et je t'aime, je vis d'amour! » - PN 17 p667, 4-7-11 - .

- Comme il sera constaté...

 

40 - Soeur Thérèse de l’Enfant Jésus parlait de Dieu, de sa miséricorde, de son amour avec tant d'ardeur et d'onction qu'on sentait en elle une flamme dévorante. La même flamme se retrouve dans ce qu'elle a écrit; les âmes en sont avides, cette lecture les rend plus ferventes, c'est le secret de la diffusion si rapide et dans tous les pays de l’Histoire d'une âme.

Au jour de sa profession elle portait ces lignes sur son coeur: «O Jésus, mon divin Epoux, faites que la robe de mon baptême ne soit jamais ternie! Prenez-moi, plutôt que de me laisser ici-bas souiller mon âme en commettant la plus petite faute volontaire. Que je ne cherche et ne trouve jamais que vous seul! Que les créatures ne soient rien pour moi, et moi, rien pour elles! Qu'aucune des choses de la terre ne trouble ma paix. 0 Jésus, je ne vous demande que la paix!... La paix, et surtout l'amour sans bornes, sans limites! Jésus! que pour vous je meure martyre; donnez-moi le martyre du coeur ou celui du corps. Ah! plutôt donnez-les-moi tous deux! » - PRI p958 - . - Comme il sera constaté...

 

41 - Je ne m'afflige pas, disait la Servante de Dieu, en me voyant la faiblesse même: « Me souvenant que la charité couvre la multitude des péchés, je puise à cette mine féconde ouverte par le Seigneur dans son Evangile sacré. Je fouille dans les profon-[45r]deurs de ses paroles adorables, et je m'écrie avec David: J'ai couru dans la voie de vos commandements, depuis que vous avez dilaté mon coeur (Ps. 118, 32). Et la charité seule peut dilater mon coeur... 0 Jésus! depuis que cette douce flamme le consume, je cours avec délices dans la voie de votre commandement nouveau, et je veux y courir jusqu'au jour bienheureux où, m'unissant au cortège virginal, je vous suivrai dans les espaces infinis, chantant votre Cantique nouveau, qui doit être celui de l'AMOUR.» - MSC 15,1 16,2 -

« 0 Coeur de Jésus, trésor de tendresse, c’est toi mon bonheur, mon unique espoir!

Toi qui sus bénir, charmer ma jeunesse, reste auprès de moi jusqu'au dernier soir.

Seigneur, à toi seul j'ai donné ma vie, et tous mes désirs te sont bien connus,

c'est en ta bonté toujours infinie que je veux me perdre, ô Coeur de Jésus! » - PN 23 p690 -

 

42 - La Servante de Dieu s'offrit, deux années environ avant sa mort, comme holocauste à l'amour miséricordieux dans une formule inspirée par la charité la plus vive, qu'elle signa le 9 juin 1895, en la fête de la Sainte-Trinité.

Cette formule doit être reproduite ici malgré sa longueur:

« Acte d'offrande de moi-même, comme victime d'holocauste à l'Amour miséricordieux du bon Dieu.

Cet écrit a été trouvé après la mort de soeur Thérèse de l’Enfant Jésus, dans le livre des saints Evangiles qu'elle portait jour et nuit sur son coeur.

0 mon Dieu, Trinité bienheureuse, je désire vous aimer et vous faire aimer, travailler à la glorification de la sainte Eglise, en sauvant les âmes qui sont sur la terre et en déli-[45v]vrant celles qui souffrent dans le purgatoire. Je désire accomplir parfaitement votre volonté et arriver au degré de gloire que vous m'avez préparé dans votre royaume; en un mot je désire être sainte, mais je sens mon impuissance, et je vous demande, ô mon Dieu, d'être vous-même ma sainteté.

Puisque vous m'avez aimée jusqu'à me donner votre Fils unique pour être mon Sauveur et mon Epoux, les trésors infinis de ses mérites sont à moi; je vous les offre avec bonheur, vous suppliant de ne me regarder qu'à travers la Face de Jésus et dans son Coeur brûlant d'amour.

Je vous offre encore tous les mérites des saints qui sont au ciel et sur la terre, leurs actes d'amour et ceux des saints anges; enfin je vous offre, ô bienheureuse Trinité, l'amour et les mérites de la Sainte Vierge, ma mère chérie; c'est à elle que j'abandonne mon offrande, la priant de vous la présenter.

Son divin Fils, mon Epoux bien-aimé, aux jours de sa vie mortelle, nous a dit: Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous le donnera (Joan., 16, 23). Je suis donc certaine que vous exaucerez mes désirs... Je le sais, ô mon Dieu, plus vous voulez donner, plus vous faites désirer.

Je sens en mon coeur des désirs immenses, et c'est avec confiance que je vous demande de venir prendre possession de mon âme. Ah! je ne puis recevoir la sainte communion aussi souvent que je le désire; mais, Seigneur, n'êtes-vous pas Tout-Puissant? Restez en moi comme au tabernacle, ne vous éloignez jamais de votre petite hostie.

Je voudrais vous consoler de l'ingratitude des méchants, et je vous supplie de m'ôter la liberté de vous déplaire! Si par faiblesse je viens à tomber, qu'aussitôt votre divin regard purifie mon âme, consumant toutes mes imperfections comme le feu qui transforme toute chose en lui-même.

[46r] Je vous remercie, ô mon Dieu, de toutes les grâces que vous m'avez accordées: en particulier de m'avoir fait passer par le creuset de la souffrance. C'est avec joie que je vous contemplerai au dernier jour, portant le sceptre de la croix; puisque vous avez daigné me donner en partage cette croix si précieuse, j'espère au ciel vous ressembler, et voir briller sur mon corps glorifié les sacrés stigmates de votre passion.

Après l'exil de la terre, j'espère aller jouir de vous dans la patrie; mais je ne veux pas amasser de mérites pour le ciel, je veux travailler pour votre seul amour, dans l'unique but de vous faire plaisir, de consoler votre Coeur sacré, et de sauver des âmes qui vous aimeront éternellement.

Au soir de cette vie, je paraîtrai devant vous les mains vides; car je ne vous demande pas, Seigneur, de compter mes oeuvres... Toutes nos justices ont des taches à vos yeux! Je veux donc me revêtir de votre propre justice, et recevoir de votre amour la possession éternelle de vous-même. Je ne veux point d'autre trône et d'autre couronne que vous, Ô mon Bien-Aimé!

A vos yeux le temps n'est rien; un seul jour est comme mille ans (Ps. 89, 4). Vous pouvez donc en un instant me préparer à paraître devant vous.

Afin de vivre dans un acte de parfait amour, JE M'OFFRE COMME VICTIME D'HOLOCAUSTE À VOTRE AMOUR MISÉRICORDIEUX, VOUS suppliant de me consumer sans cesse, laissant déborder en mon âme les flots de tendresse infinie qui sont renfermés en vous, et qu'ainsi je devienne martyre de votre amour, ô mon Dieu!

Que ce martyre, après m'avoir préparée à paraître devant vous, me fasse enfin mourir, et que mon âme s'élance sans retard dans l'éternel embrassement de votre miséricordieux amour!

le veux, ô mon Bien-Aimé, à chaque battement de mon [46v] coeur, vous renouveler cette offrande un nombre infini de fois, jusqu'à ce que, les ombres s'étant évanouies, je puisse vous redire mon amour dans un face à face éternel!...

MARIE-FRANÇOISE-THÉRÈSE de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face, rel. carm. ind.

Fête de la Très Sainte Trinité, le 9 juin de l'an de grâce 1895 » - PRI p962-964 - .

 

43 - Plus la charité croissait dans l'âme de la Servante de Dieu, plus aussi elle suivait ce qu'elle appelait la voie d'enfance et d'abandon, fruit délicieux de l’amour, selon la parole de saint Augustin. Elle chantait:

« Mon ciel est de rester toujours en sa présence, de l'appeler mon Père et d'être son enfant; entre ses bras divins je ne crains pas l'orage... Le total abandon, voilà ma seule loi! Voilà mon ciel à moi » - PN 32 p715 -

 

Ses dernières paroles, les yeux fixés sur le crucifix de sa cellule et prononcées dans les derniers spasmes de l'agonie, résument sa vie tout entière: « Oh! je l'aime!... Mon Dieu, je vous... aime » - CJ 30sept p1145 - .

Comme il sera constaté...

 

44 - La charité pour Dieu lui inspirait le zèle des âmes. Elle était spécialement unie de prières à deux missionnaires et offrait ses mérites pour aider leur apostolat. Elle révèle ainsi le fond de sa pensée:« Puisque le zèle d'une carmélite doit embrasser le monde, j'espère même, avec la grâce de Dieu, être utile à plus de deux missionnaires. Je prie pour tous, sans laisser de côté les simples prêtres, dont le ministère est aussi difficile parfois que celui des apôtres prêchant [47r] les infidèles. Enfin je veux être fille de l'Eglise, comme notre mère sainte Thérèse, et prier à toutes les intentions du Vicaire de Jésus-Christ. C'est le but général de ma vie » - MSC 33,2 - .

Très jeune, cette pensée du zèle la poursuivait; en 1889, à 16 ans, encore novice, elle écrivait à sa soeur. « Céline, pendant les courts instants qui nous restent, sauvons des âmes; je sens que notre Epoux nous demande des âmes, des âmes de prêtres surtout... C'est lui qui veut que je te dise cela. Il n'y a qu'une seule chose à faire ici-bas: aimer Jésus, lui sauver des âmes pour qu'il soit aimé. Soyons jalouses des moindres occasions pour le réjouir, ne lui refusons rien. Il a tant besoin d'amour! » - LT 94 p397 - .» Elle déclara dans l'examen solennel qui précéda sa profession: « Je suis venue pour sauver les âmes et surtout pour prier pour les prêtres » - MSA 69,2 - . - Comme il sera constaté...

 

45 - Les sacrifices nombreux qu'elle offre journellement, les sécheresses de son âme, les souffrances de son corps visent le salut des âmes, aussi ce désir qui fait battre son coeur inspire souvent ses paroles et ses chants. Elle s'adresse à Jésus:

« Rappelle-toi cette fête des anges, cette harmonie au royaume des cieux,

et le bonheur des sublimes phalanges, lorsqu'un pécheur vers toi lève les yeux!

Ah! je veux augmenter cette grande allégresse...Jésus, pour les pécheurs je veux prier sans cesse;

que je vins au Carmel pour peupler ton beau ciel, rappelle-toi!

Rappelle-toi cette très douce flamme que tu voulais allumer dans les coeurs :

ce feu du ciel, tu l'as mis en mon âme, [47v] je veux aussi répandre ses ardeurs.

Une faible étincelle, ô mystère de vie, suffit pour allumer un immense incendie..

Que je veux, ô mon Dieu, porter au loin ton feu, rappelle-toi! » - PN 24 ,16-17 - .

 

Dans l'Histoire d'une âme, écrite par elle-même, ce zèle suggère des expressions enthousiastes à la Servante de Dieu:

« Etre votre épouse, ô Jésus! être carmélite, être par mon union avec vous la mère des âmes, tout cela devrait me suffire. Cependant je sens en moi d'autres vocations: je me sens la vocation de guerrier, de prêtre, d'apôtre, de docteur, de martyr... Je voudrais accomplir toutes les oeuvres les plus héroïques, je me sens le courage d'un croisé, je voudrais mourir sur un champ de bataille pour la défense de l'Eglise. La vocation de prêtre! Avec quel amour, ô Jésus, je vous porterais dans mes mains lorsque ma voix vous ferait descendre du ciel! avec quel amour je vous donnerais aux âmes! Mais, hélas! tout en désirant être prêtre, j'admire et j'envie l'humilité de saint François d'Assise, et je me sens la vocation de l'imiter en refusant la sublime dignité du sacerdoce. Comment donc allier ces contrastes? Je voudrais éclairer les âmes comme les prophètes, les docteurs. je voudrais parcourir la terre, prêcher votre nom et planter sur le sol infidèle votre croix glorieuse, ô mon Bien-Aimé! mais une seule mission ne me suffirait pas: je voudrais en même temps annoncer l'Evangile dans toutes les parties du monde, et jusque dans les îles les plus reculées. je voudrais être missionnaire, non seulement pendant quelques années, mais je voudrais l'avoir été depuis la création du monde, et continuer de l'être jusqu'à la consommation des siècles.

 

[48r] Ah! par-dessus tout, je voudrais le martyre. Le martyre! voilà le rêve de ma jeunesse; ce rêve a grandi avec moi dans ma petite cellule du Carmel. Mais c'est là une autre folie; car je ne désire pas un seul genre de supplice, pour me satisfaire il me les faudrait tous... Comme vous, mon Epoux adoré, je voudrais être flagellée, crucifiée... Je voudrais mourir dépouillée comme saint Barthélemy; comme saint Jean, je voudrais être plongée dans l'huile bouillante; je désire, comme saint Ignace d'Antioche, être broyée par la dent des bêtes, afin de devenir un pain digne de Dieu. Avec sainte Agnès et sainte Cécile, je voudrais présenter mon cou au glaive du bourreau; et comme Jeanne d'Arc, sur un bûcher ardent, murmurer le nom de Jésus! » - MSB 2,2 -3,1 - . - Comme il sera constaté...

 

46 - Ces désirs ne suffisent pas encore à la Servante de Dieu, son zèle ne s'éteindra pas avec la vie, elle veut passer son ciel à faire du bien sur la terre. Elle écrivait à l'un de ses frères missionnaires: « Ce qui m'attire vers la patrie des cieux, c'est l'appel du Seigneur, c'est l'espoir de l'aimer enfin comme je l'ai tant désiré, et la pensée que je pourrai le faire aimer d'une multitude d'âmes qui le béniront éternellement » - LT 254,p610 - .

Et une autre fois: « Je compte bien ne pas rester inactive au ciel, mon désir est de travailler encore pour l'Église et les âmes; je le demande à Dieu et je suis certaine qu'il m'exaucera. Vous voyez que si je quitte déjà le champ de bataille, ce n'est pas avec le désir égoïste de me reposer » - LT 254 - Comme il sera constaté...

 

47 - Soeur Thérèse de l’Enfant Jésus eut, toute jeune, une charité pour les pauvres, qui était touchante; on sentait qu'elle les aimait. Lorsque dans les sorties de famille [48v] on rencontrait des pauvres, c'était toujours Thérèse qui leur portait l'aumône; elle les regardait d'un air plein de tendresse et de respect. Elle demanda, avec instance, à l'âge de dix ans, à aller soigner une pauvre femme de son voisinage qui se mourait et n'avait personne pour la secourir; elle catéchisait de jeunes enfants. - Comme il sera constaté...

