Imprimer

Les articles. 3 - grâces et miracles obtenus

[77r] TROISIÈME PARTIE

GRÂCES ET MIRACLES OBTENUS PAR L'INTERCESSION DE LA SERVANTE DE DIEU

Les prodiges opérés par Dieu à l'intercession de la soeur Thérèse de l’Enfant Jésus sont nombreux; elle réalise, chaque jour davantage, le souhait de la fin de sa vie: « Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre.»

 

121 - Madame Héloïse Debossu, habitant à Reims, actuellement 9 rue Luiquet, et précédemment 5 avenue de Laon, souffrait depuis une dizaine d'années d'une tumeur fibreuse, située du côté gauche, un peu au-dessous des côtes. De nombreux médecins consultés réclamaient avec instance une opération, devenant chaque jour plus urgente. La malade ne voulut jamais y consentir. En désespoir de cause, elle fut soumise à divers traitements de massage et d'électricité qui ne lui procurèrent qu'un soulagement très passager. Au mois de janvier 1901, son état s'aggrava tellement qu'elle dut garder la chambre et même le lit à peu près continuellement. La maigreur et les souffrances étaient devenues effrayantes. Au mois de septembre 1902, une péritonite venait même de se déclarer. Les médecins l'avaient condamnée et, même avec une opération, ne répondaient pas de sa guérison. C'est alors que désespérant du côté de la terre, monsieur l'abbé D. Petit, ancien directeur du séminaire de Versailles, curé de Marnes-la-Coquette (Seine-et-Oise), envoya à la pauvre malade une mèche de cheveux de la chère et vénérée petite [77v] soeur Thérèse de l’Enfant Jésus, en l'engageant à s'unir à une neuvaine qu'il allait demander au Carmel. Le résultat ne se fit pas attendre. Le dernier jour de la neuvaine, la malade pouvait se rendre à sa paroisse et y faire la sainte communion en action de grâces. Depuis, ses forces n'ont fait qu'aller en augmentant, Sa figure annonce une santé parfaite, et sa maigreur a fait place à un embonpoint et à une fraîcheur de teint qui ne laissent aucun doute sur sa guérison. Tous ceux qui connaissent cette personne, qui l'ont vue si malade et si désespérée, s'accordent à proclamer la chère petite soeur Thérèse de l’Enfant-Jésus comme l'agent merveilleux de sa guérison.

Impossible de dire la reconnaissance de madame Debossu pour sa bienfaitrice. - Comme il sera constaté...

 

122 - Le même abbé D. Petit, curé de Marnes-la-Coquette, signalait une autre guérison, l'année suivante. Voici son récit adressé au Carmel de Lisieux:

« Marnes-la-Coquette (Seine-et-Oise),

23 janvier 1903.

Une dame Jouanne, mariée à un jardinier et mère de deux enfants, dont l'aîné a dix ans, eut à subir, il y a plus d'un an, une opération pour une double hernie étranglée. Elle faillit y laisser la vie. Depuis elle pouvait à peine se traîner, et sa maigreur était extrême. Il y a trois semaines environ, cette femme est retombée gravement malade d'une appendicite, compliquée d'une péritonite complète. Les médecins déclarent qu'elle est perdue. Un matin de la semaine dernière, le mari se précipite chez moi: « Venez vite, monsieur le curé, elle se meurt.» Un grand chirurgien de Paris, celui-là même qui précédemment l'avait opérée de sa double hernie, appelé par son confrère de Ville-d'Avray, était venu [78r] la veille pour tenter une opération. La malade avait été endormie. On lui ouvre le ventre, mais on se trouve en présence de tels abcès et de pus répandu, que vite on renonce à toute opération et qu'après quelques points de suture pour rejoindre tant bien que mal les bords de la plaie, on déclare qu'elle n'a plus que quelques heures à vivre, un jour ou deux tout au plus.

J'arrive promptement. La malade ne pouvait plus parler, avait le teint cadavérique, était glacée et semblait ne plus avoir qu'un souffle. Elle gardait cependant sa connaissance. Je lui adresse du fond du coeur quelques mots, je lui recommande de se mettre intérieurement sous la protection de notre bien-aimée petite Thérèse, puis je lui donne l'absolution et l'indulgence de la bonne mort. J'avais oublié les saintes huiles, peut-être par une permission de Dieu...

La religieuse qui était près d'elle déclarait qu'elle baissait de minute en minute. Alors je glisse, en la prévenant, sous le traversin de la malade, un des chers petits sachets renfermant des feuilles des roses dont soeur Thérèse de l'Enfant Jésus avait caressé son crucifix.

Le même jour, les vomissements, qui depuis six jours étaient continuels, cessaient entièrement; le surlendemain, les médecins déclaraient qu'elle était hors de danger et lui permettaient des aliments. Cinq jours après, le mari venait me dire et la joie de la malade et toute sa reconnaissance pour la chère petite sainte.

Vous le voyez, ma révérende mère, un rien qu'a touché cet ange a une valeur et une vertu inexprimables....»

 

Du même, 23 juillet 1907

« Madame Jouanne, femme du jardinier guérie miraculeusement il y a près de cinq ans par soeur Thérèse de l'Enfant Jésus, n'habite plus depuis longtemps déjà ma paroisse; elle demeure actuellement à Versailles. Je l'ai revue plusieurs fois en [78v] parfaite santé; elle conserve pour notre chère petite sainte la plus vive et la plus durable reconnaissance. Comme moi, elle attribue uniquement sa guérison si surprenante, si éclatante et si subite à la relique de soeur Thérèse. Tous les détails que je vous ai donnés au moment de sa guérison sont de la plus exacte vérité et je les confirme de nouveau en son nom et au mien par la présente.

L'abbé D. Petit,

Curé de Marnes-la-Coquette.»

- Comme il sera constaté...

 

 

Nancy, 5 mai 1905- 123 - « Mademoiselle Marthe Bourgon, jeune fille de dix-neuf ans, très chère à ma famille, était atteinte de l'appendicite, Quand les médecins s’aperçurent du mal, il était déjà trop tard. Cependant, après avoir longtemps hésité, l'opération fut décidée, mais la gangrène s'était déjà étendue aux parties environnantes, et l'opération dut être écourtée. Huit jours après, la pauvre jeune fille était à toute extrémité; et on n'attendait plus qu'un dénouement prochain. De plus, une fissure s'était produite dans l'intestin et avait singulièrement compliqué le cas: bref, suivant toutes les prévisions humaines, tout espoir était perdu.

Je m'empressai de porter à la mourante ce que j'avais de plus cher: des cheveux de soeur Thérèse de l’Enfant Jésus, et une neuvaine fut commencée. Deux jours après, subitement, la fissure se ferma; et, depuis ce moment, le mieux a continué, si bien et si vite que la chère malade est absolument hors de danger, se lève plusieurs heures par jour et n'a plus qu'à reprendre des forces. L'étonnement des médecins ne peut s'exprimer. «Je vous avoue - disait le chirurgien en chef - que je n'avais jamais eu [79r] le moindre espoir, je la croyais bien perdue... Cette guérison est un phénomène, c'est à n'y rien comprendre.

Nous, ma révérende mère, nous comprenons bien!

M. Robert.»

- Comme il sera constaté...

 

124 - Le révérend père Casimir Konopka, S. J., a fourni les détails de la guérison suivante:

Cracovie, 19 mai 1906

« Le frère Ignace Boron, coadjuteur de notre Compagnie de Jésus, souffrait cruellement de pierres dans le foie, depuis Noël 1905 jusqu'au 20 mars de cette année. Deux médecins, professeurs de l'Université, MM. Parenski et Domanski avaient déclaré le mal incurable. Le professeur Kader célèbre chirurgien,. disait qu'une opération était indispensable. Après avoir fait inutilement plusieurs neuvaines, nous en avons commencé une au Sacré-Coeur et à la très Sainte Vierge par l'intercession de soeur Thérèse de l’Enfant Jésus de Lisieux Le deuxième jour de la neuvaine, le frère eut une crise, et le troisième, il se leva complètement guéri, au grand étonnement des docteurs qui déclarèrent le fait inconnu à la médecine.»

Le 19 mai 1906, le révérend père C. Konopka est allé au Carmel de Cracovie célébrer une messe d'actions de grâces; le frère Boron y a communié. Ce dernier a dit qu'il se sent tout rajeuni, tout renouvelé et mieux portant qu'il ne l'a jamais été. - Comme il sera constaté...

 

125 - A la fin de juin 1908, soeur Catherine Clarke, alors postulante au noviciat de la Congrégation du Bon-Pasteur, à Finchley, Londres, glissa deux marches d'un escalier et se fit une foulure grave au pied. Le repos et les diffé[79v]rents remèdes ordonnés par le médecin n'apportèrent aucune amélioration, le pied restait enflé et décoloré; la soeur ne pouvait pas marcher. Au moyen des rayons X on fit à l'hôpital du Royal-College l'examen du pied, qui fut ensuite enfermé dans une gouttière de plâtre. Le chirurgien ordonna qu'il reste ainsi durant six semaines. Au bout de ce temps, le mal n'ayant point diminué, et la soeur souffrant beaucoup, on essaya un vésicatoire pour réduire l'enflure, mais sans plus de succès. Enfin, le spécialiste de l'hôpital fut appelé à Finchley. Après une consultation avec le médecin du couvent, il donna une très sérieuse appréciation du mal, et déclara qu'il n'espérait le guérir que sous sa particulière et personnelle surveillance.

 

Ayant su que les parents de la novice, à Glasgow, désiraient quelle fût soignée chez eux, le spécialiste parla d'écrire à un certain professeur écossais, pour lui donner ses conseils au sujet de l'opération. De plus, il avertit que les plus grandes précautions seraient à prendre pour le voyage, et que le moindre choc suffirait pour aggraver le mal et rendre une amputation inévitable. Le mardi suivant 3 novembre, le révérend père Clarke, frère de la novice, arriva de la paroisse Saint-Patrice, Schieldmuir (près Wishaw), dans le but de la ramener chez elle. Il fut bien affligé de l'état de son pied, et en le voyant d'une si mauvaise couleur, enflé et complètement informe, il comprit clairement qu'une opération devenait urgente. On prit des mesures pour qu'une voiture d'ambulance se trouvât prête, dès l'arrivée de l'infirme à Glasgow. Jusqu'alors on avait caché à soeur Catherine la nécessité de son départ. Elle fit des instances pour rester au monastère, mais le cas était trop grave et il lui fallut accepter l'épreuve. Elle fit donc bien tristement ses adieux au noviciat, et la voiture, qui devait l'emporter loin du couvent qu'elle aimait et [80r] regrettait si vivement, fut demandée pour le lendemain matin, à huit heures et demie.

 

Lors de l'accident, on avait placé sur le pied malade une médaille du Sacré-Coeur, on avait employé de l'eau de Lourdes pour les pansements. Des neuvaines furent faites au Sacré-Coeur, à la Très Sainte Vierge, à saint Gérard Majella, à la vénérable mère Pelletier, fondatrice de l'Institut du Bon-Pasteur. D'autres saints furent encore invoqués, mais le ciel semblait sourd à toutes les demandes.

Le 30 octobre, après la décision du chirurgien, soeur Catherine, de l'avis de sa supérieure commença une neuvaine à soeur Thérèse de l’Enfant Jésus et plaça parmi ses bandages un pétale de rose avec lequel soeur Thérèse avait autrefois embaumé et caressé son crucifix, sur son lit d'agonie. On avait d'ailleurs dans le couvent une grande dévotion à cette jeune religieuse.

 

« Le vendredi soir, 30 octobre - écrit soeur Catherine - j'avais commencé une neuvaine à la "Petite Fleur" [nom donné en Angleterre à la Servante de Dieu], avec une grande confiance. je ne la perdais pas de vue, un seul instant, toujours je la priais d'avoir pitié de moi et de me guérir, pour sauver ma vocation. Le 3 novembre, veille de mon départ, je me couchai vers 9 heures, ressentant une excessive douleur dans le pied. Je conjurai alors la « Petite Fleur » de m'obtenir enfin du Dieu Tout-Puissant ma guérison. A chaque fois que je m'éveillais, je lui faisais les mêmes instances. Vers 3 heures, je m'éveillai encore, mais cette fois, ma cellule était remplie de lumière. Je ne savais quoi penser de cette exquise clarté et je m'écriai: « 0 mon Dieu! qu'est-ce que cela?.» Je restai dans cette lumière pendant trois quarts d'heure, et je n'arrivais pas à me rendormir, malgré mes efforts. Alors je sentis comme l'impression de quelqu'un qui enlevait les couvertures, de mon lit et m'excitait à me lever. Je remuai mon [80v] pied, et quelle ne fut pas ma surprise de trouver les sept mètres de bandes, qui avaient été liées très fortement et dont je n'aurais pu me passer, complètement retirées. Je regardai mon pied, il était entièrement guéri. Je me levai, je marchai, et ne sentant plus aucun mal, je tombai à genoux en m'écriant: « 0 Petite Fleur de Jésus, qu'est-ce que vous avez fait pour moi ce matin? Je suis guérie!.»

Vers l'heure de la messe, on vint chercher soeur Catherine pour la conduire à la chapelle, mais elle dit qu'elle n'avait plus besoin de l'appui d'un bras, ni de la canne dont elle se servait d'habitude. Elle descendit seule l'escalier et courut vers sa supérieure:

 

«La 'Petite Fleur' m'a guérie! ma mère », dit-elle, et tout aussitôt, la nouvelle se répandit dans la communauté, comme une traînée de poudre. Une sorte de crainte planait sur la maison avec le sentiment que Dieu avait passé par là. La mère Provinciale vint bientôt et se rendit compte par elle-même de l’événement. Pour prouver qu'elle était bien guérie, la novice marcha de long en large à l'extérieur de l'église, et montra qu'elle portait sa chaussure ordinaire, au lieu de la chaussure d'infirme qu'on lui avait préparée, à cause de l'enflure. Enfin, elle resta tout le temps de la messe à genoux et marcha d'un pas ferme pour recevoir la sainte communion des mains de son frère. Celui-ci ignorait encore le miracle, mais il avoua ensuite que jamais, depuis sa première messe, il n'avait reçu autant de consolations divines qu'à cette messe-là. Témoignage touchant encore du pouvoir d'intercession de soeur Thérèse en faveur des prêtres, pour lesquels elle aimait tant à prier!

Immédiatement après la messe, la mère prieure alla le trouver et lui raconta ce qui était arrivé. Alors, très ému, il entonna le Te Deum, que la novice poursuivit debout avec la [81r] communauté entière, dans une joie et une émotion indicibles.

L'examen du pied montra que la décoloration, l'enflure, les marques de vésicatoire et des pointes de feu avaient disparu et qu'il était revenu à sa forme naturelle. - Comme il sera constaté...

 

 

126 - L'abbé Charles Anne, séminariste de Lisieux, éprouva, en 1905, plusieurs hémoptysies abondantes qui marquèrent les débuts de la terrible maladie de poitrine. Elles se reproduisirent, l'année suivante, et voici comment le docteur La Néele appréciait le cas, au 24 août 1906:

«Je constatais chez ce malade une poussée inflammatoire de tuberculose, à la partie supérieure du poumon droit, autour d'un foyer assez large de ramollissement des tissus. Des hémorragies sérieuses, une expectoration abondante, de la fièvre continue et une oppression considérable rendaient le pronostic très grave. Les jours suivants, les lésions s'étendirent rapidement en surface et en profondeur, le poumon gauche se prit à son tour et la partie supérieure parvint très vite à la période de ramollissement. Les crachats très abondants contenaient des bacilles de Kock. La température, malgré les antithermiques, se maintenait toujours très élevée, l'oppression augmentait encore et des hémorragies menaçaient, à chaque instant, d'enlever le malade. A ce moment, 1er septembre, je m'absentais, pour une quinzaine et je confiais le malade à un de mes confrères.»

 

L'abbé Anne, qui avait promis de publier sa guérison si elle était obtenue, a écrit:

« Alors mes parents, éplorés, sollicitèrent ma guérison de Notre-Dame de Lourdes, par l'intercession de soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus, et je passai à mon cou un sachet des cheveux de cette petite sainte. Les premiers jours de cette [81v] neuvaine, mon état s'aggrava: j'eus une hémorragie si violente que je pensai mourir; on appela en toute hâte un prêtre; mais, bien que l'on m'engageât à faire le sacrifice de ma vie, je ne pouvais m'y résoudre et j'attendais avec confiance la fin de cette neuvaine. Le dernier jour, aucun mieux ne s'était produit. Alors le souvenir de Thérèse se présenta à mon coeur, la parole qui a si nettement esquissé sa grande âme me pénétra d'une confiance indicible: « Je veux passer mon ciel. à faire du bien sur la terre.» Je pris au mot la jeune carmélite. Elle était au ciel, oh! oui, j'en étais sûr; j'étais sur la terre, je souffrais, j'allais mourir: il y avait du bien à faire, il fallait qu'elle le fît. Serrant donc fortement contre ma poitrine la chère relique, je priai la petite sainte avec tant de force, qu'à la vérité, les efforts mêmes, faits en vue de la vie, eussent dû me donner la mort.

Nous recommençâmes une neuvaine, demandant cette fois ma guérison à soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus elle-même, avec promesse, si elle nous exauçait, d'en publier la relation. Dès le lendemain, la fièvre baissa subitement, et, les jours suivants, après l'auscultation, le médecin conclut au rétablissement d'une façon aussi catégorique qu'il avait affirmé 'la fin. De la caverne du poumon, il n'y avait plus trace, l'oppression avait cessé et l'appétit revenait sensiblement. J'étais guéri.»

Le médecin remplaçant, ayant constaté lui aussi, « outre des hémorragies graves, des lésions pulmonaires avancées, de nature tuberculeuse, avait porté également un pronostic très grave.»

