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Manuel de direction spirituelle

 

Édition de 1869 à l’usage de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Les éditions précédentes conservées au monastère sont celles de 1854 et 1835, ce qui témoigne d’une mise à jour régulière du texte. La pagination originale est suivie d’un astérisque. En cas de mots coupés, la fin du mot est reportée sur la page précédente pour faciliter l'usage du moteur de recherche.

 

Première partie

instructions pour les exercices qui se font chaque jour

Seconde partie

instructions pour les actions qui ne se font pas tous les jours  

Exercices du réveil à l'entrée au choeur De la communion spirituelle De la confession De la dévotion à différents saints
De l'Oraison mentale De la retraite De la communion Du saint patron tiré au sort chaque mois
Du bouquet spirituel De l'examen de conscience Du Salve Regina chanté le samedi Comment se disposer aux grandes fêtes
De l'office divin Du Benedicite et du dîner Du chapitre Pour rendre compte de son intérieur
Du temps pour faire sa cellule Des mortifications au réfectoire De l'assistance au sermon Exercices pour la prise d'habit, la profession et la prise de voile
Du travail Des grâces après le dîner Du parloir
De la sainte Messe Exercices pour l'après-dîner: récréation, vêpres, lecture, oraison du soir, complies, matines, examen, coucher Du comportement à l'infirmerie Direction pour petits offices de semaine
Diverses prières

Appendice:  Avis spirituels de Notre Mère Ste Thérèse et de plusieurs autres saints du Carmel

 

DiRECTION SPIRITUELLE
POUR S'OCCUPER SAINTEMENT AVEC DIEU
A L'USAGE DES NOVICES
DE L'ORDRE DE NOTRE-DAME DU MONT-CARMEL.
 
NOUVELLE ÉDITION.
POITIERS
TYPOGRAPHIE DE HENRI OUDIN - RUE DE L'ÉPERON, 4.
1869
 

 

INSTRUCTION PRÉLIMINAIRE.

 

Les Novices sont des enfants qu'il faut conduire par la main et instruire, ainsi que de nouvelles Disciples qui viennent en Reli­gion comme dans l'École de Jésus-Christ, pour se rendre parfaites, s'unir à lui, et de­venir ses véritables Épouses.

C'est donc pour leur en donner les moyens qu'on a dressé ce Formulaire, où elles appren­dront à faire toutes les actions de la journée

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avec l'esprit intérieur, à s'occuper de Dieu en tout temps, en tous lieux et dans toutes les choses qu'elles auront à faire. Elles y trouve­ront des Directions pour la plupart de leurs actions, sans cependant être obligées à les dire comme elles sont marquées, ni à suivre le tout à la lettre. Car si le Saint Esprit leur en inspire d'autres, ou les occupe de quelque autre manière, elles suivront sa grâce et se garderont de se retirer de l'attrait de Dieu ; mais il est nécessaire de le bien connaître et de pren­dre garde de se tromper soi-même. Pour évi­ter ce danger, les Novices feront bien d'avoir recours à leurs Maîtresses, qu'elles peuvent consulter en tout temps, pour s'éclaircir sur leurs doutes et pour leurs besoins, tant spi­rituels que corporels. 

PREMIÈRE PARTIE.

INSTRUCTIONS POUR LES ACTIONS QUI SE FONT CHAQUE JOUR.

1. EXERCICES POUR LE MATIN.

1. EXERCICES

pour les actions a faire depuis le réveil jusqu'au moment qu'on est entré au choeur.

 

En s'éveillant.

Sitôt que vous entendrez le signe du lever, comme si c'était la voix de Notre-Seigneur, qui vous dit que c'est assez reposer ; qu'il faut vous lever pour commencer de nouveau à le servir et accomplir sa sainte volonté, vous vous

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mettrez à genoux sur votre lit, ferez le signe de la Croix sur vous, et direz :

« Mon Dieu, je m'éveille dès le point du jour, pour penser à vous, pour vous aimer et pour vous servir. Me voici, ô mon Dieu, prête à faire tout ce qu'il vous plaira ; votre sainte volonté sera la mienne ; je l'observerai de tout mon coeur pendant tout ce jour.» 

 

En sortant du lit.

Souvenez-vous du grand amour par lequel le Fils de Dieu, au moment de son Incarna­tion, est sorti du sein de son Père, et est venu sur la terre pour s'assujettir à nos misères ; en l'honneur et union de ce même amour, sortez promptement et courageusement du lit, et, sitôt que vous aurez mis pied à terre, mettez-vous un moment à genoux pour adorer Dieu de nouveau, afin que toutes vos premières actions soient un hommage à sa divine gran­deur, les unissant toujours à celles que Notre-Seigneur a faites ici-bas sur la terre.

Ensuite vous vous habillerez avec diligence et ferveur d'esprit, et avec un grand désir de

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vous présenter devant Dieu à l'Oraison, afin d'y puiser les grâces et les forces nécessaires pour le servir de plus en plus.

 

En s'habillant.

« Préparez intérieurement mon âme, Seigneur, comme je prépare mon corps pour aller au Choeur ; revêtez-moi de la ferveur de votre divin Esprit et des précieux dons de votre grâce.»

Si vous voulez prendre des applications in­térieures sur chaque chose, pour vous ha­biller, vous pourrez vous servir de ce qui suit :

 

En prenant sa Robe.

« Revêtez-moi, mon Dieu, des saintes habitudes religieuses, afin que je paraisse devant vous telle que mon habit et ma profession le demandent.»

 

En mettant sa Ceinture.

« Unissez-moi à vous ; ô mon Seigneur, d'une union intime, et attachez-moi à votre bonté par les liens de la Charité, dont le noeud ne se rompt jamais.»

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En mettant sa Toque.

Pensez que cette blancheur vous représente la pureté de conscience que vous devez avoir pour plaire à Dieu, et dites : « O mon Seigneur, faites-moi la grâce de mourir plutôt que de souiller mon âme d'aucun péché ; purifiez-la dans votre précieux Sang, et donnez-moi une parfaite contrition de mes offenses.»

 

En mettant son Scapulaire.  

« Mon Seigneur, faites-moi la grâce de porter avec joie et amour votre joug et votre fardeau, tous les jours de ma vie.»

 

En mettant son Voile.

« Mon Seigneur, ce voile m'apprend que je dois mourir au monde et à moi-même pour ne vivre plus qu'à vous ; faites-moi donc la grâce, ô mon Dieu, qu'il ne demeure en moi aucun reste de cette vie misérable qui m'empêche de m'unir à vous.»

 

En mettant son Manteau.

« Agneau de Dieu sans tache, revêtez mon

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âme de cette pureté et de cette blancheur dont sont ornés ceux qui vous suivent.»

 

10° En allant au Choeur.

Étant décemment habillée, vous irez mo­destement et diligemment au choeur, avec émulation de vous y trouver des premières, afin d'avoir la bénédiction de l'Ange tutélaire du Couvent.

Quand l’Angélus sonnera, vous le direz le plus dévotement que vous pourrez, pour ho­norer les Mystères de l'Incarnation, de la Mort, de la Passion et de la glorieuse Résurrection de Notre-Seigneur.

Avant d'entrer au Choeur, vous pren­drez de l'eau bénite, dans un sentiment de contrition, priant intérieurement Notre-Sei­gneur de nettoyer votre âme de tout ce qu'il y a en elle qui peut lui déplaire.

 

11° En entrant au Choeur.

Après avoir fait trois ou quatre pas, vous ferez une profonde inclination au Très-Saint Sacrement, et, vous retournant, vous en ferez une demie à la Mère Prieure, ou à la Sous-

Prieure

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en son absence, et puis vous irez, à votre place, vous mettre à genoux.

 

12° Étant au Choeur.

Vous ferez une croix avec le pouce sur le front, sur la bouche et sur le coeur, en disant ces paroles : « Per signum Crucis, de inimicis nostris libéra nos, Deus noster.»

Et puis vous ferez un grand signe de croix sur vous, baiserez la terre et adorerez profon­dément Notre-Seigneur Jésus-Christ dans le Très-Saint Sacrement.

Ensuite vous ferez la direction générale de toutes les actions de la journée, si vous ne l'a­vez pas faite avant d'aller au Choeur.

«Grand Dieu, qui m'avez donné l'être et la vie, abîmée au plus profond de mon néant, je vous adore de tout mon coeur et vous reconnais pour mon Dieu, mon Créateur et mon souverain Seigneur, duquel je dépends en tout et sans lequel je ne puis rien. Je vous remercie de tous les bienfaits que j'ai reçus jusqu'à ce jour de votre paternelle bonté, particulièrement du soin que vous

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avez eu de moi pendant cette nuit, et de ce que vous me donnez encore du temps pour faire pénitence et pour m'avancer dans la perfection. Je vous demande très humblement pardon de tous les péchés que j'ai commis ; je les déteste de tout mon coeur, par le seul motif de votre amour, et vous supplie de me faire la grâce de mourir plutôt que de vous offenser jamais. Je vous offre tout ce que je suis, tout ce que j'ai, tout ce que je puis, pour toujours et à l'éternité, mais particulièrement aujourd'hui ; je dirige à votre honneur toutes mes pensées, mes paroles, mes oeuvres, tous les mouvements, sentiments et affections de mon coeur, et désire que le tout soit consacré à votre éternelle gloire ; que ce soit autant d'actes de louange, d'adoration et d'amour vers vous. Je me consacre de tout mon coeur à votre service, avec désir d'employer tous les moments de cette journée dans la fidèle pratique de mes Règles, de l'obéissance, et généralement dans l'exécution de votre divine volonté ; mais, mon Dieu, je reconnais que je ne puis rien sans

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votre grâce ; ne me la refusez pas, je vous en supplie, et faites que je vous glorifie éternellement.

« Je vous offre aussi l'amour, la gloire et les  louanges qui vous seront aujourd'hui rendus au ciel et sur la terre ; et, pour vous rendre les actions de cette journée plus agréables, je vous les offre en union de celles que mon sauveur Jésus-Christ a faites étant au monde. je souhaiterais les faire, s'il m'était possible, avec la même pureté d'intention, d'amour et de perfection que sa sainte humanité accomplissait les siennes. j'accepte encore, pour l'amour de vous, toutes les mortifications et peines qu'il vous plaira de m'envoyer. Je renonce à toutes les tentations des ennemis de mon salut. je désavoue toutes les vanités, mouvements d'amour-propre, de recherche de moi-même, et enfin tout ce qui pourrait vous déplaire, ô mon dieu, et me propose, moyennant votre sainte grâce, de vous être fidèle.

« Sainte Vierge, Reine du ciel et de la terre, trésorière de la grâce et l'espérance de

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toutes les Religieuses de cet Ordre, je me dédie et me consacre particulièrement à vous, avec un désir de vous servir et de vous honorer en tout ce que je penserai, dirai et ferai le long de ce jour et toute ma vie. Je vous supplie, ô ma très chère Mère, de me tenir toujours en votre singulière protection, de conduire mes pas dans toutes les pratiques de cette sainte Religion, et de m'y donner une heureuse persévérance jusqu'au dernier jour de ma vie.

« Et vous, mon Père saint Joseph, protecteur de cet Ordre, notre Mère sainte Thérèse et mes autres Patrons N.N., je vous conjure de me continuer vos spéciales faveurs.                          

« Mon saint Ange Gardien, je vous supplie aussi de prendre soin de ma conduite et de continuer toujours votre assistance à cette pauvre pécheresse.»

 

Quand vous n'aurez pas le temps de faire cette direction avant le Veni, Sancte Spiritus, vous pourrez la faire au commencement de l'Oraison, qui ne peut être mieux commencée que par cette action.

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2. DE L'ORAISON MENTALE.

 

Instruction Préliminaire pour apprendre à faire l'Oraison mentale,

selon l'esprit de saint François de Sales.

 

Nos Soeurs seront fort soigneuses de bien employer cette heure, comme la plus sainte et la plus utile de la journée ; car c'est dans l'Oraison que l'âme se nourrit et reprend de nouvelles forces ; c'est là qu'elle rallume, tous les matins, le feu spirituel qui doit brû­ler sans cesse dans le sanctuaire de son coeur ; c'est de là enfin que dépend tout le succès du jour, bon ou mauvais ; et à voir comment une Religieuse passe l'Oraison du matin, on peut juger si elle doit être fervente ou lâche le reste du jour. Ainsi, elles se donneront bien garde de se laisser aller à l'ennui ou au sommeil, et tâcheront d'y être bien appliquées.

 

L'Oraison mentale a trois parties.

La première s'appelle Préparation, qui con­siste en trois actes : 1° se mettre en la pré­sence de Dieu ; 2° lui demander la grâce de

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bien faire l'Oraison ; 3° se représenter le sujet qu'on doit méditer.

La seconde partie est la Méditation, qui con­siste aussi en trois actes : 1° faire des considérations et raisonnements sur le sujet ; 2° exci­ter en soi de saintes affections ; 3° former des résolutions de faire un tel bien ou de fuir un tel mal.