 

48 - Entrée au Carmel, la Servante de Dieu cherchait toutes les occasions de rendre service aux soeurs par mille petits actes de vertu cachée, et quand une terrible épidémie d'influenza sévit sur le Carmel de Lisieux, restée une des seules valides, elle multipliait ses soins auprès des malades et des mourantes. Elle s'étudie sans cesse à pénétrer ce que Notre-Seigneur appelle son commandement nouveau, pour rendre sa charité plus surnaturelle et la mieux pratiquer. Jésus m'a fait connaître sa volonté « lorsque à la dernière Cène il donna son commandement nouveau, quand il dit à ses apôtres de s'entr'aimer comme il les a aimés lui-même... Et je me suis mise à rechercher comment Jésus avait aimé ses disciples; j'ai vu que ce n'était pas pour leurs qualités naturelles, j'ai constaté qu'ils étaient ignorants et remplis de pensées terrestres. Cependant, il les appelle ses amis, ses frères; il désire les avoir près de lui dans le royaume de son Père et pour leur ouvrir ce royaume, il veut mourir sur la croix, disant qu'il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime. J'ai vu - dit-elle combien mon amour pour mes soeurs était imparfait, j'ai compris que je ne les aimais pas comme Jésus les aime. Ah! je devine maintenant que la vraie charité consiste à supporter tous les défauts du prochain, à ne pas s'étonner de ses faiblesses, à s'édifier de ses moindres vertus; mais surtout, j'ai appris que la charité ne doit point rester enfermée dans le fond du coeur, car personne n'allume [49r] un flambeau pour le mettre sous le boisseau, mais on le met sur le chandelier afin qu'il éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Il me semble, ma mère, que ce flambeau représente la charité qui doit éclairer, réjouir, non seulement ceux qui me sont le plus chers, mais tous ceux qui sont dans la maison. Et elle s'y donnait tout entière » - MSC 11,2-12,1 - Comme il sera constaté...

 

49 - Elle dit encore: « Oui, je le sens, lorsque je suis charitable c'est Jésus seul qui agit en moi; plus je suis unie à lui, plus aussi j'aime toutes mes soeurs. Si je veux augmenter en mon coeur cet amour et que le démon essaie de me mettre devant les yeux les défauts de telle ou telle soeur, je m'empresse de rechercher ses vertus, ses bons désirs; je me dis que, si je l'ai vue tomber une fois, elle peut bien avoir remporté un grand nombre de victoires qu'elle cache par humilité; et que, même ce qui me paraît une faute peut très bien être, à cause de l'intention, un acte de vertu. J'ai d'autant moins de peine à me le persuader que j'en fis l'expérience par moi-même. Un jour, pendant la récréation, la portière vint demander une soeur pour une besogne qu'elle désigna. J'avais un désir d'enfant de m'employer à ce travail, et justement le choix tomba sur moi. Aussitôt je commence à plier notre ouvrage, mais assez doucement pour que ma voisine ait plié le sien avant moi, car je savais la réjouir en lui laissant prendre ma place. La soeur qui demandait de l'aide, me voyant si peu pressée, dit en riant: « Ah! je pensais bien que vous ne mettriez pas cette perle à votre couronne, vous alliez trop lentement !. Et toute la communauté crut que j'avais agi par nature » - MSC 12,2-13,1 - .» - Comme il sera constaté...

 

50 - Elle raconte ainsi son triomphe sur une antipathie naturelle:

[49v] « Une sainte religieuse de la communauté avait autrefois le talent de me déplaire en tout; le démon s'en mêlait, car c'était lui certainement qui me faisait voir en elle tant de côtés désagréables; aussi, ne voulant pas céder à l'antipathie naturelle que j'éprouvais, je me dis que la charité ne devait pas seulement consister dans les sentiments, mais se laisser voir dans les oeuvres. Alors je m'appliquai à faire pour cette soeur ce que j'aurais fait pour la personne que j'aime le plus. A chaque fois que je la rencontrais, je priais le bon Dieu pour elle, lui offrant toutes ses vertus et ses mérites. je sentais bien que cela réjouissait grandement mon Jésus; car il n'est pas d'artiste qui n'aime à recevoir des louanges de ses oeuvres, et le divin Artiste des âmes est heureux lorsqu'on ne s'arrête pas à l'intérieur, mais que, pénétrant jusqu'au sanctuaire intime qu'il s'est choisi pour demeure, on en admire la beauté. je ne me contentais pas de prier beaucoup pour celle qui me donnait tant de combats, je tâchais de lui rendre tous les services possibles; et quand j'avais la tentation de lui répondre d'une façon désagréable, je m'empressais de lui faire un aimable sourire, essayant de détourner la conversation; car il est dit dans l'Imitation: 'Qu'il vaut mieux laisser chacun dans son sentiment que de s'arrêter à contester' (liv. 3, ch. 44, 1). Souvent aussi, quand le démon me tentait violemment et que je pouvais m'esquiver sans qu'elle s'aperçût de ma lutte intime, je m'enfuyais comme un soldat déserteur... Et sur ces entrefaites, elle me dit un jour d'un air radieux: 'Ma soeur Thérèse de l’Enfant-Jésus, voudriez-vous me confier ce qui vous attire tant vers moi? Je ne vous rencontre pas que vous ne me fassiez le plus gracieux sourire'. Ah! ce qui m'attirait, c'était Jésus caché au fond de son âme, Jésus qui rend doux ce qu'il y a de plus amer! » - MSC 13,2-14,1 - .» - Comme il sera constaté...

 

[50r] 51 - Dans ses rapports avec les religieuses de sa communauté, elle s'imposait le sacrifice de ne pas rechercher la société de ses trois soeurs, malgré son affection si vive, pour que la charité envers sa famille du Carmel n'eût pas à en souffrir, car elle disait:

« Quel festin pourrais-je offrir à mes soeurs, si ce n'est un festin spirituel composé de charité aimable et joyeuse? Non, je n'en connais pas d'autre, et je veux imiter saint Paul qui se réjouissait avec ceux qu'il trouvait dans la joie. Il est vrai qu'il pleurait avec les affligés, et les larmes doivent quelquefois paraître dans le festin que je veux servir; mais toujours j'essaierai que les larmes se changent en sourires, puisque le Seigneur aime ceux qui donnent avec joie » - MSC 28,2 - .

Comme il sera constaté...

 

52 - Souvent, il fallait lutter avec énergie, il y avait un vrai combat pour dominer sa nature, elle raconte plusieurs traits comme celui-ci: « Longtemps, à l'oraison, je ne fus pas éloignée d'une soeur, qui ne cessait de remuer, ou son chapelet, ou je ne sais quelle autre chose; peut-être n'y avait-il que moi à l'entendre, car j'ai l'oreille extrêmement fine; mais dire la fatigue que j'en éprouvais serait chose impossible! J'aurais voulu tourner la tête pour regarder la coupable et faire cesser son tapage; cependant, au fond du coeur, je sentis qu'il valait mieux souffrir cela patiemment pour l'amour du bon Dieu d'abord, et puis aussi pour éviter une occasion de peine » - MSC 30,1-2 - . Malgré la sensibilité de sa nature la Servante de Dieu conserva toujours la douceur et ses manières charitables; si quelqu'une lui avait fait de la peine, on ne surprit jamais chez elle aucune marque de froideur, elle redoublait au contraire de prévenances et d'attentions. Comme il sera constaté...

 

[50v] 53 - Elle entourait de soins et d'une attention toute filiale une soeur du voile blanc, soeur Saint-Pierre, que son grand âge et de nombreuses infirmités avaient rendue un peu exigeante. Ce ministère de charité se prolongea assez longtemps et il a trouvé place dans l'Histoire d'une âme: « Je me souviens d'un acte de charité que le bon Dieu m'inspira lorsque j'étais encore novice. De cet acte, tout petit en apparence, le Père céleste, qui voit dans le secret, m'a déjà récompensée sans attendre l'autre vie. C'était avant que ma soeur Saint-Pierre tombât tout à fait infirme. Il fallait, le soir à six heures moins dix minutes, que l'on se dérangeât de l'oraison pour la conduire au réfectoire. Cela me coûtait beaucoup de me proposer; car je savais la difficulté ou plutôt l'impossibilité de contenter la pauvre malade. Cependant je ne voulais pas manquer une si belle occasion, me souvenant des paroles divines: Ce que vous aurez fait au plus petit des miens, c'est à moi que vous l'aurez fait (Matth. 25, 40). Je m'offris donc bien humblement pour la conduire, et ce ne fut pas sans peine que je parvins à faire accepter mes services. Enfin je me mis à l'oeuvre avec tant de bonne volonté que je réussis parfaitement. Chaque soir, quand je la voyais agiter son sablier, je savais que cela voulait dire: partons! Prenant alors tout mon courage; je me levais, et puis toute une cérémonie commençait. Il fallait remuer et porter le banc d'une certaine manière, surtout ne pas se presser, ensuite la promenade avait lieu. Il s'agissait de suivre cette bonne soeur en la soutenant par la ceinture; je le faisais avec le plus de douceur qu'il m'était possible, mais si par malheur survenait un faux pas, aussitôt il lui semblait que je la tenais mal et qu'elle allait tomber. 'Ah! mon Dieu! vous allez trop vite, j'vais m'briser!'. Si j'essayais alors [51r] de la conduire plus doucement: -'Mais suivez-moi donc, je n'sens pas vot-main, vous m'lâchez, j'vais tomber!... Ah! j'disais bien que vous étiez trop jeune pour me conduire'. Enfin nous arrivions sans autre accident au réfectoire. Là, surgissaient d'autres difficultés. je devais installer ma pauvre infirme à sa place et agir adroitement pour ne pas la blesser, ensuite relever ses manches, toujours d'une certaine manière, après cela je pouvais m'en aller. Mais je m'aperçus bientôt qu'elle coupait son pain avec une peine extrême; et depuis, je ne la quittais pas sans lui avoir rendu ce dernier service. Comme elle ne m'en avait jamais exprimé le désir, elle resta très touchée de mon attention, et ce fut par ce moyen, nullement cherché, que je gagnai entièrement sa confiance, surtout - je l'ai appris plus tard - parce qu'après tous les petits services je lui faisais, disait-elle, mon plus beau sourire ».» - MSC 28,2-29,2 -

La pauvre malade a voulu elle-même raconter aussi le fait dans ses détails pour transmettre au Carmel son admiration de cette charité sans défaillance. - Comme il sera constaté...

 

54 - Lorsque Thérèse de l’Enfant Jésus fut chargée des novices, sa charité dévouée ne cessa de s'employer pour elles, leur donnant tout son temps, et multipliait ses soins et ses sacrifices pour leur avancement. Enfin à l'approche de la mort elle manifestait le désir de continuer les oeuvres de la charité: « Je veux - disait-elle - passer mon ciel à faire du bien sur la terre » - CJ 17-7 - . Ce qu'elle réalise chaque jour et de tous côtés. Comme il sera constaté...

 

55 - Sa charité s'étendait aux âmes du purgatoire et toujours elle manifesta un grand zèle pour les secourir. Elle fit, en leur faveur, l'acte héroïque, leur donnant tout ce qu'elle gagnerait de mérites pendant sa vie, et les suffra-[51v]ges qui seraient offerts pour elle, après sa mort. Son zèle était grand pour gagner les indulgences, elle constituait ensuite la Sainte Vierge la dispensatrice de ses richesses, qu'elles vinssent des indulgences ou de ses propres sacrifices. Elle aurait voulu, le jour de sa profession, pouvoir délivrer toutes les âmes retenues en purgatoire. Toute sa vie elle travailla à leur soulagement par ses chemins de croix, la récitation de la prière: « 0 bon et très doux Jésus » et des six Pater et Ave du scapulaire de l'Immaculée-Conception, qu'elle continua jusqu'aux derniers jours de sa vie. - Comme il sera constaté...

 

 

PRUDENCE

 

56 - La Servante de Dieu a pratiqué très jeune la vertu de prudence dans sa conduite personnelle et dans la direction des novices.

Afin de répondre, sans délai, à l'appel de Dieu et entrer dans le cloître, à 15 ans, il fallut des négociations délicates, les circonstances étaient particulièrement difficiles; Thérèse mit toute sa confiance dans le Saint-Esprit, elle supplia les apôtres de la protéger et choisit le jour de la Pentecôte pour manifester son désir à son père. Ce consentement obtenu, elle poursuivit ses démarches auprès du supérieur ecclésiastique et des mères du Carmel, et, malgré sa timidité, auprès de monseigneur l'évêque de Bayeux; la prière seule l'empêchait de se laisser abattre par les oppositions multiples qu'elle rencontra sur sa route: « L'appel divin devenait si pressant - dit-elle - que m’eut-il fallu traverser les flammes, je m'y serais élancée pour répondre à Notre-Seigneur » - MSA 49,1 - Comme il sera constaté...

 

57 - Enfin sa demande personnelle et ses instances auprès de Souverain Pontife lui-même, dans l'émotion intense que causait à toute personne, et encore plus à une enfant de [52r] 14 ans, une première audience solennelle du Pape Léon XIII, indiquent la prudence surnaturelle avec laquelle elle se conduisit dans ces difficultés, pour répondre ainsi au pressant appel de Dieu. - Comme il sera constaté...