 

Le Docteur La Néele revit le malade, vers le 18 septembre, stupéfait de le voir résister aussi longtemps. Voici les termes de son appréciation: « La température était redevenue normale depuis le lundi 10 septembre; elle avait commencé à descendre, le lundi 3 septembre. La caverne du poumon droit avait disparu et je [82r] constatai au sommet droit une simple induration due à du tissu de cicatrice. Au poumon gauche, il y avait des râles de ramollissement. Ceux-ci disparurent peu à peu et le malade reprit ses forces. Depuis longtemps les poumons ne présentent plus aucune trace des lésions étendues et graves dont ils étaient atteints. Je revois le malade, chaque année, et il continue à jouir d'une excellente santé.» Il ajoute: « Cette guérison est absolument extraordinaire et inexplicable au point de vue scientifique. On a vu dans l'histoire médicale les formes les plus diverses de la tuberculose guérir naturellement, mais jamais quand elles présentent un caractère aussi grave que le cas précédent. Forme aiguë à marche très rapide, maladie restant à l'état larvé pendant longtemps, et passant par ses trois degrés dans un délai de quelques jours, c'est ce qui caractérise la phtisie galopante la plus grave, et devant laquelle la médecine reste impuissante.

Lisieux, 7 mars 1909.»

Le jeune séminariste, devenu prêtre, est vicaire dans une paroisse importante et suffit sans fatigue à un ministère laborieux. - Comme il sera constaté...

 

127 - Une guérison prodigieuse eut lieu au mois de janvier 1907, pour la soeur Joséphine, âgée de 41 ans, converse du Carmel de Nîmes, exilé à Florence, villa Dolgoroucky. Voici le récit de la mère prieure et de la malade avec l'observation du médecin de Florence:

« Soeur Joséphine, l'une de nos soeurs converses, fut atteinte, le 18 janvier 1907, d'une pneumonie déclarée infectieuse. En quatre jours elle fut à toute extrémité, la fièvre montait à 43°. Aussitôt que je compris la gravité du mal, je m'adressai avec une confiance inébranlable à l'ange de [82v] Lisieux; je plaçai son image au chevet du lit de la malade qui, elle, ne désirait pas guérir. Cependant, le sixième jour de la maladie, le docteur ne nous laissa plus aucun espoir, et nous avertit de lui faire recevoir les derniers sacrements, craignant un dénouement fatal pour le lendemain. Je voulus passer cette dernière nuit auprès de notre chère enfant; mais nos soeurs m'obligèrent à aller prendre un peu de repos, ce que je fis pour ne pas les contrister, mais en redoublant mes instantes prières à notre soeur du ciel. Vers deux heures du matin, je fus réveillée par une force mystérieuse, j'avais l'intuition que notre soeur Joséphine était à l'agonie. J'accourus immédiatement et la trouvai, en effet, sur le point de rendre le dernier soupir, elle était noire... les yeux vitrés... D'une voix étouffée elle balbutia: « Ma mère, je ne puis pas mourir!.»

 

Je dis à la mère Saint-Pierre qui me pressait de faire les prières des agonisants: «            Non, la petite Thérèse la guérira » et je récitai le Credo avec toute l'énergie de ma foi. J'avais dans l'âme une sorte de saisissement, comme si notre petite soeur Thérèse de l’Enfant Jésus m’eût touchée, pour me signifier que le miracle était obtenu. Et je crus à cette touche inoubliable et je dis tout haut: « Soeur Joséphine est sauvée!.» Elle l'était, en effet. La crise de suffocation s'apaisa, les yeux reprirent de la vie et de l'éclat. Le lendemain, le docteur vint constater lui-même la résurrection de celle dont il croyait constater la mort.»

Monsieur le professeur Maestro a donné, en deux appréciations successives, ce diagnostic de la maladie de la soeur Joséphine:

« Pneumonie fibrineuse bilatérale, au cours de l'influenza. Conditions très aggravantes: fièvre continue au-delà de 40 degrés, pouls intermittent, filiforme, très fréquent (plus de 150 pulsations à la minute), respiration du type Cegne-Stokes, [83r] phénomènes accentués d'asphyxie et d'intoxication bulbaire, anurie presque complète. La malade est guérie, le septième jour, tout à coup, contre mes prévisions, par un secours d'en haut!.»

La déclaration de la malade doit être citée pour montrer son état d'âme et ce qu'elle éprouva au moment de la guérison.

« En l'honneur de la soeur Thérèse de l’Enfant Jésus, je veux dire à ma grande confusion que, tout le temps de ma maladie, je n'ai pas dit un Ave Maria pour demander ma guérison; je ne regardais pas son image qui était toujours pendue à notre lit, je ne voulais pas guérir, je ne lui ai pas dit merci. Maintenant je lui dis grand merci. Qu'elle fasse à mon âme ce qu'elle a fait à mon corps. Dès que je fus malade, je compris que je l'étais bien pour mourir, je n'avais jamais eu tant de mal, mais la nuit que notre mère est venue, j'étais à bout de forces, tout se détruisait dans moi, et je sentais que je ne pouvais plus vivre. Cependant une force me retenait sur la terre et je ne pouvais mourir, j'étais là suspendue entre la vie qui partait et la mort qui ne venait pas, je souffrais beaucoup, je ne respirais pas, je ne me souviens pas le temps que ça dura comme cela. Mais au bout d'un moment que notre mère fut à mon côté, je sentis que je revivais tout à fait, c'est ce qui me fit dire que notre mère, elle, m'avait guérie. Elle avait prié l'ange de Lisieux qui me rendait la vie. Après je ne sentais plus rien, mais j'étais bien faible.» Comme il sera constaté...

 

 

128 - La soeur Sainte-Foy de Jésus, du Carmel de Rodez, souffrait, depuis six années de faiblesse générale, à la[83v]quelle était venue se joindre, depuis seize mois, une extinction totale de la voix. Les remèdes humains avaient été sans efficacité et les prières n'avaient point obtenu d'amélioration. La lecture de plusieurs faveurs dues aux prières de la Servante de Dieu engagèrent à s'adresser à elle. Une neuvaine, à la Sainte Face de Notre-Seigneur par l'intercession de soeur Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face fut décidée, avec promesse, si la guérison était obtenue, de s'employer à propager la dévotion à la Sainte Face et à faire connaître la Servante de Dieu.

Les prières commencèrent le 26 avril 1908. Dès le second jour le mieux se fit sentir et la malade put fredonner ces deux vers du cantique Vivre d'amour: « Vivre d'amour, ce n'est pas, sur la terre fixer sa tente au sommet du Thabor.»

Le troisième, la parole était distincte, mais se fatiguait à la psalmodie. Le quatrième jour, soeur Sainte-Foy était guérie et reprenait l'usage total de sa voix; la santé générale était également rétablie, plus de faiblesse, même après des travaux pénibles, comme la lessive; la voix même est plus forte qu'avant la maladie.

Monseigneur l’évêque de Rodez ayant constaté ce qui s'était passé a insisté pour avoir une attestation médicale. Elle a été donnée, trois mois après, le 27 juillet 1908, et porte: que « Dame soeur Sainte-Foy de Jésus, née Louise Chincholle, carmélite au couvent de Rodez, a été atteinte pendant seize mois de faiblesse générale très accusée, de crachements de sang fréquents et d'une extinction complète de la voix, autant de symptômes qui faisaient redouter l'existence d'une tuberculose laryngée, d'autant que toutes les médications employées avaient été inefficaces... Depuis la fin d'avril 1908, alors que la malade ne faisait plus aucune médication, tous les symptômes ci-dessus ont [84r] disparu: la voix est redevenue normale, les crachements de sang ont cessé, l'état général s'est sensiblement amélioré. L'auscultation de la poitrine n'avait jamais révélé aucun signe de lésion pulmonaire, mais parfois des traces de bronchite qui n'existent plus aujourd'hui. La malade présente à la vérité quelques signes de névropathie, tels que l'anesthésie oculaire et l'abolition du réflexe pharyngé, mais toute crainte de tuberculose paraît devoir être écartée.» - Comme il sera constaté...

 

129 - Voici une observation médicale de la jeune Reine Fauquet, âgée de 4 ans et demi, demeurant à Lisieux, atteinte de kératite phlycténulaire et guérie le 26 mai 1908:

« Reine Fauquet n'a jamais été malade, sauf de la rougeole quand elle avait un an. Le 11 janvier 1906, elle a commencé à souffrir des yeux. Ses paupières étaient collées et renfermaient du pus, les yeux étaient rouges et irrités, Au bout de quinze jours, on la conduisit au docteur D. qui lui continua ses soins pendant plus d'un an. La malade avait des rémissions pendant quelques temps, puis survenaient des crises plus aiguës. Elle vit trois oculistes: le docteur D. à Lisieux, et les docteurs M. et L. à Caen. Ceux-ci dirent à la mère de ne pas ramener l'enfant, parce que ses yeux étaient perdus. Ils étaient, en effet, injectés de sang et couverts de taies blanchâtres (une douzaine environ). L'enfant souffrait beaucoup, surtout la nuit, Elle ne voyait pas pour se conduire et ne distinguait aucun objet placé devant elle. Elle tenait les yeux fermés et portait des lunettes pour souffrir moins. Touchée de cet état, madame Saint-Edmond, religieuse de la Providence à Lisieux et maîtresse de la classe enfantine, conseilla à la mère de demander la guérison de sa petite infirme à soeur Thérèse de l'Enfant Jésus, et de la porter sur sa tombe, en lui recommandant d'avoir d'autant plus de con-[84v]fiance que sa fille s'appelait Reine, nom que monsieur Martin, père de soeur Thérèse, se plaisait à donner à celle-ci. La mère hésitait. Elle se décida cependant, après la lecture de la vie abrégée de soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus, et porta l'enfant au cimetière. Elle demanda au Carmel une neuvaine de prières. Le lendemain , 26 mai 1908, avant-veille de l'Ascension, elle assista à la messe de six heures et demie et mit un cierge à la Sainte Vierge, en l'honneur de soeur Thérèse. En rentrant chez elle, on lui apprend que sa fille a eu une crise de souffrance plus forte que les autres. «Mets tes lunettes, puisqu'elles te soulagent », dit la mère à la fillette. Mais celle-ci de s'écrier toute joyeuse: « Maman, je n'en ai plus besoin, je vois aussi bien que toi, à présent.» Alors la mère approche l'enfant de la fenêtre et appelle son mari: « Regarde ta fille! Tu te moquais de ma confiance, vois ses yeux! Elle est guérie!.» En effet, les yeux grands ouverts n'étaient plus rouges; il n'y avait plus de pus, d'inflammation ni de taies, et l'enfant voyait distinctement tout ce qui l'entourait. Depuis elle n'a eu aucune rechute. Le docteur D. la déclara complètement guérie de sa kératite phlycténulaire et délivra un certificat, à la date du 6 juillet 1908. Cette maladie, très fréquente chez les enfants à constitution faible et lymphatique, est caractérisée par des ulcérations de la cornée, Elle est sujette à des récidives très fréquentes, d'abord, puis, à intervalles plus éloignés, à mesure que l'enfant se fortifie. Elle ne peut donc guérir que très lentement, et elle laisse presque toujours des traces indélébiles, sous forme de taies plus ou moins opaques.

Lisieux, le 7 décembre 1908.

Dr. La Néele.»

La famille alla témoigner sa reconnaissance au Carmel de Lisieux et donner aux religieuses les détails de la guéri[85r]son qu'elles désiraient savoir. Dans le résumé de cette entrevue qu'elles ont écrit et signé, le 5 février 1909, elles s'expriment ainsi:

« Marie Fauquet, âgée de 9 ans et demi, nous a dit avoir vu sa petite soeur, au matin du 26 mai, s'apaiser tout à coup, après sa grande crise, puis regarder fixement quelque chose en souriant, et faisant des gestes d'amitié avec son petit bras; enfin, s'endormir paisiblement. 'J'ai pensé - nous dit-elle qu'elle se guérissait et regardait les objets au fond de la chambre. Je lui ai demandé ensuite ce qu'elle avait tant regardé et pourquoi elle avait ri. Elle m'a répondu: J'ai vu la petite Thérèse, là, tout près de mon lit, elle m'a pris la main, elle me riait, elle était belle, elle avait un voile, et c'était tout allumé autour de sa tête'. L'enfant nous a raconté la même chose à nous-mêmes. Devant nous, sa mère a essayé de l'effrayer en lui disant de prendre garde de mentir, ou bien que la « petite Thérèse » lui reprendrait ses yeux. Elle s'est retournée vers sa mère et lui a répété avec assurance: Oui, maman, c'est vrai, je l'ai vue... - Comment était-elle habillée, ma petite Reine?, lui dîmes-nous. Pareille à vous! » - Comme il sera constaté...

 

130 - La révérende mère prieure du Carmel de San Pol de Mar (Espagne), écrivait à la révérende mère prieure de Lisieux, le 15 décembre 1908, la guérison d'une malade de son monastère:

Carmel de San Pol de Mar, Espagne, 15 décembre 1908.

« Ma révérende mère,

J'ai la consolation d'écrire à Votre Révérence ce qui suit: une de nos soeurs, soeur Marie-Michel du Saint-Sacrement, âgée de trente et quelques années, était reconnue tu-[85v]berculeuse par le médecin qui lui donnait, tout au plus, deux ans de vie. Nous commençâmes une neuvaine à l'Immaculée Conception, par l'intercession de votre aimable petite sainte, et nous la terminâmes, le 20 septembre, par la sainte communion. La malade, se voyant dans le même état, me dit: « Ma mère, le 30 de ce mois, c'est l'anniversaire de la mort de la petite soeur Thérèse de l’Enfant Jésus. Ce jour-là, je crois qu'elle fera quelque chose pour moi.» Voyant sa confiance, nous recommençâmes une neuvaine et, le lendemain du dernier jour, je fis appeler le docteur qui, après avoir ausculté notre chère soeur, me dit tout surpris: « Mais elle est beaucoup mieux!.» Cependant, je croyais qu'il fallait un certain temps pour constater une guérison complète. Ces jours derniers, je la fis donc examiner de nouveau. Après l'auscultation, le médecin se tourna vers moi et me dit: « No hay nada màs! Il n'y a plus rien, elle est guérie!.» Il me promit volontiers le certificat que je vous envoie. Vous y lirez que: « cette guérison, si prompte, lui paraît étrange et merveilleuse.»

 

Certificat du docteur J. Marqués: « Soeur Marie-Michel du Saint-Sacrement, du couvent cloîtré des religieuses carmélites de cette ville, fut par moi examinée, le 19 avril de la présente année 1908, et reconnue attaquée de la tuberculose pulmonaire; aujourd'hui 15 novembre de la même année, elle est en parfait état de santé. Bien que durant cet intervalle de temps, ladite religieuse ait été soumise à un traitement médicinal et hygiénique, tel qu'il convient à cette maladie, une si prompte guérison me paraît étrange et merveilleuse.

En foi de quoi je signe le présent certificat. 15 novembre 1908, Docteur Joseph Marqués.»

 

La guérison a été depuis vérifiée à plusieurs reprises, et attestée de nouveau par le même docteur, en mars 1910. - Comme il sera constaté...

 

[86r] 131 - Mademoiselle Marguerite Chabaud, née en 1884, souffrait de l'estomac, depuis quatre ans. Quand elle entra à l'hôpital Saint-Joseph, à Paris, le 1° janvier 1909, elle avait déjà eu plusieurs vomissements de sang. On la reconnut atteinte d'un ulcère à l'estomac.

Après trois semaines de traitement, son état s'était amélioré; elle quitta l'hôpital pour entrer dans la maison de convalescence des religieuses de Saint-Thomas de Villeneuve, à Issy-les-Moulineaux (Seine). La malade qui se disait mieux présentait toujours les symptômes de l'ulcère rond, transfixion, renvois acides, etc., constatés par le médecin de l'établissement. Le 8 février, elle eut une rechute grave avec vomissements de sang abondants, plusieurs fois répétés, et comme son estomac ne pouvait plus rien supporter, on dut l'alimenter par les moyens artificiels. Les calmants étaient sans efficacité et les nuits sans sommeil. Dans ces circonstances, la supérieure avait décidé de diriger la malade vers l'hôpital de Bon-Secours, ne croyant pas devoir garder dans une maison de convalescence une personne si gravement atteinte.

 

C'est à ce moment que fut proposée une neuvaine à la soeur Thérèse de l'Enfant Jésus; toute la communauté devait se joindre aux prières de mademoiselle Chabaud, faites en union avec le Carmel de Lisieux. Les carmélites avaient envoyé un petit sachet contenant de la laine de l'oreiller de la Servante de Dieu, et la malade avait aussitôt fixé la relique à son scapulaire. La neuvaine se fit avec ferveur, mais les douleurs augmentaient toujours. Voici comment mademoiselle Chabaud a raconté, peu après, ce qui se passa à la clôture de la neuvaine: « Le 21 février, jour où la neuvaine se terminait, je voulus absolument aller à la messe de 6 heures, avec le désir d'y communier, persuadée que je serais guérie. Pendant tout le temps de la messe, je souffrais horriblement, mais je priais avec beaucoup de ferveur et mon espérance était bien grande. Lorsque je revins de la sainte table, où je m'étais traî-[86v]née bien péniblement, mes souffrances redoublèrent. Enfin, au troisième Ave Maria que dit le prêtre au bas de l'autel, je sentis une douleur atroce à l'estomac, cette douleur correspondait dans le dos; il me semblait qu'on m'arrachait l'estomac. J'eus ensuite la sensation très nette d'une main qui se posait sur la partie malade et y répandait un baume céleste... puis, plus rien, un grand calme... J'étais guérie!

Je sentis alors que j'avais faim et j'avalai une grande tasse de lait, que je trouvai exquise. Je restai ensuite à la messe de 7 heures en action de grâces, et je l'entendis à genoux. Après cette deuxième messe, j'allai au réfectoire où je pris une grande tasse de chocolat, accompagnée de deux morceaux de pain, moi, qui depuis quatre mois, n'avais pas mis une bouchée de pain dans ma bouche! Et j'avais encore faim! A en juger par le bien-être que j'éprouve, je ne croirais pas avoir été malade. Je suis absolument guérie.»