La troisième partie est la Conclusion, qui consiste encore en trois actes : 1° remercier Dieu du bon succès de l'Oraison ; 2° lui offrir les bonnes résolutions qu'on y a prises ; 3° lui demander la grâce de les pratiquer.

Après que l'Oraison est achevée, on fait le Bouquet spirituel.

 

Iere PARTIE DE L'ORAISON.

PRÉPARATION.

 

Se mettre en la présence de Dieu.

 

On se met en la présence de Dieu, en se le représentant vivement en l'une des quatre manières suivantes :

1° Comme présent en tout et partout, et

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remplissant tout au ciel et en la terre, et nous étant dans lui comme une éponge dans la mer.

2° Comme l'ayant dans notre coeur d'une manière particulière, savoir : par la grâce, comme la vie de notre âme et de notre corps.

3° Comme présent au ciel, regardant ici-bas tous les hommes et jetant les yeux particulièrement sur nous.

4° Comme présent réellement au milieu de nous, mais d'une manière bien cachée, dans le Saint Sacrement de l'autel.

 

S'étant mis en la présence de Dieu, en l'une de ces manières, on fait trois actes : 1° de Foi, croyant fermement cette présence de Dieu ; 2° d'Humilité, se reconnaissant indigne de pa­raître devant la Majesté de Dieu ; 3° d'Adora­tion, le reconnaissant pour son souverain Seigneur, se regardant devant sa divine Ma­jesté, tantôt comme une esclave devant son Roi, ou comme une criminelle devant son Juge, ou comme l'Enfant prodigue de l'Evan­gile devant son père, ou de quelque autre manière, selon que le sujet de la Méditation le demande.

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Demander à Dieu de bien faire l'Oraison.

 

On invoque l'assistance du Saint Esprit de coeur et de bouche, disant : Veni, Sancte Spiritus, etc., ou quelque autre prière semblable. On demande aussi l'assistance de la sainte Vierge, de son bon Ange, de son Patron et des Saints auxquels on a une particulière dévo­tion, comme aussi de notre Père saint Joseph et de notre Mère sainte Thérèse. Pour mieux obtenir ce qu'on demande, on fait un acte de défiance de soi-même et de confiance en Dieu, et un de résignation à sa sainte volonté, pro­testant que nous ne recherchons, en cela comme on toute autre chose, que sa gloire et son bon plaisir.

 

Se représenter le sujet qu'on doit méditer en l'Oraison.

 

La représentation du sujet de la Méditation se fait en deux manières : 1° quand le sujet est sensible et visible, comme le Mystère de la Nativité, le Crucifiement et semblables, on s'imagine qu'on est au lieu où la chose s'est faite, ou qu'elle se passe au lieu même où

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l'on est ; 2° si le sujet est insensible et invisi­ble, comme serait une vertu ou un vice, on considère les biens qui proviennent d'une vertu et les maux du vice contraire, et on prend les moyens les plus efficaces pour faire les actes particuliers de la même vertu et pour vaincre les obstacles pour y parvenir.

 

IIe PARTIE DE L'ORAISON.

MÉDITATION.

 

Faire des considérations et raisonnements sur le sujet de l'Oraison.

 

Ils doivent tendre à pénétrer l'essence, la nature et les circonstances du sujet qu'on a choisi, le pesant et approfondissant comme on peut, afin de connaître, par de bonnes rai­sons et par des vérités claires, en quoi con­siste telle vertu, l'estime qu'il faut en faire et les moyens de l'acquérir. Après qu'on a fait ce qu'on a pu par le raisonnement, il convient de faire une pause pour donner lieu au Saint Esprit de nous parler au coeur, lui disant avec le prophète Samuel : Parlez, Seigneur, votre

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servante vous écoute. S'il nous fait la faveur de nous répondre, en nous donnant quelque nouvelle lumière ou saint mouvement, il faut recevoir cette grâce avec respect et reconnaissance et nous y arrêter autant de temps que nous sentirons pouvoir en profiter, et puis con­tinuer notre sujet ; s'il ne nous prête pas une oreille favorable, humilions-nous en sa pré­sence et reprenons notre méditation.

 

2° Exciter en soi de saintes Affections.

 

Les principales affections sont l'amour de Dieu, l'admiration de ses bontés, la reconnais­sance, la confiance et l'abandon de soi-même entre les mains de Dieu, l'adoration, la com­passion aux douleurs de Notre-Seigneur Jésus-Christ, la contrition, les désirs, la joie, la crainte, l'horreur du péché et de soi-même. En faisant réflexion sur sa vie passée, par rap­port au sujet qu'on médite, on reconnaît les dérèglements de sa conduite et on en reçoit une sainte honte et une humble et amoureuse contrition. On peut encore exciter les affec­tions par quelques Oraisons jaculatoires, comme faisait saint Augustin par celle-ci :

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Mon Dieu, que je vous connaisse, et que je me connaisse!

et saint François : Mon Dieu, qui êtes-vous, et qui suis-je?

 

Former des Résolutions de faire un tel bien ou de fuir un tel mal.

 

Elles doivent se faire tantôt sur nos prin­cipaux devoirs envers Dieu, envers le pro­chain et envers nous-mêmes, tantôt sur nos principaux besoins : comme sont nos inclina­tions mauvaises, nos passions déréglées, nos méchantes habitudes, les occasions de pécher, les empêchements à notre avancement, les vertus qui nous manquent et qui sont propres à notre état et condition. Le principal fruit de la méditation consiste dans les résolutions efficaces : ainsi on doit toujours s'appliquer à en faire quelqu'une et ne pas se contenter de les faire en général, mais en particulier, selon nos besoins.

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IIIe PARTIE DE L'ORAISON.

CONCLUSION.

 

1° Remercier Dieu du bon succès de l'Oraison.

 

On remercie Dieu en reconnaissant que c'est lui qui nous donne les bonnes pensées et résolutions, et, faute de cette reconnaissance, il nous soustrait souvent de ses grâces et ne nous donne pas celles qu'il nous avait prépa­rées ; on peut inviter la sainte Vierge, notre bon Ange et quelques Saints particuliers, à nous aider à faire ce remerciement, afin qu'il soit plus agréable à Dieu.

 

Offrir à Dieu les bonnes résolutions prises dans l'Oraison.

 

Cet Acte n'est pas moins puissant pour ob­tenir des dons de Dieu, que l’action de grâce, quand il est fait dans l'esprit d'humilité et de confiance. Il faut donc lui offrir les affections, les résolutions et les bons sentiments qu'il lui a plu de nous donner. Et il serait bon de

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prier la sainte Vierge, notre bon Ange et quelques Saints particuliers, de faire quelque offrande pour nous, dans la vue de notre im­puissance.

 

3° Demander à Dieu la grâce de pratiquer les bonnes Résolutions prises dans l'Oraison.

 

Cet Acte est le plus essentiel de l'Oraison : c'est pourquoi il faut y employer plus de temps qu'aux deux autres. Adressez-vous à Dieu par un colloque amoureux, pour lui demander vos besoins, et les grâces et vertus qui vous sont nécessaires, et priez-le de bénir vos ré­solutions, afin que vous puissiez les exécuter fidèlement. Implorez pour cet effet l'aide de la sainte Vierge, de votre bon Ange et des Saints.

Si l'heure sonne avant que l'Oraison soit achevée, on doit diligemment prendre ses ré­solutions particulières, et faire brièvement les trois actes de la conclusion, comme il a été dit : car, autant qu'on peut, on ne doit point les omettre, particulièrement la demande.

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3. DU BOUQUET SPIRITUEL.

 

Instruction préliminaire.

 

Pour bien faire ce bouquet, il faut faire une petite revue sur tout ce qui s'est passé dans l'Oraison, pour en remarquer les défauts, et en demander pardon à Dieu ; et aussi voir les principales lumières et affections qu'on a eues, afin de s'en souvenir quelquefois pendant la journée, comme celles qui ont été dans un beau jardin n'en sortent pas volontiers sans prendre quelques fleurs, pour les sentir et tenir sur soi, le long du jour. Mais ce qui est de plus important à ce sujet, est la fidélité à mettre en pratique ses bonnes résolutions.

Si vous voulez que l'Oraison et la Méditation vous soient utiles et profitables, ayez toujours en votre coeur un ardent désir de servir Dieu, en la manière que sa Majesté le veut, et qui lui plaira davantage ; et, lorsque vous le faites, employez-y tout votre coeur, vos désirs et affections, et retirez votre esprit de tout soin et embarras des affaires temporelles, afin de

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prier avec plus d'ardeur ; car l'Oraison humble et fervente pénètre les cieux, et ne revient point vide.

Si, pendant l'Oraison, il vous arrive des dis­tractions si fortes que vous ayez peine à vous en retirer, tâchez de vous remettre en la pré­sence de Dieu, et servez-vous de quelques pa­roles courtes et enflammées, pour rappeler votre esprit, et l'unir à Dieu, comme sont celles de David : Ne me rejetez point, Seigneur, de devant votre face. Regardez-moi, Seigneur, pour me secourir.

Formez une forte résolution de ne vous ar­rêter volontairement à aucune distraction. S'il arrive que, sans y penser, vous vous trouviez distraite, retournez aussitôt prendre le sujet de votre Méditation ; si elle est interrompue mille fois par la distraction, remettez-vous au­tant de fois en vos premières pensées, sans perdre courage.

Si les sécheresses et aridités vous survien­nent, comportez-vous avec une grande humi­lité et patience, supportant doucement l'ennui et la peine qui peuvent vous en arriver ; con­fessez votre indignité, et ne vous troublez

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point ; votre Oraison ne sera pas moins agréa­ble à Dieu. Si vous pratiquez ce saint Exer­cice pour son pur amour, et non pour votre propre satisfaction, vous pourrez dire dans le temps de la désolation : Je n'ai pas commencé cette Méditation pour mon plaisir et contentement, mais pour le pur amour de Dieu ; ce sera aussi par ce même amour que je l'achèverai, aidée de sa sainte grâce, quoique je n'y trouve aucun goût.

Et continuez à vous tenir dans une contenance dévote devant Dieu, l'honorant dans votre silence, comme ces serviteurs qui sont devant le Roi avec respect, sans que le Roi leur dise un mot.

 

Telle est l'explication de l'Oraison mentale et de ses parties, qu'il est bon de savoir et de bien entendre pour la pratiquer avec fruit, jusqu'à ce qu'il plaise à Notre-Seigneur de vous inspirer d'autres manières plus relevées. Ce­pendant les âmes que Dieu conduit quelque­fois dans les voies extraordinaires ont souvent besoin de se servir des premières pratiques, lorsque Dieu les tient dans la souffrance des sécheresses et aridités, pour les humilier et leur faire connaître que tout ce qu'elles ont

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vient de lui, puisqu'elles se trouvent si dé­pourvues lorsqu'il cesse de leur communiquer ses faveurs spéciales.

Il faut aussi vous avertir que, s'il vous ar­rive quelquefois qu'incontinent après la pré­paration votre affection se trouve tout émue en Dieu, vous devez suivre cette impression, sans vous arrêter à la méthode qui vous est donnée ; car, quoique, pour l'ordinaire, la Méditation doive précéder les affections et ré­solutions, si cependant le Saint Esprit vous donne les affections avant la considération, vous devez les suivre, puisque la considération ne se fait que pour émouvoir l'affection ; car c'est une règle générale qu'il ne faut jamais retenir les affections, mais leur donner lieu quand elles arrivent. Il en est de même pour l'Action de grâce, l'Offrande et la Prière, qui peuvent se faire parmi les considérations, et qu'il ne faut non plus retenir que les autres affections, quoique pour la conclusion de la Méditation il faille les reprendre.

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2° Actes préparatoires pour l'Oraison.

 

A l'Oraison du matin, après avoir dit le Veni, Sancte Spiritus, on dit en choeur l'Orai­son qui suit, pour se donner à la sainte Vierge, et par elle à son Fils :

« Sanctissima et Immaculata Virgo Maria, Dei Mater, ego te hodie in Matrem et Dominam, Patronam et Advocatam eligo ; corpus meum, et animam meam, vitam et mortem, ac quidquid meum est, quomodocumque deponens in benedictis tuis manibus. Suscipe me, o beatissima coelorum Regina, in ancillam tuam, et effice ut Jesu Christi Filii tui ancilla sim, et maneam in perpetuum. Amen.»

(Indulgence de 100 jours applicable aux âmes du Pur­gatoire, accordée par N. S. P. le Pape Pie IX à notre saint Ordre, 4 avril 1865.)

 

LA MÊME ORAISON EN FRANÇAIS.

 

Très Sainte et Immaculée Vierge Marie, Mère de Dieu, je N. vous prends aujourd'hui pour Mère, Maîtresse, Patronne et Avocate ; mettant en vos bénites mains mon corps, mon

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âme, ma vie, ma mort et tout ce qui est mien en quelque façon que ce soit. Recevez-moi, ô glorieuse Reine des Cieux, pour votre humble servante, et faites que je sois et demeure à jamais celle de Jésus-Christ votre Fils. Ainsi soit-il.

 

Acte de Foi, d'Adoration, d'Humilité et de Contrition.          