 

58 - La vertu de prudence est bien au-dessus de son âge dans cette lettre d'une novice de 15 ans, à sa cousine Marie Guérin, qui devait plus tard la suivre au Carmel:

« Avant de recevoir tes confidences (à propos des scrupules), je pressentais tes angoisses; mon coeur était uni au tien. Puisque tu as l'humilité de demander des conseils à ta petite Thérèse, elle va te dire ce qu'elle pense: Tu m'as causé beaucoup de peine en laissant tes communions, parce que tu en as causé à Jésus. Il faut que le démon soit bien fin pour tromper ainsi une âme! Ne sais-tu pas, ma chérie, que tu lui fais atteindre ainsi le but de ses désirs? Il n'ignore pas, le perfide, qu'il ne peut faire pécher une âme qui veut être tout au bon Dieu; aussi, s'efforce-t-il seulement de lui persuader qu'elle pèche. C'est déjà beaucoup; mais, pour sa rage, ce n'est pas encore assez... Il poursuit autre chose: il veut priver Jésus d'un tabernacle aimé. Ne pouvant entrer, lui, dans ce sanctuaire, il veut du moins qu'il demeure vide et sans maître. Hélas! que deviendra ce pauvre coeur?... Quand le diable a réussi à éloigner une âme de la communion, il a tout gagné, et Jésus pleure!... 0 ma petite Marie, pense donc que ce doux Jésus est là, dans le tabernacle, exprès pour toi, pour toi seule, qu'il brûle du désir d'entrer dans ton coeur. N'écoute pas le démon, moque-toi de lui, et va sans crainte recevoir le Jésus de la paix et de l'amour. Mais je t'entends dire: Thérèse pense cela parce qu'elle ne sait pas mes misères... Si, elle sait bien, elle devine tout, elle t'assure que tu peux aller sans crainte recevoir ton seul [52v] Ami véritable. Elle a aussi passé par le martyre du scrupule, mais Jésus lui a fait la grâce de communier toujours, alors même qu'elle pensait avoir commis de grands péchés. Eh bien! Je t'assure qu'elle a reconnu que c'était le seul moyen de se débarrasser du démon; s'il voit qu'il perd son temps, il nous laisse tranquille. Non, il est impossible qu'un coeur dont l'unique repos est de contempler le tabernacle, - et c'est le tien, me dis-tu - offense Notre-Seigneur au point de ne pouvoir le recevoir. Ce qui offense Jésus, ce qui le blesse au Coeur c'est le manque de confiance. Prie-le beaucoup, afin que tes plus belles années ne se passent pas en craintes chimériques. Nous n'avons que les courts instants de la vie à dépenser pour la gloire de Dieu; le diable le sait bien; c'est pour cela qu'il essaie de nous les faire consumer en travaux inutiles. Petite soeur chérie, communie souvent, bien souvent, voilà le seul remède si tu veux guérir » - LT 92 p392-394 - . Si la Servante de Dieu répondait si sagement à sa cousine, elle ne se conduisait pas elle-même avec moins de prudence, pour suivre cette direction donnée par son confesseur, dans lequel elle croyait entendre la parole de Dieu: « Mon enfant, que Notre-Seigneur soit toujours votre supérieur et votre maître des novices » - MSA 70,1 - . Elle le fit, sans blesser personne et donnant toujours les marques de la déférence la plus entière. Comme il sera constaté...

 

59 - La maturité précoce et la prudence de soeur Thérèse étaient si bien reconnues que la mère prieure du Carmel lui confia, à vingt-deux ans, le soin d'instruire et de former les novices. Elle a écrit: « En comprenant qu'il m'était impossible de rien faire par moi-même, la tâche me parut simplifiée. Je m'occupai intérieurement [53r] et uniquement de m'unir de plus en plus à Dieu sachant que le reste me serait donné par surcroît » - MSC 22,2 - .» Elle s'explique ensuite sur la difficulté de son ministère: « De loin, il semble aisé de faire du bien aux âmes, de leur faire aimer Dieu davantage, de les modeler d'après ses vues et ses pensées. De près, au contraire, on sent que faire du bien est chose aussi impossible, sans le secours divin, que de ramener sur notre hémisphère le soleil pendant la nuit. On sent qu'il faut absolument oublier ses goûts, ses conceptions personnelles et guider les âmes, non par sa propre voie, par son chemin à soi, mais par le chemin particulier que Jésus leur indique. Et ce n'est pas encore le plus difficile: ce qui me coûte par-dessus tout, c'est d'observer les fautes, les plus légères imperfections et de leur livrer une guerre à mort. J'allais dire: malheureusement pour moi, - mais non, ce serait de la lâcheté - je dis donc: heureusement pour mes soeurs, depuis que j'ai pris place dans les bras de Jésus, je suis comme le veilleur observant l’ennemi de la plus haute tourelle d'un château-fort. Rien n'échappe à mes regards; souvent je suis étonnée d'y voir si clair, et je trouve le prophète Jonas bien excusable de s'être enfui de devant la face du Seigneur pour ne pas annoncer la ruine de Ninive.

             J'aimerais mieux recevoir mille reproches que d'en adresser un seul; mais je sens qu'il est très nécessaire que cette besogne me soit une souffrance, car lorsqu'on agit par nature, il est impossible que l'âme en défaut comprenne ses torts, elle pense tout simplement ceci: la soeur chargée de me diriger est mécontente et son mécontentement retombe sur moi qui suis pourtant remplie des meilleures intentions » - MSC 22,2-23,1 - . - Comme il sera constaté...

 

60 - La prudence de soeur Thérèse de l’Enfant Jésus était toute surnaturelle; parlant de sa manière d'agir avec les novices, elle dit à la mère prieure: [53v] « Ma mère, il en est de cela comme du reste, il faut que je rencontre en tout l'abnégation et le sacrifice; ainsi je sens qu'une lettre écrite ne produira aucun fruit, tant que je ne l'écrirai pas avec une certaine répugnance et pour le seul motif d'obéir. Quand je parle avec une novice, je veille à me mortifier, j'évite de lui adresser des questions qui satisferaient ma curiosité. Si je la vois commencer une chose intéressante, puis passer à une autre qui m'ennuie sans achever la première, je me garde bien de lui rappeler cette interruption, car il me semble que l'on ne peut faire aucun bien en se recherchant soi-même » - MSC 32,2 - Comme il sera constaté...

 

61 - Sa prudence alliait la bonté compatissante à la fermeté. Pour aider une novice, qui ne pouvait s'astreindre à ne pas lever les yeux au réfectoire, conformément à la règle, elle compose la prière suivante, demandant, pour elle-même, la grâce dont la novice avait seule besoin « Jésus, vos deux petites épouses prennent la résolution de tenir les yeux baissés pendant le réfectoire, afin d'honorer et d'imiter l'exemple que vous leur avez donné chez Hérode. Quand ce prince impie se moquait de vous, ô beauté infinie, pas une plainte ne sortait de vos lèvres, vous ne daigniez pas même fixer sur lui vos yeux adorables. Oh! sans doute, divin Jésus, Hérode ne méritait pas d'être regardé par vous; mais, nous qui sommes vos épouses, nous voulons attirer sur nous vos regards divins. Nous vous demandons de nous récompenser par ce regard d'amour, chaque fois que nous nous priverons de lever les yeux; et même, nous vous prions de ne pas nous refuser ce doux regard quand nous serons tombées, puisque nous nous en humilierons sincèrement devant vous » - PRI 3 ,p358 - Comme il sera constaté...

 

62 - La Servante de Dieu répondait avec précision et [54r] souvent avec une onction pleine de charme aux demandes qui étaient faites, comme le prouve ce trait raconté par une de ses novices: « Je voulais me priver de la sainte communion pour une infidélité qui lui avait causé beaucoup de peine, mais dont je me repentais amèrement. Je lui écrivis ma résolution; et voici le billet qu'elle m'envoya: ' Petite fleur chérie de Jésus, cela suffit bien que, par l'humiliation de votre âme, vos racines mangent de la terre... il faut entrouvrir, ou plutôt élever bien haut votre corolle, afin que le pain des anges vienne, comme une rosée divine, vous fortifier et vous donner tout ce qui vous manque. Bonsoir, pauvre fleurette, demandez à Jésus que toutes les prières qui sont faites pour ma guérison servent à augmenter le feu qui doit me consumer » - CSG p290 - .

             Une autre rapporte: « A l'infirmerie, nous attendions à peine que ses actions de grâces fussent terminées pour lui parler et lui demander ses conseils. Elle s'en attrista d'abord et nous en fit de doux reproches. Puis bientôt elle nous laissa faire, nous disant: ' J'ai pensé que je ne devais pas désirer plus de repos que Notre-Seigneur. Lorsqu'il s'enfuyait au désert après ses prédications, le peuple venait aussitôt troubler sa solitude. Approchez de moi tant que vous voudrez. Je dois mourir, les armes à la main, avant à la bouche le glaive de l'esprit qui est la parole de Dieu ' » (Eph. 6e 17)

- CSG p291 - Comme il sera constaté...

 

63 - L'ascendant de sa direction ne venait pas d'une prudence purement humaine, mais de son exemple, de son abnégation, de son amour pour les âmes. Son union avec Dieu était continuelle; elle avait sans cesse recours à lui et il ne cessa de la guider dans les conjonctures particulière-[54v]ment difficiles, comme il s'en rencontre parfois dans la vie commune, et qui ne lui furent pas épargnées. - Comme il sera constaté...

 

 

JUSTICE

 

64 - La Servante de Dieu n'a cessé de pratiquer la vertu de justice envers Dieu et les saints par le culte qu'elle leur rendait. Toute jeune, elle aimait les cérémonies pieuses et la fréquentation des sacrements de pénitence et d'eucharistie. Au Carmel, elle eut pour l'office divin la plus grande dévotion. A la fin de sa vie, elle s'exprimait ainsi:

« Je puis dire que l'office a été mon bonheur et mon martyre à la fois, parce que j'avais un si grand désir de bien le réciter et de ne pas y faire de fautes: je ne crois pas qu'il soit possible d'avoir désiré plus que moi réciter parfaitement l'office divin et bien y assister au choeur. Que j'étais fière quand j'étais semainière, que je disais les oraisons tout haut, au milieu du choeur, parce que je pensais que le prêtre disait les mêmes oraisons à la messe et que j'avais, comme lui, le droit de parler tout haut devant le Saint Sacrement » - CJ 6-8 - .» Pendant sa maladie, alors qu'elle était dispensée de l'office divin, elle voulut dire l'office des morts pour les soeurs décédées et ne cessa que sur l'ordre qui l'obligea de s'en abstenir. - Comme il sera constaté...

 

65 - Soeur Thérèse de l’Enfant Jésus, qui devait à Notre-Dame des Victoires la guérison de la maladie qui avait tant attristé son enfance, eut toujours pour Marie une dévotion très filiale et un culte particulier pour la statue devant laquelle elle avait été guérie. Elle récita avec joie l'acte de consécration à Marie, le jour de la première communion, au nom de ses compagnes. Elle voulut être reçue enfant de Marie, à l'abbaye des bénédictines de Lisieux. [55r] La récitation quotidienne du chapelet, du Memorare, les invocations à la Sainte Vierge, au début de la journée, étaient des pratiques qui lui furent toujours chères et elle voulut placer sous la protection spéciale de la Mère de Dieu la rédaction de son manuscrit. Le premier de ses chants fut en son honneur et la dernière poésie qui jaillit de son coeur fut: « Pourquoi je t'aime, ô Marie? - PN 54 p750 - » Comme il sera constaté...

 

66 - La Servante de Dieu avait une dévotion très confiante envers saint joseph; sa statue occupait une place d'honneur dans sa chambre de jeune fille, et, chaque jour, elle récitait la prière: « 0 saint joseph, père et protecteur des vierges... » Au Carmel, l'exemple de sainte Thérèse accrut cette dévotion et sa confiance, elle le priait surtout pour obtenir une plus grande participation à la sainte Eucharistie, dans un moment où la pratique de la sainte communion était rendue plus difficile au Carmel de Lisieux; aussi salua-t-elle avec joie le décret libérateur de Léon XIII. Inutile de mentionner son culte pour sainte Thérèse, sa mère et sa patronne, et pour saint Jean de la Croix. - Comme il sera constaté...

 

67 - Elle honorait les anges du ciel et son ange gardien; elle nourrissait sa piété des exemples des apôtres et des saints et savait très judicieusement les proposer dans ses directions. Elle écrit à sa soeur Céline, le 30 octobre 1893:

« Ma soeur chérie,

Tu m'écris que tu sens ta faiblesse, c'est une grâce; c'est Notre-Seigneur qui imprime en ton âme ces sentiments de défiance de toi-même. Ne crains pas; si tu restes fidèle à [55v] lui faire plaisir dans les petites occasions, il se trouvera obligé de t'aider dans les grandes. Les apôtres, sans lui, travaillèrent longtemps, toute une nuit, sans prendre aucun poisson; leur travail pourtant lui était agréable, mais il voulait prouver que lui seul peut nous donner quelque chose. Il demandait seulement un acte d'humilité: Enfants, n’avez-vous rien à manger?, et le bon saint Pierre avoue son impuissance: Seigneur, nous avons pêché toute la nuit sans rien prendre! C'est assez! Le Coeur de Jésus est touché, il est ému... Peut-être que si l'apôtre eût pris quelques petits poissons, le divin Maître n'aurait pas fait de miracle; mais il n'avait rien, aussi par la puissance et la bonté divines ses filets furent bientôt remplis de gros poissons! Voilà bien le caractère de Notre-Seigneur: il donne en Dieu, mais il veut l'humilité du coeur» - LT 161 - .»

 

Elle a eu un culte spécial pour sainte Agnès et pour deux serviteurs de Dieu, béatifiés depuis sa mort: la bienheureuse Jeanne d'Arc et le bienheureux Théophane Vénard. À Jeanne d'Arc elle a consacré une bonne partie de ses chants et elle appelait sa béatification des voeux les plus ardents. Les lettres du bienheureux Théophane Vénard la charmaient et elle admirait en lui le zèle du missionnaire et la générosité du martyr. - Comme il sera constaté...

 

68 - Lorsque la Servante de Dieu eut la charge de sacristine, son esprit de piété se manifestait dans le soin apporté pour la dignité des ornements, son respect religieux pour les vases et les linges sacrés, par son zèle à préparer les fleurs de l'autel ou à fleurir une statue de l’Enfant Jésus, qui lui était confiée. Comme il sera constaté...

 

[56r] VOEUX DE RELIGION

La Servante de Dieu n'a cessé de pratiquer la justice par sa fidélité, jusqu'à la mort, à ses trois voeux de religion.

PAUVRETÉ

 

69 - « Pendant mon postulat - dit-elle - j'étais contente d'avoir à mon usage des choses soignées et de trouver sous la main ce qui m'était nécessaire. Jésus souffrait cela patiemment, car il n'aime pas à tout montrer aux âmes en même temps. Depuis ma prise d'habit, j'ai reçu des lumières abondantes sur la perfection religieuse, principalement au sujet du voeu de pauvreté » - MSA 74,1 - .

Et lorsque par mégarde une soeur avait, un soir, pris sa lanterne, elle resta dans l'obscurité, s'estimant heureuse d'être privée de ce qui lui était nécessaire; elle cherchait à avoir les objets les plus laids, les moins commodes; dans sa nourriture, elle ne manifestait jamais aucun regret quand on lui servait des restes ou des mets que son estomac digérait péniblement. Ces pratiques lui coûtaient beaucoup, mais elle savait toujours se renoncer. - Comme il sera constaté...