Elle confirmait la dépêche, adressée le 21 février par la supérieure des soeurs de Saint-Thomas de Villeneuve au Carmel de Lisieux:

« Malade entièrement guérie par soeur Thérèse de l’Enfant Jésus.»

A partir de ce jour l'alimentation fut absolument normale. Le médecin qui avait été prévenu de la neuvaine disait: « Cette guérison subite d'un ulcère rond est d'autant plus étonnante que généralement l'amélioration se fait lentement et que la guérison se fait longtemps attendre. En outre la malade, examinée au point de vue nerveux, ne présente ni dans ses antécédents, ni à l'état actuel aucun symptôme de névrose. Ainsi la sensibilité, au toucher et à la piqûre, est normale.» Il ajoutait: « Avant de se prononcer définitivement, il sera bon d'attendre quelques mois pour voir si la guérison est bien définitive.»

[87r] Le 18 mai seulement il écrivait:

« Mademoiselle Marguerite Chabaud, âgée de 24 ans, garde-malade, demeurant à Issy-les-Moulineaux (Seine), rue Ernest Renan, que j'ai soignée au mois de février pour un ulcère de l'estomac et qui avait été guérie subitement, continue de se bien porter, Elle n'éprouve plus de douleurs au creux de l'estomac ni dans le dos, mange de tout ce qu'on présente à table, n'a pas de constipation, etc. En un mot, elle a très bonne mine et respire la santé.

Issy-les-Moulineaux (Seine), 18-5-09. Tison.»

 

132 - Voici les détails donnés par monsieur l'abbé J. Lamy, vicaire à Saint-Jacques de Lisieux, le 16 avril 1909, au sujet de la guérison du petit Louis Legot.

En mars 1908, un petit enfant de cinq ans était atteint d'une méningite des plus graves. J'engageai sa mère à prier avec confiance soeur Thérèse de l’Enfant Jésus. Une neuvaine fut commencée. L'enfant était dans un perpétuel délire, et cependant, lorsqu'on voulait lui faire baiser la relique de soeur Thérèse qu'il portait sur lui, il la retenait et la pressait sur son coeur. Il allait toujours plus mal. « Il y a deux jours qu'il devrait être mort », disait le docteur. Mais sa mère ne perdait pas courage. Tandis qu'il était presque agonisant et que, depuis plusieurs heures, il ne pouvait plus articuler une parole, elle vint à l'église, se confessa et avant de s'en retourner fit cette prière à soeur Thérèse de l'Enfant Jésus: « Soeur Thérèse, si je dois croire que vous voulez bien guérir mon fils, faites qu'en revenant de la messe il me demande à boire.»

«Maman, donne-moi à boire», dit l'enfant, aussitôt que sa mère eut mis le pied sur le seuil de sa chambre.

Dès lors, il alla de mieux en mieux. Je le vis moi-même, le [87v] lendemain, l'affreux mal avait disparu. Aujourd'hui il se porte bien et attend avec impatience le moment de rentrer, en classe. - Comme il sera constaté...

 

133 - La guérison de la soeur Marie du Calvaire, à Mangalore (Indes-Orientales), est ainsi rapportée par la révérende mère prieure, écrivant aux carmélites de Lisieux:

« Carmel de Mangalore, Indes-Orientales, 7 juin 1909.

Ma très révérende mère,

Vous serez heureuse d'apprendre que votre petite soeur, qui aimait tant les Carmels des Missions, a bien voulu nous favoriser d'une de ses visites. Nous avions une de nos chères soeurs très mal d'une pneumonie compliquée d'une maladie de foie et d'une affection des reins; le docteur avait peu d'espoir et d'autant moins que notre bien-aimée malade ne voulait pas guérir, étant si heureuse d'entrevoir le ciel, objet de tous les désirs de son coeur. Elle venait de recevoir avec une piété touchante le saint Viatique et l'Extrême-Onction, lorsque nous arriva la circulaire relatant les faits merveilleux opérés par l'intervention puissante, auprès de Dieu, de votre aimable petite sainte. Nous commençâmes une neuvaine en communauté pour obtenir la guérison de notre chère malade qui voulut s'unir à nos supplications, dans le but de glorifier le bon Dieu, et de contribuer autant que possible à la glorification de la Servante de Dieu, par sa guérison. Elle vous dit elle-même comment elle a été guérie. Cette grâce obtenue au Carmel a fait grand bruit dans la ville et on nous demande des neuvaines. Nous vous se-[88r]rions bien reconnaissantes, si vous vouliez nous envoyer quelques reliques et images.

Soeur Marie de l'Enfant-Jésus, Prieure.»

 

« Sans me rendre exactement compte des maladies graves dont j'étais atteinte, souffrant beaucoup sous l'influence d'une forte fièvre, crachant le sang et comme des morceaux de poumon, j’interrogeai le docteur afin de savoir si ma vie était en danger, pour recevoir les derniers sacrements. Il me répondit que, depuis trois jours, je me trouvais dans ce cas. J'exprimai alors mon désir à notre révérende mère de ne point différer à me procurer cette grâce et, dans l'après-midi de ce même jour, 16 mars 1909, je reçus la sainte communion en viatique ainsi que l'Extrême-Onction, et me disposai de mon mieux au grand passage du temps à l'éternité. Voyant que le docteur réitérait ses visites, trois et même quatre fois par jour, et qu'il s'était adjoint un autre médecin en consultation, je fus affligée de sa sollicitude à vouloir m'arracher à la mort, moi qui me sentais si heureuse de quitter cette terre d'exil, et je lui en exprimai ma peine, lui reprochant d'agir contrairement aux desseins de Dieu qui m'appelait. Il était attristé de mes dispositions, contraires, disait-il, aux efforts de la science pour me guérir. Sa piété avait cependant plus d'espoir dans la puissance de la prière que dans les secours humains. Ce jour même, la communauté commençait une neuvaine pour solliciter un miracle par l'intercession de la Servante de Dieu, soeur Thérèse de l'Enfant Jésus.

Bien après le départ du docteur, j'éprouvai quelque chose qui ne saurait s'exprimer; j'étais seule et ne dormais point; il me semblait que j'étais comme suspendue dans l'espace. Je ne vis rien, mais je m'entendis interroger ainsi: « Pour-[88v]quoi voulez-vous mourir?.» Croyant parler à Dieu, je répondis: « Pour vous voir.» Mais la voix reprit qu'il serait plus glorieux à Dieu de m'abandonner à lui, soit pour vivre soit pour mourir, et de m'unir à la neuvaine que faisait la communauté. J'entendis encore ces paroles: « Quelle plus grande gloire pour Dieu, pour la sainte Eglise, pour votre Ordre et votre communauté, si le miracle de votre guérison doit hâter la glorification de soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus!.» Aussitôt mes dispositions furent complètement changées, je répondis: « Non, je ne veux plus désirer mourir, je vais prier et commencer une neuvaine.»

Lorsque le docteur revint dans l’après-midi, je lui fis réparation des reproches que je lui avais adressés; le même jour, sur ma demande, on me donne une image représentant soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus, que je plaçai près de mon chevet. je la priais sans cesse, avec une grande confiance, à proportion de mes souffrances qui s'accentuaient davantage, à mesure que la neuvaine approchait de son terme. La veille du dernier jour, 23 mars, vers 5 heures de l'après-midi, alors que toute la communauté se trouvait réunie au choeur pour l'oraison, étant seule avec la soeur infirmière, je fus subitement prise de violentes suffocations. A la quatrième crise qui fut la dernière, j'endurai toutes les angoisses de l'asphyxie. M'étant soulevée du lit par l'excès de la souffrance, j'étreignais la soeur qui me soutenait dans ses bras croyant comme moi que j'allais expirer. L'air me manquait absolument pour respirer. Lorsque je fus remise de cette terrible lutte, aussitôt que je pus parler, j'invitai la pauvre soeur bien émotionnée à remercier Dieu: « Puisque je n'en suis pas morte - lui dis-je -, c'est une preuve que nos prières seront exaucées.» J'avais l'espoir que je serais guérie, le lendemain, à la sainte communion. La nuit fut très mauvaise. A 3 heures [89r] du matin j'endurai une véritable agonie, j'étais inondée d'une sueur froide, grelottant malgré les fortes chaleurs de l'été et la couverture de laine dont j'étais enveloppée; j'en demandai même une autre plus chaude. A 3 heures et demie j'éprouvai soudainement un indéfinissable bien-être, je dis aux soeurs qui me prodiguaient leurs soins: « Retirez-vous dans vos cellules, allez vous reposer, je n'ai plus besoin que personne me veille, je suis guérie! Aussitôt que notre mère sera levée, veuillez le lui annoncer.»

En effet, je dormis d'un bon sommeil jusqu'à l’Angélus. La veille encore, je recevais la sainte communion dans mon lit en viatique et ne pouvais avaler qu'une parcelle de la Sainte Hostie avec difficulté. Ce dernier jour de la neuvaine, je me levais, m'habillais, recevais la sainte communion et demeurais à genoux, sans appui, environ une demi-heure. A la fin de mon action de grâces je chantais un des cantiques composés par notre chère soeur Thérèse de l'Enfant Jésus.

Quelques instants après, le docteur vint m'ausculter et déclarait qu'il n'y avait plus aucune trace de la pneumonie qui m'avait conduite aux portes du tombeau, et qui était compliquée d'une affection au foie et d'une maladie non moins sérieuse des reins. Ma santé, si éprouvée depuis plusieurs années, m'a été rendue bien meilleure. En peu de jours j'ai pu reprendre et exercer sans interruption mon office de portière avec d'autres occupations fatigantes. La nuit du jeudi Saint, 7 avril, j'ai pu veiller avec la communauté devant le Saint-Sacrement. Je prends la nourriture commune de nos soeurs au réfectoire et ne ressens nullement aucune des indispositions des maladies précédentes. J'ai su, depuis, par une religieuse de Tiers-Ordre qu'ayant interrogé le docteur sur mon état, le soir, veille de ma guérison, celui-ci avait répondu: « Elle expirera peut-être cette nuit.» Gloire soit rendue à Dieu et à la chère âme qui a daigné intercéder pour son [89v] indigne petite soeur! Qu'elle achève maintenant son oeuvre en m'obtenant l'inappréciable grâce de marcher fidèlement sur ses traces dans la pratique des vertus religieuses.

Soeur Marie du Calvaire.»

Lettre d'envoi de l'attestation du médecin.

Carmel de Mangalore, Indes-Orientales, 31 juillet 1909.

« La santé de notre chère miraculée est bonne, très bonne; elle, qui depuis de bien longues années endurait de cruelles douleurs, privée des exercices de communauté, vient maintenant partout. La joie est répandue dans tout son être, on sent qu'une divine transformation s'est opérée en elle. jamais nous ne pourrons oublier l'expression du visage de notre bien-aimée soeur, le jour de sa guérison; elle était transfigurée, comme en extase, et encore, quand elle parle de sa céleste bienfaitrice, elle est toute rayonnante de reconnaissance et 'amour.

Soeur Marie de l'Enfant-Jésus, Prieure.»

Voici la traduction de l'attestation du médecin de la communauté, le docteur L.-P. Fernandez, datée du 31 juillet 1909:

« Au mois d'avril de l'année courante, j'ai eu le privilège de soigner soeur Marie du Calvaire, quand elle a eu une attaque de pneumonie. Tout le poumon droit était affecté; l'âge avancé de la malade, 66 ans, et sa faible santé en général, comme aussi là condition malsaine de ses reins, rendait son cas extrêmement sérieux, Pour rendre les choses pires, la bonne vieille soeur avait prononcé, elle-même, la sentence de mort et désirait s'envoler au ciel. Souvent elle m'a prié de ne pas l'empêcher d'obtenir la réalisation de son heureux désir. Comme les jours se passaient, je perdais tout espoir de sa guérison. [90r] Au même temps, la communauté et la soeur malade faisaient une neuvaine à la vénérable soeur Thérèse de l’Enfant Jésus pour sa guérison. Cette sainte protectrice, je n'en doute pas, avait intercédé pour ma malade, parce qu'elle avait renoncé à son désir de mourir et souhaitait vivre longtemps encore pour souffrir et mériter. Le 24 mars 1909, elle fut complètement guérie; et, maintenant, elle jouit d'une bien meilleure santé que depuis plusieurs années avant sa maladie. Signé: L. P. Fernandez. B.A.L.M.S..»

Au mois de janvier 1910, la protégée de la Servante de Dieu était maîtresse des novices et n'avait éprouvé aucune souffrance à partir de sa guérison. Comme il sera constaté...

 

134 - Une guérison surnaturelle a été obtenue au couvent de l'Adoration perpétuelle, à Quimper.

Le 1er décembre 1908, la soeur du Coeur-de-Jésus, âgée de trente et un ans, avait été atteinte d'une maladie infectieuse du cerveau et de la moelle épinière, le tout augmenté d'une phlébite aux deux jambes. Le 16 mars, le docteur ayant constaté que les phlébites avaient disparu, mais que la jambe droite était ankylosée, plia lui-même les deux jambes afin de permettre à la soeur de marcher: ce fut une souffrance ajoutée à tant d'autres, car, quand il fallut faire circuler la patiente, les jambes fléchissaient et étaient incapables de la porter. Dès l'abord, on crût à de la faiblesse et l'on espérait que le temps en aurait raison. Hélas! la malade prenait des couleurs, de l'embonpoint, mais restait impotente, et le docteur disait que, probablement, elle serait paralysée toute sa vie et que, seule, Notre-Dame de Lourdes pourrait la guérir. C'était le jeudi, 3 juin. Le vendredi, 11 juin, la malade, dès son réveil, se sen-[90v]tit plus fatiguée encore qu'à l'ordinaire et souffrit cruellement pendant la sainte messe. Au moment de la communion, quand l'infirmière la prit pour la conduire à la sainte table, elle faillit tomber, tant ses jambes étaient rebelles. De retour à l'infirmerie, la soeur dit à la malade: « Quand vous êtes seule, il faudrait essayer de vous lever du fauteuil.» Elle répondit tristement: « Je ne le puis! J'essaie souvent, mais il m'est impossible de remuer les reins.» L'infirmière n’insista pas, persuadée, en effet, de son impuissance; elle la prit par le bras et la fit marcher dans l'appartement. La soeur coadjutrice - aide pour les malades - arrivant en ce moment, dit à l'infirmière: « Pourquoi vous fatiguer ainsi? On n'est pas plus avancé de faire marcher la soeur aujourd'hui qu'au premier jour.» L'infirmière remit la malade dans son fauteuil, puis alla prendre un livre où se trouvait le portrait de soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus, sur une de ses poésies: « Les anges à la crèche.» Elle fit baiser ce portrait à la malade et lui dit en s'éloignant de quelques pas: « Maintenant, venez chercher l'image.»

 

Aussitôt la soeur fit quelques efforts des reins, s’appuya sur le bras du fauteuil, se leva et suivit l'infirmière, qui tenant l'image à la main, faisait le tour de la chambre. Vivement impressionnée, elle dit à la malade: « Retournez au fauteuil et levez-vous sans vous appuyer.» Ce qu'elle fit!

Depuis ce jour, elle marche, et suit en tout la communauté. Elle a repris son emploi et se porte très bien. On ne dirait jamais qu'elle est restée six mois sans bouger. Le docteur Pilven, de Quimper, a décrit avec soin la maladie et constaté la guérison: « Je soussigné docteur médecin de la Faculté de Paris, déclare que la soeur Coeur-de-Jésus, religieuse au couvent de l'Adoration perpétuelle à Quimper, a été atteinte, le 1er décembre 1908, d'une maladie infectieuse, à début brusque, et [91r] offrait d'abord les apparences d'une fièvre typhoïde dans laquelle prédominaient les symptômes cérébraux: céphalalgie violente, vomissements, prostration considérable. Les épitaxis du début, la diarrhée et les hémorragies intestinales dans le cours de l'affection tendaient à confirmer ce diagnostic. Toutefois, dès les premiers jours, la malade, en outre de la céphalalgie, se plaignit de douleurs intenses à la nuque, de rachialgie, d'élancements pénibles dans les membres inférieurs et présenta de l'opisthotonas qui persista jusqu'à la fin, elle poussait des cris « encéphaliques » et son aspect était celui d'une méningitique. C'est alors que je songeai à la possibilité d'une méningite cérébro-spinale, affection jusqu'alors inconnue dans notre région et que je n'avais jamais observée. Toutefois la coexistence des troubles intestinaux, si caractéristiques, ne me permit pas, malgré les signes précédents et l'irrégularité considérable de la température, de m'arrêter d'une façon ferme à ce nouveau diagnostic. Quoi qu'il en soit, la maladie diminua d'intensité, au commencement du mois de janvier 1909; mais malgré la chute de la température, la malade conservait un certain degré de raideur de la nuque, de la parésie des membres, des membres inférieurs principalement, et son faciès demeurait hébété.

Le 16 janvier, apparut une phlébite du membre inférieur droit, et, 15 jours plus tard, le membre inférieur gauche était atteint à son tour. Les deux membres avaient un volume considérable et l'oedème avait gagné la région lombaire. Un mois plus tard la soeur Coeur-de-Jésus, fut soumise au massage; l'ankylose des articulations céda, dans une certaine mesure, et quelques mouvements actifs devinrent possibles. Toutefois l'oedème persistait et la parésie des membres était telle que la [91v] malade ne pouvait se lever spontanément, ni se soutenir, quand on la levait de son fauteuil; portée par deux religieuses, elle avançait les jambes, mais celles-ci fléchissaient, et la soeur privée de cet appui serait tombée. Cet état persista jusqu'au 15 juin, où si brusquement se produisit le retour à l'état normal de la motilité, en même temps que disparaissait presque complètement l'oedème des membres inférieurs et de la région lombaire. Lorsque, le lendemain, je vis la soeur Coeur-de-Jésus, elle marchait avec la plus grande facilité, et son faciès n'offrait plus l'expression de torpeur des jours précédents.