 

« Mon Seigneur et mon Dieu, je crois fermement que vous êtes ici présent ; je vous adore de tout mon coeur ; je me reconnais indigne de paraître devant vous, moi qui ne suis qu'une chétive créature, qui vous ai tant de fois offensé ; mais, mon Dieu, puisque vous ne rejetez pas un coeur contrit et humilié, je vous offre le mien, outré de douleur de vous avoir été infidèle. Pardonnez-moi, mon Dieu, je vous en supplie, et faites-moi la grâce de ne plus vous offenser ».

 

4° Acte d'Offrande et de Demande.

 

« Je vous offre, ô mon Dieu, cette Oraison que je vais faire, pour accomplir votre

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sainte volonté, et pour votre pur amour, n'y voulant chercher que votre seule gloire. Je l'unis à celle que mon Seigneur Jésus-christ a faite, étant sur la terre, afin qu'elle puisse vous être agréable, et que la perfection de la sienne supplée au défaut de la mienne. Je vous supplie de m'accorder l’assistance de votre grâce, avouant que de moi-même je ne puis avoir une seule bonne pensée. Apprenez-moi, ô mon dieu, ce que je dois vous dire, et ne permettez pas qu'un exercice si saint me soit inutile. faites-moi la grâce de tirer de mon sujet les affections, les fruits et les résolutions que vous désirez, et que je les accomplisse selon votre sainte volonté.»          

 

Acte de renoncement aux distractions, et d'acceptation des peines.

 

« Mon Dieu, je renonce aux distractions qui pourront me venir pendant cette sainte action, désavouant tout ce qui pourrait me détourner de votre sainte présence ; je me soumets à toutes les sécheresses, peines de corps et d'esprit, que je pourrai y sentir, me

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résignant entièrement à votre sainte vo­lonté. Sainte Vierge, obtenez-moi les grâces qui me sont nécessaires pour bien faire cette Oraison. Notre Père saint Joseph, mon saint Ange Gardien, notre Mère sainte Thérèse, et mes saints Protecteurs, aidez-moi de vos intercessions, je vous en supplie.»

 

Après avoir fait ces Actes, ou d'autres selon sa dévotion, on s'appliquera à son sujet d'O­raison, comme il a été dit.

Au sortir du Choeur (au premier coup des Heures), on peut aller couvrir son lit ou visiter quelques ermitages, ou faire quelques au­tres petites choses, et on revient au Choeur, aussitôt qu'on entend tinter.

 

 

4. DE L'OFFICE DIVIN.

 

POUR LES HEURES.            

On entre au Choeur pour les Heures, comme il a été dit pour l'Oraison. Il faut que ce soit toujours avec une grande modestie, un recueil­lement intérieur, la vue baissée, se représentant 29*

la grande action qu'on va faire, qui est de plaire à Dieu ; de faire, sur la terre, ce que les Anges et les Saints font dans le ciel, où ils sont toujours occupés à chanter les louanges de Dieu, et à rendre honneur à sa divine Ma­jesté.

Pendant l'Office, si vous comprenez le sens des paroles, vous pouvez vous y appliquer.

Ayez une attention amoureuse et pleine de respect en la présence de Dieu et de Notre-Seigneur Jésus-Christ au Saint Sacrement, de­vant lequel vous êtes, vous occupant à l'aimer, louer sa bonté et ses autres perfections ; vous humiliant et confondant devant lui, admirant comme il daigne vous permettre de faire un exercice si élevé, qui convient aux Anges et aux Saints, plutôt qu'à une pauvre péche­resse. Si dans ces saintes pensées votre esprit s'enflamme dans l'amour de Notre-Seigneur, ou dans d'autres élans d'affection vers sa di­vine bonté et miséricorde, vous pouvez vous y arrêter, et vous aurez suffisamment satisfait, même avec plus de perfection que si vous eus­siez pris garde au sens des paroles.

Pensez quelquefois à unir vos prières aux

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louanges que le Fils de Dieu rend et rendra éternellement à son Père ; unissez-les à l'in­tention et amour de la sainte Vierge, qui est ravie dans le ciel, dans la contemplation de son souverain bien. Unissez-les aux louanges que les Anges et les Saints lui donnent conti­nuellement, et à celles qui lui sont données sur la terre par toutes ses créatures. Unissez-vous aussi à toutes les louanges qui sont don­nées à Dieu par les âmes souffrantes dans le purgatoire.

Enfin, désirez que tout ce qui est au ciel, en la terre et aux enfers, et particulièrement tout ce qui est en vous, donne gloire, louange et bénédiction à Celui qui ne peut être assez loué et glorifié.

Vous pourrez, si vous voulez, vous servir, pendant l'Office, du petit Entretien intérieur sur la Passion, que nous mettons ici, ou de quelque autre, selon votre dévotion, et qui vous aidera le plus à vous recueillir.

A Matines, vous pouvez, par exemple, con­templer Notre-Seigneur au Jardin des Olives, priant, couvert d'une sueur de sang, et souffrant la plus cruelle agonie.

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A Laudes, trahi par Judas, lié parles bour­reaux, abandonné par les Apôtres.

A Prime, conduit avec mille injures aux tribunaux d'Anne, de Caïphe, de Pilate et d'Hérode.

A Tierce, flagellé, couronné d'épines, vêtu d'un manteau d'écarlate, ayant, au lieu de sceptre, un roseau en main.

A Sexte, condamné à la mort de la Croix, et portant sur ses épaules, au Calvaire, le bois sur lequel il allait être attaché.

A None, cloué sur la Croix, élevé dessus, entre le ciel et la terre, où, après avoir de­meuré trois heures, et prononcé sept paroles, ayant été, en sa soif, abreuvé de fiel et de vi­naigre, il meurt.

A Vêpres, détaché de la Croix par les soins de Joseph d'Arimathie, et reçu entre les bras de sa Mère.

A Complies, enseveli, déposé dans un tom­beau et descendant aux Limbes.

Voilà des sujets bien suffisants pour s'occu­per saintement, pendant l'Office. On prendra celui auquel on sentira plus de dévotion, ou même d'autres, selon ce qui aidera le plus à se

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recueillir. Mais il faut se souvenir que la prin­cipale attention qu'on doit avoir est de bien prononcer, de chanter l'Office avec ferveur ; de marquer les accents, faire les pauses, et d'observer les cérémonies qui sont ordonnées, sans s'épargner, ni écouter, autant qu'il se peut, les petites incommodités qu'on peut avoir, et prendre garde de se laisser aller à la négligence, puisqu'il est écrit : Maudit est l'homme qui fait l'oeuvre de Dieu négligem­ment.

 

5. DU TEMPS QU'ON DOIT PRENDRE POUR FAIRE SA CELLULE.

 

Après les Heures, on ira couvrir son lit et ranger sa cellule, à moins que quelque occu­pation particulière ne l'empêche. Il faut faire cette opération diligemment, et tâcher, si l'on peut, de n'y mettre environ que le temps de trois ou quatre Miserere, et les jours qu'on la balaie (qui sont le mercredi et le samedi), faire en sorte de l'avoir fait en une demi-heure.

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Nos chères Soeurs considéreront leurs cel­lules comme autant de lieux sanctifiés par les bonnes oeuvres de plusieurs saintes Religieuses qui les ont habitées avant elles. Combien de ferventes Oraisons y ont été présentées à Dieu! Combien de fois le Saint Esprit y est descendu sur elles, accompagné de leurs Anges Gar­diens, pour les combler de ses grâces! Ce petit réduit est donc plus honorable que le palais des Rois ; il doit donc être tenu en respect, comme le temple où l'on adore Dieu en esprit et en vérité.

Comme la netteté extérieure est une marque de la pureté du coeur, si l'on voit une cellule mal arrangée, on peut juger que l'esprit de celle qui y demeure est dissipé ; autrement elle ne pourrait voir ce dérangement sans y ap­porter remède. Car une Religieuse bien atten­tive à soi-même et désireuse de sa perfection fait paraître au dehors, en tout ce qu'elle fait, l'image de ce qu'elle est au dedans.

Voilà les considérations qui doivent porter à tenir sa cellule bien propre. Et, pendant qu'on la fait, on pourra occuper son esprit de quel­que bonne pensée, comme de se représenter

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le petit Jésus faisant le ménage de la pauvre maison de son père et de sa mère en Nazareth, avec une humilité et une simplicité toute di­vine ; ou bien s'imaginer voir la sainte Vierge dressant sa petite chambre avec une modes­tie angélique, pendant qu'elle vivait dans le temple.

Étant dans sa cellule après les Heures, on pourra, si on veut, dire cette Oraison :

« Seigneur mon Dieu, je vous remercie de tout mon coeur de la bénédiction que vous avez bien voulu donner à mes exercices de ce matin. C'est vous qui m'avez inspiré les lumières et les sentiments que j'y ai reçus. Je vous supplie de les conserver dans mon âme, le long de ce jour, et de me donner la grâce de les pratiquer dans les occasions. Faites, Seigneur, que, par leur moyen, je puisse me préserver de la dissipation dans mes actions. Et, si de ma part il y a eu de la paresse et de la langueur, je vous prie de me pardonner et de ne pas me refuser vos grâces en punition, mais de me les continuer plutôt, afin de me bien tenir aujourd'hui en votre sainte présence.»

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6. DU TRAVAIL.

 

Le travail est un des exercices principaux de la vie monastique : aussi est-il fort recom­mandé dans notre sainte Règle, afin de faire éviter l'oisiveté et les tentations du démon, qui entre ordinairement par cette porte. Les anciens Pères des déserts, dont nous devons suivre l'exemple, s'occupaient tantôt à la prière, tantôt au travail.

Une Religieuse doit donc bien prendre garde d'être jamais oiseuse ; elle doit au contraire avoir soin d'avoir toujours quelque occupa­tion, soit dans sa cellule, soit dans son office, soit en commun ; et se soumettre à celle que l'obéissance lui ordonne, sans y chercher sa propre satisfaction. Elle doit s'occuper d'une manière qui n'étouffe pas l'esprit intérieur et de recueillement, mais agir, en toute chose, avec une grande paix de l'âme, conservant la liberté de l'élever à Dieu par aspiration ou par quelque bonne pensée, comme le souvenir de l'esprit dans lequel la sainte Vierge travaillait au temple ; se modelant entièrement sur elle ;

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imitant son silence, qu'elle n'interrompait que pour les choses nécessaires, son intention, sa dévotion, sa ferveur, sa diligence et toutes ses autres vertus et dispositions.

Quand son travail sera pénible et ennuyeux, elle se souviendra des grandes fatigues et las­situdes que le Fils de Dieu a souffertes pour opérer notre salut ; et elle animera son cou­rage à porter ces peines et fatigues par cette prière :

« Mon Dieu, je vous offre cet ouvrage ; faites-moi la grâce de vous y être agréable ; de me tenir toujours en votre sainte présence, attentive à vos inspirations et visites intérieures, et de m'y comporter avec ferveur, pour votre plus grande gloire, et le profit de mon âme. Sainte Vierge, je vous prie de m'assister de votre intercession.»

 

7. DE LA SAINTE MESSE.

 

Le saint Sacrifice de la Messe est le coeur de la dévotion, l'âme de la piété, et le centre de la Religion chrétienne ; c'est un Mystère qui

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comprend en soi l'abîme de la charité divine ; c'est un abrégé de toutes les oeuvres que Dieu a faites et opérées pour l'homme. Par ce saint Sacrifice, Dieu nous communique abondam­ment ses grâces. Il n'y a oeuvre plus sainte, plus utile, ni plus méritoire pour nous que d'y assister ; d'autant que, l'offrant à Dieu avec les conditions requises, nous pouvons satis­faire à tout ce que nous lui devons, puisque c'est son Fils adorable que nous lui présen­tons, qui est Dieu, comme lui, et dont le mé­rite est infini. Que pourrait-il nous refuser, lui faisant une offrande si agréable? Il faut donc assister à la sainte Messe avec une dévo­tion extraordinaire, afin de nous rendre di­gnes de recevoir les grâces que Dieu veut bien nous y communiquer.

En y allant, il faut vous remplir l'esprit du plus profond respect, vous représentant que vous allez sur la montagne du Calvaire, pour assister à la cruelle et douloureuse mort que le Fils de Dieu y souffrit pour notre amour.

Lorsque vous serez au De profundis, avant d'entrer au Choeur, il faut prier Notre-Seigneur, par l'intercession de la sainte

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Vierge, de purifier votre coeur de tout ce qui pourrait lui déplaire, et de vous donner les grâces nécessaires pour vous rendre digne d'assister à ce saint Sacrifice ; et aussi la grâce d'en sortir plus ardente en son amour que vous n'avez été. Et pour cela vous pourrez dire ce qui suit, quand vous serez au De profundis avant la Messe :

« Mon Seigneur Jésus-Christ, qui, ne vous contentant pas de vous être une fois offert au Père éternel en sacrifice sur l'arbre de la croix, pour nos péchés, voulez encore le renouveler sur nos autels, toutes les fois que le prêtre célèbre la sainte Messe, je désire assister à ce divin Sacrifice, et vous y adorer avec les esprits bienheureux qui vous y accompagnent ; purifiez mon coeur et rendez-moi digne d'assister à ce Mystère si relevé ; faites-moi la grâce d'en sortir plus ardente en votre service que je n'ai été jusqu'ici. Sainte Vierge, qui fûtes présente au sacrifice de votre cher Fils sur la croix, faites que je m'y tienne si attentive et si dévote, que le tout soit à la gloire de Dieu, et pour le salut de mon âme.»