 

70 - La Servante de Dieu luttait de même pour triompher de ses impatiences, si on prenait les objets à son usage. Elle a écrit:

« S'il est difficile de donner à quiconque demande, il l'est encore bien plus de laisser prendre ce qui appartient sans le redemander. 0 ma mère, je dis que c'est difficile, je devrais plutôt dire que cela semble difficile; car le joug du Seigneur est suave et léger: lorsqu'on l'accepte, on sent aussitôt sa douceur. Je disais: Jésus ne veut pas que je réclame ce qui m'ap-[56v]partient; cela devrait me paraître tout naturel, puisque réellement rien ne m'appartient en propre: je dois donc me réjouir lorsqu'il m'arrive de sentir la pauvreté dont j'ai fait le voeu solennel. Autrefois je croyais ne tenir à quoi que ce soit; mais, depuis que les paroles de Jésus me sont lumineuses, je me vois bien imparfaite. Par exemple si, me mettant à l'ouvrage pour la peinture, je trouve les pinceaux en désordre, si une règle ou un canif a disparu, la patience est bien près de m'abandonner et je dois la prendre à deux mains pour ne pas réclamer avec amertume les objets qui me manquent.

Ces choses indispensables, je puis sans doute les demander, mais en le faisant avec humilité je ne manque pas au commandement de Jésus, au contraire, j'agis comme les pauvres qui tendent la main pour recevoir le nécessaire » - MSC 16,1-2 - . - Comme il sera constaté...

 

71 - Elle étendait cette pratique aux biens de l'esprit, d'une façon bien méritoire:

« Quand le divin Maître me dit de donner à quiconque me demande et de laisser prendre ce qui m'appartient sans le redemander, je pense qu'il ne parle pas seulement des biens de la terre, mais qu'il entend aussi les biens du ciel. D'ailleurs les uns et les autres ne sont pas à moi: j'ai renoncé aux premiers par le voeu de pauvreté, et les seconds me sont également prêtés par Dieu qui peut me les retirer sans qu'il me soit permis de me plaindre. Mais les pensées profondes et personnelles, les flammes de l'intelligence et du coeur forment une richesse à laquelle on s'attache comme à un bien propre, auquel personne n'a le droit de toucher. Par exemple: si je communique à l'une de mes soeurs quelque lumière de mon oraison et qu'elle la révèle ensuite comme venant d'elle-même, il semble qu'elle s'approprie mon bien; ou si l'on dit tout bas à sa compagne, pendant la récréation, une parole d'esprit et d'à-propos et [57r] que celle-ci, sans en faire connaître la source, répète tout haut cette parole, cela paraît comme un vol à la propriétaire qui ne réclame pas, mais en aurait bien envie et saisira la première occasion pour faire savoir finement qu'on s'est emparé de ses pensées. Ma mère, je ne pourrais vous expliquer aussi bien ces tristes sentiments de la nature, si je ne les avais éprouvés moi-même; et j'aimerais à me bercer de la douce illusion qu'ils n'ont visité que moi, si vous ne m'aviez ordonné d'entendre les tentations des novices. J'ai beaucoup appris en remplissant la mission que vous m'avez confiée; surtout je me suis vue forcée de pratiquer ce que j'enseignais. Oui, maintenant je puis le dire, j'ai reçu la grâce de n'être pas plus attachée aux biens de l'esprit et du coeur qu'à ceux de la terre. S'il m'arrive de penser et de dire une chose qui plaise à mes soeurs, je trouve tout naturel qu'elles s’en emparent comme d'un bien à elles: cette pensée appartient à l'Esprit-Saint et non pas à moi, puisque saint Paul assure que nous ne pouvons, sans cet Esprit d'amour, donner à Dieu le nom de Père. Il est donc bien libre de se servir de moi pour donner une bonne pensée à une âme et je ne puis croire que cette pensée soit ma propriété » - MSC 18,2-19,2 - Comme il sera constaté...

 

CHASTETÉ

 

72 - La Servante de Dieu, toute jeune, se faisait remarquer par un grand amour de la pureté. Ce n'était qu'avec peine qu'on la décidait à suivre des traitements nécessaires à son état maladif, comme des douches, tant elle redoutait de blesser la pureté. Carmélite, cette belle vertu brillera dans toute sa vie et elle l'exaltera dans ses chants et honorera toujours d'un culte [57v] particulier sainte Agnès. Elle a composé le cantique suivant:

« Cantique de sainte Agnès:

Le Christ est mon amour, il est toute ma vie, il est le fiancé qui seul ravit mes yeux;

j'entends déjà vibrer de sa douce harmonie les sons mélodieux.

Son empire est le ciel, sa nature est divine, une Vierge ici-bas pour mère il se choisit;

son Père est le vrai Dieu qui n'a pas d'origine, il est un pur esprit.

Lorsque j'aime le Christ et lorsque je le touche,

mon coeur devient plus pur, je suis plus chaste encor:

de la virginité le baiser de sa bouche m'a donné le trésor...

Il a déjà posé son signe sur ma face, afin que nul amant n'ose approcher de moi:

mon coeur est soutenu par la divine grâce de mon aimable Roi » - PN 26 p704 -

 

Si elle écrit à une novice pour sa profession que la chasteté sera son arme dans la vie, c'est qu'elle-même se sert de cette arme pour lutter chaque jour.

« La chasteté me rend la soeur des anges, de ces esprits purs et victorieux.

J'espère un jour voler en leurs phalanges mais, dans l'exil, je dois lutter comme eux..

Je dois lutter, sans repos et sans trêve, pour mon Epoux, le Seigneur des seigneurs.

La chasteté, c'est le céleste glaive qui peut lui conquérir des coeurs.

[58r] La chasteté, c'est mon arme invincible; mes ennemis par elle sont vaincus;

par elle je deviens, ô bonheur indicible! l'épouse de Jésus » - PN 48 p740 - .

 

La Servante de Dieu n'était pas scrupuleuse dans sa direction; et, pour elle, son habitude de garder toujours la présence de Dieu la faisait agir avec une grande réserve. Cet ange de pureté a confié à une de ses soeurs qu'elle n'avait jamais été tentée contre cette vertu. Comme il sera constaté.

 

OBÉISSANCE

 

73 - Thérèse de l’Enfant Jésus s’appliqua à pratiquer l'obéissance et à triompher de son caractère, nombreux sont les exemples qui pourront être rapportés dans sa vie d'enfant. Devenue religieuse, elle obéissait en esprit de foi à toutes celles qui devaient la commander, elle était disposée à le faire en toutes circonstances et disait à sa supérieure:

« Ma mère, vous êtes la boussole que Jésus m'a donnée pour me conduire sûrement au rivage éternel. Qu'il m'est doux de fixer sur vous mon regard et d'accomplir ensuite la volonté du Seigneur! En permettant que je souffre des tentations contre la foi, le divin Maître a beaucoup augmenté dans mon coeur l'esprit de foi, qui me le fait voir vivant en votre âme et me communiquant par vous ses ordres bénis. je sais bien, ma mère, que vous me rendez doux et léger le fardeau de l'obéissance; mais il me semble, d'après mes sentiments intimes, que je ne changerais pas de conduite et que ma tendresse filiale ne souffrirait aucune diminution, s'il vous plaisait de me traiter sévèrement, parce que je verrais encore la volonté de mon Dieu se manifestant d'une autre façon pour le plus grand bien de mon âme » - MSC 11,1-2 - . - Comme il sera constaté...

 

[58v] 74 - Son obéissance allait jusqu'à déférer à la demande de toutes les soeurs qui lui prescrivaient une chose et, si quelque recommandation fixait un point de minime importance, elle s'y conformait ensuite sans le transgresser jamais plus. Pendant sa maladie, son infirmière lui avait conseillé de faire tous les jours une petite promenade d'un quart d'heure dans le jardin. Ce conseil devenait un ordre pour elle. Un après-midi, une soeur la voyant marcher avec beaucoup de peine, lui dit: « Vous feriez bien mieux de vous reposer, votre promenade ne peut vous faire du bien dans de pareilles conditions, vous vous épuisez, voilà tout! - C'est vrai - répondit-elle mais savez-vous ce qui me donne des forces? Eh bien! Je marche pour un missionnaire. Je pense que là-bas, bien loin, l'un deux est peut-être épuisé dans ses courses apostoliques, et pour diminuer ses fatigues, j'offre les miennes au bon Dieu » - DE mai - . - Comme il sera constaté...

 

75 - Voici comment elle chante l'obéissance:

« L'ange orgueilleux, au sein de la lumière, s'est écrié: "Je n'obéirai pas '

Moi je répète en la nuit de la terre: Je veux toujours obéir ici-bas.

Je sens en moi naître une sainte audace, de tout l'enfer je brave la fureur.

L'obéissance est ma forte cuirasse et le bouclier de mon coeur.

0 Dieu vainqueur! Je ne veux d'autres gloires que de soumettre en tout ma volonté;

puisque l'obéissant redira ses victoires toute l'éternité!» - PN 48 ,p740 - .

 

[59r] LA FORCE

 

76 - La force chrétienne fut de tous les jours dans la vie de la Servante de Dieu, si on l'étudie dans ses détails. D'une nature ardente et sensible, elle parvint à se dominer et à conserver toujours une humeur égale et bienveillante, même au milieu des épreuves et des souffrances.

« Le jour de ma confirmation, je reçus dit-elle - la force de souffrir, force qui m'était bien nécessaire, car le martyre de mon âme devait commencer peu après » - MSA 36,2 - .» Aussi est-ce à l'Esprit-Saint qu'elle s'adresse pour la soutenir dans les démarches multiples et dans les échecs apparents qui précédèrent son arrivée au Carmel. Au moment même de la séparation, elle n'entendait que des sanglots et ne versa pas de larmes, mais, dit-elle, « en marchant la première pour me rendre à la porte de clôture, mon coeur battait si violemment que je me demandais si je n'allais pas mourir. Oh! quel instant! quelle agonie! il faut l'avoir éprouvée pour la comprendre; j'embrassai tous les miens et me mis à genoux devant mon père pour recevoir sa bénédiction. Il s'agenouilla lui-même et me bénit en pleurant » - MSA 69,1 - .» Thérèse manifesta une force héroïque en gardant, si jeune, une paix profonde dans sa vie nouvelle, malgré l'agonie de son coeur. - Comme il sera constaté...

 

77 - La force de la Servante de Dieu se montra dans son énergie pour supporter, dès le début, toutes les austérités de la règle, les sécheresses de l'âme et la sévérité qui présida à sa première formation. Elle a écrit:

« J'ai trouvé la vie religieuse telle que je me l'étais figurée, aucun sacrifice ne m’étonna; et pourtant, vous le savez, ma mère, mes premiers pas ont rencontré plus d'épines que de roses. D'abord je n'avais pour mon âme que le pain quotidien [59v] d'une sécheresse amère. Puis le Seigneur permit, ma mère vénérée, que, même à votre insu, je fusse traitée par vous très sévèrement. Je ne pouvais vous rencontrer sans recevoir quelque reproche. Une fois, je me rappelle qu'ayant laissé dans le cloître une toile d'araignée, vous m'avez dit, devant toute la communauté: 'On voit bien que nos cloîtres sont balayés par une enfant de quinze ans! c'est une pitié! Allez donc ôter cette toile d'araignée, et devenez plus soigneuse à l'avenir'. Dans les rares directions où je restais près de vous pendant une heure, j'étais encore grondée presque tout le temps; et ce qui me faisait le plus de peine, c'était de ne pas comprendre la manière de me corriger de mes défauts: par exemple, de ma lenteur, de mon peu de dévouement dans les offices; défauts que vous me signalez, ma mère, dans votre sollicitude et votre bonté pour moi » - MSA 69,2 - "'. - Comme il sera constaté...

 

78 - Sa force s'accusa dans la façon généreuse de supporter ces sacrifices:

« Pendant ce temps de mon postulat, notre maîtresse m'envoyait le soir, à quatre heures et demie, arracher de l'herbe dans le jardin: cela me coûtait beaucoup; d'autant plus, ma mère, que j'étais presque sûre de vous rencontrer en chemin. Vous dîtes, en l'une de ces circonstances: 'Mais enfin, cette enfant ne fait absolument rien! Qu'est-ce donc qu'une novice qu'il faut envoyer tous les jours à la promenade?'. Et pour toutes choses, vous agissiez ainsi à mon égard. 0 ma mère bien-aimée, que je vous remercie de m'avoir donné une éducation si forte et si précieuse! Quelle grâce inappréciable! Que serais-je devenue si, comme le croyaient les personnes du monde, j'avais été le joujou de la communauté? Peut-être, au lieu de voir Notre-Seigneur en mes supérieures, n'aurais-je considéré que la créature, et mon coeur, [60r] si bien gardé dans le monde, se serait attaché humainement dans le cloître. Heureusement, par votre sagesse maternelle, je fus préservée de ce véritable malheur. Oui, je puis le dire, non seulement pour ce que je viens d'écrire, mais pour d'autres épreuves plus sensibles encore, la souffrance m'a tendu les bras dès mon entrée et je l'ai embrassée avec amour» - MSA 69,2 - '. - Comme il sera constaté...

 

79 - La Servante de Dieu accepta avec courage, gardant son égalité d'âme, la sévérité des supérieurs, après sa prise d'habit et sa profession, malgré l'illusion de plusieurs religieuses sur la façon dont elle était traitée. Elle le dit au début de la seconde partie de son manuscrit, quand la révérende mère prieure lui demanda de plus amples détails sur sa vie religieuse:

« Dans la communauté, on croit généralement que vous m'avez gâtée de toute façon, depuis mon entrée au Carmel; mais l'homme ne voit que l'apparence, c'est Dieu qui lit au fond des coeurs. 0 ma mère, je vous remercie une fois encore de ne m'avoir pas ménagée; Jésus savait bien qu'il fallait à sa petite fleur l'eau vivifiante de l'humiliation, elle était trop faible pour prendre racine sans ce moyen, et c'est à vous qu'elle doit cet inestimable bienfait » - MSC 1,2 - Comme il sera constaté...