Actuellement, il ne reste de sa maladie d'autre trace qu'un léger oedème de la jambe droite, qui est un peu plus volumineuse que la jambe gauche. Le diagnostic différentiel entre une fièvre typhoïde et une méningite cérébro-spinale n'aurait pu être établi que par des analyses de laboratoire à peu près impossibles à Quimper. Toutefois c'est l'existence incontestable de troubles cérébro-spinaux, d'origine typhique ou méningococique qui m'avait fait porter un pronostic assez sombre, au sujet de la parésie des membres inférieurs, qui a si soudainement disparu, sans qu'on puisse, à mon avis, invoquer une suggestion bien profonde.

Quimper, le 28 juillet 1909.

A signé: Dr. A. Pelvin.» - Comme il sera constaté...

 

135 - Guérison du frère Marie-Paul, trappiste.

Relation du révérendissime père abbé de Notre-Dame de Fontfroide, réfugié en Espagne:

Tàrrega, Espagne, 27 juin 1909 « Dans le courant du mois de septembre de l'année der-[92r]nière, notre bon frère Marie-Paul (dans le siècle Philippe Tobzane, né à Narbonne, diocèse de Carcassonne, département de l'Aude, le 12 juin 1877, entré en religion le 9 mai 1905), convers de notre monastère, sentit dans la région du coeur les premières atteintes d'un mal auquel, tout d'abord, il ne prit pas garde. Mais ce qui, au début, n'était qu'une simple oppression se changea peu à peu en douleur si intense que tout travail prolongé et trop pénible lui devint impossible. Le docteur, consulté, déclara que le mal venait de l'estomac et soumit le malade à un régime exclusivement lacté. Après six mois de ce traitement, un mieux s'étant produit, notre bon frère crut pouvoir reprendre la vie de communauté. Mais deux mois ne s'étaient pas écoulés que les douleurs se réveillèrent plus vives et plus intenses que la première fois et nous dûmes recourir aux mêmes remèdes. Cette fois-ci, nulle fut leur efficacité; le mal empirait tous les jours et les souffrances devenaient parfois si cruelles que, pour soulager le patient, nous dûmes employer des injections de morphine.

   Notre bon frère dut cesser alors tout travail, car il était d'une faiblesse extrême; manger était pour lui un véritable supplice; son estomac ne pouvait rien conserver, pas même quelques cuillerées de bouillon qui ne servaient qu'à lui faire éprouver de violentes douleurs. Parfois aussi le malade crachait comme de la chair hachée; et, de plus, son haleine était si fétide que la charité seule nous pouvait faire rester auprès de lui. Après un nouvel examen, le médecin conclut à une ulcération de l'estomac qui, facilement, pouvait dégénérer en cancer et me prévint de l'opportunité d'une opération dans le cas de complications graves. Pour pouvoir sustenter de quelque manière le malade, le docteur prescrivit des lavements aux oeufs et au lait, mais ce mode d'alimentation [92v] ne pouvait durer longtemps, car notre frère s'affaiblissait et dépérissait à vue d'oeil. Pour se conformer aux prescriptions du docteur, notre cher malade faisait chaque jour une petite promenade. Le lundi 3 mai, il en revint plus fatigué que de coutume; et, cependant, elle n'avait pas duré un quart d'heure. Rencontrant alors le père sous-prieur, il lui dit: « Priez pour moi, mon père, car je sens que c'est bien fini....»

Tout espoir n'était cependant pas perdu, et le Seigneur allait, dès le lendemain de ce jour, faire éclater le pouvoir qu'a sur son Coeur miséricordieux l'intercession de sa petite Thérèse. - «Puisque les moyens humains sont impuissants à vous soulager - dit notre père infirmier au malade -, faites une neuvaine de prières à soeur Thérèse de l’Enfant Jésus, religieuse du Carmel de Lisieux, morte, il y a quelques années, en odeur de sainteté.» La proposition est acceptée avec d'autant plus de joie que le bon frère avait grande confiance en la « petite Fleur blanche » dont il avait lu un résumé de la vie dans la petite brochure intitulée: « Appel aux petites âmes.» Depuis ce jour, en effet, il portait sur lui une photographie de soeur Thérèse, disant qu'elle lui porterait bonheur. Elle ne trompa pas sa confiance. Le lendemain, mardi 4 mai, notre malade ne put conserver les lavements, les douleurs se portèrent sur les reins avec tant d'acuité qu'il fallut cette fois encore avoir recours à la morphine: le pauvre frère n'en pouvait plus. « Cela ne peut pas durer - dit-il alors au père infirmier :  « Si vous voulez bien demander pour moi à mon père X... une relique de soeur Thérèse, je l'appliquerai sur mon mal, et j'ai confiance qu'elle me guérira.» Le soir, le père infirmier lui remit la relique et lui conseilla, en même temps, de prendre un autre lavement.

 

[93r]     Mais notre malade avait son idée; plein de confiance, il avait résolu de boire le liquide. Il pria la « Petite Fleur » de lui rendre la santé pour aider ses frères déjà si accablés de travail; puis il détache quelques parcelles de la relique et les met dans son breuvage. Après en avoir avalé quelques gorgées, il craint de commettre une imprudence en voulant absorber une si grande quantité de liquide (3/4 de litre). Mais, toujours plein de confiance qu'il va guérir, il ajoute quelques nouvelles parcelles de la relique et boit le tout. Il attend... Plus de souffrances! plus de cruels maux d'estomac! Le mal est complètement disparu, notre bon frère est guéri. Il sort alors, fait une longue promenade, gravit sans éprouver ni malaise, ni fatigue, le plateau qui domine notre propriété. Il rentre ensuite tout ragaillardi, se sentant fort, vigoureux, et aussitôt demande à manger. 'Prenez des oeufs', lui dit le père infirmier. Et notre bon frère, dont l'estomac ne pouvait supporter la plus légère nourriture, prend non seulement des oeufs, mais encore des pommes de terre frites, des raisins secs, des noix, des figues sèches, et achève son repas par un bon verre de vin, boisson dont il était obligé de s'abstenir depuis huit mois... Pas la moindre souffrance!

 

Notre heureux frère me fait part de sa guérison qui me réjouit souverainement et, dès le lendemain, il reprend la vie de communauté, en suit le régime austère et se remet à son pénible travail. Il continue sa neuvaine, la transformant en action de grâces. A la fin de la neuvaine, la guérison s'étant maintenue, j'ai cru de mon devoir de vous envoyer ma première relation. Aujourd'hui près de deux mois se sont écoulés depuis la faveur insigne dont notre cher frère a été l'objet, et nous pouvons tous certifier ici qu'il ne se ressent nullement de son mal, a repris de bonnes couleurs et continue avec générosité et joie le travail que l'obéissance lui a imposé.

[93v] En notre abbaye de Notre-Dame du Suffrage ce 27 juin 1909.

R.         P. Marie Havur, abbé de N.-D. de Fontfroide.

(Réfugié avec sa communauté à Notre-Dame du Suffrage).»

 

Le médecin, monsieur Alexandro Ubach, soignait le frère depuis neuf mois; il a déclaré et signé que le religieux était gravement malade de l'estomac et que, d'après les symptômes, il pouvait soupçonner l'existence d'un ulcère de l'estomac. Il ajoute: « que le cas était grave, car l'organe atteint ne supportait aucun aliment; et le malade était arrivé à un tel état d'épuisement qu'on ne le nourrissait qu'avec des lavements; les souffrances se calmaient un peu par des injections de morphine. A la vue d'un pareil état, le médecin proposa, comme ressource suprême, une intervention opératoire qui ne fut pas pratiquée, car malgré la gravité du mal, et sans changement aucun dans le traitement, qui s'était toujours montré impuissant, le malade guérit subitement, et supporta tous les aliments, ayant suspendu tout traitement médical. L'amélioration obtenue continue jusqu'à ce jour, malgré qu'il y ait déjà un mois d'écoulé depuis le changement subit et favorable dans l'état de santé du religieux.»

Le médecin ajoute « qu'ayant questionné le supérieur sur ce subit et extraordinaire changement du frère Marie-Paul, il lui fut manifesté qu'il avait coïncidé avec la célébration d'une neuvaine en l'honneur de soeur Thérèse de l’Enfant Jésus, pour obtenir par son intercession la guérison du malade.» L'attestation a été signée à Tàrrega, le 15 juin 1909, par Alexandro Ubach. Comme il sera constaté...

 

 

136 - La soeur Marie-Bénigne a écrit cette relation au sujet de la guérison, survenue au moment où intervint la soeur Françoise-Thérèse (madame Léonie Martin), propre soeur de la Servante de Dieu.

[94r] « Monastère de la Visitation de Caen (Calvados), 25 juillet 1909.

Vers le mois de décembre 1908, je commençai à souffrir de l'estomac; je pus cependant encore continuer les travaux de nos soeurs converses, jusqu'au mois de février. Mais au commencement de ce mois, je fus prise de douleurs si aiguës qu'il me semblait qu'une bête me dévorait l'estomac. Quand ces douleurs me prenaient, je ne pouvais plus marcher, et lorsqu'il me fallait prendre un peu de nourriture, elles augmentaient encore. Le docteur ayant reconnu un ulcère à l'estomac, me condamna au repos le plus complet et me fit suivre un régime qui consistait à ne prendre que du lait coupé d'eau de Vals. Mais bientôt les vomissements reprirent et devinrent plus fréquents; quatre à cinq fois par jour je rejetais le peu de lait que je prenais et chaque vomissement était mêlé de sang. Me voyant dans ce triste état, je fus inspirée de faire une neuvaine à soeur Thérèse de l’Enfant Jésus. Nous la commençâmes le jeudi 24 juin; nos soeurs la firent avec moi. Pendant la neuvaine, les souffrances ne firent qu'augmenter, malgré cela ma confiance était inébranlable. Le dernier jour de la neuvaine, vers midi, j'eus une crise très forte; il me semblait que l'on m’arrachait l'estomac, la douleur était la même dans le dos; cela dura un quart d'heure à peu près. A 1 heure, soeur Françoise-Thérèse, soeur de la bien-aimée petite soeur Thérèse de l’Enfant Jésus, me donna à boire un peu d'eau dans laquelle elle avait mis un pétale de rose dont soeur Thérèse de l’Enfant Jésus s'était servi pour caresser son crucifix, et en même temps, notre mère, pleine de foi en la puissante intercession de notre petite sainte, se mit à genoux et dit un Laudate et un Gloria Patri. Sa con-[94v]fiance ne fut pas déçue... Aussitôt que j'eus pris cette eau miraculeuse, je sentis quelque chose de très doux qui cicatrisait la plaie. A partir de ce moment, je ne ressentis plus aucune douleur. je bus aussitôt une tasse de lait qui passa très bien, puis, jusqu'au soir, j'en bus un litre sans éprouver aucune souffrance. Le lendemain, au déjeuner, on me servit comme la communauté: je mangeai de l'omelette, des pois, de la salade... enfin, je me trouve aujourd'hui dans un état de santé des meilleurs. J'ai fait une neuvaine d'action de grâces pour remercier ma chère bienfaitrice, mais mon coeur aura pour elle une éternelle reconnaissance.

Soeur Marie-Bénigne.»

Le certificat du docteur, du 29 juillet 1909, déclare que « la soeur Marie-Bénigne Martin a présenté, du mois de février au 2 juillet 1909, des signes évidents d'ulcère de l'estomac, avec vomissements de sang abondants et que, depuis le 2 juillet, ces accidents ont complètement disparu.»

La santé recouvrée si subitement s'est toujours maintenue. - Comme il sera constaté...

 

137 - Guérison de mademoiselle Mary Antes.

Relation envoyée par la soeur Antonia, religieuse dominicaine du couvent de Sainte-Croix à Brooklyn, Montrose et Graham Avenues, de la guérison de sa soeur Mary Antes.

« New York, 12 août 1909 A la gloire de Dieu Tout-Puissant et de sa servante Thérèse, la petite Fleur de Jésus, je raconterai la grande faveur reçue par l'intercession de la sainte petite carmélite. Cette grâce obtenue est la guérison extraordinaire de ma [95r] soeur mortellement blessée. Cette chère soeur marchait dans les rues de New York, le matin du 30 juillet 1909, quand un cheval indompté se précipita sur elle et la piétina. Sa figure fut horriblement contusionnée et sa tête reçut un tel coup qu'elle était tout en sang. Bien plus, les côtes brisées percèrent le poumon; le coeur fut également blessé et comprimé; en un mot elle offrait l'aspect le plus pitoyable. Dans son intense agonie elle ne perdit pas cependant connaissance et put se confesser dans la rue au prêtre accouru de l'église la plus proche. Le docteur de l'ambulance de New York ne pensait pas qu'il lui fût possible d'arriver vivante à l'hôpital et, pour tout espoir, dit seulement qu'une personne sur mille pouvait en réchapper après de si terribles brisements. Tout le jour la pauvre jeune fille resta suspendue entre la vie et la mort et, vers minuit, tout espoir de guérison était abandonné. Chaque respiration semblait être la dernière. Elle resta dans cette agonie jusqu'au 3 août. C'est alors qu'une religieuse, très dévote à soeur Thérèse de l’Enfant Jésus, nous conseilla de placer en elle toute notre espérance et de lui commencer une neuvaine. Je donnai à ma soeur une image relique de la petite sainte; elle l'appliqua, avec la plus grande confiance, sur son corps broyé. Le dernier jour de la neuvaine la malade était sauvée.

Soeur Antonia.»

- Comme il sera constaté...

 

138 - Guérison de Henriette Luchini.

Relation adressée au Carmel de Lisieux.

« Carmel de Piacenza, Italie, 25 septembre 1909.

Une personne vient de se présenter au monastère et nous a dit avoir reçu une grâce signalée par l'intercession de no-[95v]tre chère petite sainte. C'est la guérison d'un de ses petits enfants, infirme d'entérite obstinée. Comment cette femme a-t-elle pu prendre connaissance de notre soeur Thérèse? Voilà le fait: je ne sais si c'est par étourderie du facteur ou par autre incident, mais le petit paquet de soeur Thérèse que vous m'avez envoyé fut remis aux religieuses du Sacré-Coeur de cette ville. L'une d'elles, de bonne foi, distribua les reliques et les images à la personne susdite, qui est sa cousine. Vainement, je réclamai les objets qui m'appartenaient: toute restitution se borna au petit livre de la relation des grâces et au papier portant au-dessus mon adresse bien claire et précise. Le bon Dieu aura permis tout cela pour sa gloire et pour la glorification de sa fidèle servante. Qu'il en soit béni!.»

Voici la relation des parents de la miraculée:

« Notre petite Henriette, âgée de 11 ans, était depuis deux ans malade d'entérite aiguë opiniâtre. Tous les remèdes employés avaient été impuissants à la guérir, même à l'améliorer. Elle demeura un mois à l'hôpital, soumise aux traitements des médecins les plus distingués, mais le mal ne faisait qu'empirer. Nul aliment ne pouvait s'arrêter dans l'intestin et la pauvre petite malade en était venue à un affaiblissement extrême. Emaciée, décolorée, elle n'avait qu'à fermer les yeux au sommeil de la mort. On lui prescrivit les bains de mer, les bains de Salsomaggiore; rien ne lui profita. Le médecin frappait du pied en voyant l’insuccès de la science. Affligés, découragés, nous ne songions plus désormais ni à médecins, ni à remèdes. Ce fut alors qu'on nous remit providentiellement un objet ayant appartenu à une religieuse carmélite, Thérèse de l’Enfant Jésus. Une neuvaine fut commencée et le dernier jour la guérison était parfaite. [96r] Aujourd'hui, après deux mois, notre petite Henriette se porte aussi bien que si elle n'avait jamais été malade; pas de rechute, pas de menace de rechute. C'est un miracle pour nous, car la longue durée et la gravité du mal, la guérison soudaine au moment où la maladie semblait s'aggraver, c'est là un fait que nous ne saurions expliquer par notre courte raison humaine.

M. M. Luchini.» Comme il sera constaté...

 

139 - Guérison de madame Antpballadum à Smyrne.

« Smyrne, Turquie d'Asie, 18 octobre 1909.

Je soussigné, pour la plus grande gloire de Dieu et la glorification de ses saints, déclare ce qui suit:

Au mois de juin dernier, ma belle-soeur, se trouvant dans son cinquième mois, reçut un sérieux coup de la part de son premier enfant âgé de deux ans qui, tout en s'amusant, se précipita sur elle. Il s'ensuivit des douleurs tellement vives que le docteur, appelé en toute hâte, déclara qu'il y avait à craindre, pour l'heure, un terrible accident ou bien que l'enfant naîtrait estropié. Je recommandai aussitôt la chère malade et son enfant aux prières des religieuses carmélites de cette ville, qui demandèrent à Dieu la guérison de la mère en même temps que le parfait état de l'enfant, par l'intercession de soeur Thérèse de l'Enfant Jésus, morte en odeur de sainteté au Carmel de Lisieux. En même temps, elles me remirent pour la malade un morceau de vêtement de la dite sainte. Aussitôt que la relique fut appliquée sur le mal, les douleurs cessèrent et la mère se leva le lendemain pour reprendre ses occupations habituelles. Depuis, tout marcha bien et jamais plus douleur ne repa-[96v]rut. La mère était sauvée... Restait à examiner l'état de l'enfant. Ce fut une fillette qui vint au monde, le 13 octobre, dans un parfait état de santé et nullement estropiée, au grand étonnement du docteur. En signe de reconnaissance, toute la famille a décidé à l’unanimité que l'enfant portera le nom entier de Thérèse de l’Enfant Jésus.

Antpballadun, aumônier du Carmel de Smyrne.» - Comme il sera constaté...