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Étant au Choeur, après avoir adoré le Saint Sacrement, vous offrirez le saint Sacrifice de la Messe au Père éternel, pour satisfaire à votre obligation, pour tous les besoins de l'Église, pour vos besoins particuliers, pour tous les pauvres pécheurs, pour la conversion des hé­rétiques, pour les âmes du purgatoire, et enfin pour toutes les personnes pour qui vous avez obligation de prier. Vous pourrez le faire en la manière qui suit :

« Mon Dieu, désirant satisfaire à l'obligation que j'ai d'entendre la sainte Messe, j'unis mon intention, mes adorations et mes prières à celles de l'Église et du Prêtre. Je vous offre, par ses mains, le sacrifice de votre Fils unique, en action de grâce au bienfait de ma rédemption, et en reconnaissance de toutes les autres grâces que j'ai reçues de votre bonté. Je me donne et sacrifie tout entière à votre divine Majesté. Père éternel, je vous supplie, en faveur de cet Agneau immolé sur nos autels, de pardonner tous les péchés qui se commettent journellement dans le monde. Ayez compassion de ma pauvre âme languissante et pleine

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d'imperfections ; pardonnez-les-moi, ô mon Dieu, et faites-moi la grâce de m'en corriger. Je vous conjure aussi, pour l'amour qui vous a porté à nous donner votre Fils, et qui l'a porté à se donner à nous sur nos autels, d'exalter votre sainte Église, et conserver cet Ordre du Mont Carmel dans la perfection où il doit être ; d'avoir pitié de toutes les nations infidèles, de tous les peuples qui vivent dans l'hérésie ou dans le schisme, de plusieurs mauvais chrétiens qui vivent dans l'oubli de leur salut, de tous ceux pour lesquels je suis obligé de prier, ou qui le désirent de moi, et enfin de toutes les âmes du Purgatoire, auxquelles je vous supplie de donner soulagement et repos.»

Après cette offrande, vous direz le Confiteor avec le Prêtre, dans un sentiment de contri­tion de tous vos péchés, priant Notre-Seigneur de laver votre âme dans le sang précieux qui coula de ses veines, lorsqu'il fit sa prière dans le Jardin des Olives ; et, pendant la Messe, à moins que vous n'ayez quelque attrait parti­culier, vous ferez bien de vous appliquer à

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penser dévotement à quelque circonstance de la mort et de la passion du Fils de Dieu, ce divin mystère en étant une représentation vive ; Notre-Seigneur renouvelant tous les jours sur nos autels le sacrifice qu'il fit lui-même sur l'arbre de la Croix : ce qui doit nous porter à nous tenir, pendant la Messe, dans un esprit de sacrifice, unies, anéanties et per­dues en Jésus, nous offrant à lui comme des victimes, pour tout ce qu'il lui plaira de faire de nous.                      

 

8. DE LA COMMUNION SPIRITUELLE.

 

Heureuses sont celles qui vivent avec une si grande pureté de coeur et fidélité, qu'elles soient dignes de communier sacramentellement tous les jours ; mais, comme cela est rare, on peut y suppléer par la Communion Spirituelle, qui se fait par le désir de cette viande céleste. Plus le désir est grand, plus on reçoit de grâce ; et il arrive quelquefois que le

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fruit de cette Communion Spirituelle égale l'autre par la foi vive et l'ardente affection de celles qui la pratiquent. Notre-Seigneur communique quelquefois ses grâces aussi abondamment, sans venir réellement en nos coeurs, que quand il y vient : ne donna-t-il pas la santé au serviteur de l'humble Centenier, qui se réputait indigne de le recevoir en sa maison ?

Il faut donc, pendant la Messe, s'exciter à cette faim et cette soif spirituelle, et exprimer ses désirs à Notre-Seigneur en cette manière :

« Mon Seigneur Jésus-Christ, qui, par un témoignage de votre amour ineffable, voulûtes vous donner à nous dans ce divin Sacrement, la veille de votre mort, je souhaiterais de tout mon coeur être digne de vous recevoir aujourd'hui ; mais je me trouve si pleine de péchés, si négligente en votre service et si froide en votre amour, que je confesse, avec plus de vérité que ne faisait le Centenier, que je ne suis pas digne de vous recevoir chez moi ; mais, mon Seigneur, si vous voulez, vous pouvez me guérir, et il n'est pas nécessaire à votre

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puissance et à votre bonté de venir sacramentellement dans ma poitrine ; dites seulement une parole, et mon âme sera guérie ; faites-moi donc la grâce de me communiquer les mêmes effets que vous produisez dans les âmes de ceux qui vous reçoivent dignement.»

 

On pourra ensuite faire quelques Actes in­térieurs, suivant le mouvement du Saint Esprit, sans se vouloir contraindre à produire celui-ci plutôt que celui-là ; les plus ordi­naires, cependant, seront de Foi, de Contri­tion, d'Humilité et d'Amour.

C'est au moment que le Prêtre communie que nous devons exciter nos désirs pour la Communion Spirituelle, et marquer à Notre-Seigneur notre ardeur par quelques paroles enflammées, qui sortent plus du coeur que de la bouche, comme seraient celles-ci :

« Venez, mon Rédempteur, la vie et l'unique désir de mon âme ; venez spirituellement me remplir de vous ; entrez, voici mon coeur que je vous ouvre ; faites-moi part de ce divin banquet que vous promettez aux âmes qui vous introduisent dans

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leur coeur : faites-moi sentir que vous êtes mon Dieu, mon unique bien, et l'unique salut de mon âme ; unissez mon coeur au vôtre d'un noeud indissoluble ; rendez-moi conforme à votre sainte humanité et faites-moi selon votre coeur.»

Cet exercice est très profitable, et il serait bon de ne pas l'omettre quand on ne com­munie pas sacramentellement ; mais il de­mande à être fait avec une grande ferveur de dévotion.

On peut, si l'on veut, chaque jour fort souvent communier spirituellement, en for­mant un Acte de désir, ainsi que nous l'avons dit, et aussi plusieurs fois le jour offrir à Dieu toutes les Messes qui se disent par tout le monde ; par ce moyen, on participe plus abondamment aux fruits du sacrifice et on attire sur soi plusieurs grâces de sa divine miséricorde.

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9. DE LA RETRAITE.

 

Après la Messe et après les autres heures de Communauté, comme ordinairement, chacune se retire à ses petites occupations, les unes dans leurs cellules, les autres dans leurs of­fices ou ailleurs, selon que l'obéissance les destine ; on met ici un petit discours sur la retraite, pour leur en faire voir le bonheur et pour leur apprendre que, dans toutes les oc­cupations qu'on peut avoir, on doit tâcher de se faire une solitude au fond de son coeur, pour s'entretenir intérieurement avec Dieu.

La retraite et l'éloignement du monde est un des principaux moyens qui conduisent à la perfection et union divine : ce qui doit porter nos chères Soeurs à faire une estime toute par­ticulière de l'état saint que Notre-Seigneur leur a fait la grâce d'embrasser, qui les met dans une solitude continuelle, par la grande séparation du commerce du monde ; mais, pour profiter d'un avantage si grand, nos Soeurs doivent, dès le commencement, s'habituer

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à se faire une retraite au fond du coeur ; afin que les petits emplois et offices que l'obéissance leur donnera ne soient pas capa­bles de les distraire de l'union avec Dieu ; elles doivent, de plus, être persuadées que rien de ce qui est ordonné dans la sainte Religion ne peut faire obstacle à une âme bien attentive sur elle-même.

 

Pour profiter donc de la solitude, nous de­vons la considérer sous quatre rapports :

1° La solitude est une divine école où le Saint Esprit fait la leçon à l'âme de celle qui y demeure avec affection. Je la mènerai, dit-il, en la solitude, et là je lui parlerai au coeur. Car sa voix est si douce, qu'elle ne peut être entendue dans le tumulte, ni parmi le trouble des occupations du monde. Aussi l'abbé Moyse, interrogé par un frère des moyens de se perfectionner, lui répondit qu'il se retirât dans la solitude, et qu'elle lui apprendrait tout ce qu'il est nécessaire.

2° La solitude est, sans contredit, un pa­radis rempli de délices spirituelles et d'une suavité incomparable pour les Religieuses qui

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chérissent leur état. Si, au commencement, on y trouve quelque répugnance ou ennui, la fidélité qu'on aura à se faire violence pour l'amour de Dieu opérera enfin la grâce d'en savourer le plaisir et de goûter combien le Seigneur est doux ; car elles jouiront de sa très aimable conversation et auront, dès ici-bas, un paradis commencé. C'est ce qui ren­dait à nos anciens Pères les déserts si déli­cieux, que plusieurs d'entre eux y ont passé plusieurs années sans voir ni entendre per­sonne. Comme saint Simon Stock, qui passa vingt ans dans le tronc d'un chêne, en Angleterre, et six dans une grotte du Mont Carmel, où il fut miraculeusement nourri d'une manne que la sainte Vierge lui apportait du ciel.

3° La solitude est la fidèle gardienne de l'innocence et de la pureté du coeur ; car la Religieuse en solitude est exempte de mille défauts qu'on commet dans le monde par tant de médisances, de paroles oiseuses, de vaines récréations, d'entretiens superflus, et souvent contre la charité, et autres péchés et imperfections qui se commettent par les yeux, les oreilles et par la langue. Elle n'a donc

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plus à garder que son coeur, par où le démon pourrait l'attaquer ; et encore la prière, l'oraison, la lecture et les autres saints exer­cices la mettront, si elle veut, hors de danger. Saint Arsène, étant encore dans le monde et demandant à Dieu, avec beaucoup de fer­veur, qu'il lui enseignât le moyen de se pré­server du péché, entendit une voix du ciel qui lui dit : Fuis la compagnie des hommes, et tu seras sauvé. Et, aussitôt qu'il fut dans le mo­nastère, y suppliant de nouveau Notre-Seigneur de lui enseigner le vrai chemin de la perfection, il entendit une autre voix qui lui dit : Fuis la compagnie ; garde le silence ; tiens ton coeur en repos. Ce sont les principes de la vie éternelle.

Saint Jean-Baptiste, tout sanctifié qu'il fût dans le ventre de sa mère, se retira dans le désert, de peur de souiller la pureté de son âme de la plus légère imperfection.

4° Enfin, la solitude procure à une vraie Religieuse des biens incomparables : car, la retirant du tumulte du monde et d'avec les créatures, elle rend son âme susceptible des lumières du ciel ; elle l'aide à réunir toutes

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ses pensées vers Dieu et à la rappeler de la dissipation de ses sens, pour mettre son esprit dans une bienheureuse paix, qui lui fait sou­vent expérimenter la présence de Dieu au fond d'elle-même ; elle lui apprend la de­meure intérieure de son coeur, en lui faisant pratiquer la demeure extérieure dans sa soli­tude ; et, pour tout dire en un mot, elle transforme l'homme tout en Dieu, l'élevant à une très haute et sainte communication avec sa Majesté.

Nos Soeurs, désireuses de leur perfection, chériront donc beaucoup leur solitude, puis­qu'elle renferme un si grand bien. Elles en feront leur paradis en ce monde et la tiendront pour le lieu de leur refuge et pour leur élé­ment. Si le démon les sollicite de la quitter ou les porte à s'y ennuyer ; s'il veut les chasser de ce paradis, comme autrefois Adam et Ève, elles lui résisteront généreusement et pense­ront que, si elles font peu de cas des délices spirituelles de la solitude elles méritent jus­tement de n'avoir jamais de vraie dévotion.

Mais ce serait peu de chose que le corps fût en solitude, si l'esprit y était occupé de

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pensées inutiles, ou bien oisif, ou ennuyé : car il est nécessaire de s'employer en des exercices spirituels. On doit s'y comporter avec une grande fidélité, faisant ses ouvrages selon que l'obéissance le demande de chacune, et tâcher de faire usage d'un temps si précieux, s'avançant en l'amour divin, lequel s'augmente beaucoup dans l'âme par une fréquente et intime conversation avec Notre-Seigneur, laquelle se pratique dans la retraite intérieure, lorsque l'âme, bannissant, autant qu'elle le peut, toutes les pensées et toutes les images des créatures, se retire en soi-même, et là, toute seule, comme dans un sacré désert, s'applique à Dieu, et à traiter avec ce divin profundis de son salut et de son avancement en la perfection et en son amour.

Nous voyons donc que l'occupation d'une âme solitaire est une vie intérieure et toute unie à Dieu dans le silence. Ce silence, qui est un des principaux devoirs d'une véritable Carmélite, doit être réglé par l'esprit de Dieu, qui nous fera retrancher de nos paroles tout le superflu et l'inutile, pour ne dire que le pur et simple nécessaire.