 

80 - La Servante de Dieu fut également forte dans l'épreuve des sécheresses qui furent le partage de presque toute sa vie religieuse. Elle écrit, pendant sa retraite de prise d'habit, à la mère Agnès de Jésus:

« Dans mes rapports avec Jésus, rien: sécheresse! sommeil! Puisque mon Bien-Aimé veut dormir, je ne l'en empêcherai pas; je suis trop heureuse de voir qu'il ne me trai-[60v]te point comme une étrangère, qu'il ne se gêne pas avec moi. Il crible sa petite balle de piqûres d'épingle bien douloureuses. Quand c'est ce doux Ami qui perce lui-même sa balle, la souffrance n'est que douceur, sa main est si douce! Quelle différence avec celle des créatures!.» - LT74 p370 -

Mêmes aridités pendant la retraite de profession. Elle les découvre à sa soeur, Marie du Sacré-Coeur: « Votre petite fille n'entend guère les harmonies célestes: son voyage de noces est bien aride! Son Fiancé, il est vrai, lui fait parcourir des pays fertiles et magnifiques; mais la nuit l'empêche de rien admirer et surtout de jouir de toutes ces merveilles. Vous allez peut-être croire qu'elle s'en afflige? Mais non, au contraire, elle est heureuse de suivre son Fiancé pour lui seul et non à cause de ses dons. Lui seul, il est si beau! si ravissant! même quand il se tait, même quand il se cache! Comprenez votre petite fille... elle est lasse des consolations de la terre, elle ne veut plus que son Bien-Aimé. je crois que le travail de Jésus, pendant cette retraite, a été de me détacher de tout ce qui n'est pas lui. Ma seule consolation est une force et une paix très grandes; et puis, j'espère être comme Jésus veut que je sois: c'est ce qui fait tout mon bonheur » - LT 111 - Comme il sera constaté...

 

81 - La même force se manifestait dans les services à rendre à ses soeurs et lorsque, pendant une nuit, un commencement d'incendie avait menacé le Carmel, soeur Thérèse de l’Enfant Jésus était à la tête des autres et, sans prendre garde au danger, contribua grandement à éteindre les flammes. Elle savait se faire violence avec une grande énergie de volonté et « à toutes ses vertus, elle joignait un courage extraordinaire. Dès son entrée, à quinze ans, sauf les jeûnes, [61r] on lui laissa suivre toutes les pratiques de la règle austère. Parfois, ses compagnes du noviciat remarquaient sa pâleur et essayaient de la faire dispenser, soit de l'office du soir ou du lever matinal; la vénérée mère prieure n'accédait point à leurs demandes: 'Une âme de cette trempe - disait-elle - ne doit pas être traitée comme une enfant, les dispenses ne sont pas faites pour elle. Laissez-la, Dieu la soutient. D'ailleurs, si elle est malade, elle doit venir le dire elle-même'. Mais soeur Thérèse avait ce principe qu'il « faut aller jusqu'au bout de ses forces avant de se plaindre.» Que de fois elle s'est rendue à matines avec des vertiges ou de violents maux de tête! ' Je puis encore marcher - se disait-elle -, eh bien! Je dois être à mon devoir!'. Et grâce à cette énergie, elle accomplissait simplement des actes héroïques » - CRM 66 -

 

 

Elle raconte ce fait entr'autres à la révérende mère prieure: « Je me souviens qu'étant postulante, j'avais parfois de si violentes tentations de me satisfaire et de trouver quelques gouttes de joie, que j'étais obligée de passer rapidement devant votre cellule et de me cramponner à la rampe de l'escalier pour ne point retourner sur mes pas. Il me venait à l'esprit quantité de permissions à demander, mille prétextes pour donner raison à ma nature et la contenter. Que je suis heureuse maintenant de m'être privée dès le début de ma vie religieuse! Je jouis déjà de la récompense promise à ceux qui combattent courageusement » - MSC 21,2-22,1 - . - Comme il sera constaté...

 

82 - La Servante de Dieu montra une force héroïque dans les aridités spirituelles et les cruelles souffrances de sa longue maladie, quand on ne pouvait pas lui donner de remède pour la soulager; elle provoqua l'admiration du médecin. « Ah! si vous saviez ce qu'elle endure; jamais je n'ai vu - disait-il - souffrir autant avec cette expression de joie surnaturelle. C'est un ange » - HA ch.12 - Comme il sera constaté...

 

[61V] TEMPÉRANCE

 

83 - Le devoir de l'obéissance obligea la Servante de Dieu à ne pas faire de grandes mortifications extérieures, en dehors de celles déjà considérables imposées par la règle austère du Carmel. Ce qu'elle avait écrit des trois mois d'attente, qui précédèrent son entrée au cloître, elle continuait de le mettre en pratique, se livrant de plus en plus à une vie mortifiée, qu'elle définit de la sorte.

« Lorsque je dis mortifiée, je n’entends pas les pénitences des saints. Loin de ressembler aux belles âmes qui, dès leur enfance, pratiquent toute espèce de macérations, je faisais uniquement consister les miennes à briser ma volonté, à retenir une parole de réplique, à rendre de petits services autour de moi sans les faire valoir, et mille autres choses de ce genre. Par la pratique de ces riens, je me préparais à devenir la fiancée de Jésus » - MSA 68,2 - .

Et ailleurs: « Je m'appliquais surtout aux petits actes de vertu bien cachés; ainsi j'aimais à plier les manteaux oubliés par les soeurs, et je cherchais mille occasions de leur rendre service. L'attrait pour la pénitence me fut aussi donné; mais rien ne m'était permis pour le satisfaire. Les seules mortifications que l'on m'accordait, consistaient à mortifier mon amour-propre; ce qui me faisait plus de bien que les pénitences corporelles » - MSA 74,2 - . - Comme il sera constaté...

 

84 - La Servante de Dieu imposa cette héroïque mortification à sa curiosité, lors de sa première hémorragie pulmonaire, qu'elle croyait un signe avant-coureur de sa délivrance:

« Au carême de l'année dernière (1896) je me trouvai plus forte que jamais, et cette force, malgré le jeûne que j'obser-[62r]vais dans toute sa rigueur, se maintint parfaitement jusqu'à Pâques; lorsque le jour du Vendredi Saint, à la première heure, Jésus me donna l'espoir d'aller bientôt le rejoindre dans son beau ciel. Oh! qu'il m'est doux ce souvenir! Le jeudi soir, n'ayant pas obtenu la permission de rester au tombeau la nuit entière, je rentrai à minuit dans notre cellule. A peine ma tête se posait-elle sur l'oreiller, que je sentis un flot monter en bouillonnant jusqu'à mes lèvres; je crus que j'allais mourir et mon coeur se fendit de joie. Cependant, comme je venais d'éteindre notre petite lampe, je mortifiai ma curiosité jusqu'au matin et m'endormis paisiblement » - MSC 4,2-5,1 - . Comme il sera constaté...

 

85 - Si la Servante de Dieu ne pouvait pas s'imposer de mortifications corporelles spéciales, sans en avoir la permission, elle savait mortifier son coeur en lui refusant au Carmel les consolations qui lui auraient été chères; car après la séparation si douloureuse de son père tant aimé, elle retrouvait ses deux soeurs aînées, les confidentes de son âme, mais la solitude et le silence étant rigoureusement gardés, elle ne voyait ses soeurs qu'à l'heure des récréations. Si elle eût été moins mortifiée, souvent elle aurait pu s'asseoir à leurs côtés; mais, « elle recherchait de préférence la compagnie des religieuses qui lui plaisaient le moins » - HA ch12 - ; aussi l'on pouvait dire qu'on ignorait si elle affectionnait ses soeurs plus particulièrement.

Quelque temps après son entrée, on la donna comme aide à soeur Agnès de Jésus, sa « Pauline » tant aimée: ce fut une nouvelle source de sacrifices. Soeur Thérèse savait qu'une parole inutile est défendue et jamais elle ne se permit la moindre confidence. « 0 ma petite mère - dira-t-elle plus tard - que j'ai souffert alors!... Je ne pouvais vous ouvrir mon coeur, et je pensais que vous ne me connaissiez plus!... » - DEA 13-7 - "'.

[62v] Après cinq années de ce silence héroïque, soeur Agnès de Jésus fut élue prieure. Au soir de l'élection, le coeur de la « petite Thérèse » dut battre de joie, à la pensée que désormais elle pourrait parler à sa « petite mère » en toute liberté, et, comme autrefois, épancher son âme dans la sienne; mais le sacrifice était devenu l'aliment de sa vie; si elle demanda une faveur, ce fut celle d'être considérée comme la dernière, d'avoir partout la dernière place. Aussi, de toutes les religieuses, ce fut elle qui vit sa mère prieure le plus rarement. - Comme il sera constaté...

 

   86 - « Son esprit de sacrifice était universel. Tout ce qu'il y avait de plus pénible et de moins agréable, elle s'empressait de le saisir comme la part qui lui était due; tout ce que Dieu lui demandait, elle le lui donnait, sans retour sur elle-même. 'Pendant mon postulat - dit-elle - il me coûtait beaucoup de faire certaines mortifications extérieures, en usage dans nos monastères; mais jamais je n'ai cédé à mes répugnances: il me semblait que le crucifix du préau me regardait avec des yeux suppliants et me mendiait ces sacrifices'. Sa vigilance était telle qu'elle ne laissait inobservés aucune des recommandations de sa mère prieure, aucun de ces petits règlements qui rendent la vie religieuse si méritoire. Une soeur ancienne, ayant remarqué sa fidélité extraordinaire sur ce point, la considéra dès lors comme une sainte. Elle se plaît à dire qu'elle ne faisait pas de grandes pénitences: c'est que sa ferveur comptait pour rien celles qui lui étaient permises. Il arriva pourtant qu'elle fut malade pour avoir porté trop longtemps une petite croix de fer, dont les pointes s'étaient enfoncées dans sa chair. 'Cela ne me serait pas arrivé pour si peu de chose - disait-elle ensuite - si le bon Dieu n'avait voulu me faire comprendre que les ma-[63r]cérations des saints ne sont pas faites pour moi, ni pour les petites âmes qui marcheront par la même voie d'enfance' » - HA ch.12 - Comme il sera constaté...

 

Les novices racontent qu'elle leur cachait ses mortifications sous des dehors gracieux. « Cependant, un jour de jeûne, où notre révérende mère lui avait imposé un soulagement, je la surpris assaisonnant d'absinthe cette douceur trop à son goût », rapporte l'une d'elles - CSG (130).

« Une autre fois, je la vis boire lentement un exécrable remède.

- Mais dépêchez-vous, lui dis-je, buvez cela tout d'un trait!

- Oh! non; ne faut-il pas que je profite des petites occasions qui se rencontrent de me mortifier un peu, puisqu'il m'est interdit d'en chercher de grandes?

C'est ainsi que, pendant son noviciat je l'ai su dans les derniers mois de sa vie, - une de nos soeurs, ayant voulu rattacher son scapulaire, lui traversa en même temps l'épaule avec sa grande épingle, souffrance qu'elle endura plusieurs heures avec joie.

Une autre fois, elle me donna une preuve de sa mortification intérieure. J'avais reçu une lettre fort intéressante qu'on avait lue à la récréation en son absence. Le soir, elle me manifesta le désir de la lire à son tour et je la lui donnai. Quelque temps après, comme elle me rendait cette lettre, je la priai de me dire sa pensée au sujet d'une chose qui, particulièrement, avait dû la charmer. Elle parut embarrassée et me répondit enfin:

- Le bon Dieu m'en a demandé le sacrifice, à cause de l'empressement que j'ai témoigné l'autre jour; je ne l'ai pas lue...   » - CSG (130).

La Servante de Dieu poursuivra sans défaillance ses mortifications jusqu'à l'heure de sa mort. - Comme il sera constaté...

 

[63v] HUMILITÉ

 

87 - La voie d'enfance et d'abandon que la Servante de Dieu enseigna et s'efforça de suivre est une voie d'humilité. Elle l'étudia, avec sa soeur la mère Agnès, dans la dévotion à la Sainte Face: « Alors, j'ai compris mieux que jamais ce qu'est la véritable gloire. Celui dont le royaume n'est pas de ce monde, me montra que la royauté seule enviable consiste à vouloir être ignorée et comptée pour rien, à mettre sa joie dans le mépris de soi-même. Ah! comme celui de Jésus, je voulais que mon visage fût caché à tous les yeux, que sur la terre personne ne me reconnût: j'avais soif de souffrir et d'être oubliée.

Qu'elle est miséricordieuse la voie par laquelle le divin Maître m'a toujours conduite! Jamais il ne m'a fait désirer quelque chose sans me le donner; c'est pourquoi son calice amer me parut délicieux » - MSA 71,1 - . - Comme il sera constaté...

 

88 - Au jour de sa profession, elle surmonta une tentation qui la jetait dans la plus grande perplexité par un acte d'humilité. Elle découvrit à sa maîtresse des novices le trouble qui agitait son âme, à la pensée qu'elle trompait ses supérieures et qu'elle n'était pas appelée au Carmel. Cet acte d'humilité mit en fuite le démon et lui procura aussitôt une grande paix.

Parlant des consolations que Dieu lui donna dans une période de sa vie religieuse, elle ajoute:

« Ce doux soleil, loin de flétrir la petite fleur, la fait croître merveilleusement. Au fond de son calice, elle conserve les précieuses gouttes de rosée qu'elle a reçues autrefois; et ces gouttes lui rappelleront toujours qu'elle est petite et faible. Toutes les créatures pourraient se pencher vers elle, l'admirer, l'accabler de leurs louanges; cela n'ajouterait jamais une ombre de vaine satisfaction à la véritable joie qu'elle sa-[64r]voure en son coeur, se voyant aux yeux de Dieu un pauvre petit néant, rien de plus » - MSC 1,2-2,1 - . Une des religieuses de son monastère résume ainsi son attitude journalière: « Jamais elle ne donnait son avis, à moins qu'on le lui demandât, ne se mêlant aucunement à des conversations où elle n'était pas interrogée, s'effaçant toujours, se faisant petite à l'égard de ses soeurs, aimant à rendre service.» - Comme il sera constaté...