 

 

140 - Guérison du jeune Pichard.

« Nogent-sur-Seine (Aube), 2 novembre 1909.

Le 2 août dernier, mon petit garçon, âgé de cinq ans, fut atteint d'une péritonite à la suite de la rougeole. Malgré les soins du médecin, l'enfant s'affaiblissait de jour en jour de sorte qu'on craignait pour la poitrine. Il avait une forte fièvre, un point douloureux au côté et était devenu d'une extrême maigreur. Au bout de deux mois, le médecin ayant déclaré qu'il n'y avait ni médecin, ni médicament capable de le guérir, on eut recours à un spécialiste qui ne fit que confirmer le diagnostic du docteur, ne nous cachant pas que l'enfant était perdu, et que la seule chose à tenter était le grand air et la suralimentation. Nous comprenions qu'un miracle seul pouvait le sauver. Madame la supérieure du Carmel nous conseilla de faire une neuvaine à soeur Thérèse de l’Enfant Jésus, dont elle avait éprouvé pour elle-même la puissante intercession. Dieu nous a exaucés! Le huitième jour de notre neuvaine le cher enfant se lève, l'appétit revient, et l'obstruction intestinale disparaît, c'est une véritable résurrection. Quelle reconnaissance ne devons-nous pas à soeur Thé-[97r]rèse! Que Dieu nous accorde sa prompte béatification afin qu'elle soit connue et aimée de tous!

A. Pichard.»

- Comme il sera constaté...

 

141 - Guérison de monsieur Adrien Henri, professeur au séminaire de Nice.

« Nice (Alpes-Maritimes), 21 novembre 1909.

Très révérende mère,

Je viens accomplir un devoir bien doux que m'impose ma conscience en vous écrivant ces quelques lignes. Atteint depuis plus de vingt ans d'une maladie d'estomac, je croyais être au terme d'une longue durée de souffrances, car, au mois de juillet dernier, mon mal empira d'une façon inquiétante et mon docteur ne conservait qu'un faible espoir. Les médications n'opéraient plus et ne m'apportaient aucun adoucissement. L'appétit était nul et je n'avais plus de sommeil. Les professeurs et élèves devaient partir, vers le 8 juillet, en colonie de vacances, et j'avais depuis longtemps renoncé au plaisir de les suivre tant j'étais épuisé, puisque mon pauvre estomac ne pouvait plus supporter la moindre nourriture, même quelques gorgées de lait. Je reçus alors la visite d'un jeune, séminariste qui me parla, en termes très émus, de la dévotion à soeur Thérèse de l’Enfant Jésus; il me proposa de m'associer à une neuvaine de prières faites au Carmel pour ma guérison. je priai avec toute la confiance que m'avait inspirée mon ami, et le 6 juillet, au soir, je demandai à la radieuse petite reine de pouvoir dormir jusqu'au lendemain à cinq heures. Moi qui ne dormais plus, je ne me réveillai le lendemain qu'à l'heure fixée. Mieux encore: l'appétit était revenu et le 8 juillet, au matin, je partis pour un long voyage. [97v] Quinze jours après je pus suivre une excursion et faire 40 kilomètres à pied dans une seule journée! Bien des amis qui m'avaient vu si près de la mort, témoigneraient volontiers aujourd'hui du miracle de ma guérison. Je fais des voeux pour que soeur Thérèse soit connue, vénérée et bientôt glorifiée sur nos autels.

Adrien Henri.»

- Comme il sera constaté...

 

142 - La protection de soeur Thérèse se fait sentir à Madagascar.

« Ambatolampy, Madagascar, 19 décembre 1909.

Notre petite sainte continue à travailler fort à la mission et nous fait constater une fois de plus la vérité de ses paroles: « Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre.» Ce bien, je vois qu'elle aime surtout à le faire chez les plus petits, les plus pauvres, les plus déshérités des biens de la fortune et même de la grâce. J'avais une pauvre infirme qui, depuis plus de dix ans, ne pouvait se mouvoir. Après plusieurs neuvaines à soeur Thérèse elle s'est trouvée guérie et peut maintenant marcher. Elle vient d'être baptisée et a pris le nom de Marie-Thérèse. Mais j'ai à vous raconter une autre merveille: il y a un mois m'arrivait une pauvre malgache portant dans ses bras un bébé plein de santé que je venais de baptiser la mort sur les lèvres. Et, me le présentant, ainsi qu'une image de Thérèse que nous lui avions donnée pour tout remède, elle me dit: « La belle dame que tu m'as donnée a guéri mon fils pendant la nuit; je le croyais mort et déjà je pleurais, et elle arriva en portant une robe blanche qu'elle déposa sur lui, et quand mon petit se réveilla, il était guéri.»

[98r] N'est-il pas vrai, ma révérende mère, que ce sont là de beaux traits à insérer dans la "Pluie de roses"?

Soeur Berchmans, supérieure de la Mission.» - Comme il sera constaté...

 

143 - Cette lettre de la révérende mère prieure de Gallipoli a signalé au Carmel de Lisieux un fait personnel bien extraordinaire, qui a déjà été l'objet d'une enquête de l'ordinaire du lieu "'. [Suit la lettre de soeur M. Carmela du Sacré-Coeur (du Carmel de Gallipoli) à la mère prieure du Carmel de Lisieux (f. 98r-99r). Elle se trouve reproduite dans l'article 145(bis) et c'est pourquoi nous l'omettons ici.]

 

[99r] 144 - Relation de la guérison de madame Dorans, à Glascow (Ecosse).

Madame Dorans souffrit, onze années durant, de douleurs presque incessantes, causées par le développement d'une tumeur, résultant, à ce que l'on croit, d'un effort excessif qu'aurait fait cette dame, en soignant son mari, pendant la maladie mortelle qui l'empêchait de se servir lui-même. La tumeur, située au côté droit, poussa de profondes racines. Pendant plusieurs années, madame Dorans put néanmoins s'occuper des devoirs domestiques et des soins de sa nombreuse famille. A mesure que le temps s'écoulait, les douleurs devenaient plus intenses et la tumeur plus volumineuse. Durant les trois dernières années avant la guérison, la malade n'eut pas une heure de répit; elle passait des nuits blanches, rongée par la douleur incessante, ne dormant jamais plus de sept minutes de suite.

 

[99v] Elle devint si malade, les douleurs furent telles que, vers la fin d'avril 1909, le médecin ne lui donna d'autre espoir de soulagement qu'un séjour à l'hôpital pour y subir une opération.

Madame Dorans fut examinée par le chirurgien en chef et plusieurs autres et l'on se rendit compte que toute opération serait funeste, la tumeur avait affecté tous les organes du corps. C'est pourquoi la pauvre malade revint chez elle, vers le milieu du mois de mai. A partir de ce moment, jusqu'au jour de sa guérison miraculeuse, elle s'affaiblit peu à peu, ne cessant pas de beaucoup souffrir; l'estomac ne pouvait plus rien garder; la malade ne prit pendant dix semaines aucune forme solide de nourriture, elle ne put boire que de l'eau gazeuse additionnée d'un peu d'alcool, ou sucer un peu de glace, et cette légère alimentation lui causait des crises de vomissements. La tumeur, devenue énorme, pressait sur les organes intérieurs et en paralysait toutes les fonctions.

Aux neuvaines qui se succédaient pour la malade, s'unissaient de nombreux prêtres, des religieuses et des amis, mais sans résultat apparent. Sa vie semblait toucher au terme et on était sur le point de lui administrer de nouveau les derniers sacrements. On avait invoqué pour elle le Sacré-Coeur, Notre-Dame de Lourdes, saint Joseph et tous les saints qu'elle aimait le plus. Le 22 août 1909, elle paraissait n'attendre que l'appel de Dieu; le médecin avait dit qu'elle ne pouvait vivre longtemps, lorsqu'une de ses amies vint la voir. Elles se connaissaient de longue date, et la visiteuse, sachant combien la pauvre mourante était remplie de foi, lui proposa aussitôt de commencer une neuvaine en l'honneur de la soeur Thérèse, « la Petite Fleur de Jésus.» Madame Dorans ne demandait pas mieux, à condition de ne pas manquer de confiance envers le Sacré-Coeur, la très Sainte Vierge et saint Joseph. [100r] On fut d'accord d'avoir recours à eux, par l'intermédiaire de la sainte petite Carmélite, afin qu'elle demandât la guérison de madame Dorans au Coeur très aimant de Notre-Seigneur.

 

On commença donc la neuvaine, le dimanche 22 août 1909. Pendant les quatre jours qui suivirent, la malade baissa rapidement et, le jeudi, celles qui veillaient auprès d'elle ne s'attendaient pas à ce qu'elle vécut jusqu'au matin. Ses souffrances étaient aiguës. Le confesseur, qui la visitait régulièrement et qui s'occupait avec zèle de son âme, proposa encore une fois, de lui donner les derniers sacrements. La mourante, pensant qu'elle passerait bien la nuit, le pria d'attendre jusqu'au matin, car elle désirait les secours de l'Eglise, au moment même du dernier passage. Une heure avant minuit, ayant pris un peu de glace, la malade eut un vomissement qui l'épuisa complètement; puis elle s'endormit ver onze heures et demie. La fille aînée se reposait dans une chambre voisine, tandis que la plus jeune veillait auprès de leur mère: toutes deux étaient accablées de fatigue. La malade, qui depuis deux jours n'y voyait presque plus, dormit paisiblement pour la première fois, après bien des nuits d'insomnie, jusqu'à peu près cinq heures et demie du matin, c'était le vendredi 27, quand elle fut réveillée par un léger attouchement sur les épaules, comme si quelqu'un se penchait sur elle; elle sentit, en même temps, une douce chaleur, telle qu'une respiration, et comprit qu'il y avait auprès d'elle une présence invisible. Ouvrant les yeux, elle vit distinctement tous les objets extérieurs, jusqu'au dessin de la tapisserie des murs. Toute douleur, toute souffrance avait disparu; elle se sentait parfaitement bien, pouvait librement remuer ses membres. Près d'elle la chère petite soeur était venue passer quelques instants de son ciel, lui apportant la santé et rendait le bonheur à cette famille affligée. Madame Dorans, dont [100v] le coeur débordait de reconnaissance pour la faveur qu'elle venait de recevoir, et dont elle ne pouvait pas encore comprendre toute l'étendue, regarda un tableau du Sacré-Coeur, en face de son lit, fit un acte de fervente action de grâce, et puis s'endormit de nouveau, pendant une vingtaine de minutes.

 

A son réveil, elle mit la main sur la place du mal, et constata, avec grand étonnement et grande joie, que la terrible enflure, dont elle souffrait depuis si longtemps, avait complètement disparu. Elle appela sa fille, qui se réveilla en sursaut, craignant, lorsqu'elle aperçut le grand jour, d'avoir été involontairement négligente. Mais sa mère la rassura, en lui disant qu'un sommeil réparateur lui avait fait du bien. Elle demanda ensuite à boire et put avaler un grand verre d'eau gazeuse, puis se reposa, une demi-heure.

En se réveillant, elle était tellement bien et tellement disposée à manger qu'elle demanda à sa fille de lui faire du bon thé et de lui donner un petit pain frais. La jeune fille crut voir là une fantaisie de personne mourante, et, pour ne pas contrarier sa mère, elle y consentit, non sans redouter les conséquences. Madame Dorans put prendre le thé avec plaisir, pour la première fois depuis trois mois; elle mangea la moitié du petit pain, au grand étonnement de sa famille, à laquelle elle n'avait encore rien dit du grand changement survenu dans son état, puis elle s'étendit avec un sentiment de bien-être. Au lieu des résultats fâcheux qu'on redoutait, le mieux s'accentua et il y eut un mouvement naturel des fonctions digestives. Ensuite madame Dorans fit chercher le médecin, sans délai, voulant, en réalité, qu'il l'examinât et découvrît, lui-même, la guérison qu'elle savait avoir été opérée en elle.

 

Le docteur arriva aussitôt. pensant trouver la malade à l'agonie, sinon trépassée. Quel ne fut pas son étonnement, en entrant chez elle, [101r] de la voir gaie et pleine de vie! Il lui demanda ce qui était arrivé. « Mais c'est à vous - lui dit-elle - de vous en rendre compte.» Le médecin se livra à l'examen, pendant une heure; il appela la jeune fille et dit, en présence de toutes deux, que la malade était certainement mieux, et que le coeur, les poumons et tous les organes fonctionnaient bien. L'enflure avait disparu, sans moyens visibles, ne laissant autre chose qu'une petite grosseur sur le côté, telle qu'une petite bille, comme pour prouver que la tumeur avait existé. Il ne restait plus de traces de ces racines qu'on avait constatées auparavant jusque sur le dos de la malade.

Le médecin était fort intrigué et, bien que protestant, il dit que si l'on amenait auprès de madame Dorans un autre docteur, en lui déclarant l'état de la malade, quelques heures plus tôt, il n'y ajouterait pas foi. Il dit, de plus, qu'elle avait dépassé les secours de la médecine et qu'une puissance plus haute avait opéré cette guérison, qui ne pouvait se produire par les moyens humains.

Le 21 janvier 1910, le médecin donnait cette appréciation générale: « Je certifie par les présentes, que j'ai soigné madame Dorans, habitant 9 Stanley Street (Glascow), pendant les huit dernières années et que je l'ai toujours trouvée dans un très mauvais état de santé. J'ai appris qu'avant cette période, elle était si mal qu'on espérait très peu la voir se rétablir. Elle a été à Western Infirmary, à trois reprises; la dernière fois, depuis le commencement du mois de mai 1909. Elle fut renvoyée, vers le douze de ce mois, après y avoir résidé pendant moins d'une quinzaine de jours, vu que le professeur Samson Gemmil jugeait qu'elle n'avait que peu de jours à vivre. Elle a été alitée, depuis lors jusqu'au 27 août, se trouvant dans un état de faiblesse extrême, selon toutes les apparences, sur le point de mourir. Il y avait une tumeur abdominale considérable, causée évidemment par un néoplasme.

[101v] Le matin du 27 août, elle se sentit remarquablement mieux et plus à l'aise; jusqu'à ce jour, elle n'avait pu prendre qu'une toute petite quantité de nourriture, mais depuis le 27 août, elle a pu prendre sa nourriture ordinaire et peut maintenant circuler à l'aise, non seulement chez elle, mais même à l'extérieur.»

Elle va chaque jour à la messe et vaque à toutes ses occupations. - Comme il sera constaté...

 

145 - C'est la vérité que Dieu a accordé de nombreuses grâces, et qu'il opéra souvent d'autres prodiges ou miracles par l'intercession de sa servante Thérèse de l’Enfant Jésus, comme il sera rapporté par les témoins.

Hos Articulos pro nunc, salvo semper, etc. "'.

Le texte des Articles de la première édition (1910) se terminait là. Suivait alors la Table de matières de cette édition.

 

 

[Session 79: - 7 août 1911) à 2h. de l'après-midi]

[Nouveaux Articles]

[Sont ajoutés les nouveaux Articles que voici à ceux déjà produits à la session deuxième par le vice-postulateur]:

[105v] 145[bis] - Cette lettre de la révérende mère prieure du Carmel de Gallipoli a signalé au Carmel de Lisieux un fait personnel bien extraordinaire, qui a déjà été l'objet d'une enquête de l’Ordinaire du lieu.

« Carmel de Gallipoli, Italie, 25 février 1910.

Ma révérende mère,

Le Coeur de Jésus a voulu se servir de moi, la plus indigne de cette communauté, pour faire éclater son infinie miséricorde. je vous envoie la relation du miracle accompli en notre faveur. Mais il y a à Rome un grand document signé non seulement de toutes nos soeurs, mais encore de l'illustrissime monseigneur l'évêque et d'une commission de révérends. Dans la nuit du 16 janvier, je me trouvai très souffrante et préoccupée de graves difficultés. Trois heures venaient de sonner, et presque épuisée, je me soulevai un peu sur mon lit comme pour mieux respirer, puis je m'endormis et, en rêve, il me semble, je me sentis touchée par une main qui, faisant revenir la couverture sur mon visage, me couvrait avec tendresse. je crus qu'une de mes soeurs était venue me faire cette charité, et, sans ouvrir les yeux, je lui dis: [106r] « Laissez-moi, car je suis tout en sueur, et le mouvement que vous faites me donne trop d'air.» Alors une douce voix inconnue me dit: « Non, c'est une bonne chose que je fais.» Et continuant de me couvrir: « Ecoutez... le bon Dieu se sert des habitants célestes comme des terrestres pour secourir ses serviteurs. Voilà 500 francs, avec lesquels vous paierez la dette de votre communauté.»

 

Je répondis que la dette de la communauté n'était que de 300 francs. Elle reprit: « Eh bien! le reste sera en plus. Mais comme vous ne pouvez garder cet argent dans votre cellule, venez avec moi.» Comment me lever, étant tout en sueur?, pensais-je. Alors la céleste vision, pénétrant dans ma pensée, ajouta souriante: «La bilocation nous viendra en aide.» Et déjà je me trouvai hors de ma cellule en compagnie d'une jeune soeur carmélite dont les habits et le voile laissaient transparaître une clarté de paradis, qui servit pour nous éclairer dans notre chemin.

Elle me conduisit en bas dans l'appartement du tour, me fit ouvrir une cassette en bois, où il y avait la note de la dette de la communauté, et y déposa les 500 francs. Je la regardai avec une joyeuse admiration et je me prosternai pour la remercier en disant: « 0 ma sainte mère!....» Mais elle, m'aidant à me relever et me caressant avec affection, reprit: « Non, je ne suis pas notre sainte mère, je suis la servante de Dieu, soeur Thérèse de Lisieux. Aujourd'hui, au ciel et sur la terre, on fête le Saint Nom de Jésus.» Et moi, émue, troublée, ne sachant que dire, je m'écriai plus encore avec mon coeur qu'avec mes lèvres: « 0 ma mère... » mais je ne pus continuer. Alors l'angélique soeur, après avoir posé sa main sur mon voile comme pour l'ajuster et m'avoir fait une caresse fraternelle, s'éloigna lentement: « Attendez lui dis-je -, vous pourriez vous tromper de chemin.» Mais avec un sourire céleste, elle me répondit: « Non, non, MA voie [106v] EST SÛRE ET JE NE ME SUIS PAS TROMPÉE EN LA SUIVANT.»