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10. DE L'EXAMEN DE CONSCIENCE AVANT LE DÎNER.

 

Quelques bons préceptes qu'on puisse don­ner pour s'acquitter dignement de ses actions, on ne peut néanmoins si bien faire qu'il ne s'y trouve souvent des imperfections, à raison de l'infirmité de notre nature et de la légèreté de notre imagination, qui nous empêchent de garder sur nous toute l'attention qui serait nécessaire. C'est pourquoi il est à propos de faire du moins deux fois le jour son examen, comme il est d'usage dans toutes les religions, afin de détruire par la contrition les fautes qu'on peut avoir commises, et renouveler ses bons propos, s'ils étaient ralentis par les oc­cupations.

On le fait donc avant le dîner, afin que, si l'on a perdu tout ou une partie du fruit des exercices du matin, on puisse rentrer en soi-même, et augmenter de ferveur pour ce qui reste à faire dans le reste du jour, et aussi

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pour réparer au plus tôt par la pénitence et la contrition les fautes qu'on a faites, n'étant pas à propos d'attendre jusqu'au soir à deman­der pardon à Dieu d'une infidélité commise dès le matin.

Le fruit de l'examen de conscience ne con­siste pas tant à reconnaître combien on a com­mis de péchés, qu'à concevoir un sensible re­gret de s'y être laissé aller, et à former une ferme résolution de s'en corriger, de déraci­ner le péché de notre âme, et d'éviter une cer­taine tiédeur au service de Dieu, qui fait qu'on va toujours en arrière, accumulant fautes sur fautes et ne faisant pénitence d'aucune : c'est un état qu'on doit beaucoup craindre et tâcher d'éviter par une vigilance continuelle sur soi-même.

Quand l'examen sonnera, on se rendra promptement au Choeur. En y entrant, on fera les inclinations accoutumées, et, après avoir adoré le Très-Saint Sacrement, on élèvera son esprit à Dieu, se mettant en sa présence, et lui demandant les lumières nécessaires pour connaître en quoi on l'a offensé ; puis on re­passera dans sa mémoire les exercices qu'on a

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faits tout le matin ; la manière dont on s'est comporté à l'Oraison, à l'Office, à la Messe ; enfin on s'examinera sur tout ce qui pourrait avoir déplu à Dieu par pensées, paroles, oeu­vres ou omissions.

Si, dans son examen, on a reconnu quelque infidélité notable, on la remarquera, pour s'en confesser à la première occasion ; et on fera un Acte de Contrition de toutes ses fautes, les jetant dans la fournaise de la miséricorde de Dieu, pour y être consumées, avec une forte résolution d'être plus attentive sur soi-même.

A la fin de son examen, on dira un Pater, pour demander à Dieu la grâce de s'amender. Cet examen doit se faire brièvement, comme il est dit dans la Constitution ; et avant de se mettre à table, on fera cette prière :

« Seigneur, mon Dieu, puisque c'est votre volonté, que je prenne à présent ma réfection, je m'y présente seulement pour satisfaire à la nécessité, et non pour contenter la sensualité. Sanctifiez cette action et daignez l'avoir agréable, en union des réfections que Jésus-Christ a prises, étant sur la terre.

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Élevez mon esprit au-dessus du plaisir et du goût des viandes, et nourrissez mon âme de votre divine présence et de la lecture que j'y entendrai. Sainte Vierge, obtenez-moi cette grâce, je vous en supplie.»

Le De profundis qu'on dit en communauté, en allant du Choeur au Réfectoire, doit s'ap­pliquer aux bienfaiteurs.

 

11. DU BENEDICITE ET DU DÎNER.

 

Le cause doit se dire avec bien de la dévotion ; il faut se ressouvenir qu'il est rap­porté dans l’Evangile que Notre-Seigneur, quoiqu'il fût maître de tout le monde, levait ses yeux divins au ciel, rendant grâce à son Père éternel avant de prendre son repas. Si Notre-Seigneur l'a fait, c'a été pour notre exemple, et nous n'y devons pas manquer.

Reconnaissons la providence de notre Père céleste, qui, sans que nous ayons travaillé, nous envoie notre réfection plus libéralement

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que plusieurs personnes du monde ne peu­vent l'avoir, après de grands soins.

La bénédiction étant achevée, on se range à table, et on s'y tient fort modeste, les mains sous le Scapulaire, la vue baissée et l'esprit élevé à Dieu, se figurant qu'on est en la com­pagnie de Notre-Seigneur et des Apôtres, au saint Cénacle, dont le réfectoire est l'image. Lorsqu'on aura sonné le second coup de la clochette, après avoir fait le signe de la croix et déplié sa serviette, on prend son pain pour le baiser, bénissant Dieu de ce qu'il nous donne de quoi nous sustenter ; ensuite on commence sa réfection, chacune recevant de la serveuse ce qu'elle lui présente, comme une aumône que Dieu lui envoie, et se regar­dant comme vraie pauvre de Jésus-Christ. Cette considération doit nous porter à ne rien mépriser de ce qui nous est présenté, soit bon ou mauvais ; s'il n'est pas selon notre goût, il faut se souvenir du fiel et du vinaigre que Notre-Seigneur prit en la croix pour notre amour.

Il ne faut pas aussi tellement se laisser aller à satisfaire la nécessité du corps, que l'esprit

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ne pense qu'à cela ; mais on doit réserver l'oreille et le coeur pour entendre et savourer la lecture, ainsi que firent les Apôtres, écoutant les divines paroles de Jésus-Christ pendant la dernière Cène.

Il faut encore tâcher d'être fort modeste et mortifiée du côté de la vue ; s’abstenant de regarder de côté et d'autre. En buvant, on tient son godet avec les deux mains ; c'est une ancienne coutume de l'Ordre, et, avant de boire, on fait le signe de la croix dessus. Il faut aussi, pour la propreté, prendre garde de gâter sa serviette le moins qu'on peut. Après avoir mangé son potage, on prend un peu d'eau pour laver sa cuiller, et quand on laisse quelque reste, il faut faire attention qu'il soit bien propre. Après le repas, on ra­masse les miettes, par esprit de pauvreté, se souvenant que Notre-Seigneur le recommanda aux Apôtres, après la multiplication des pains ; et il faut avoir soin que son godet, son cou­teau et toutes choses soient bien propres avant de sortir de table.

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12. DES MORTIFICATIONS QU'ON PRATIQUE AU RÉFECTOIRE.

 

Instruction préliminaire.

La coutume établie dans nos Monastères de faire des mortifications au Réfectoire, coutume dont on tire beaucoup de profit, ne doit pas se perdre ; c'est ce que notre mère sainte Thé­rèse dit dans les Constitutions ; mais on doit prendre garde de ne pas les pratiquer par ha­bitude, ni parce qu'on voit les autres en faire ; il faut toujours se proposer quelque bon motif, comme d'acquérir la vertu d'humilité et le mépris de soi-même, de souffrir quelque humiliation, en satisfaction de ses péchés ou pour honorer quelque mystère de la Passion de Notre-Seigneur. On doit toujours les faire avec une grande modestie et esprit intérieur, tenant la vue baissée et d'une manière à in­spirer la dévotion à celles qui les voient faire. Les Professes ont permission d'en faire deux des ordinaires par semaine, soit devant, soit

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après le cause; mais les Novices blanches doivent toujours en demander la permission à leur Maîtresse, et ne peuvent en faire que de­vant le cause, et non après, excepté le dîner à terre. Comme il est dit dans le papier d'exaction, on ne doit pas en faire deux en un jour, ni aussi deux jours de suite, à moins qu'on ne l'ait ordonné.

Nous en mettons ici quelques-unes, pour ap­prendre aux Novices l'application intérieure qu'elles doivent avoir en les faisant.

 

En baisant les pieds.

On pourra se représenter Notre-Seigneur lavant les pieds de ses Apôtres ; unir son action à la sienne, et tâcher de la faire dans les sentiments de la plus profonde humilité, re­connaissant que, pour son orgueil et ses au­tres péchés, on mérite d'être sous les pieds de tout le monde, et prier Notre-Seigneur de vouloir bien recevoir cette petite action en satisfaction de toutes les fautes qu'on a commises par orgueil et vanité.

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En se prosternant à terre.

Il faut se représenter qu'on mérite en effet d'être foulée aux pieds comme une pécheresse ennemie de Dieu et le rebut de tout le monde, ou bien se souvenir de Notre-Seigneur pro­sterné la face contre terre au Jardin des Olives, affligé, priant et pleurant pour nos péchés.

 

En tenant les bras étendus en croix.

Se représenter Notre-Seigneur sur la croix, et lui dire intérieurement qu'on désire se conformer entièrement à sa sainte humanité, en menant une vie crucifiée ; à son imitation, en mourant continuellement à soi-même et à tout ce qui peut lui déplaire, pour ne vivre que pour lui seul.

 

En demandant l'aumône autour des tables.

On doit se souvenir que le Fils de Dieu, qui est le Roi du ciel et de la terre, s'est fait pauvre pour l'amour de nous, et a bien voulu rece­voir l'aumône de ses créatures, lui qui était le Seigneur de toutes choses, et tâcher de faire

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cette action pour l'imiter et rendre hommage à sa pauvreté.

 

En mangeant à terre.

On doit faire cette action dans un grand sentiment d'humilité ; reconnaissant publi­quement qu'on mérite de se voir rebutée comme une servante inutile, qu'on souffre par miséricorde dans la maison, et qu'on ne mérite pas de manger à table avec ses soeurs, qui sont les fidèles servantes de Notre-Seigneur.

 

En demandant pardon autour des tables.

En faisant cette action, on doit avoir inten­tion de faire une amende honorable à la divine Majesté des fautes qu'on a commises, et avoir le coeur pénétré d'un véritable regret et d'une forte résolution d'être plus fidèle à l'avenir.

 

En prenant un bandeau.

On se représentera Notre-Seigneur voilé par les Juifs : sa Majesté endura ces affronts pour châtier en lui-même la curiosité de nos [yeux].

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En portant la Croix.

On doit se représenter Notre-Seigneur por­tant sa croix, et chargé du pesant fardeau de tous nos crimes, allant s'offrir au Père éter­nel comme une victime pour nous. Et, dans cette vue, nous devons nous soumettre à por­ter toutes les croix qu'il lui plaira de nous envoyer, nous donnant à lui pour tout ce qu'il lui plaira faire de nous.

Si on fait quelque autre mortification, on se remplira l'esprit de quelques bonnes pensées, à peu près comme celles qu'on vient de mar­quer.

 

13. DES GRACES APRÈS LE DÎNER.

 

On dit les Grâces comme elles sont mar­quées dans le Bréviaire, selon le temps. Mais celles qui ne se trouveraient pas aux Grâces avec la Communauté diront en leur particu­lier : Agimus ; Retribuere ; un Pater et Ave ;

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Requiescant in pace, et Sit nomen Domini benedictum.

 

 

2. EXERCICES POUR L'APRÈS-DÎNER.

 

 

1. DE LA RÉCRÉATION.

 

Les fondateurs d'Ordres, qui ont toujours été conduits par l'esprit de Dieu, ont jugé à propos et même nécessaire de donner quelque relâche à l'esprit par un peu de récréation, ce qui est en usage dans la plupart des Reli­gions, afin que l'esprit, ayant pris ce petit repos, puisse ensuite se trouver dans la dispo­sition de continuer ses exercices avec plus de facilité. C'est dans cette vue que notre Mère sainte Thérèse permet de prendre une heure de récréation après le repas, et dit même que ce temps est bien employé. On doit donc s'y rendre aussi exactement qu'à une autre heure de Communauté, avoir soin d'apporter son ouvrage avant l'Examen, et faire cette prière :

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« Seigneur mon Dieu, puisque c'est votre volonté, que je prenne à présent un peu de récréation, afin de me rendre ensuite plus attentive à votre divin service ; donnez-moi la grâce de m'y comporter avec telle modestie, attention sur moi-même et édification de mes Soeurs ; que je vous sois agréable et que j'en sorte avec le même désir de vous plaire que je sens à présent. O Vierge très sainte, assistez-moi de votre protection et me rendez imitatrice de l'admirable hu­milité et modestie que vous avez gardée en conversant dans le temple avec les autres vierges consacrées à Dieu.

Étant entrée à la récréation, et avant de parler, on se mettra à genoux pour dire un Ave Maria à la sainte Vierge, afin qu'elle nous obtienne la grâce de ne rien dire ni faire qui puisse déplaire à Dieu.

Il faut prendre garde d'y commettre aucune action qui soit contraire à la modestie reli­gieuse, comme des éclats de rire, d'y parler trop haut ; il faut tâcher d'éviter la confusion, et de ne point s'interrompre, ayant beaucoup d'honnêteté, de déférence et de respect les

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unes envers les autres, ne soutenant point sa pensée et son sentiment avec trop d'attache, mais cédant avec beaucoup d'humilité ; ne point parler des choses qui sentiraient trop le monde et la vanité, et ne se contester en rien. Il y a encore de petits règlements dans le Papier d'exaction, touchant la récréation, qui doi­vent s'observer.