 

89 - La Servante de Dieu goûtait les humiliations que lui apportaient, à certains jours, les réflexions de ses novices, comme l'indiquent les lignes suivantes:

« J'ai sans cesse présent le souvenir de mes misères. Quelquefois cependant, il me vient un désir bien grand d'entendre autre chose que des louanges, mon âme se fatigue d'une nourriture trop sucrée, et Jésus lui fait servir alors une bonne petite salade bien vinaigrée, bien épicée: rien n'y manque, excepté l'huile, ce qui lui donne une saveur de plus. Cette salade m'est présentée par les novices, au moment où je m'y attends le moins. Le bon Dieu soulève le voile qui leur cache mes imperfections; et mes chères petites soeurs, voyant la vérité, ne me trouvent plus tout à fait à leur goût. Avec une simplicité qui me ravit. elles me disent les combats que je leur donne, ce qui leur déplaît en moi; enfin elles ne se gênent pas plus que s'il était question d'une autre, sachant qu'elles me font un grand plaisir en agissant ainsi. Ah! vraiment c'est plus qu'un plaisir, c'est un festin délicieux qui comble mon âme de joie. Comment une chose qui déplaît tant à la nature peut-elle donner un pareil bonheur? Si je ne l'avais expérimenté, je ne le pourrais croire. Un jour, où je désirais ardemment être humiliée, il arriva qu'une jeune postulante se chargea si bien de me satis-[64v]faire que la pensée de Séméi, maudissant David, me revint à l'esprit, et je répétai intérieurement avec le saint roi: 'Oui, c'est bien le Seigneur qui lui a ordonné de me dire toutes ces choses'. Ainsi le bon Dieu prend soin de moi. Il ne peut toujours m'offrir le pain fortifiant de l'humiliation extérieure; mais, de temps en temps, il me permet de me nourrir des miettes qui tombent de la table des enfants. Ah! que sa miséricorde est grande! » - MSC 26,2-27,1 - - Comme il sera constaté...

Soeur Thérèse de l’Enfant Jésus voulut être au Carmel la petite servante de ses soeurs. Dans cet esprit d'humilité, elle s'efforçait d'obéir à toutes indistinctement.

« Un soir, pendant sa maladie, la communauté devait se réunir à l'ermitage du Sacré-Coeur pour chanter un cantique. Soeur Thérèse de l’Enfant Jésus, déjà minée par la fièvre, s'y était péniblement rendue; elle y arriva épuisée et dut s'asseoir aussitôt. Une religieuse lui fit signe de se lever pendant le chant du cantique. Sans hésiter, l'humble enfant se leva et, malgré la fièvre et l'oppression, resta debout jusqu'à la fin » - HA ch.12 - .

« Loin de fuir les humiliations, elle les recherchait avec empressement; c'est ainsi qu'elle s'offrit pour aider une soeur que l'on savait difficile à satisfaire; sa proposition généreuse fut acceptée. Un jour qu'elle venait de subir bien des reproches, une novice lui demanda pourquoi elle avait l'air si heureux. Quelle ne fut pas sa surprise en entendant cette réponse.- ' C'est que ma soeur * * * vient de me dire des choses désagréables. Oh! qu'elle m'a fait plaisir! Je voudrais maintenant la rencontrer afin de pouvoir lui sourire '. Au même instant cette soeur frappe à la porte, et la novice émerveillée put voir comment pardonnent les saints.» - HA ch.12 -

 

[65r] Dans l'exercice de l'humilité, c'était Jésus qu'elle voulait imiter, à lui qu'elle voulait plaire, comme elle le chantait, l'année qui précéda sa mort:

« Pour moi, sur la rive étrangère, quels mépris n'as-tu pas reçus!...

Je veux me cacher sur la terre, être en tout la dernière, pour toi, Jésus.

Mon Bien-Aimé, ton exemple m'invite à m'abaisser, à mépriser l'honneur.

Pour te ravir, je veux rester petite; en m'oubliant, je charmerai ton coeur »"'. - PN 31 ,3-4 -

Comme il sera constaté...

 

DONS SURNATURELS

 

90 - La soeur Thérèse de l’Enfant Jésus a reçu plusieurs dons surnaturels pendant sa vie: d'abord le don d'intelligence. Dieu qui aime à se communiquer aux âmes vraiment humbles et aux coeurs purs, a instruit cette jeune religieuse, comme elle le dit elle-même, sur le mystère de sa vocation, et sur l'économie de la distribution de sa grâce dans le monde, sur la direction des âmes; elle a exprimé de la façon la plus simple et la plus aimable des idées théologiques les plus élevées. Elle avait supplié la Sainte Vierge, avant d'écrire, de guider sa main pour ne pas tracer une ligne qui ne lui soit pas agréable. La protection de Marie lui a obtenu de Dieu des lumières très vives sur le mystère de l'enfance de Notre-Seigneur et de sa passion, sur sa justice et sur sa miséricorde. - Comme il sera constaté...

 

[65v] 91 - La Servante de Dieu a eu plusieurs fois dans son ministère de maîtresse des novices la connaissance de leurs plus intimes pensées. Comme elles s'en étonnaient: « Voici mon secret - leur dit-elle je ne vous fais jamais d'observation sans invoquer la Sainte Vierge, je lui demande de m'inspirer ce qui doit vous faire le plus de bien; et moi-même je suis souvent étonnée des choses que je vous enseigne; je sens simplement, en vous les disant, que je ne me trompe pas et que Jésus vous parle par ma bouche » - HA ch.12 - "'.

De même, une religieuse presque découragée, dans un moment de pénible angoisse, étant entrée dans sa cellule, pendant sa maladie, et sans rien laisser paraître de sa peine, elle lui dit: « Il ne faudrait pas pleurer comme ceux qui n'ont pas d'espérance » - HA ch.12 - Comme il sera constaté...

 

92 - La Servante de Dieu fut favorisée, vers l'âge de dix ans, d'une apparition de la Sainte Vierge à la fin d'une neuvaine à Notre-Dame des Victoires, pour obtenir sa guérison, pendant que ses trois soeurs étaient près d'elle et priaient avec ferveur. Voici son récit: « Ne trouvant aucun secours sur la terre et près de mourir de douleur, je m'étais aussi tournée vers ma Mère du ciel, la priant de tout mon coeur d'avoir enfin pitié de moi. Tout à coup, la statue s'anima! La Vierge Marie devint belle, si belle que jamais je ne trouverai d'expression pour rendre cette beauté divine. Son visage respirait une douceur, une bonté, une tendresse ineffable; mais, ce qui me pénétra jusqu'au fond de l'âme, ce fut son ravissant sourire! Alors toutes mes peines s'évanouirent, deux grosses larmes jaillirent de mes paupières et coulèrent silencieusement... Ah! c'étaient des larmes d'une joie céleste et sans mélange! [66r] La Sainte Vierge s'est avancée vers moi! elle m'a souri... que je suis heureuse! » - MSA 30,1-2 - .

Elle confirma le fait, quelques semaines avant sa mort; lorsqu'elle regardait avec amour cette même statue, elle disait à sa soeur Marie, qui avait été témoin de son extase au moment de sa guérison par la Sainte Vierge: « Jamais elle ne m'a paru si belle, mais aujourd'hui c’est la statue, autrefois vous savez bien que ce n'était pas la statue » - HA ch.12 - Comme il sera constaté...

 

93 - La Servante de Dieu fut encore l'objet d'une autre faveur qu'elle raconta ainsi peu de temps avant de mourir:

« Quelques jours après mon offrande à l'Amour Miséricordieux, je commençais au choeur l'exercice du chemin de la croix, lorsque je me sentis tout à coup blessée d'un trait de feu si ardent que je pensai mourir. Je ne sais comment expliquer ce transport; il n'y a pas de comparaison qui puisse faire comprendre l'intensité de cette flamme. il me semblait qu'une force invisible me plongeait tout entière dans le feu. Oh! quel feu! quelle douceur!.»

Comme la mère prieure lui demandait si ce transport était le premier de sa vie, elle répondit simplement: « Ma mère j'ai eu plusieurs transports d'amour, particulièrement une fois, pendant mon noviciat, où je restai une semaine entière bien loin de ce monde; il y avait comme un voile jeté pour moi sur toutes les choses de la terre. Mais je n'étais pas brûlée d'une réelle flamme, je pouvais supporter ces délices sans espérer de voir mes liens se briser sous leur poids; tandis que, le jour dont je parle, une minute, une seconde de plus, mon âme se séparait du corps... Hélas! je me retrouvai sur la terre, et la sécheresse, immédiatement, revint habiter mon coeur! » - DEA 7-7 -    Comme il sera constaté...

 

[66v]    94 - La soeur Thérèse de l'Enfant Jésus eut une connaissance plus précise de sa mission, peu de temps avant sa mort. Comme saint Thomas d'Aquin avait fait de son compagnon, le frère Réginald, le confident des lumières qu'il recevait de Dieu *, - BR 2ème Leç. ,2ème nocturne - , elle fit de la mère Agnès de Jésus sa confidente. Dans la soirée du 17 juillet 1897, elle l'accueillit avec une expression toute particulière de joie sereine et lui dit:

« Ma mère, quelques notes d'un concert lointain viennent d'arriver jusqu'à moi, et j'ai pensé que bientôt j'entendrai des mélodies incomparables; mais cette espérance n'a pu me réjouir qu'un instant; une seule attente fait battre mon coeur: c'est l'amour que je recevrai et celui que je pourrai donner! Je sens que ma mission va commencer, ma mission de faire aimer le bon Dieu comme je l'aime... de donner ma petite voie aux âmes. Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre. Ce n'est pas impossible, puisqu'au sein même de la vision béatifique, les anges veillent sur nous. Non, je ne pourrai prendre aucun repos jusqu'à la fin du monde! Mais lorsque l'ange aura dit. Le temps n'est plus!, alors je me reposerai, je pourrai jouir, parce que le nombre des élus sera complet.

- Quelle petite voie voulez-vous donc enseigner aux âmes?

- Ma mère. c'est la voie de l'enfance spirituelle, c'est le chemin de la confiance et du total abandon. Je veux leur indiquer les petits moyens qui m'ont si parfaitement réussi; leur dire qu'il n'y a qu'une seule chose à faire ici-bas: jeter à Jésus les fleurs des petits sacrifices, le prendre par des caresses! C'est comme cela que je l'ai pris, et c'est pour cela que je serai si bien reçue! » - DEA 17-7 -    Comme il sera constaté...

 

[67r] DERNIÈRE MALADIE ET MORT

DE LA SERVANTE DE DIEU

95 - La soeur Thérèse de l’Enfant Jésus mourut le 30 septembre 1897, à 24 ans, d'une tuberculose pulmonaire; pendant les derniers mois de sa vie, ses vertus, au milieu du martyre du corps et de l'âme, s'élevaient jusqu'à l'héroïsme.

« Que nous avons de peine - lui disaient des religieuses - de vous voir tant souffrir et de penser que peut-être vous souffrirez davantage encore! 'Oh! ne vous affligez pas pour moi, j'en suis venue à ne plus pouvoir souffrir, parce que toute souffrance m'est douce... Cependant priez pour moi: souvent, lorsque je prie le ciel de venir à mon secours, c'est alors que je suis le plus délaissée' » - DEA 29-5 - .

Etonnées, ses compagnes lui demandent comment alors elle garde la vertu d'espérance?

- « Je me tourne vers le bon Dieu, vers tous les saints, et je les remercie quand même; je crois qu'ils veulent voir jusqu'où je pousserai mon espérance... Mais ce n'est pas en vain que la parole de Job est entrée dans mon coeur: ' Quand même Dieu me tuerait, j'espérerais encore en lui! '. Je l'avoue, j'ai été longtemps ayant de m'établir à ce degré d'abandon; maintenant j'y suis, le Seigneur m'a prise et m'a posée là! » - DEA 7-7 - Comme il sera constaté...

 

96 - Malgré les tentations sans cesse renaissantes contre la foi, elle reste fidèle dans sa voie de confiance et d'abandon, elle dit:

« Je ne désire pas plus mourir que vivre; si le Seigneur m'offrait de choisir, je ne choisirais rien; je ne veux que ce qu'il veut; c'est ce qu'il fait que j'aime! Je n'ai nullement peur des derniers combats, ni des souffrances de la maladie, si grandes soient-elles. Le bon Dieu [67v] m'a toujours secourue; il m'a aidée et conduite par la main, dès ma plus tendre enfance... je compte sur lui. La souffrance pourra atteindre les limites extrêmes, mais je suis sûre qu'il ne m'abandonnera jamais » - DEA 27-5 - Comme il sera constaté...

 

97 - Le démon renouvelait ses attaques:

« Hier au soir - disait-elle à mère Agnès de Jésus - je fus prise d'une véritable angoisse et mes ténèbres augmentèrent. je ne sais quelle voix maudite me disait: Es-tu sûre d'être aimée de Dieu? Est-il venu te le dire? Ce n'est pas l'opinion de quelques créatures qui te justifiera devant lui » - HA ch.12 - .

« Dans le courant du mois d'août, elle resta plusieurs jours comme hors d'elle-même, conjurant de faire prier pour elle. jamais on ne l'avait vue ainsi. Dans cet état d'angoisse inexprimable, on l'entendit répéter: Oh! comme il faut prier pour les agonisants! si l'on savait!

Une nuit, elle supplia l'infirmière de jeter de l'eau bénite sur son lit en disant:

- Le démon est autour de moi; je ne le vois pas, mais je le sens... il me tourmente, il me tient comme avec une main de fer pour m'empêcher de prendre le plus léger soulagement; il augmente mes maux afin que je me désespère... Et je ne puis pas prier! Je puis seulement regarder la Sainte Vierge et dire: Jésus! Combien elle est nécessaire la prière des complies: Procul recedant somnia, et noctium phantasmata! Délivrez-nous des fantômes de la nuit. J'éprouve quelque chose de mystérieux, je ne souffre pas pour moi, mais pour une autre âme... et le démon ne veut pas.

L'infirmière, vivement impressionnée, alluma un cierge bénit et l'esprit de ténèbres s'enfuit pour ne plus revenir. Ce[68r]pendant, la malade resta jusqu'à la fin dans de douloureuses angoisses » - DEA 25-8 - - Comme il sera constaté...

 

98 - Comme le douleurs redoublaient et que l'état devenait plus grave, la soeur Thérèse de l’Enfant Jésus désirait beaucoup le sacrement d'Extrême-Onction; elle le reçut avec de vifs sentiments de foi et de résignation à la volonté divine. Elle reçut aussi le saint viatique, le 30 juillet. Ensuite, donnant libre cours à sa reconnaissance elle disait:

« J'ai trouvé le bonheur et la joie sur la terre, mais uniquement dans la souffrance, car j'ai beaucoup souffert ici-bas. Il faudra le faire savoir aux âmes... Au commencement de ma vie spirituelle, tout de suite après ma première communion, je désirais la souffrance, mais je ne pensais pas à en faire ma joie, c'est une grâce que le bon Dieu m'a faite plus tard » - DEA 31-7 - . - Comme il sera constaté...

 

99 - Son amour pour Marie redoublait, avec une note plus filiale encore. Un soir elle s'écria:

« Que je l'aime la Vierge Marie! Si j'avais été prêtre, que j'aurais bien parlé d'elle! On la montre inabordable, il faudrait la montrer imitable. Elle est plus mère que reine! J'ai entendu dire que son éclat éclipse tous les saints, comme le soleil à son lever fait disparaître les étoiles. Mon Dieu! que cela est étrange! Une mère qui fait disparaître la gloire de ses enfants! Moi, je pense tout le contraire; je crois qu'elle augmentera de beaucoup la splendeur des élus... La Vierge Marie! comme il me semble que sa vie était simple! » - DEA 21-8,23-8 - .