Je m'éveillai et, malgré mon épuisement, je me levai, je descendis au choeur, et je fis la sainte communion.

Les soeurs me regardaient et, ne me trouvant pas comme à l'habitude, elles voulaient faire appeler le médecin. Je passai par la sacristie et les deux sacristines insistèrent beaucoup pour savoir ce que j'avais. Elles aussi voulaient absolument m'envoyer au lit et faire appeler le médecin. Pour éviter tout cela, je leur dis que l'impression d'un rêve m'avait beaucoup émue et je le leur racontai en toute simplicité.

 

Ces deux religieuses me pressèrent alors d'aller ouvrir la cassette, mais je répondis qu'il ne fallait pas croire aux rêves. Enfin, sur leurs instances, je fis ce qu'elles voulaient: j'allai au tour, j'ouvris la boîte et... j'y trouvai réellement la somme miraculeuse de cinq cents francs!... Je laisse le reste, ma révérende mère, à votre considération... Nous toutes, nous sentons confuses d'une si immense bonté et nous appelons de nos voeux le moment de voir sur les autels la petite soeur Thérèse, notre grande protectrice.

Suor M. Carmela del Cuore di Gesù, r.c.i., prieure.»

 

ADDITION DE LA SECONDE ÉDITION

DES ARTICLES

De la même, septembre 1910.

« Ma révérende mère,

Il m'en coûte beaucoup de vous confier ce que ma chère petite soeur Thérèse a fait pour nous depuis le mois de janvier. Mais je ne peux pas résister plus longtemps à vos prières ni à ma petite sainte, qui veut m'obliger à manifester les prodiges que Dieu a opérés par elle. A la fin du mois de janvier, malgré les soins avec lesquels [107r] notre soeur dépositaire, la clavière et les deux soeurs du tour tiennent leurs livres de comptes, nous avons trouvé dans la recette un surplus de 25 lires que nous n'avons pas pu nous expliquer, si ce n'est en pensant que soeur Thérèse l'avait glissé dans notre caisse. Alors monseigneur notre évêque voulut que je séparasse l'argent de la communauté d'avec les deux billets qui nous restaient des dix apportés du ciel.

 

A la fin de février, de mars et d'avril, nous avons remarqué la même chose étrange; seulement la somme variait. Au mois de mai, j'ai revu ma petite Thérèse; elle m'a d'abord parlé de choses spirituelles, et elle m'a dit ensuite: « Pour vous prouver que c'est bien moi qui vous ai apporté le surplus d'argent constaté à vos différents règlements de comptes, vous trouverez dans la cassette un billet de 50 fr..» Puis elle ajouta: « La parole de Dieu opère ce qu'elle dit.» Vous l'avouerai-je, ma bonne mère, pour ma grande confusion? Cette fois encore, je n'osais pas aller voir dans la cassette; mais le bon Dieu, qui voulait que je constate la nouvelle merveille, permit que l'un des jours suivants, deux soeurs vinssent, par dévotion, me demander à revoir les deux billets miraculeux... Et, ma mère, que vous dirai-je? Vous devinez notre émotion: au lieu des deux billets, il y en avait trois!...

 

Au mois de juin, nous trouvâmes 50 frs de la manière ordinaire. Dans la nuit du 15 au 16 juillet, je revis ma soeur bien aimée, elle me promit d'apporter bientôt 100 fr. Et puis elle me souhaita ma fête, en me donnant un billet de 5 lires. Mais moi je n'osais pas l'accepter, et alors elle le déposa au pied de la petite statue du Sacré-Coeur qui est dans notre cellule; et peu après, l'heure du réveil étant sonnée, je trouvai en effet le billet où je l'avais vue le déposer. Quelques jours après, monseigneur notre évêque, en causant, nous dit qu'il avait perdu un billet de 100 fr., en faisant les comp-[107v]tes pour son clergé, et qu'il espérait que soeur Thérèse les apporterait chez nous.

Le 6 août arriva; c'était la veille de la fête de monseigneur, qui s’appelle Gaétan. Je vis encore ma bien-aimée soeur Thérèse... elle tenait à la main un billet de 100 fr.!!! Elle me dit alors «que la puissance de Dieu retire ou donne avec la même facilité dans les choses temporelles aussi bien que dans les choses spirituelles.» Ayant trouvé ce billet de 100 fr. dans la cassette, je me hâtai de l'envoyer à monseigneur avec les souhaits de la communauté; mais lui me le renvoya aussitôt.

Depuis ce temps, elle ne nous a plus apporté d'argent, car notre détresse ayant été connue par toutes ces merveilles, nous avons reçu quelques aumônes. Mais, le 5 septembre, la veille de son exhumation, je l'ai revue et, après m'avoir parlé comme elle le fait toujours du bien spirituel de la communauté, elle m'a annoncé qu'on retrouverait « à peine ses ossements.» Et puis elle m'a fait comprendre quelque chose des prodiges qu'elle fera dans l'avenir. Soyez sûre, ma chère mère, que ses ossements bénis feront des miracles éclatants et seront des armes puissantes contre le démon. Presque toutes les fois, elle s'est fait voir vers l'aurore, en quelque moment de prière particulière. Son visage est très beau, brillant; ses vêtements luisent d'une lumière comme d'argent transparent, ses paroles ont une mélodie d'ange. Elle me révèle ses grandes et occultes souffrances supportées héroïquement sur cette terre... Ma petite Thérèse a beaucoup, beaucoup souffert!!! Que dois-je vous dire de plus? Qu'il vous suffise de savoir, ma chère mère, que nous sentons autour de nous l'esprit de votre angélique enfant. Toutes les soeurs affirment, avec franche et tendre vénération, que, outre les grâces tempo-[108r] relles accordées à la communauté, chacune a reçu des grâces intimes et très grandes...

Suor M. Carmela del Cuore di Gesù, r.c.i., prieure.»

 

145a - Le tribunal ecclésiastique, chargé par sa Grandeur monseigneur l'évêque de Bayeux d'instruire le procès de béatification de la soeur Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face, ayant pris connaissance de ces récits me prie, comme vice-postulateur de la cause, de me rendre sur place, afin de préciser plusieurs détails importants. Par une permission spéciale de monseigneur Gaétano Muller, évêque de Gallipoli, je fus autorisé à pénétrer dans le Carmel, à voir les religieuses et à examiner les lieux où se sont passés les faits surnaturels dont il a été question. Je suis entré dans la clôture, le 22 octobre 1910, avec monsieur le chanoine Cavallera, pénitencier de la cathédrale de Gallipoli, désigné pour m'accompagner et me servir d'interprète. Ce monastère de construction ancienne est très pauvre, les pièces sont petites, le jardin se limite au terrain compris entre les cloîtres, car l'espace est restreint dans cette partie de la ville de Gallipoli bâtie sur une petite île rocheuse, reliée à la terre par un pont de quelques arches; elle est située sur le golfe de Tarente, dans l'Italie méridionale.

 

Au premier étage se trouve la cellule de la révérende mère Marie-Carméla du Coeur de Jésus, prieure. Elle nous reçut avec deux de ses compagnes dans cette première station de l'apparition. Son émotion était visible et il a fallu l'obéissance due à son évêque pour redire les faveurs dont elle avait été l'objet, et qui ont été consignées dans l'enquête canonique ouverte sur la prudente initiative de monseigneur Muller. Le récit fut de tous points conforme à celui adressé au Carmel de Lisieux; mais ce récit oral, sur le théâtre même des faits, avait une intensité de vie, un accent de précision et de sincérité [108v] parfaite, malgré la peine qu'éprouvait la révérende mère à énumérer des détails qui la touchaient de si près. Le monastère de Gallipoli ne connaissait pas le Carmel de Lisieux avant les vacances de 1909. A cette époque, la soeur Maria Ravizza, de la Congrégation des Marcellines de Milan (*), religieuse enseignante au pensionnat de Lecce, accompagnait quelques jeunes filles aux bains de mer. Dans ses visites au Carmel, elle parla avec une affection communicative de soeur Thérèse de l’Enfant Jésus, et laissa la traduction italienne de l'« Histoire d'une âme.» Cette lecture édifia, sans provoquer une confiance spéciale.

Quand vinrent les épreuves du mois de janvier 1910, la misère était arrivée au point que les soeurs n'avaient plus qu'un kilogramme de pain par personne, chaque semaine, avec quelques pâtes en proportion. Parfois même, ne trouvant rien sur les tables, à l'heure du dîner, les carmélites se rendaient à la chapelle pour prier. On se souvint alors de la Servante de Dieu. La mère prieure et quelques religieuses la prirent pour médiatrice dans un Triduum à la Sainte-Trinité; c'est à ce moment qu'elle se montra l'avocate de cet humble Carmel et sa protectrice spéciale.

 

Renseigné désormais sur les circonstances dans lesquelles la Servante de Dieu avait été connue et invoquée, je demandai à suivre le chemin parcouru par l'apparition, Il fallut descendre du premier au rez-de-chaussée et traverser une partie du monastère, pour arriver à la pièce du tour. Elle est d'aspect pauvre et de dimensions modestes. On y voit une sorte de secrétaire assez bas, avec plusieurs tiroirs; le dernier en s'ouvrant forme table pour écrire et, dans le fond de ce tiroir, on a ménagé un petit coffret avec serrure spéciale, dont la clef ne quitte pas la mère prieure. C'est la place d'une boîte-caisse recouverte d'étoffe, où doit être [109r] déposé l'argent de la communauté. Le 16 janvier, il était réduit à sept sous, et à bien moins encore, puisqu'à côté de ces quelques piécettes de cuivre se trouvaient les notes des créanciers réclamées avec instance.

L'apparition si brillante revêtue du costume du Carmel fit ouvrir le coffret par la prieure et y déposa elle-même, dans la boîte, un rouleau de dix billets de cinquante lires (francs) de la Banque de Naples. Les autres billets apportés plus tard furent aussi trouvés dans ce même coffret. Si les secours matériels répétés se sont étendus à chaque carmélite, si la mère prieure a été favorisée de directions spéciales pour la conduite de ses soeurs, chacune aussi s'est plu à reconnaître qu'elle avait bénéficié de grâces personnelles spéciales. Elles ont développé dans le monastère une reconnaissance profonde pour leur céleste bienfaitrice et une volonté généreuse de suivre sa voie de sainteté. - Comme il sera constaté...

 

145b - Voici un nouveau fait qui s'est passé à Gallipoli, le 16 janvier 1911, à l'anniversaire de la première apparition:

Monseigneur Nicolas Giannattasio, évêque de Nardo, près de Gallipoli, a beaucoup étudié la vie de la Servante de Dieu et son intervention du 16 janvier 1910, dans ce Carmel du midi de l'Italie. Pour lui, la réponse de l'apparition: «Ma voie est sûre » - afin de tranquilliser la mère Carméla, préoccupée qu'elle ne s'égarât pas, en se retirant -, devait se prendre surtout au sens spirituel de la voie de confiance et d'abandon à Dieu, si recommandée par la soeur Thérèse de l’Enfant Jésus. Il avait toujours regretté que cette interprétation n'eût pas été dégagée et mise en évidence dans l'enquête canonique: ces paroles ainsi entendues indiqueraient un des buts principaux de cette manifestation merveilleuse [109v] et des interventions répétées qui la suivirent, en faveur du même monastère.

 

Sous l'empire de cette idée, et pour se concilier davantage, ainsi qu'à son diocèse, la protection de la pieuse carmélite, il résolut de célébrer l'anniversaire du 16 janvier 1910. Il offrirait au Carmel la même somme de 500 lires, et elle serait déposée à la pièce du tour, dans les mêmes conditions que l'année précédente.

Monseigneur Nicolas Giannattasio ignorait alors les paroles de la soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus à quelques-unes de ses novices: « Croyez à tout ce je vous ai dit sur la confiance qu'on doit avoir en Dieu et à la manière que je vous ai enseignée d'aller à lui, uniquement par l'abandon et l'amour. je reviendrai vous dire si je me suis trompée et si ma voie est sûre. Jusque-là, suivez-là, fidèlement » - HA ch.12 - "'.

Voici comment fut réalisé son projet: Il venait de recevoir une offrande dont il pouvait entièrement disposer à son gré; il prit un billet de 500 lires, et le plaça dans une enveloppe; il y glissa aussi, sans être vu de personne, une de ses cartes de visite, sur laquelle il écrivit:

«In memoriam!.» MA VOIE EST SÛRE, JE NE ME SUIS PAS TROMPÉE.

Soeur Thérèse de l’Enfant Jésus à soeur Marie-Carméla, à Gallipoli, 16 janvier 1910.

«Orate pro me quotidie ut Deus misereatur mei.»

 

Et sur cette enveloppe, demeurée ouverte, la réplique du titre: « In memoriam!.» La première enveloppe fut ensuite enfermée dans une autre plus grande, de fort papier anglais doublé à l'intérieur, et [110r] fermée par un cachet en cire, aux armes de monseigneur l'évêque de Nardo. Au lieu d'adresse, la personne à qui elle fut confiée, à la fin de décembre, vit écrire cette recommandation: « Da riporsi nella solita cassettina e da aprirsi dalla madre priora suor M. Carmela del S. Cuore di Gesù, il 16 gennaio 1911 » (* A placer dans la petite boîte ordinaire et à ouvrir par la mère prieure, soeur M. Carméla du Sacré-Coeur de Jésus, le 16 janvier 1911.)

Ils étaient accompagnés de la recommandation orale que ses désirs fussent bien suivis. Monseigneur Giannattasio ne pensait aucunement, dans la préparation de tous ces détails, à provoquer une réponse quelconque ou une confirmation de son interprétation personnelle, mais simplement à offrir un témoignage de sa confiance et de sa dévotion envers la Servante de Dieu.

Quelques jours plus tard il se rendit au Carmel; il y fut question des exercices spirituels qu'il devait donner. La mère Carméla proposa la date du 16 janvier, comme favorable pour entretenir la ferveur reconnaissante des religieuses et agréable au prédicateur. Celui-ci était au courant, il faut le dire, du désir de plusieurs carmélites de faire dans la pauvre chapelle du couvent une décoration, dont la dépense s'élèverait à trois cents francs environ; on ne les avait pas. Aussi la mère prieure s'était opposée au projet; elle avait ensuite autorisé ses filles à invoquer leur petite soeur de Lisieux, leur insigne bienfaitrice, pour les obtenir.

Le 16 janvier 1911, monseigneur de Nardo se rendit de l'évêché de Gallipoli au Carmel; il apprit bientôt que sa lettre était intacte et se trouvait toujours dans la boîte où elle avait été déposée, conformément à son désir. La mère prieure l'en retira alors et l'apporta en le priant de l'ouvrir. Il voulut qu'elle le fît elle-même. Il la regardait attentivement, à travers la grille du parloir. Elle déchira d'abord un coin de l'enveloppe, et l'ouvrit [110v] avec le doigt par le bord supérieur, puis elle la passa à monseigneur Giannattasio en lui disant: « Veuillez prendre, monseigneur, ce qui vous appartient.»

Quel ne fut pas l'étonnement de celui-ci de trouver, avec la petite enveloppe qu'il reconnaissait bien, quatre nouveaux billets de banque: deux de cents lires et deux autres de cinquante, ce qui faisait un surplus de 300 francs. Avant d'avoir retiré de la petite enveloppe son billet de 500 francs, monseigneur crut tout d'abord qu'il avait été changé par d'autres de moindre valeur. Mais la prieure reprit: « Cet argent est à vous, monseigneur, mais veuillez compter... S'il y a 300 lires, ne serait-ce pas ce que la communauté a demandé à soeur Thérèse avec tant de confiance?... Si vous le voulez, je vais appeler les soeurs et vous les leur donnerez vous-même.» Ce qui fut fait, à la grande reconnaissance de toutes les religieuses, et le don fut remis aux mains de la mère prieure. Avant cela, en recomptant les billets, monseigneur s'étant aperçu que l'un d'eux exhalait une odeur de rose, l’avait gardé pieusement et remplacé par un autre. Sa Grandeur examina l'enveloppe avec le plus grand soin: l'empreinte du cachet à ses armes était intacte, les plis qui formaient l'enveloppe n'avaient pas été décollés, elle n'avait pas été ouverte. Par quel moyen ces billets y avaient-ils donc été introduits?...

La révérende mère Carméla avoua, qu'ayant regardé cette enveloppe plusieurs jours auparavant, elle lui avait paru plus grosse que lorsqu'elle l'avait déposée dans la cassette, et qu'elle avait dès lors pressenti le secours que lui apportait sa bien-aimée soeur Thérèse, en réponse aux prières de ses soeurs. Monseigneur Giannattasio lui dit alors qu'il voyait, dans cette intervention extraordinaire, une seconde cause d'une plus haute [111r] portée: la Servante de Dieu lui paraissant vouloir confirmer par ce prodige le sens spirituel de la parole: « MA VOIE EST SÛRE....»

Il montra ensuite à la mère prieure son billet de cinq cents lires avec l'inscription qu'il avait mise sur sa carte. Cette nouvelle manifestation de la protection de la Servante de Dieu, dans les circonstances données, ne pouvait point passer inaperçue.

Une enquête aussi sévère que possible a été conduite par monseigneur Muller, évêque de Gallipoli. Après avoir étudié les faits et la qualité éminente des témoins qui s'oppose à toute pensée de fraude, il constate avec reconnaissance, depuis une année, la protection de la Servante de Dieu, soeur Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face. Elle a procuré au Carmel de Gallipoli, placé sous la clôture papale, des ressources importantes, dont on ne sait pas la provenance, elle l'a ainsi tiré de la détresse et de la misère où il était réduit; enfin, au témoignage des meilleurs juges , elle a porté toutes les religieuses vers une perfection plus grande et fait fleurir parmi elles la plus exacte observance. Ce sont des faits indéniables. - Comme il sera constaté...

