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La fondation du Carmel de Lisieux

   Il était une fois…

Il était une fois un abbé qui n’avait de Sauvage que le nom. Vicaire à la paroisse de Lisieux, il avait une réputation de zèle et de bonté telle qu’elle arriva au carmel de Pont-Audemer, où séjournaient les demoiselles Gosselin. Athalie et Désirée, sœurs de sang et d’âme, alors âgées de 25 et 27 ans, partageaient un rêve : fonder un carmel à Lisieux. Un beau jour d’été 1835, ces trois-là se rencontrèrent et décidèrent de se lancer dans cette entreprise, trop improbable pour qu’elle ne fut pas de Dieu.

Comment ne pas voir en effet la Providence à l’œuvre dans l’incroyable aventure qui suivit, digne des fondations de Thérèse d’Avila ? Tout d’abord, il fallut se mettre en quête d’un assez carmel généreux pour prêter des carmélites pour la fondation, car il allait de soi que nos sœurs Gosselin n’allaient pas réinventer un carmel à elles toutes seules. Pas moins de six carmels furent consultés : certains opposèrent un refus ferme (à les entendre, la crise des vocations sévissait déjà !), d’autres donnèrent atermoiements et espoirs à notre petit groupe de fondateurs, qui jamais ne se découragèrent.

Enfin, grâce à l’aide de l’évêque d’Orléans qui mérite d’être cité tant pour son efficacité que pour sa si joviale bonté, Mgr de Beauregard, le carmel de Poitiers finit par ouvrir grand ses portes et son cœur aux sœurs Gosselin afin de les former, puis de les renvoyer à Lisieux avec une équipe de carmélites de choc : Mère Elisabeth qui serait prieure, et Mère Geneviève, celle qu’on finira par appeler « la fondatrice » tant son rôle dans l’établissement et la vie du carmel de Lisieux (puis dans celle de Thérèse) fut majeur.

Pendant que nos sœurs se formaient, l’abbé Sauvage, lui, leur cherchait une pierre où reposer la tête, et comme n’importe quelle pierre ne convient pas à une vie de carmélite, la recherche de la maison fut compliquée. Il en trouva une provisoire, où, après un voyage on ne peut plus rocambolesque, l’équipe des fondatrices arriva le beau matin du 15 mars 1838. Le quartier s’appelait le Nouveau Monde, mais la maison ne faisait pas rêver nos apprenties carmélites qui apprirent bien vite à imiter leurs mères dans le regard de foi qu’elles posaient sur toute chose : après tout, Jésus s’était bien contenté d’une étable.

Rapidement, d’autres jeunes femmes furent appelées à rejoindre notre sympathique petit groupe, ce qui rendit nécessaire l’achat d’une maison mieux adaptée et c’est ainsi que le 5 septembre 1838, les carmélites de Lisieux investirent le monastère qui, moins d’un siècle plus tard, serait connu dans le monde entier. Le 16 de ce même mois, les sœurs Gosselin prononçaient leurs vœux définitifs devant une foule de lexoviens curieux, loin de se douter que la véritable aventure du carmel de Lisieux ne faisait que commencer.

Lire le récit de cette fondation écrit par une des fondatrices.