Nous dirons seulement ici que, comme ou doit prendre garde d'y être trop légère, on doit aussi éviter d'y être trop renfermée et d'y porter une contenance trop triste et chagrine ; il faut avoir un visage doux et affable, s'entretenant avec simplicité et franchise, se récréant par obéissance, et tâcher quelquefois de se rappeler intérieurement la présence de Dieu.

Après la récréation, chacune se retire à ses petites occupations.

A une heure, les Novices qui ne savent pas leur Office iront trouver leur Maîtresse, à moins qu'elle ne leur indique un autre temps, afin d'étudier ce qu'elles ont à dire au Choeur.

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2. DES VÊPRES.

 

A deux heures on sonne Vêpres. Aussitôt qu'on entend la cloche, on doit tâcher d'en­trer dans une joie spirituelle de la bonne nouvelle que ce signal annonce, qui est que Dieu nous appelle pour lui rendre l'honneur et le service que nous lui devons : ce qui doit porter à s'y rendre promptement.

Pendant le temps qu'on sera au De profundis, entre les coups de la cloche, on doit occuper son esprit de saintes pensées, pour se disposer à chanter les louanges de Dieu et diriger son intention pour lui offrir l'action qu'on va faire, par la prière suivante, qui pourra aussi servir pour les Heures et pour Matines :

« Je reconnais, mon Dieu, que je suis indigne de paraître devant vous et de chanter vos louanges ; mais, puisque vous voulez bien me permettre d'assister à cet exercice angélique, je vous l'offre à la gloire de votre divine Majesté, à l'honneur de la sainte Vierge, au salut de toutes les créatures et

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pour satisfaire à mes obligations, selon l'intention de la sainte Église. Je désire de m'en acquitter avec le plus de perfection qu'il me sera possible, et de m'unir aux dispositions avec lesquelles vous a prié Notre-Seigneur Jésus-Christ étant sur la terre ; remplissez mon coeur de dévotion et de ferveur, et donnez-moi la grâce d'y conserver l'attention et le recueillement d'esprit nécessaire pour bien prier. Je désavoue toutes les distractions qui pourront me venir, protestant de n'y vouloir donner aucun consentement. Sainte Vierge, obtenez-moi toutes ces grâces, je vous en supplie.»

 

Entrez au Choeur avec le respect dû au lieu où réside la Majesté de Dieu, pour y écouter et favoriser ceux qui prient. Pensez que vous entrez en esprit dans le coeur amoureux de Notre-Seigneur, comme dans le Temple le plus saint et le plus auguste qui fût jamais.

Vous vous rangerez en votre place, comme parmi les choeurs des Anges, que vous sup­plierez de vous aider à chanter les louanges divines. Les instructions qu'on a mises pour les

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Heures qui se disent le matin pourront servir pour tout l'Office, selon la dévotion particu­lière de chacune.

Après Vêpres, lorsqu'elles ne se chantent point, les Novices vont ordinairement au Noviciat jusqu'à trois heures, et, pendant ce temps, on leur lit quelque point de la Consti­tution, du Papier d'exaction ou autres livres, et elles peuvent demander à leur Maîtresse ce qu'elles ne comprennent point bien, soit du Papier d'exaction, soit des cérémonies et autres observances de la religion, afin de se bien instruire de tout ce qui est de leur devoir.

A trois heures, on se met à genoux et on baise la terre pour adorer le moment précieux où Notre-Seigneur mourut en croix.

 

3. DE LA LECTURE.

 

On permet ordinairement aux Novices de prendre une demi-heure de lecture par jour, soit le matin, soit l'après-dîner, selon les oc­cupations et emplois qu'elles auront. Cette

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permission n'est que pour le temps qu'elles sont Novices : car, dès qu'elles sont du Cha­pitre, elles se règlent sur ce que notre Mère sainte Thérèse marque dans la Constitution.

Les Novices doivent donc, autant qu'elles pourront, profiter de ce temps de lecture, qu'on leur permet, sans cependant y avoir d'autre attache ; car si l'obéissance ou quelque occupation donnée par l'ordre de l'obéissance les en empêche, elles en feront le sacrifice.

Avant de commencer la lecture, on doit tâcher d'épurer son intention de toute curiosité et élever son esprit à Dieu, le priant de nous faire comprendre et goûter ce que nous allons lire, et la grâce d'en profiter. On pourra, si on veut, le faire en la manière qui suit :

« Mon adorable Jésus, qui êtes la sagesse du Père éternel, le principe de toute lumière. éclairez, je vous prie, mon entendement et échauffez mon coeur, afin que cette lecture, que je vais faire ou entendre, puisse réussir à votre gloire et au salut de mon âme. Sainte Vierge, obtenez-moi cette grâce, je vous en supplie.

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Plusieurs tirent peu de profit de leur lec­ture et n'en sont point touchées, faute d'avoir élevé leur coeur à Dieu au commencement, pour lui demander ses lumières et ses grâces, parce que son divin esprit ne vient pas ordinairement dans une âme, si elle ne se dispose auparavant.

La lecture ne doit pas se faire comme une action indifférente, mais comme l'un des principaux moyens que Dieu nous donne pour avancer dans la vertu et les pratiques inté­rieures, parce qu'elle fait à l'âme ce que la nourriture fait au corps. La lecture spirituelle est donc la vie de l'âme et le principe des bonnes pensées. C'est elle qui fournit le bois qui doit entretenir dans le coeur le feu des as­pirations enflammées vers Dieu ; elle est, aussi bien que l'oraison, un canal par lequel sa Majesté communique ses lumières et fait enten­dre sa volonté.

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4. DE L’ORAISON DU SOIR.

 

A cinq heures, on sonne l'Oraison ; en y allant, tâchez de rentrer en vous-même, considérant que vous allez vous entretenir fami­lièrement des affaires de votre salut avec un Dieu plein de bonté, dont la grandeur est infinie, devant qui toutes choses sont connue si elles n'étaient point, et duquel dépend tout votre bonheur : ce qui doit vous porter à dire, avec un profond sentiment de votre bassesse : « Parlerai-je à mon Seigneur, moi qui ne suis que poudre et cendre ? » Et d'un autre côté, vous réjouir de ce que sa divine Majesté vous le permet et même vous l'ordonne.

Les instructions que l'on a mises pour l'Oraison du matin serviront pour celle du soir, et ce que l'on a dit pour le Réfectoire et la récréation du matin servira également pour le soir.

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5. DES COMPLIES.

 

Quand on sonne la fin de la récréation du soir, on doit finir tout discours et se rendre au De profundis, pour se disposer à dire Complies. On pourra faire la prière suivante :

« Seigneur mon Dieu, voici encore un jour écoulé de ma vie. Vous me l'aviez donné pour m'avancer dans la vertu et pour croître en votre amour ; hélas ! comment l'ai-je passé ? Je viens, mon Dieu, vous demander pardon des fautes que j'y ai commises et vous supplier de me faire la grâce d'assister dignement à cette dernière partie de l'Office pour votre gloire, et pour terminer heureusement toutes les actions de cette journée. Sainte Vierge, obtenez-moi cette grâce, je vous en supplie.»

 

II est à remarquer que les Complies ont été ajoutées par l'Église aux Heures canoniales comme une préparation au repos de la nuit : ce qui fait que la plus grande partie des

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prières que l'on y dit sont ordonnées à cet effet.

Suivant donc le dessein de l'Église, on doit dire le Confiteor avec contrition et recevoir l'absolution dans le même esprit ; durant les psaumes, se mettre sous la protection de Notre-Seigneur, en le priant de nous conser­ver pendant le sommeil de la nuit, et recevoir avec dévotion la bénédiction que la Prieure donne de la part de Dieu, par l'invocation de son nom.

Ensuite on saluera la sainte Vierge avec une particulière dévotion, pendant que l'on dira son antienne, la récitant avec joie et affection, telle qu'on doit avoir pour celle qui, étant la Reine des Anges, nous a adoptés pour ses enfants, d'une manière particulière, sans que nous l'ayons mérité en aucune façon.                

On se munira contre les assauts du démon par l'eau bénite, qui est distribuée à la fin de cet Office.

Après Complies, chacune rentrera au Choeur pour dire un Veni Creator pour tous ceux qui se sont recommandés aux prières de la Communauté,

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et ensuite l'Antienne Sub tuum prae­sidium, à la sainte Vierge, pour les agonisants qui sont en danger de mort prochaine. Le reste du temps, jusqu'à Matines, on a la liberté de l'employer à ce qu'on veut, selon le besoin et la dévotion de chacune. Si on n'a pas dit son Chapelet, il serait bon de le dire. Mais, dans ce temps, comme dans tout autre, si on désire quelque chose de particulier de vous, vous devez vous y rendre, préférer toujours la charité et le renoncement de vous-même à toutes vos dévotions particulières, une âme jalouse de sa perfection ne devant rien s'ap­proprier, pas même un seul moment.

 

6. DES MATINES.

 

En allant à Matines, on pourra se représen­ter comme Notre-Seigneur passait souvent les nuits entières en Oraison sur les montagnes, exposé aux injures du temps, et que ce fut à neuf heures qu'il alla faire sa prière au Jardin des Olives, qui est l'heure où nous commen­çons nos Matines. Si nous nous laissons aller à

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la lâcheté ou au sommeil, craignons qu'il nous fasse le même reproche qu'il fit à ses Disciples : « Comment ! vous ne pouvez vous contraindre de passer une heure de nuit avec moi ? »

Les instructions et directions qu'on a mises tant aux Heures qu'à Vêpres pourront servir pour Matines. Représentons-nous toujours, comme il a été dit déjà, que nous sommes dans le Choeur comme dans le vrai paradis, devant le trône de Dieu, au milieu de la Cour céleste, environnées d'un million d'Anges et de Saints, en présence et en compagnie des­quels nous devons chanter avec respect, révé­rence et ferveur, pensant que nous faisons ici sur la terre ce qu'ils font dans le ciel, et que nous devons être les Anges de la terre, quel­que indignes que nous en soyons.

 

7. DE L'EXAMEN DE CONSCIENCE AVANT LE COUCHER.

 

Cet Exercice est des plus profitables, si on le fait avec application, et non légèrement et par

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coutume ; car une âme jalouse de sa perfec­tion, recherchant le soir en quoi elle peut avoir manqué le long du jour, tâche d'y mettre ordre. Le moyen de se voir sujet à une imperfection et de promettre à Dieu tant de fois de s'en corriger sans en tirer un sensible profit ? Pourra-t-on souffrir longtemps en son âme quelque défaut qu'on sait être désagréable à Dieu ?

Ou enfin, si, après avoir apporté toute la di­ligence possible, on se voit toujours tomber en quelques fautes, on retirera du moins le profit de ne pas tomber dans les mêmes, ni si souvent qu'auparavant. L'Examen a cinq points :

Le premier, de reconnaître les bienfaits que nous avons reçus de Dieu, et les obligations que nous avons de le servir parfaitement ;

Le second, de lui demander les lumières nécessaires pour découvrir nos offenses ;

Le troisième, de rechercher en quoi nous avons manqué ;

Le quatrième, d'en concevoir de la douleur et d'en demander pardon à Dieu ;

Le cinquième, de former un ferme propos de se corriger.

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On trouvera dans les prières suivantes tous ces points :

« Grand Dieu, à l'esprit duquel je suis toujours présente, et qui mériteriez d'être vous-même toujours présent à mon esprit, souffrez que, revenant de la dissipation où j'ai été, j'ose me présenter devant vous ; fixez mon esprit, Seigneur, retenez-le en votre présence ; remplissez-le de la majesté de votre gloire, et permettez qu'abîmée au plus profond de mon néant, je vous rende grâce de tous les biens que vous m'avez faits, depuis le premier moment de ma vie jusqu'à ce jour, m'ayant donné une âme capable de vous connaître, aimer et jouir de vous éternellement ; de m'avoir rachetée par votre sang précieux, de m'avoir mise au nombre des enfants de votre Église, et fait participer à vos divins Mystères ; de ce qu'il vous a plu me donner votre corps et votre sang pour être la nourriture de mon âme. Je vous remercie encore, mon Dieu, de ce que vous m'avez fait la grâce de m'appeler à la vocation religieuse, où vous me donnez tant de moyens de vous glorifier et

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servir : enfin, mon Dieu, pour tous ces bienfaits et tant d'autres que j'ai reçus de votre bonté, je vous rends tous les remerciements dont je suis capable, et vous supplie, ô mon Sauveur, d'ajouter encore à toutes les grâces que j'ai déjà reçues de vous, celle de me faire voir en quoi je vous ai offensé, et de m'en faire concevoir une véritable douleur.»