 

LA VUE RENDUE À UN VIEILLARD

146 - « Saint-Jean-de-Luz (Basses-Pyrénées) 23 juillet 1910.

Ma révérende mère,

je vous adresse enfin sous ce pli la relation de la guérison vraiment merveilleuse de ma vue. J'ai laissé au temps le loisir d'imprimer à cette guérison le cachet de la réalité et de la persévérance. Si, immédiatement après la première [111v] amélioration et même à la suite des progrès plus étonnants encore de ma vue, j'avais publié ce merveilleux bienfait, on se serait avec raison demandé ce que, tout d'abord, je me suis demandé moi-même: « N'est-ce pas une de ces facilités de voir, momentanées et purement accidentelles, qui, parfois, se produisent chez des vieillards de mon âge (je suis dans ma 76' année), lueurs passagères qui ne prouvent rien?.»

Voici le fait, en toute simplicité et vérité:

Au printemps de 1900, M. le Dr X., de C., que je consultais au sujet d'une anémie, me regardant incidemment dans les yeux, me dit: « Savez-vous que vous êtes menacé d'une cataracte? » « D'une cataracte, moi? - lui répliquais-je -; mais je vois encore assez bien pour mon âge, et jamais personne de ma famille n'a été affligé de ce mal.» « Dites tout ce que vous voulez - insista-t-il -, vous avez un commencement de cataracte bien caractérisée.» je crus à une erreur de la part du médecin. Cependant, me trouvant, en septembre suivant, à Paris, je suis allé consulter le distingué oculiste Abadie, du boulevard Saint-Germain. je fus reçu par l'un de ses aides: « Je ne vois rien, me dit celui-ci, mais venez....» Et il m'introduisit dans la chambre noire. Là, il m'examina minutieusement les yeux, à la lumière électrique. « Oui - convint-il alors -, vous avez un commencement de cataracte; mais que cela ne vous inquiète pas, ça vous viendra plus tard... et dans une dizaine d'années, quand elle sera mûre, vous viendrez nous trouver et l'on vous fera l'opération gratuitement.»

La belle fiche de consolation! pensais-je en m'en allant.- vivre dix ans dans la perspective d'avoir les yeux gratuitement charcutés! Et quel en sera le résultat? Depuis lors, je n'ai plus consulté aucun oculiste ni aucun médecin au sujet de mes yeux, ni employé aucun remède. J'attendais que la cataracte fût « mûre.» Cependant, le pronostic de l'aide de monsieur Abadie ne [112r] tarda pas à se réaliser. Faible d'abord, le trouble de ma vue devint petit à petit tel que, dès l'année 1906, je ne pouvais plus que difficilement lire et écrire, même avec de fortes lunettes. J'avais comme un voile sur les yeux, et ce voile s'épaississait de plus les années suivantes.

A partir du commencement de 1908, je ne pouvais plus reconnaître à douze pas mes meilleurs amis. Le crépuscule venu, je n'osais plus me hasarder dehors de peur de heurter les passants, de manquer le trottoir et de me faire écraser par les voitures. En mai 1909, un opticien de passage ici, voulant me vendre des lunettes, me fit avec ses instruments lire, à des distances variées, des imprimés à caractères gradués, tour à tour des deux yeux et de chaque oeil à part. Il finit par me déclarer « l'oeil droit complètement éteint et l'autre oeil bien malade.»

Il avait quelque peu exagéré, car d'une personne placée à deux pas de moi je voyais encore, de ce seul oeil droit, la silhouette, mais une silhouette vague, imprécise, informe, dont je n'aurais pas pu dire si elle était d'homme ou de quoi. La vision de l'oeil gauche était devenue si faible que le dimanche des Rameaux 1909, je suis tombé en bas des degrés du choeur, que je ne distinguais plus, et cela devant toute la paroisse. Depuis lors, je tremblais de descendre les marches de l'autel, que j'étais obligé de chercher au tâtonnement du pied.

Bref, j'étais menacé de cécité complète à prochaine échéance, et me sentais à la veille de ne pouvoir plus ni réciter mon bréviaire, ni dire la sainte messe. J'envisageai déjà avec angoisse le voyage à Paris pour la fameuse opération gratuite, opération en elle-même scabreuse et de chance douteuse. Mais la divine Providence, qui dispose toutes choses avec suavité, m'avait, à mon insu, mis en relation avec les consoeurs d'une « oculiste » qui [112v] sait rendre la vue aux aveugles, sans onguent ni scalpel chirurgical.

 

Au printemps dernier, la révérende mère prieure du Carmel de Bordeaux, exilé à Zaraüz, en Espagne, fit appel à mon talent d'apiculteur, et je dus lui exposer le triste état de ma vue qui me rendait incapable d'accéder à son désir. Alors elle, avec sa robuste foi de carmélite, me répondit: « Puisque la prière est toute-puissante, nous allons faire violence au bon Dieu, et il sera bien obligé de vous rendre la vue.» Quelques jours après, je fus tout étonné de la facilité avec laquelle je pouvais lire et distinguer à mes pieds les marches de l'autel. Je me rendis donc au Carmel de Zaraüz, et là j'appris que la communauté avait fait une neuvaine pour obtenir la guérison de ma vue, par l'intercession de soeur Thérèse de l’Enfant Jésus, dont jusqu'alors j'avais ignoré l'existence.

C'est donc à un prêtre qui ne la connaissait pas, qui ne lui avait - lui personnellement - rien demandé, que votre angélique soeur avait obtenu de son divin Epoux une insigne amélioration de sa vue. Je dis « amélioration », car, pour grand et surprenant que fût ce changement en mieux, je n'avais pas recouvré la vision claire et pleine. Nous convînmes donc, la révérende mère et moi, de faire une seconde neuvaine, et elle me remit une image relique de celle que dès lors j'appelais « ma céleste oculiste », me recommandant de l'appliquer sur mes yeux, chaque soir de la neuvaine. Or. cette neuvaine n'était pas finie, que déjà je pouvais lire aisément les « Décrets de la Sacrée Congrégation des Rites » qui se trouvent imprimés en caractères très fins en tête du Bréviaire Romain de Tournai (édition de 1902, de la Société de Saint-Jean l'Évangéliste) et qui, auparavant, ne présentaient à mes yeux qu'une page maculée indéchiffrable. Bien plus, je reconnais depuis lors les personnes à plus de cent pas.

[113r] Nous avions commencé cette neuvaine dans l'octave de la Pentecôte (19 mai). Vers la mi-juin, je suis retourné en Espagne pour mettre ordre aux ruchées du Carmel. Nous décidâmes alors de faire une troisième neuvaine, en action de grâces celle-là, et en même temps pour obtenir une plus parfaite lucidité de vue. Et, cette fois encore, ma céleste oculiste exauça nos prières! Ayant recouvré la vue, je voulais redevenir apiculteur. J'achète donc une colonie d'abeilles; quelques jours après, je visite ma ruchée et j'y trouve plusieurs cellules royales, dont les unes contenaient des larves déjà écloses et d'autres de simples oeufs. Oh! la vue de ces minimes oeufs d'abeille, pareils à de petits bouts de ténu fil à coudre d'un blanc bleuâtre! Depuis des années, il m'avait été impossible de les apercevoir, même avec de puissantes lunettes, et maintenant je les voyais de nouveau à l'oeil nu! Aussi avec quelle reconnaissance mes yeux se sont instantanément levés vers le ciel, où ma céleste oculiste venait de réaliser en ma faveur sa résolution de faire du bien sur la terre.

Il n'y a donc plus de doute possible: la guérison de ma vue est réelle et persévérante. Et cette guérison, incontestablement merveilleuse puisqu'elle est obtenue sans l'intervention d'aucun secours ni remède humains, je la dois évidemment à l'intercession de celle que nous avions invoquée: soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus, morte en 1897, au Carmel de Lisieux.

Gloire à Dieu! et reconnaissance à ma céleste oculiste!

Abbé Ch. Wéber, prêtre habitué.»

 

UNE APPARITION DE LA SERVANTE DE DIEU

147 - La Servante de Dieu aimait à répéter qu'une de ses intentions, en entrant au Carmel, avait été d'intercéder [113v] pour les prêtres; elle s'efforçait de les aider dans leurs oeuvres par ses prières et ses sacrifices, et, depuis sa mort, elle ne cesse de leur témoigner un pieux intérêt. En voici une preuve dans son intervention du 16 janvier 1911, auprès du chanoine Rossignol, prêtre octogénaire, retiré à Saint-Martin-de-Beaupréau, diocèse d'Angers, dans une maison de retraite du clergé.

Pendant vingt-six ans, il avait occupé, avec une compétence très remarquée, les chaires de dogme et de morale au grand séminaire de Luçon, et, après une vie d'oeuvres et de zèle sacerdotal, il jouissait de toute la lucidité et de la force de son intelligence.

Malgré les rigueurs effrayantes exercées sur son faible corps, malgré ses prières et ses oraisons, qui étaient sa seule occupation durant le jour et une grande partie de la nuit, il tremblait à la pensée des jugements de Dieu et il appréhendait ses derniers moments. Ces terreurs avaient hanté sa vie: ses directeurs de conscience l'ont révélé, après sa mort; pour lui, il les dissimulait à son entourage et il était un sujet d'édification constante. Il avait une grande dévotion envers la soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus, qui a tant insisté sur la voie d'abandon et de confiance et aimait à dire. « J'espère autant de la justice du bon Dieu que de sa miséricorde; c'est parce qu'il est juste qu'il est compatissant et rempli de douceur, lent à punir et abondant en miséricorde, car il connaît notre fragilité, il se souvient que nous ne sommes que poussière. Comme un père a de la tendresse pour ses enfants, ainsi le Seigneur a compassion de nous » (Ps. 102, 8-13, 14) - LT 226 - .

Elle ne voulut point abandonner ce pieux vieillard dans ses derniers jours. Le 16 janvier 1911, elle lui apparut, comme il en a fait la confidence, quelques heures après, à un des prêtres âgés qui avait sa confiance, monsieur l'abbé Frappereau, dont voici le récit:

 

[114r] « C'était au matin du 16 janvier, après le petit déjeuner, nous remontions à nos chambres. Je lui demande comment avait été la nuit, si mauvaise pour lui, depuis si longtemps. « Merci - me dit-il -, la nuit a été bonne, bien bonne, vu mon état habituel, mais ce qui a été bon surtout et très bon, c'est mon réveil et mon lever de ce matin, j'ai vu la petite soeur Thérèse! C'était bien elle, je l'ai bien vue et reconnue, telle que nous la donnent ses photographies. Elle se tenait au chevet de mon lit, me regardait en souriant et me fit comprendre par ses signes et l'expression de tout son visage, qu'elle venait me dire: je m'occupe de votre affaire... cela va venir... comptez-y!!.» Il me quitta, l'air tout heureux, en me recommandant de ne parler à personne de sa vision. La mort, arrivée le surlendemain, me permet de dire, aujourd'hui, ce qu'il voulait cacher, je n'en doute nullement, par esprit d'humilité, Dans la même matinée, le chanoine Rossignol alla se confesser à la Trappe de Bellefontaine, au révérend père Arsène et lui fit la même confidence; au témoignage de ce religieux, « sa crainte habituelle de la divine justice semblait avoir disparu et un air de confiance insolite rayonnait à travers sa douce joie.» Le surlendemain, 18 janvier, en présence de monsieur l'abbé Frappereau, son premier confident, il fut saisi de douleurs au coeur d'une violence telle qu'elles faisaient présager une fin imminente. Comme on l'exhortait à les offrir à Notre-Seigneur qui voulait peut-être le rappeler à lui, il interrompit la phrase et, se soulevant sur son fauteuil, la figure transfigurée, il offrit avec enthousiasme le sacrifice de sa vie et mourut quelques heures après.

Les prêtres de son entourage, mis au courant de ce qui s'était passé, ne doutèrent pas de la réalité de l'apparition. Comme il sera constaté...

 

[114v] GUÉRISON INSTANTANÉE D’UN

FIBROME APRÈS PLUSIEURS ANNÉES DE

SOUFFRANCES

148 - La soeur Marie-Dominique, de la congrégation de Saint-Gildas-des-Bois, est employée à l'hospice de Vertou (Loire-Inférieure) depuis 23 ans. Cette soeur, âgée de 52 ans, souffrait énormément du ventre. A la moindre fatigue un peu exagérée, au moindre choc sur la partie malade, elle était obligée de s'arrêter, et quelquefois pendant plusieurs jours. Au mois du mars 1910, sous l'influence d'une crise plus aiguë et d'un état général qui paraissait plus inquiétant, monsieur le docteur H. fut appelé à l'examiner. « Je constatai - dit-il - la présence d'un fibrome occupant toute la fosse iliaque gauche et de la grosseur de la tête d'un enfant nouveau-né. La soeur Dominique avait maigri et perdu son appétit, elle prenait un teint jaunâtre et il était à redouter de voir survenir des accidents sérieux. Au mois de mai, je la vis à nouveau, trouvant son état plus grave et devant l'impossibilité d'instituer un traitement médical qui, à mon avis, ne pouvait amener aucun résultat, je lui conseillai de se faire opérer.»

Devant l'appréhension de la soeur pour toute idée d'opération, sa supérieure lui fit consulter, le 26 mai, le docteur B. chirurgien, en lui taisant le diagnostic établi par son confrère. Il constata de même la présence d'un fibrome et déclarait urgent de faire l'opération, dans le plus bref délai. Le 3 juin, nouvelle consultation chez le docteur P., chirurgien et professeur à l'école de médecine de Nantes; il ne fit que confirmer le diagnostic et les deux premiers avis; il insista même pour une opération, le lendemain ou l'un des jours suivants. « Si la tumeur n'est pas enlevée - dit-il -, elle occasionnera de graves accidents.» Rien ne put déterminer la soeur, tant elle redoutait l'intervention chirurgicale.

Devant mon refus - a-t-elle écrit le docteur ajouta: « Vous [115r] pouvez attendre six mois, à moins de complications, mais s'il survient de la fièvre, venez me trouver aussitôt, je ferai l'opération.» Ces paroles mirent un peu de baume sur mon pauvre coeur, et je résolus de profiter de ce délai pour demander à Dieu ma guérison avec plus d'insistance. Mes compagnes, partageant mes inquiétudes, promirent de prier avec moi. Nous fîmes d'abord trois neuvaines successives à la petite soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus, par l'intercession de laquelle je désirais obtenir ma guérison. Dans les moments où le mal était plus violent, dans mes fréquentes insomnies, j'aimais à invoquer la chère petite soeur, la priant de plaider ma cause auprès du bon Dieu. Souvent je faisais toucher ses reliques avec une grande confiance à la partie malade.

 

Les trois neuvaines terminées, le mal ne diminuait pas; nous fîmes alors une neuvaine de communions et toujours mes soeurs et moi nous continuions à invoquer la chère petite carmélite. Le mal s'aggravait et je sentais les forces me trahir. Alors, je me dis: je vais prier la Sainte Vierge, mais afin d'être plus sûrement exaucée, je supplierai soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus de demander ma guérison à cette bonne Mère. Nous fîmes ainsi trois autres neuvaines consécutives, sans aucune amélioration et cependant sans perdre espoir. Plus le délai accordé par le docteur P. approchait de son terme, plus je sentais ma ferveur redoubler; je suppliais la petite Thérèse de l'Enfant-Jésus de demander à Marie de me guérir, sans opération.

« Allons me dirent un jour mes compagnes il va falloir vous décider pour une opération; depuis cinq mois vous priez sans obtenir de soulagement, pourquoi vous obstiner à demander un miracle?.»

«Oh! donnez donc au bon Dieu le temps de m'exaucer! », répondis-je. Continuant de souffrir toujours, j'espérais quand même et disais, en regardant l'image de la petite Thérèse: [115v] « Oh! je vous en prie, demandez à la Sainte Vierge de me guérir.»

Je souffris beaucoup, dans la dernière semaine de septembre et surtout les deux premiers jours d'octobre. Le 2, qui était le dimanche du Saint-Rosaire, j'avais beaucoup prié et toujours par l'intercession de ma petite intermédiaire. Les douleurs m'obligèrent à me coucher de bonne heure; elles étaient si violentes que je ne pus d'abord reposer. Le sommeil vint enfin et je dormis très bien. Pendant la nuit, je m'éveillai, couchée sur le côté gauche, à ma grande surprise, car, depuis très longtemps, je ne pouvais me coucher ni sur ce côté, ni sur le dos: je ne sentais plus aucune souffrance. je me couchai sur le dos et m'y trouvai très à l'aise. je portai la main sur la partie malade... plus aucune grosseur! J'étais complètement guérie!

 

La pensée me vint d'appeler mes soeurs, couchées dans le même dortoir, mais, craignant que ma supérieure, peu enthousiaste, n'ajoutât pas foi à mes paroles, je gardai le silence. Dans ma reconnaissance, je répétais, sans me lasser, à Marie-Immaculée et à soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus combien je les remerciais de m'avoir obtenu cette faveur signalée, je les priais, en même temps, d'en rendre grâces avec moi à Notre Seigneur.

Dès le matin, je fis une prostration afin de m'assurer que j'étais vraiment guérie; je la fis avec autant de facilité que si je n'avais jamais eu de tumeur. Alors, je racontai ma guérison à ma supérieure; elle ne me crut pas sur parole et me dit de ne pas crier au miracle, avant que les médecins n'eussent constaté la disparition du mal. Tout en doutant de ma guérison, ma supérieure et mes compagnes furent grandement surprises de voir, dès le jour même, que mon visage n'avait plus l'expression de souffrance des jours précédents et que je travaillais sans fatigue.»