Un autre jour, elle chantait doucement; en regardant la statue de Marie:

[68v] « Quand viendra-t-il, ma tendre Mère, quand viendra-t-il ce beau jour, où de l'exil de la terre je volerai dans l'éternel séjour? » - DEA 6-8 - .»

Comme il sera constaté.

 

100 - A une soeur qui lui disait: « C'est affreux ce que vous souffrez », elle répondit avec calme:

« Non, ce n'est pas affreux; une petite victime d'amour pourrait-elle trouver affreux ce que son Epoux lui envoie? Il me donne à chaque instant ce que je puis supporter; pas davantage; et si le moment d'après il augmente ma souffrance, il augmente aussi ma force. Cependant, je ne pourrais jamais lui demander des souffrances plus grandes, car je suis trop petite; elles deviendraient alors mes souffrances à moi, il faudrait que je les supporte toute seule; et je n'ai jamais rien pu faire toute seule » - DEA 25-9,et15-8 et 11-8 - . - Comme il sera constaté...

 

101 - La maladie de la Servante de Dieu s'était généralisée, tout son corps était dans la souffrance, on lui demandait si elle était découragée, elle répondit: «Non... mais pourtant tout est pour le pire; à chaque respiration je souffre violemment. Et se reprenant. Non, tout n'est pas pour le pire, tout est pour le mieux.» - DEA 24- 8 - Comme il sera constaté...

Le médecin appréciait ainsi ses souffrances, il disait aux religieuses du Carmel: « Ah! si vous saviez ce qu'elle endure! Jamais je n'ai vu souffrir autant, avec cette expression de joie surnaturelle. C'est un ange!.» Et comme elles lui exprimèrent leur chagrin à la pensée de perdre un pareil trésor: - « Je ne pourrai la [69r] guérir, c'est une âme qui n'est pas faite pour la terre » - DEA 24-9 - .» Et le médecin ignorait les souffrances que lui causaient ses peines intérieures. Comme sa soeur, mère Agnès, y faisant allusion, lui disait: « C'est bien dur de souffrir sans aucune consolation intérieure », la malade lui répondit, en dévoilant toute son âme: « Oui, mais c'est une souffrance sans inquiétude que la mienne. Je suis contente de souffrir, puisque le bon Dieu le veut » "'. - DEA 29-8 - - Comme il sera constaté...

 

102 - Une des dernières nuits, l'infirmière la trouvant les mains jointes et les yeux fixés vers le ciel:

« Que faites-vous donc ainsi? lui demanda-t-elle; il faudrait essayer de dormir.

- Je ne puis pas, ma soeur, je souffre trop! alors je prie...

- Et que dites-vous à Jésus?

- Je ne lui dis rien, je l'aime » - CSG 25-9 - Et elle s'écriait parfois:

« Oh! que le bon Dieu est bon! Oui, il faut qu'il soit bien bon pour me donner la force de supporter tout ce que je souffre » - DEA 22-8 - . - Comme il sera constaté...

 

103 - Les derniers moments de la Servante de Dieu donnèrent la plus grande édification à celles qui en furent les témoins. C'était le jeudi, 30 septembre 1897. Le matin, en regardant la statue de Marie elle avait dit: « Oh! je l'ai priée avec une ferveur... Mais c'est l'agonie toute pure, sans aucun mélange de consolation. L'air de la terre me manque, quand est-ce que j'aurai l'air du ciel ? » - DEA 30-9 - .

Vers deux heures et demie, elle se redressa sur son lit: [69v] « Ma mère, le calice est plein jusqu'au bord! Non, je n'aurais jamais cru qu'il fût possible de tant souffrir... je ne puis m'expliquer cela que par mon désir extrême de sauver des âmes....»

Et quelque temps après: « Tout ce que j'ai écrit sur mes désirs de la souffrance, oh! c'est bien vrai! Je ne me repens pas de m'être livrée à l'amour.»

Elle répéta plusieurs fois ces derniers mots. Et un peu plus tard: « Ma mère, préparez-moi à bien mourir.»

La mère prieure l'encouragea par ces paroles: Mon enfant, vous êtes toute prête à paraître devant Dieu, parce que vous avez toujours compris la vertu d'humilité.

Elle se rendit alors ce beau témoignage: Oui, je le sens, mon âme n'a jamais recherché que la vérité... oui, j'ai compris l'humilité du coeur! » - DEA 30-9 - Comme il sera constaté...

 

104 - La suprême agonie de la Servante de Dieu commença, vers quatre heures et demie. Elle remercia d'un gracieux sourire la communauté venue pour l'assister de ses prières; elle tenait le crucifix dans ses mains défaillantes, une sueur froide baignait son visage, elle tremblait de tous ses membres.

A sept heures et quelques minutes, la pauvre petite martyre, se tournant vers sa mère prieure, lui dit:

« Ma mère, n'est-ce pas l'agonie?... Ne vais-je pas mourir?...

- Oui, mon enfant, c'est l'agonie, mais Jésus veut peut-être la prolonger de quelques heures.»

Alors d'une voix douce et plaintive: « Eh bien... allons... allons... oh! je ne voudrais pas moins souffrir! »

Puis, regardant son crucifix: [70r] « OH!...   JE L'AIME!... MON DIEU, JE... VOUS...   AIME!!! » - DEA 30-9 - "'.

La Servante de Dieu s'affaissa sur elle-même, puis ses yeux se fixèrent, brillants de paix et de bonheur, un peu au-dessus de l'image de Marie et elle expira dans ce suprême acte d'amour. - Comme il sera constaté...

 

105 - La joie du dernier instant s'imprima sur son visage. Son corps fut exposé, le samedi et le dimanche, à la grille du choeur. Une foule nombreuse et recueillie se pressa, pendant les deux jours, dans l'église. On ne cessa de l'admirer, de dire que c'était une sainte; c'est par centaines qu'on lui fit toucher des objets de piété. Son corps conserva toute sa souplesse pendant les quatre jours qui précédèrent les funérailles.

Plusieurs carmélites et des personnes du dehors affirment avoir vu à cette époque ou depuis, certaines traces lumineuses dans sa cellule ou dans le ciel; d'autres affirment également avoir senti des parfums très suaves émanant des objets lui ayant appartenu, ou quand elles l'ont invoquée, ou bien quand elles ont obtenu quelques faveurs par son intercession.

- Comme il sera constaté...

 

106 - La cérémonie funèbre eut lieu, le quatre octobre, dans la chapelle du Carmel, en présence d'une assemblée imposante de prêtres et de fidèles. Un petit nombre seulement se rendit au cimetière de Lisieux, le corps y fut placé dans le terrain réservé aux carmélites, au milieu desquelles il repose. Une simple croix de bois a été dressée sur sa tombe avec cette inscription:

 

SOEUR THÉRÈSE DE L'ENFANT JÉSUS

1873-1897.

JE VEUX PASSER MON CIEL A FAIRE

DU BIEN SUR LA TERRE.

- Comme il sera constaté...


 

 

[70v] RÉPUTATION DE SAINTETÉ

 

107 - La réputation de sainteté de la Servante de Dieu se répandit peu, durant sa vie, en dehors du Carmel de Lisieux. elle y était entrée à 15 ans et mourut neuf ans après. Si elle apporta ses soins à tendre à la perfection de la vie religieuse, elle n'en mit pas moins à vivre humble et cachée, en suivant sa « petite voie » d'enfance spirituelle et d'abandon à l'amour miséricordieux. Elle pratiquait, dans la souffrance, une charité pleine de simplicité et de cordialité, inspirée des vertus de la Sainte Famille. Elle l'écrivait, en 1892, à la mère Agnès de Jésus:

« Quel bonheur d'être si bien cachées que personne ne pense à nous, d'être inconnues, même aux personnes qui vivent avec nous! 0 ma petite mère! comme je désire être inconnue de toutes les créatures! Je n'ai jamais désiré la gloire humaine, le mépris avait eu de l'attrait pour mon coeur; mais, ayant reconnu que c'était encore trop glorieux pour moi, je me suis passionnée pour l'oubli » - LT 103 - .

Plusieurs des carmélites s'y méprirent et l'une d'elles demandait ce que l'on pourrait bien signaler de spécial après sa mort. D'autres, plus attentives et plus éclairées, avaient constaté chaque jour des progrès rapides, qui les dépassaient toutes. Une pauvre infirme, soeur Saint-Pierre, que la maladie avait rendue exigeante, témoin personnel de l'héroïque charité de soeur Thérèse, demandait que le souvenir s'en transmît dans le monastère et prévoyait même qu'il se répandrait au loin.

La mère prieure, bien renseignée, lui avait confié, à vingt-deux ans, la formation des novices et celles-ci ne surprirent jamais une défaillance dans les vertus dont elle leur enseignait la pratique, plus encore par son exemple que par ses conseils. - Comme il sera constaté...

 

[71r] 108 - La mort si édifiante de la Servante de Dieu mit en relief sa sainteté et bientôt la figure de cette jeune religieuse, si humble et si douce pendant sa vie, rayonna au loin. Il est d'usage que la mère prieure d'un Carmel, après la mort d'une de ses filles, la recommande aux prières des différents monastères de l'Ordre; elle leur adresse une petite monographie de la défunte, sous forme de circulaire, en relatant les traits principaux de sa vie et de ses vertus, de sa maladie et de sa mort. Cette pieuse pratique entretient l'esprit de charité et de prière, elle apporte à toutes un encouragement, souvent un modèle. Il sembla au Carmel de Lisieux que rien ne ferait mieux connaître la soeur Thérèse de l'Enfant Jésus, que les pages écrites par elle, dans un acte d'obéissance. De là naquit la pensée de substituer l'« Histoire d'une âme » à la circulaire attendue; il suffisait de la compléter par un chapitre sur la dernière maladie et la mort si édifiante.

Le manuscrit imprimé et envoyé, à la fin de 1898, fit connaître dans les Carmels celle que l'on appela partout une petite sainte: les lettres de remerciements reçues à cette occasion en témoignent. Comme il sera constaté...

 

109 - Dans l'intérêt des âmes, pour lesquelles la Servante de Dieu avait tant souffert et prié, on pensa à une diffusion plus grande. Sa grandeur monseigneur Amette, archevêque de Paris, alors évêque de Bayeux et Lisieux, approuva le projet. Il écrivait le 24 mai 1899:

« Ma révérende mère,

L'Esprit-Saint a dit que ‘s'il est bon de cacher le secret du roi, c'est rendre honneur à Dieu que de révéler et de publier ses oeuvres!’

[71v] Vous vous êtes sans doute souvenue de cette parole lorsque vous avez résolu de donner au public l'Histoire d'une âme. Dépositaire des secrets intimes de votre fille bien-aimée, soeur Thérèse de l’Enfant Jésus, vous n'avez pas cru devoir garder pour vous seule et pour vos soeurs ce qu'elle n'avait écrit que pour vous. Vous avez pensé, et de bons juges avec vous, qu'il serait glorieux à Notre-Seigneur de faire connaître les opérations merveilleuses de sa grâce dans cette âme si pure et si généreuse. Vos espérances n'ont pas été trompées; la rapidité avec laquelle s'est épuisée la première édition de votre livre le montre assez,

Je demande à Notre-Seigneur de donner une bénédiction semblable, et plus abondante encore, à la nouvelle édition que vous préparez.»

Voici comment s'étaient exprimés quelques-uns de ces bons juges:

 

Le révérendissime père Godefroy Madelaine, abbé des prémontrés de Saint Michel de Frigolet:

Abbaye de Mondaye, Vendredi Saint, 8 avril 1898.

« Ma révérende mère,

La première lecture de l'Histoire d'une âme me charma, la seconde me laisse dans un ravissement inexprimable. Il y a dans ce livre des pages si vivantes, si chaudes, si suggestives qu'il est presque impossible de n'en être pas saisi. On y trouve une théologie que les plus beaux livres spirituels n'atteignent que rarement à un degré aussi élevé. N'est-ce pas merveille de voir comment une jeune fille de vingt et quelques années se promène avec aisance dans le vaste champ des Ecritures inspirées, pour y cueillir, d’une [72r] main sûre, les textes les plus divers et les mieux appropriés à son sujet ? Parfois elle s’élève à des hauteurs mystiques surprenantes; mais toujours son mysticisme est aimable, gracieux et tout évangélique. »

 

Le révérendissime père Dom Etienne, abbé de la Grande-Trappe de Mortagne:

21 janvier 1899

« Ma révérende mère,

je me ferais volontiers le propagateur et l'apologiste des écrits et des vertu admirables de votre sainte enfant; mais il faut l’avouer, cette petite gâtée de Notre-Seigneur n'a besoin de l'éloge de personne; son mérite lui suffit devant Dieu et devant les hommes. Je ne suis pas surpris de la rapidité de l'écoulement de la première édition. Quand on a lu le précieux volume de l'Histoire d'une âme, on voudrait que tout le monde le lût, tant il renferme de charmes, de piété, de doctrine, de naturel et de surnaturel, d'humain et de divin. C'est Notre-Seigneur humanisé, rendu palpable, sensible, cultivant avec un amour incessant cette fleurette du Carmel qu'il fait germer, grandir, et qu'il embaume des plus suaves parfums, pour les délices de son Coeur et le ravissement du nôtre.»

 

Voici quelques fragments de l'appréciation du très rév. père le Doré, supérieur général des Eudistes:

Paris, 24 février 1899

« Ma révérende mère,

Vous voulez rééditer, me dites-vous, ce délicieux volume qu’on a si bien nommé l'Histoire d'une âme. C'est là, ma révérende mère, une pensée excellente que seul le bon Dieu a pu vous inspirer. [72v] Quiconque aura ouvert ce livre le lira jusqu'au bout; il fera comme moi, il le relira, il le goûtera, je puis même ajouter: il le consultera. Les heures coulent rapides à parcourir des pages où la vertu se montre sans fard ni recherche, et pourtant avec des formes pleines de charmes. On suit soeur Thérèse, sans s'en douter, dans son vol vers l'idéal, on plane avec elle aux sommets de la perfection; dans sa compagnie, on aime plus ardemment le bon Dieu; on est plus disposé à servir et à supporter son prochain; les souffrances deviennent presque aimables, et dans l'épreuve, on se sent plus fort. L'histoire et l'héroïne plaisent et rendent meilleur. J'ai déjà fait lire à des prêtres, à des dames du monde, ici aux novices de notre Congrégation, l'exemplaire que vous avez eu la bonté de m'envoyer. Tous en ont été enchantés, et tous en ont tiré profit.»