 

Ensuite on prend un peu de temps pour voir en quoi on a offensé Dieu ; recherchant ses actions, paroles et pensées ; regardant comme on s'est comportée aux Oraisons, aux Offices, au silence, aux assemblées commu­nes ; examinant toutes ces actions depuis le dernier Examen, remarquant les imperfec­tions commises et les perfections omises, quel soin on a eu à se servir des occasions de prati­quer la vertu, comme on a employé le temps qui nous est donné pour avancer en l'amour de Dieu, et quel profit on a fait de la récep­tion des Sacrements, qui doit être très grand, si nous n'y mettons point d'obstacle. Après avoir reconnu ses fautes, il faut faire l'acte de Contrition qui suit :

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« Mon Seigneur et mon Dieu, je vous demande très humblement pardon de toutes les ingratitudes par lesquelles je vous ai tant déplu et offensé, après toutes les grâces que vous m'avez faites : vous pensez toujours à moi et je vous oublie sans cesse ; vous m'aimez, et je ne vous rends pas le retour, car je ne fais que vous offenser. O mon Dieu, je jette tous mes péchés dans la fournaise de votre miséricorde, afin qu'ils y soient consumés et anéantis ; je m'en repens, Seigneur, et voudrais ne les avoir jamais commis, parce qu'ils vous déplaisent ; je vous promets, moyennant votre sainte grâce, de ne plus vous offenser. Pardonnez-moi, je vous en conjure par votre grande miséricorde, par le précieux sang que votre Fils a répandu pour moi, et par les mérites de la sainte Vierge.

Sainte Vierge, ma très chère Mère et Patronne, et vous mon Père saint Joseph, et notre Mère sainte Thérèse, protégez-moi cette nuit et tout le reste de ma vie. Mon saint Ange Gardien, tenez-vous près de moi, afin de me préserver de tous les efforts

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des démons. Et vous, mes saints Patrons NN., assistez de vos intercessions cette pauvre pécheresse.»

Après cet acte de Contrition, il faut dire le Confiteor.

 

8. DU COUCHER.

 

Après l'Examen, on se retire pour se cou­cher promptement. En se déshabillant, on doit se remplir l'esprit de quelques bonnes pensées, et, s'il se peut, du sujet de la Médi­tation du lendemain ; reconnaître la bonté de Dieu, qui est bien grande à notre égard, puis­qu'il nous fournit tout ce qui nous est néces­saire, lui qui a vécu sur la terre dans une si extrême pauvreté, qu'il n'avait pas où reposer sa tête.

Avant de se coucher, on doit se mettre à genoux, pour offrir à Dieu le repos qu'on va prendre, l'unissant au repos et au sommeil que Notre-Seigneur Jésus-Christ a pris étant sur la terre, se joignant à toutes les louanges et adorations qui lui seront rendues cette nuit

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dans le ciel et sur la terre, désirant que toutes nos respirations et battements de coeur puis­sent être autant d'actes d'amour vers lui, pen­dant toute la nuit, et désavouant tout ce qui pourrait venir dans l'esprit qui lui serait dé­sagréable ; enfin, mettant son âme et son corps entre ses mains, le suppliant de nous faire la grâce de reposer en son amour.

Mais tout cela doit se faire brièvement, en­viron l'espace d'un Pater et d'un Ave, afin de se coucher promptement.

En vous mettant au lit, prenez de l'eau bé­nite, faites le signe de la croix, et, étant cou­chée, pensez au sommeil que Notre-Seigneur prit sur la croix, recommandant son esprit à son Père, et dites avec lui : Mon Dieu, je vous recommande mon esprit et le remets entre vos mains.

Mettez-le aussi dans le coeur de Notre-Sei­gneur Jésus-Christ comme s'il vous disait : Dormez maintenant et vous reposez dans mon coeur ; disant avec David : Je dormirai en paix dans ce coeur adorable ; j'y prendrai mon repos.

Si vous vous éveillez la nuit, élevez votre esprit à Dieu par quelque aspiration.

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Voilà les petits règlements de la journée ; elle sera passée bien saintement, si on les ob­serve avec application et esprit intérieur. On doit de plus chaque jour, le matin, s'il se peut, visiter deux ermitages, l'un de la sainte Vierge, où l'on fera quelque petite prière, pour s'offrir à elle et se mettre sous sa protec­tion ; l'autre de notre Mère sainte Thérèse, où l'on fera aussi quelque prière pour lui de­mander l'esprit d'une vraie Carmélite, et la grâce de bien remplir tous nos devoirs. Si l'on ne peut pas commodément visiter les ermita­ges, on se contentera de faire sa prière devant quelque tableau de la sainte Vierge et de notre sainte Mère. Pour ce qui est des Dimanches et Fêtes, on peut visiter tous les ermitages pour lesquels on a dévotion et employer plus de temps, si l'on veut, à lire ou à prier selon sa ferveur. Quand on a quelque chose à écrire ou transcrire, on le fait aussi les Dimanches et Fêtes, et les Novices doivent, ces mêmes jours, aller quelquefois au jardin, pour ra­masser en se promenant les fruits qui seraient tombés, ou y faire quelque autre petite chose, si le temps est propre à y aller, et si les petites

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occupations qu'elles peuvent avoir le leur permettent.

Après avoir donné des Instructions pour chaque action de la journée, il reste à dire quelque chose pour les actions qui ne se font pas tous les jours.

 

FIN DE LA PREMIERE PARTIE.

 

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SECONDE PARTIE.

INSTRUCTIONS POUR LES ACTIONS QUI NE SE FONT PAS TOUS LES JOURS.

 

1. DE LA CONFESSION.

 

1. INSTRUCTION PRÉLIMINAIRE.

 

On peut dire que la vie de l'âme dépend de la Confession et de la Communion. La Confes­sion la guérit de ses infirmités, la Communion la nourrit : ces deux actions doivent se faire avec les dispositions requises.

L'Examen de conscience est une disposition nécessaire au Sacrement de pénitence. Il faut, pour le commencer :

 

1° Se mettre en la présence de Dieu, comme

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devant son juge, auquel rien n'est caché, et qui, d'un oeil pénétrant, voit tous les replis de l'intérieur, et en même temps reconnaître les grâces et les bienfaits qu'on a reçus de lui.

 

2° Demander au Saint Esprit les lumières nécessaires pour connaître ses péchés, parti­culièrement ceux qui déplaisent le plus à Dieu.

 

3° S'examiner sur ses pensées, paroles, oeu­vres et omissions, parcourant toutes les ac­tions que la Religion prescrit pour chaque jour.

 

On mettra, ci-après un Examen pour celles qui voudront s'en servir. Mais il faut prendre garde de s'arrêter trop à faire des recherches inutiles, car il y en a qui font consister l'excel­lence de leur Confession à se souvenir exacte­ment de tous leurs péchés, à tout dire et à ne rien oublier ; s'il leur en échappe un seul, même après un examen suffisant, elles se troublent et croient avoir manqué essentielle­ment. On ne doit pas se tourmenter d'une chose qui n'est pas en son pouvoir : c'est Dieu qui nous donne la connaissance de nos péchés ; s'il a permis que nous oublions involontaire­ment quelque faute, pourquoi nous troubler ?

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Il ne nous oblige pas à dire ce dont nous ne nous ressouvenons pas, mais seulement ce que nous nous rappelons. Demeurons donc en repos, après avoir pris un temps suffisant pour nous examiner, et contentons-nous de la lu­mière que Dieu nous donne, sans en vouloir avoir davantage ; car, agir autrement, c'est se jeter dans des inquiétudes fort préjudiciables au but principal de sa vocation, qui est la conversation intérieure avec Dieu.

Ayant reconnu ses fautes, il faut en faire un aveu très sincère, qui parte plus du coeur que des lèvres ; les détester ; en demander pardon à Dieu ; lui promettre sincèrement et vérita­blement de s'en corriger ; considérer la source principale de tous ses désordres et y apporter les remèdes nécessaires. Ne vous imaginez pas vous être bien confessée, pour avoir avoué tous vos péchés, si vous ne les avez détestés ; il y en a qui emploient tout le temps à chercher de quoi s'accuser : ils ne songent presque point à détester ce qu'ils ont fait, ni à prévoir ce qu'ils doivent faire, quoique ces deux points soient les plus importants pour faire une bonne Confession.

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II n'est point nécessaire qu'une Contrition soit sensible, pour être véritable ; il faut avoir une douleur sincère de ses péchés ; mais il ne faut pas juger de la sincérité de cette douleur par la sensibilité du coeur ; si vous n'avez pas cette sensibilité, priez Dieu de vous la donner, si c'est sa sainte volonté, et tâchez d'y sup­pléer par votre humilité ; prosternez-vous de corps et d'esprit devant Dieu ; reconnaissez, par un sentiment intérieur, vos infidélités et ingratitudes, après tant de grâces reçues, tant de marques d'amour qu'il vous a données ; confondez-vous ; demandez-lui pardon de tout votre coeur ; promettez-lui de ne plus pécher, et puis demeurez en paix et allez vous con­fesser. Dieu, qui voit votre coeur, sait bien que vous ne voulez pas le tromper, ni vous rendre coupable d'un sacrilège.

Nous dirons encore que la Confession doit être : 1° simple, sans beaucoup de discours, et telle qu'on la ferait à Dieu même, qui con­naît bien notre coeur ; 2° véritable, sans ajouter ni diminuer, sans donner pour assuré ce qui est douteux, et sans dire au hasard les pre­miers péchés qui viennent à la bouche, ne

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sachant pas déterminément si on les a commis ; 3° humble ; or, c'est agir contre l'humilité, de s'accuser de certaines choses qui à peine sont péchés dans les plus vertueux, et de s'en ac­cuser, afin d'être estimé de son Confesseur. L'amour-propre se glisse partout, même dans nos plus saintes actions ; il vaut mieux dire trois ou quatre grosses fautes avec humilité, que de s'amuser au détail de petites imperfec­tions avec amour-propre.

4° La Confession doit encore être claire : en sorte que le Confesseur puisse connaître les péchés dont on s'accuse. C'est pourquoi il ne faut pas les dire en gros, ni en termes géné­raux ; mais les particulariser, avec les circons­tances qui les aggravent, autant qu'il se peut. Par exemple, c'est se confesser imparfaitement que de dire : Je m'accuse de n'avoir pas aimé Dieu de tout mon coeur ; de n'avoir pas gardé mes Règles ; de n'avoir pas veillé sur la garde de mes sens, et choses semblables : il faut spécifier en quoi et comment.

5° La Confession doit être discrète : il faut éviter de dire des choses inutiles, comme aussi ne point déclarer les péchés des autres.

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6° Enfin, elle doit être courte, sans raconter des histoires entières, sans dire ce qui n'est point nécessaire, sans répéter plusieurs fois, en divers endroits, un même péché.

Après donc vous être bien disposée par l'examen, la contrition du coeur et le ferme propos de vous amender, allez vous confesser. Déclarez vos péchés nettement et modeste­ment. Quand vous aurez dit ce que vous savez, écoutez ce que le Prêtre vous dira, ou plutôt ce que le Fils de Dieu vous dira par sa bou­che ; car on doit croire que c'est Dieu même qui parle. Et quand il vous donnera l'abso­lution, entrez dans un sentiment de contrition et priez intérieurement Notre-Seigneur de laver votre âme dans son sang précieux.

En sortant de la Confession, tâchez de vous mettre en esprit dans les plaies de Notre-Seigneur, pour vous conserver, dans ces saintes retraites, pure et nette de péché ; ayez soin de conserver la grâce qui vous a été donnée par ce Sacrement, veillant sur vous-même, pour ne pas retomber dans les fautes dont vous vous êtes confessée : invoquez l'assistance de

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la sainte Vierge, afin qu'elle vous obtienne cette grâce.

Quant à votre pénitence, vous la ferez avec le plus de dévotion qu'il vous sera possible.

 

2. EXAMEN DE CONSCIENCE POUR LA CONFESSION.

 

Péchés contre Dieu.

J'ai parlé des choses spirituelles plutôt par vanité que par un vrai sentiment de Dieu. Assistant à la Messe, j'ai lâchement résisté aux distractions que j'y ai eues : je m'y suis arrêtée volontairement pendant une partie notable (il faut spécifier si c'est un jour de Fête).

J'ai donné lieu, pendant l'Office, à beau­coup de distractions, pour m'être trop affec­tionnée aux actions extérieures, pour avoir jeté la vue d'un côté et d'autre par curiosité, par légèreté, etc.

J'ai été négligente à rejeter les distractions qui m'y sont venues, m'en apercevant bien (spécifier combien de fois, si cela se peut, et si ç'a été une partie notable).

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Assistant au Choeur, j'ai dit l'Office fort lâ­chement, et ai manqué d'y faire les inclina­tions et cérémonies qui nous sont ordonnées. Disant l'Office en mon particulier, je l'ai dit avec précipitation et indévotion.

J'ai dit indévotement et par coutume mes prières de dévotion, sous prétexte qu'elles n'étaient pas d'obligation.

J'ai été négligente à me défaire des distrac­tions que j'ai eues en l'Oraison (spécifier si on s'y est arrêté volontairement).

Je me suis acquittée lâchement de mes exa­mens, les faisant par manière d'acquit, et quelquefois je ne les ai point faits du tout.

J'ai été négligente à suivre les inspirations que Dieu m'a données pour la pratique des vertus.

Je me suis laissée aller à la lâcheté dans mes Exercices spirituels, à cause des séche­resses et aridités que j'y ai eues.