 

Voici l'appréciation écrite, du docteur H.:

[116r] « Je ne revis la soeur Dominique que dans les premiers jours d'octobre et fus appelé, presque par surprise, à l'examiner. Quelle ne fut pas ma stupéfaction de la trouver dans un état de santé très satisfaisant, engraissée, et le teint très coloré, faciès indiquant une excellente santé; l'examen du ventre ne révélait aucune trace de tumeur. Je regardai de près la peau et ne constatai aucune trace d'opération. Croyant m'être trompé dans mon diagnostic, je ne savais trop quelle contenance tenir, quand on me tira d'embarras en me racontant l'examen fait par mes deux confrères, leur diagnostic absolument identique au mien, la neuvaine de soeur Dominique, sa stupéfaction en se réveillant le matin sur le côté gauche et en ne retrouvant plus la boule, et le rétablissement très rapide de sa santé, qui lui permettait de reprendre toutes ses occupations si fatigantes. J'en conclus de suite que la disparition si brusque de sa tumeur, en dehors de toute intervention médicale ou chirurgicale, ne pouvait être attribuée qu'à une intervention miraculeuse.»

 

Les deux chirurgiens consultés ont constaté également la disparition complète du mal, et la dévotion envers la soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus n'a fait que s'accroître dans la congrégation de Saint-Gildas-des-Bois. « Plus on la prie, plus on se sent porté à l'invoquer », écrivait récemment la supérieure. - Comme il sera constaté...

 

 

GUÉRISON ET RECONSTITUTION DE LA LANGUE D'UN VIEILLARD, EN PARTIE DÉTRUITE PAR LA GANGRÈNE, À LA MÊME ÉPOQUE QUE LA GUÉRISON PRÉCÉDENTE

149 - Ferdinand Aubry est entré à l'asile de vieillards des Petites Soeurs des Pauvres, à Lisieux, au mois de mai 1910. Il était très affaibli, la parole était devenue difficile de-[116v]puis une attaque de paralysie, on l'aurait pris pour un vieillard de 80 ans, il n'en avait que soixante. A son arrivée on avait remarqué des taches sur la langue et l'on redoutait une affection grave. Les souffrances du début s'accrurent rapidement.

   Le médecin de l'asile reconnut à un premier examen, fin d'août 1910, un épaississement de toute la langue, accompagné de salivation abondante de difficulté pour avaler et de douleurs assez vives. Bientôt le malade ne put prendre ni viande, ni aliments chauds, sa langue présentait à la surface une couche saburrale épaisse et foncée. Le 24 septembre, elle était devenue énorme, le vieillard ne pouvait fermer la bouche; une ulcération, évaluée par l'infirmière à deux centimètres au moins de largeur, sur plus de trois de longueur, occupait l'extrémité de la langue et s'étendait jusqu'au bord gauche assez profondément. Toute cette ulcération qui reposait sur une base indurée était recouverte d'une épaisse couche de tissu sphacélé: c'était la gangrène, à la suite d'une inflammation chronique de la langue. Les ganglions du cou se prenaient davantage, la respiration devenait très difficile et, malgré les lavages fréquents à l'eau oxygénée la plaie répandait une odeur absolument insupportable.

Le médecin prescrivit le transfert, d'urgence, dans un service de chirurgie à l'hôpital de la ville; mais, par suite des formalités administratives, l'admission se trouva retardée. Aubry demanda avec instance de ne pas quitter la maison des Petites Soeurs et y resta. Le 25 septembre, monsieur l'aumônier ne put que difficilement lui donner la sainte communion, avec une toute petite parcelle seulement de la sainte Hostie.

 

Les Petites Soeurs des Pauvres avaient eu l'inspiration d'invoquer la Servante de Dieu et apportèrent au pauvre Ferdinand, pendant son action de grâces, une de ses images avec une relique. Elles savaient que cette âme si pure et si fervente avait quelque chose de la bonté compatissante de Notre-Seigneur pour les pauvres et pour ceux qui souffrent. La [117r] mère supérieure avait heureusement choisi dans l'Histoire d'une âme, pour lire à son malade, le passage (ch. 11) où la soeur Thérèse de l’Enfant Jésus parle d'un pauvre vieillard infirme qu'elle avait voulu secourir elle-même, tout enfant, en lui portant l'aumône; le souvenir en était resté gravé si profondément dans son petit coeur de six ans, qu'elle avait prié tout spécialement pour lui, au jour de sa première communion.

Le bon Ferdinand était gagné, il avait trouvé une sainte qui aimait les malades et les pauvres, il lui donna toute sa confiance. Ses compagnons s'unirent à une neuvaine commencée pour lui, le 25 septembre, par un pèlerinage de deux des Petites Soeurs, au tombeau de la Servante de Dieu. Le mal progressait avec rapidité, il prenait des aspects plus pénibles encore: la langue se désagrégeait, des lambeaux s'étaient détachés et permettaient de mieux se rendre compte des ravages produits, la médecine était impuissante à les arrêter. Le mercredi 28, les Petites Soeurs firent demander au Carmel un pétale des roses avec lesquelles la soeur Thérèse avait embaumé son crucifix, sur son lit de mort. Elles déposèrent la relique près du vieillard dans un petit sachet fermé et cacheté; et lui, dans une pensée de foi, brisa le sceau et avala le pétale. Aussitôt l'amélioration se produisit et se maintint, les douleurs se calmèrent, mais le malade ne parlait pas. Le deux octobre, il déclara tout à coup: « Je suis guéri! - Et depuis quand? - demanda la soeur. - Depuis deux jours.» Il restait encore un point noir sur la langue. Le trois octobre, ce point noir avait disparu.

 

Le dernier jour de la neuvaine, le médecin fut appelé; il ajoutait difficilement foi au récit des infirmières. Mais quand Aubry, avec un bonheur visible, ouvrit la bouche [117v] pour montrer sa langue au docteur, celui-ci put constater la guérison. La marche de la cicatrisation était nettement indiquée par l'apparition de bourgeons charnus et la disparition des phénomènes précédents: sphacèle, odeur repoussante, etc.

Alors, d'une voix rendue à peine intelligible par la disparition d'un morceau notable de la langue que l'ulcération avait détruit, le vieillard demanda au médecin: « Ma langue va-t-elle repousser?.»

- Oh! pour ça non, mon ami - répondit le docteur -, n'y comptez pas, c'est impossible.»

Et cependant, à partir de ce jour, commença une nouvelle intervention de la Servante de Dieu, en faveur de ce pauvre vieillard. Il l'avait priée, disait-il, avec deux coeurs; il obtint par un second prodige plus étonnant encore, la réalisation de son désir si explicitement traduit par cette question: Ma langue va-t-elle repousser? La langue mutilée par la gangrène repoussa progressivement et, trois semaines après, le médecin constatait la reconstitution des tissus à peu près parfaite, c'est-à-dire, avec le même volume, la même forme, la même consistance et la même couleur, sans aucune ligne de séparation qui put faire distinguer la partie nouvelle, comme le montre la photographie jointe à l'attestation du médecin.

Ferdinand Aubry n'avait pas voulu demander la guérison des suites de sa paralysie, il désirait surtout ne pas mourir de son cancer, car il se croyait atteint d'un cancer à la langue. Après avoir été quelque temps dans un état stationnaire qui permit à tout l'asile des vieillards et à de nombreux témoins d'admirer les effets de l'intercession de sa céleste bienfaitrice, il s'affaiblit graduellement, sans aucune rechute du côté de la langue. Le 8 décembre, il put encore aller en voiture jusqu'au cimetière pour remercier la Servante de Dieu. Ce fut sa dernière sortie. Le 18 décembre 1910, il mourut dans le plus grand calme. Pendant son ago-[118r]nie, on l'encourageait par la pensée d'aller voir au ciel son angélique protectrice, alors il demanda dans une pensée d'humilité: « Mais vais-je pouvoir entrer dans l'appartement où elle est?....» - Comme il sera constaté...

 

 

ENTRÉE DANS L’ÉGLISE CATHOLIQUE

D'UN MINISTRE PROTESTANT PRESBYTÉ-

RIEN D'EDIMBOURG

150 - Après les guérisons des corps, il est bon de montrer, dans un exemple récent, comment la Servante de Dieu agit sur les âmes pour les conduire à la vérité. Ces grâces, plus nombreuses que les guérisons et le soulagement des maux temporels, exigent, d'ordinaire, la discrétion pour les confidences qui ont révélé les luttes et les victoires. Le besoin de témoigner à la soeur Thérèse de l'Enfant Jésus une reconnaissance profonde, et l'espoir que ce fait personnel pourrait entraîner d'autres âmes ont inspiré au révérend A. J. Grant la lettre suivante, adressée à la révérende mère prieure du Carmel de Lisieux, en demandant qu'elle soit publiée:

« 34, Warrender Park Terrace, Edinburgh, 23 avril 1911.

Ma révérende mère,

Il y a maintenant plus d'un an que j'ai, pour la première fois, fait la connaissance de l'autobiographie de soeur Thérèse de l’Enfant Jésus (traduction anglaise). je l'ouvris au hasard et je m'arrêtai de suite devant la beauté et l'originalité des pensées. Je trouvai qu'il m'était tombé entre les mains l'oeuvre d'un génie, aussi bien que celle d'une théologienne, d'un poète de premier ordre. Je revins alors au commencement du livre et je le lus en entier. L'impression fut aussi durable qu'elle était extraor-[118v]dinaire. Je ressentis ce qu'éprouve une personne à qui le monde invisible apparaît tout d'un coup, et à un moment je m'écriai: « Thérèse est dans cette chambre!.» La pensée de cette belle âme me hantait. A certaines heures il me semblait que je lui rendais un culte qui touchait presque à l'idolâtrie, tant elle m'apparaissait aimable. Puis, effrayé, je m'arrêtai sur cette voie dangereuse, m'accusant d'être un superstitieux... Ce fut inutile. Bientôt son image revint à mon esprit et mon coeur était de nouveau son esclave, car elle refusait absolument de me quitter, disant: «C'est ainsi que les saints aiment en Jésus-Christ. Ecoutez-moi! Choisissez ma petite voie, car elle est sûre et c'est la seule véritable.»

Sous le charme de ces suaves paroles, je répondis: « Eh bien! ma « Petite Fleur » (* Comme on l'a dit plus haut, c'est le nom donné en Angleterre à la soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus.), je tâcherai de suivre votre conseil, si vous m'y aidez, car, depuis que je vous connais, mon âme soupire après votre voie si belle et si divine. Vous avez vraiment changé mon coeur.»

Ces quelques paroles rendent bien imparfaitement l'impression produite sur mon esprit par cette âme angélique surtout depuis le jour où, pour la première fois, j'ai ouvert ce livre incomparable: l'« Histoire d'une âme » (édition française), lequel, par les desseins de la Providence, j'ai acheté le jour même où se terminait une neuvaine à la « petite Thérèse », neuvaine faite à mon insu par certains amis. Mais ce n'est que dernièrement, à vrai dire, que j'ai commencé d'invoquer son aide.

Pour un ministre protestant, ce n'était pas d'abord chose facile. Mes préjugés - cinquantenaires - étaient là pour me le défendre. Après quelques efforts cependant j'ai pu continuer avec une joie que je renonce à décrire. Un jour, étant sur le point de la prier, elle me dit subitement: « Pourquoi me demandez-vous de prier pour vous, si vous ne vou- [119r] lez pas connaître et invoquer la Sainte Vierge?.» Aussitôt, - car ce fut comme un éclair qui traversa mon esprit, - j'ai compris combien c'était peu logique d'invoquer Thérèse et de négliger la Mère de Dieu. La lumière s'était faite et immédiatement, je me suis adressé à la Sainte Vierge. La promptitude de la réponse m'étonna. A l'instant mon âme fut débordée par un amour passionné, nouveau-né un amour qui s'est agrandi et qui maintenant est un abîme. Mes préjugés disparurent et je ne doutai plus qu'il me fallait traiter Marie comme un enfant caresse sa mère. La conséquence de ce nouvel état d'esprit fut que je m'élançai dans une étude plus sérieuse et plus approfondie de la foi catholique.

 

Le samedi suivant, dans mon voyage à X ***, où je devais prêcher, j'emportai avec moi plusieurs livres catholiques que je lus en chemin et au presbytère. L'étude de ces volumes a gravé plus profondément dans mon âme certaines impressions favorables, Toutefois, j'étais bien loin d'une résolution d'embrasser la vraie foi. Une masse de notes prises alors - elles sont encore sur ma table - me démontrent combien j'étais encore indécis, mais en même temps combien mon attachement au protestantisme était en train de s'affaiblir et combien s'affermissait chez moi l'attrait de l'Eglise catholique.

La lutte devenait aiguë, et, en moins d'une semaine, j'ai vu qu'il me fallait en venir à bout. C'était une semaine d'angoisses, une agonie d'incertitudes, laquelle se prolongea encore huit jours. Bien des fois, pendant cette quinzaine, j'ai dû subir des attaques de la part de Satan. Il me souffla que tout cela c'était de la folie, que je n'y gagnerais absolument rien. L'angoisse était telle que je faillis y perdre la raison et je fus plus d'une fois près de suivre le conseil du tentateur et de rebrousser chemin.

Alors Thérèse intervenait. Avec quelle douceur pénétrante, [119v] elle me disait tout bas: « Suivez-moi! Ma voie est sûre.» En même temps ces paroles de l'Evangile retentissaient dans mon oreille: « Celui qui ne porte pas sa croix et ne me suit pas ne peut être mon disciple.» Thérèse triompha! Je me suis décidé à entrer dans la vraie Eglise et, pour couper court, une fois pour toutes, aux attaques de l'ennemi, j'ai de suite écrit à mes supérieurs d'alors, annonçant que mes rapports avec l'Eglise protestante étaient terminés.

 

Par une coïncidence frappante, non pas la première, - mais laquelle on n'a remarquée que plus tard, ce fut le 9 avril, jour même où votre enfant brisa les liens qui la retenaient loin du Carmel, que j'ai rompu les miens pour me sauver dans l'arche bénie de l'Eglise catholique. Après quelques jours d'instruction. j'entrai dans la seule vraie bergerie, le jeudi 20 avril, prenant comme noms de baptême, ceux de ma céleste libératrice: Franciscus-Maria-Teresia.

Quelle heure solennelle pour moi! Ce fut bien la plus touchante de ma vie. Je ne l'oublierai jamais. Et, moins encore le matin du jour suivant, lorsque je fis ma première communion. Mais Thérèse l'a bien dit: « Ces choses ne peuvent s’exprimer » - MSB 2,1 - "'.

Maintenant, comment pourrai-je jamais lui prouver ma reconnaissance?... Je lui dois toute la joie de la foi; elle a été l'étoile qui m'a conduit à Bethléem... Sans elle, je serais encore un protestant malheureux, errant dans la nuit profonde. Sans elle - et je tiens à répéter ici ce que j'ai publié dans la presse et proclamé partout, ce que je confesserai toujours - sans elle, je n'aurais jamais prêté l'oreille à la voix de la vérité catholique. Ce serait donc me faire une faveur, ma révérende mère, que de publier, vous aussi, la grâce immense dont j'ai été l'objet, afin que l'on con-[120r] naisse davantage la puissance d'intercession de la sainte de Lisieux et que, par elle, d'autres âmes soient éclairées et sauvées.

Veuillez agréer, ma révérende mère, l'expression de mon profond respect et prier pour moi, afin que je sache comprendre de plus en plus la doctrine de ma céleste maîtresse, me faisant à son exemple petit enfant entre les mains de Dieu, car n'est-ce pas la « voie sûre » dans laquelle, avec tant d'insistance, elle m'a engagé à marcher?...

FRANÇOIS-MARIE-THÉRÈSE GRANT (*).»

[* Le Rév. Alexandre J. Grant, membre de l'United Free Church, Eglise Libre-Unie, en Ecosse, a été reçu dans l'Eglise catholique par le R. Père Widowson, S. J., le 20 avril 1911, à Edimbourg.

Il est le premier ministre de l'Eglise Libre-Unie, qui se soit fait catholique. Le Rév. A. J. Grant est Ecossais, né à Caithness. Il fit ses études au collège de la Free Church, à Edimbourg, sous les maîtres les plus distingués, dont il se montra constamment digne autant par son travail que par ses talents.

A Fort William, Inverness, Ullapool et Tiree, où il exerça successivement son ministère, il s'attira l'estime et l'affection de tous par ses remarquables qualités d'esprit et de coeur. Nommé, en 1896, ministre à Loch Ranza, Arran, il y resta douze ans. Or, pendant qu'il était à ce poste, sa femme embrassa le catholicisme. L'événement rendit la position si difficile, au sein d'une population absolument réfractaire aux idées catholiques, que le Rév. A. J. Grant prit le parti de démissionner et d'aller se fixer à Edimbourg. Il continua à prêcher pour l'Eglise Libre-Unie dans la ville et les environs, car il est célèbre comme orateur et très connu par son érudition, jusqu'au jour où la vérité apparut clairement à son esprit. La lettre rapportée ci-dessus a révélé les différentes étapes de cette conversion.

Cf. - Glascow Observer, 21 avril 1911. Tablet, 29 avril 1911. - Revue de l'Archiconfrérie de Notre-Dame de Consolation, pour le retour de tous les peuples de langue anglaise à la Foi catholique, 25 mai 1911.]

 

151 - C'est la vérité que Dieu rend plus manifeste, de jour en jour, le crédit de la soeur Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face, en faveur de ceux qui recourent à son intercession: elle obtient de secourir les âmes dans les difficultés les plus diverses et de les guider dans la pratique des vertus, elle console les affligés et, quand elle n'obtient pas la guérison ou le soulagement des corps, elle fait [120v] accepter la souffrance avec résignation en union avec Notre-Seigneur. - Comme il sera constaté...

Hos Articulos pro nunc exhibet salvo semper.... etc.

R. de Teil

vice-postulator