 

Un religieux de l'Ordre des Passionnistes, remarquable par ses écrits et plus encore par la sainteté de sa vie, le révérend père Louis Th. de Jésus agonisant, écrivait, à l'âge de 80 ans:

Mérignac, 30 novembre 1898

« Ma révérende et chère mère,

Merci!... Ah! c'est un grande merci que je vous dois... Pendant trois jours, grâce à vous, j'ai vécu avec un ange! Que Dieu est admirable! quelle nouvelle invention de sainteté, j'ose dire, inconnue jusqu'à ce jour! Quelle révélation est faite au monde! C'est bien un genre de sainteté suscité par l’Esprit-Saint pour l'heure présente, où tant d'âmes, même chrétiennes, ne voient dans les sacrifices du cloître que les horreurs de la croix. Quelle gloire pour le Carmel et quelle espérance pour tous! [73r] Aussi l'ai-je invoquée avec je ne sais quel irrésistible attrait. Mes forces, je veux les ranimer aux énergies de sa vertu, et réchauffer mon coeur aux flammes de ce séraphin. je l'ai priée, cette privilégiée de Marie, de venir à mon aide quand j'adresse à la Vierge Immaculée la prière qui fut la sienne: Toi qui vins me sourire au matin de ma vie, viens me sourire encor, Mère, voici le soir.» -

Comme il sera constaté...

 

110 - Douze ans après l'audience pontificale où la petite Thérèse Martin avait dû faire appel à toute sa force, soutenue par la grâce de Dieu, pour adresser la parole au Saint-Père, soeur Thérèse de l’Enfant Jésus revenait au Vatican, le 30 décembre 1899.

C'était S. Em. le cardinal Gotti qui offrait au Pape Léon XIII un magnifique exemplaire de l'« Histoire d'une âme », don du Carmel de Lisieux. Le cardinal n'a pas dit si en voyant la gravure si appréciée où Thérèse, à genoux, demande au Saint-Père la permission d'entrer au Carmel à quinze ans, le Pape s'est souvenu de la scène, mais il écrivait, quelques jours après, à la révérende mère prieure: « Sa Sainteté a voulu en prendre connaissance sur-le-champ, a prolongé sa lecture pendant un temps notable, avec une satisfaction marquée.»

Dans une seconde lettre du 19 mars 1900, adressée à la même mère prieure, Son Eminence la remerciait avec effusion de divers souvenirs de la Servante de Dieu qui lui avaient été offerts. Comment ne pas voir dans le passage suivant que la réputation de sainteté de la Servante de Dieu s'était déjà répandu à Rome: « J'ai montré ces souvenirs au très révérend père général des carmes déchaussés, et nous avons pensé qu'il convenait de les garder dans la caisse de la Postulation des Causes de nos vénérables. C'est là qu'ils seront mieux sauve[73v]gardés, et l'on sera heureux de les y trouver, s'il plaît à Dieu de glorifier un jour sa fidèle servante, en lui faisant décerner les honneurs d'un culte public dans son Eglise.»

 

111 - Le très révérendissime père Bernardin de Sainte-Thérèse, général des carmes déchaussés, avait écrit, quelques mois plus tôt, une lettre qui doit être reproduite dans les Articles. Elle montre l'accueil que devaient trouver les propositions de traduction de l'« Histoire d'une âme », faites à la famille religieuse de Lisieux, afin de porter, non seulement dans les Carmels étrangers, mais dans tout le monde catholique, le nom de la Servante de Dieu. - Comme il sera constaté...

J.+ M.

P. C.             Rome, Corso d'Italia, 39

31 août 1889

« Ma très révérende mère,

Que je suis reconnaissant envers votre Révérence de ce qu'elle a eu la bonté de me faire envoyer cette ravissante « Histoire d'une âme »! L'on ne saurait parcourir ces pages sans se sentir remué jusqu'au fond de l'âme par le spectacle d'une vertu si simple, si gracieuse et en même temps si élevée et si héroïque. Il faut que Notre-Seigneur chérisse singulièrement votre Carmel pour lui avoir fait don d'un tel trésor. Il est vrai que cet ange terrestre n'a fait, pour ainsi dire, que s'y montrer un instant, tant il avait hâte d'aller rejoindre ses frères du ciel et de se reposer sur le coeur de son unique Amour; mais le cloître qui a eu le bonheur de l'abriter reste embaumé du parfum et éclairé de la trace lumineuse qu'il laisse après lui. Vous avez cru, ma très révérende mère, que votre Carmel ne devait pas être seul à respirer ce parfum; que cette lumière si brillante et si pure ne pouvait rester cachée dans l'étroite enceinte d'un monastère, mais qu'elle devait éten-[74r]dre au loin son rayonnement bienfaisant. S'il m'était permis d'exprimer ici un voeu, ma très révérende mère, je demanderais que des plumes exercées s'essayassent bientôt à rendre, en plusieurs langues, la grâce presque inimitable de celle qui a écrit l'Histoire d'une âme: l'Ordre du Carmel tout entier serait ainsi mis en possession de ce que je regarde comme un précieux joyau de famille.

Veuillez agréer, etc...

Fr. Bernardin de Sainte-Thérèse, préposé général des carmes déchaussés.»

 

112 - La première traduction fut la traduction polonaise, due au Carmel de Przemys'l (Autriche-Galicie).

« La 'petite' grande sainte de votre communauté veut peut-être se servir de nous pour 'faire du bien' en Pologne, Or, ma révérende mère, nous serions heureuses de l'assister en cela, si vous nous accordez la permission de publier en langue polonaise l'Histoire d'une âme.»

Cette demande avait la priorité sur deux autres propositions, émanées de la comtesse de Jelska, de Cracovie, et du révérend père Mohl, S. J. La traduction parut avec l'approbation motivée de sa Grandeur monseigneur Likowski, évêque titulaire d'Auréliopolis:

Posen, 6 décembre 1901

« Non seulement j'accorde avec plaisir l'Imprimatur désiré, mais je recommande chaudement la traduction polonaise de la vie de soeur Thérèse. Il y a longtemps que la littérature ascétique n'a produit, particulièrement en polonais, un livre aussi instructif et édifiant. Personne ne le lira sans être édifié et instruit.» - Comme il sera constaté...

 

113 - La traduction anglaise fut un témoignage de gra-[74v]titude envers la Servante de Dieu offert par le professeur Dziewicki, de l'Université de Cracovie. Voici un extrait de sa demande d'autorisation, du 29 mai 1899:

« Comme une marque de reconnaissance envers soeur Thérèse de l’Enfant Jésus pour tout le bien qu'elle m'a fait, j'ai pris la résolution de faire tout ce qui dépendait de moi pour que ce livre fût connu dans une autre langue. L'anglais, que j'enseigne ici à l'Université, est ma langue maternelle et j'ai déjà écrit plusieurs livres en cette langue. Je me suis donc adressé à Burns et Oates, libraires catholiques à Londres, leur déclarant qu'en faisant la traduction du livre je ne voulais aucun honoraire. Ils m'ont prié de demander votre permission pour la traduction du livre et la reproduction des photographies de soeur Thérèse, etc..»

Le travail du savant professeur devança celui commencé au Carmel de Boston, qui ne fut pas achevé, mais remplacé par la traduction des poésies de soeur Thérèse de l’Enfant Jésus.

Le journal Irish Catholic, de Dublin, reproduisit aussi pour l'Irlande l'« Histoire d'une âme », sous le titre de la « Petite Fleur de Jésus.»

Une autre édition très complète est en préparation. - Comme il sera constaté...

 

114 - Deux traductions italiennes ont paru, l'une due à mademoiselle Teresa Canella, de Brescia, et l'autre, au Carmel de Sainte-Marie-Madeleine de Pazzi, de Florence.

Voici en quels termes fut demandé le droit de faire la traduction hollandaise, en mai 1904:

« Un père de notre province des carmes chaussés prépare la traduction hollandaise de la vie de soeur Thérèse de l’Enfant Jésus. Sous peu de temps il l'aura finie. Or, c'est bien son désir de l'achever sous tous les rapports. Mais afin [75r] de répandre avec plus de fruit la connaissance de la conduite extraordinaire de Dieu envers cette âme privilégiée, le droit d'auteur est fort désiré. Ce droit vous étant réservé, ma révérende mère, vous m'obligerez beaucoup, moi et le traducteur, le révérend père Pierre-Thomas Hikspoors, en lui accordant l'autorisation de traduire, etc..»

Eug. Driessen, Carme Oss (Brabant Septentrional).

 

115 - La traduction allemande fut proposée de divers côtés et très instamment demandée par une princesse de la famille royale de Bavière; elle a paru dans une édition très soignée, publiée par la librairie Albert Jacobi, à Aachen; elle a été précédée par celle de la baronne Frentz. - Comme il sera constaté...

 

116 - La traduction portugaise a été entreprise pour généraliser le bien qu'avait déjà produit chez quelques privilégiés la connaissance des écrits de 1a Servante de Dieu, comme l'indique 1a lettre du révérend père P. de Santanna, S. J.:

« Je viens de bien loin vous demander instamment la permission de traduire et faire imprimer en langue portugaise la vie si admirable de notre chère petite Thérèse, cet ange d'amour plein de grâce et de beauté, qui passe maintenant son ciel à faire du bien sur la terre. Dès qu'un heureux hasard me l'a fait connaître, ici à Madère, pendant que j'étais occupé à prêcher une retraite au clergé de l’Ile, soeur Thérèse est devenue pour moi une vraie soeur et une douce amie d'âme. je l'ai fait connaître à toutes les personnes confiées à ma direction, et partout et toujours la lecture de ce livre a produit les plus abondants fruits de joie et de grâce. On me demande donc instamment la traduction. je désire la faire imprimer immédiatement après mon retour à Lisbonne, [75v] au commencement d'octobre. J'espère donc, ma révérende mère, que vous m'accorderez cette grâce pour la gloire de Dieu et de votre céleste enfant, l'angélique 'petite Thérèse'.» P. de Santanna, S. 1. Funchal (Madeira), 14 août 1905.

 

117 - On attend encore la publication de la traduction espagnole. Monseigneur Polit, évêque de Cuenca (Equateur), 1e collaborateur si apprécié de la traduction des oeuvres complètes de sainte Thérèse entreprise par les Carmélites du premier monastère de Paris, en avait jadis conçu, puis abandonné le projet. Il formulait ainsi ses regrets dans une lettre adressée à la révérende mère prieure de Lisieux le 20 mars 1908:

             ... « C'est une bien grande peine pour moi de voir que dans la langue de sainte Thérèse on ne possède pas encore une bonne traduction de la Vie de celle qu'un jour on invoquera partout comme la seconde sainte Thérèse. Je le regrette d'autant plus que six langues européennes ont déjà traduit le beau chef-d'oeuvre. L'édition espagnole manque pour 60 millions de catholiques. Il faut que cette traduction soit aussi parfaite que possible. Faute d'autres plus capables, oh! Si je pouvais faire cette traduction si désirée! Mais ceci est devenu impossible pour moi, hélas! Quant à ma collaboration, je vous l'offre pleine et dévouée et pour notre chère Teresa del Niño Jesùs, je retrancherai volontiers une heure de mon sommeil chaque jour s'il le faut.»

             Le vide va être comblé; on imprime les derniers chapitres de la traduction révisée par monseigneur M. M. Polit.- Comme il sera constaté...                         1

 

118 - Bientôt, grâce au projet du révérend père Marmonier, des [76r] Missions Etrangères, on peut espérer que les japonais liront dans leur langue l'« Histoire d'une âme », comme les aveugles peuvent la lire reproduite en écriture Braille. La traduction russe vient d'être commencée à Kief (mars 1910). - Comme il sera constaté...

 

119 - Pendant que ces diverses traductions mettent la vie si édifiante de soeur Thérèse à la portée des fidèles répandus dans tant de pays, le Carmel de Lisieux reste le centre de la dévotion à la soeur Thérèse de l’Enfant Jésus. Les nombreux pèlerins qui vont s'agenouiller sur sa tombe, l'invoquer et bien souvent la remercier des faveurs obtenues, viennent aussi prier dans la chapelle, où elle s'est consacrée tout entière à l'amour de Notre-Seigneur.

Ils en parlent comme d'une sainte, et attendent avec impatience le moment où ils la verront élevée sur les autels. Leurs témoignages sont bien souvent accompagnés d'ex-voto de marbre ou d'objets précieux, offerts comme gages de reconnaissance; ils sont conservés dans une pièce spéciale à l'intérieur du monastère. On retrouve les mêmes sentiments dans les lettres venues de toutes parts, souvent des missions les plus lointaines, pour demander des prières, des exemplaires de la vie, des souvenirs, des images.

Qu'il suffise, pour donner une appréciation approximative de ce mouvement croissant, de dire que l'édition française complète de l'« Histoire d'une âme » est arrivée au soixantième mille, sans compter l'édition abrégée, tirée à quatre-vingt mille exemplaires.

En 1909 seulement, il a fallu envoyer 112.000 images, 25.000 souvenirs; chaque jour, la poste apporte, en moyenne, au Carmel de Lisieux trente lettres se rapportant à la soeur Thérèse de l'Enfant Jésus. Dans cette correspondance quotidienne se trouvent exprimés les sentiments les plus touchants de la confiance en celle que l'on appelle « la petite [76v] Sainte », le récit de grâces les plus diverses ou de guérisons multiples. - Comme il sera constaté...

 

120 - Les principales revues catholiques, beaucoup de journaux et de Semaines religieuses, en France et à l'étranger, ont consacré des articles à la soeur Thérèse de l’Enfant Jésus; le Glasgow Observer doit avoir une mention spéciale. Il publiait, chaque semaine, en 1909, des Remerciements « Acknowledgments », comme on fait pour les Annonces. Chacun disait simplement en quelques lignes qu'il s'était engagé à rendre publique sa reconnaissance et qu'il venait s'acquitter de sa dette après avoir été favorisé de la protection de la « Petite Fleur de Jésus » « the Little Flower of Jesus », c'est le nom charmant donné là-bas à la Servante de Dieu. Le numéro du 25 septembre 1909 contenait vingt et un Acknowledgments; le journal déclarait qu'il devrait désormais imposer une légère rétribution pour se couvrir des frais d'impression. - Comme il sera constaté...