Je me suis laissée aller au découragement dans mes bonnes résolutions pour la pratique des vertus, par lâcheté et manque de confiance en Dieu.

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J'ai négligé de rectifier mes intentions dans mes principales actions.

Je me suis inquiétée, par un certain amour-propre, d'être tombée en quelque péché ou imperfection, au lieu de m'en relever avec confiance et de retourner à Dieu.

J'ai été à la Confession sans m'être suffi­samment examinée, et sans avoir produit d'acte de Contrition et de Propos d'amende­ment (combien de fois).

J'ai été négligente à me préparer à la sainte Communion, et m'y suis présentée avec un esprit peu recueilli.

Je me suis laissée aller aux distractions bientôt après la sainte Communion, et n'ai pas eu assez de soin de rendre grâce, à Notre-Seigneur d'un si grand bienfait.

J'ai manqué d'avoir une entière conformité à la volonté de Dieu en quelque chose qui m'est arrivé contre mon inclination ; cela a été cause que je me suis laissée aller au chagrin et à l'impatience (dire, si l'on peut, combien de fois, et si ç'a été longtemps).

J'ai laissé glisser insensiblement plusieurs intentions imparfaites d'amour-propre et de

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respect humain dans mes actions, faute de les référer à Dieu actuellement par une droite intention.

J'ai examiné trop curieusement les points de la foi ; j'ai donné lieu à quelque doute là-dessus.

 

Péchés contre les Supérieurs.

J'ai plutôt regardé en ma Prieure ses imper­fections que son autorité, ou plutôt l'autorité de Dieu même qui est en elle.

J'ai obéi avec répugnance et murmure en moi-même, quand elle m'a commandé quelque chose qui ne me plaisait pas.

Je n'ai pas accompli fidèlement ni ponc­tuellement quelque chose qu'elle m'avait com­mandée.

Je ne lui ai point demandé permission avant de faire certaines choses pour lesquelles on a coutume de la prévenir.

Je n'ai pas reçu avec douceur et humilité les remontrances et corrections qu'elle m'a faites, m'excusant intérieurement et en de­meurant toute peinée et troublée.

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Je me suis entretenue volontairement dans quelque ressentiment contre elle ; j'ai eu de la négligence à m'en défaire.

J'ai jugé témérairement de ses paroles et actions, interprétant en mauvaise part ses ac­tions, par l'aversion que j'ai eue contre elle.

J'ai dit du mal d'elle ; et cela a été jusqu'à la plainte, au murmure, et même jusqu'au mépris de ses ordonnances et de sa con­duite.

Je lui ai manqué de respect, lui parlant par passion et avec audace, la contredisant et re­fusant de lui obéir. (Spécifier si ç'a été par opi­niâtreté ou autrement.)

 

Péchés contre le Prochain,

J'ai formé quelque léger soupçon sans fon­dement, sur quelque action ou parole de mon prochain, que je pouvais expliquer en bonne part.

J'ai été négligente à rejeter quelque pensée de jugement téméraire sur mon prochain.

J'ai lâchement exprimé quelque mouvement de haine contre quelqu'un, sans cependant y avoir consenti.

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J'ai eu de la jalousie, voyant que l'on a pré­féré les autres à moi en quelque chose.

Je me suis entretenue volontairement en des pensées de peines, sachant mauvais gré quand quelqu'une a été cause que j'aie été reprise (dire si on l'a méprisée en son coeur, ou que l'on a été bien aise de là voir reprise et mortifiée pour quelques fautes).

J'ai dit des paroles rudes ou inconsidérées à quelques-unes de mes Soeurs, et leur ai donné lieu de se troubler et impatienter.

J'ai voulu trop fortement l'emporter sur les autres, faisant paraître trop d'attache à sou­tenir ma pensée en quelques occasions.

J'ai causé de la peine à quelqu'une de mes Soeurs, me mêlant de la reprendre sans en avoir la charge.                

Je me suis comportée incivilement envers mes Soeurs, ne leur rendant pas la déférence, ni le soulagement que je leur devais (dire si on leur a fait de la peine par quelque signe ou moquerie).

J'ai fait quelque légère détraction d'une per­sonne.

J'ai pris quelque satisfaction à entendre mal

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parler de quelqu'un, quoique en chose de petite conséquence.

J'ai dit des paroles avec aigreur et impa­tience, faute d'application sur moi-même.

J'ai répliqué avec quelque sorte d'impa­tience, quand on m'a dit quelques paroles mortifiantes ou humiliantes, au lieu de les endurer patiemment.

J'ai dit quelques légères paroles de mur­mure contre quelques personnes, me plaignant sans raison de quelque chose qui ne me plai­sait pas.

Je n'ai pas rejeté les pensées de murmures que j'ai eues contre quelques personnes.

Je ne me suis pas fait violence pour apaiser quelque petite dissension que j'avais eue avec quelqu'une, et n'en ai pas recherché les occasions.

Je n'ai pas réprimé fidèlement des mouve­ments d'aversion que j'ai ressentis contre une personne, pour quelques déplaisirs que j'en avais reçus.

J'ai dit des paroles de flatterie, approuvant le mal que je connaissais être tel, pour complaire

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aux personnes ou pour quelque autre motif.

Je me suis moquée de quelque personne, l'ai chagrinée ou humiliée.

J'ai causé de la peine à quelqu'une de mes Soeurs, faisant quelque action devant elle, à dessein de la reprendre, ne l'osant pas faire de paroles.

J'ai négligé de réprimer quelque mouve­ment d'impatience qui s'est excité en moi, et l'ai fait paraître au dehors.

J'ai eu le coeur dur et sans compassion, ne rendant pas l'assistance charitable que je devais à mes Soeurs, dans les occasions qui se sont présentées.

J'ai été un sujet de scandale à mes Soeurs, leur faisant commettre des fautes, ou par mauvais exemple, ou par sollicitation.

J'ai fait quelque rapport ou médisance au détriment de la charité.

 

Péchés contre soi-même.

J'ai dit quelques mensonges, sans cepen­dant qu'ils aient préjudicié à personne. (Dire

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si c'est par vanité, inconsidération, exagéra­tion ou autre motif.)

J'ai dit des paroles qui tournaient à ma louange, par vanité.

Je me suis excusée, par amour-propre, pour quelque défaut dont on m'a reprise. (Dire si on en a accusé une autre et si ç'a été en men­tant.)

J'ai fait quelques actions de vertu pour être estimée.

Je me suis laissée aller à plusieurs pensées frivoles, au lieu de m'entretenir avec Dieu, selon mon pouvoir.

Je ne me suis pas détournée promptement des pensées de vaine gloire et complaisance de moi-même, pour avoir bien réussi en quel­ques actions, ou pour quelque louange que l'on m'a donnée.

Je n'ai pas écarté de moi des pensées qui me donnaient et entretenaient dans la tristesse, me laissant aller dans le chagrin et dans la mélancolie.

J'ai passé du temps en oisiveté, par pa­resse.

J'ai rompu le silence sans nécessité.

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J'ai dit des paroles de raillerie qui ont pu causer de la peine.

Je n'ai pas rejeté assez promptement quelque pensée contre la pureté.

Dans les emplois que j'ai eus, j'ai fait trop l'entendue et l'empressée.

J'ai fait quelque petite chose par esprit de vengeance.

J'ai trop savouré le goût de ce que je man­geais, au lieu d'y renoncer de temps en temps, et de porter mon esprit à Dieu ou à la lecture qu'on faisait.

J'ai été immodeste en mon extérieur, fai­sant paraître beaucoup de légèreté et de dis­sipation.

J'ai déguisé la vérité en quelque chose, as­surant témérairement l'incertain pour le cer­tain, exagérant ou bien usant de paroles équi­voques contre la simplicité et la sincérité.

Je me suis portée en quelques actions exté­rieures avec une affection déréglée qui m'a empêchée de m'élever à Dieu.

Je n'ai pas reçu avec douceur et humilité les remontrances charitables qu'on m'a faites ; j'en ai été rebutée et piquée.

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J'ai par vanité parlé des choses du monde, de ma naissance et de mes parents.

J'ai été hypocrite, disant quelque parole ou taisant quelque action pour être estimée meil­leure que je ne suis.

J'ai été trop affectée en mes discours, me servant de mots trop recherchés, comme fe­raient des séculiers.

Je n'ai pas pardonné de bon coeur à ceux qui m'ont offensée.

Dans quelque occasion notable j'ai offensé quelqu'un et je ne lui ai pas demandé pardon.

J'ai été trop affectionnée à tout ce qui re­gardait les commodités de la vie.

J'ai affecté en quelque chose la singu­larité.

 

Péchés contre la pauvreté

J'ai demandé, pris ou donné sans permis­sion quelque chose, petite ou grande.

J'ai laissé perdre ou gâter quelque chose par ma négligence et mon peu de soin.

J'ai eu trop d'attache à quelque chose qui était à mon usage particulier, en sorte que,

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quand on me l'a ôtée, j'en ai témoigné du res­sentiment.

J'ai refusé de prêter à mes Soeurs ce dont elles avaient besoin, quand elles me l'ont de­mandé, quoique j'eusse pu le faire. (Dire si ç'a été par attache à ce que vous aviez, ou par manque de charité.)

J'ai murmuré quand quelque chose m'a manqué ou que les choses qu'on m'a données n'étaient pas à mon gré, soit pour le vivre ou autre commodité corporelle.

Je n'ai pas servi mes Soeurs avec charité, et ai manqué de leur donner de bon coeur ce qui était de mon office.

J'ai méprisé et abhorré les choses viles et pauvres.

J'ai été attachée à ce qui m'a paru beau ou commode ; je l'ai désiré.

 

Péchés contre les Observances religieuses

J'ai été négligente à aller promptement à l'Office divin, quand j'ai entendu sonner la cloche.

Je me suis absentée de l'Oraison mentale,

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ou de quelques heures de Communauté, sans vraie nécessité.

J'ai négligé de me préparer pour l'Office et l'Oraison mentale : ce qui a été cause que j'y suis allée avec un esprit tout dissipé.

J'ai manqué de m'assujettir aux ordon­nances communes que notre Mère a fai­tes.

J'ai transgressé volontairement et avec quelque sorte de mépris quelque Règle de

l'Ordre.

Je me suis absentée sans permission de quelque heure de Communauté.

J'ai demeuré au parloir pendant l'Office divin, sans nécessité ou sans quelque bonne

raison.

 

Voilà une partie des fautes principales et or­dinaires où peut tomber une âme religieuse. Mais il ne faut point croire avoir commis tous ces péchés pour en avoir eu des pensées : car la pensée sans la volonté n'est point péché, la pensée n'étant pas plus en notre pouvoir que le premier mouvement. Mais comme il y a divers degrés dans le péché, on doit regarder jusqu'à quel degré on s'est laissé aller ; si on a

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eu du plaisir dans la pensée, et si de la pensée on a passé au consentement.

Quelques fautes se commettent aussi par surprise, comme sans y penser ; d'autres par faiblesse : après avoir quelque temps combattu, on succombe enfin ; et d'autres par lâcheté et négligence, quand on ne se roidit pas contre sa passion ou tentation ; d'autres par malice, quand malicieusement et sans grande passion on fait ce qu'on sait être mal. Il y en a enfin contre le remords de sa conscience et contre la lumière du Saint Esprit. Ces deux dernières espèces déplaisent le plus à Notre-Seigneur. Ainsi on ne doit pas manquer de les spécifier eu Confession, comme plus notables. On doit aussi remarquer ce qui est arrivé par pure négligence, sans un consentement parfait ; séparer ce qui est douteux d'avec ce qui est certain, et déclarer ses péchés en la manière qu'on s'en connaît coupable devant Dieu, avec beaucoup de simplicité et d'humilité, selon la lumière que le Saint Esprit donne à cha­cune, sans vouloir s'arrêter à les dire comme on les trouve marqués dans les Examens, si on sent intérieurement les avoir commis autrement.

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3. ACTE DE CONTRITION AVANT LA CONFESSION.

 

« Je suis confuse, ô mon Dieu, de vous avoir offensé, à cause de votre bonté infinie et après toutes les grâces que vous m'avez faites et que vous me faites continuellement ; je voudrais pouvoir mourir de douleur d'avoir été si lâche et si ingrate ; je vous en demande très humblement pardon et la grâce d'une vraie pénitence, qui me fasse mourir à tout péché ; consommez et anéantissez tous ceux que j'ai commis dans la fournaise de votre divine miséricorde ; je les déteste de tout mon coeur et vous promets, moyennant votre sainte grâce, de vous être plus fidèle et de ne plus vous offenser. Pardonnez-moi donc, je vous en conjure, ô mon Dieu, par le précieux sang que votre Fils a répandu pour moi ; appliquez-moi la vertu de ce sang adorable qui donne le salut et la vie. Mon Sauveur Jésus-Christ, purifiez-moi, et me sanctifiez par l'onction de ce baume sacré qui coule dans vos plaies ; ayez la bonté de l'offrir à votre Père céleste, comme le remède unique

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de mes maux ; je vous demande cette grâce par les mérites de la sainte Vierge, et me joins à tous vos Anges et vos Saints, pour ne cesser jamais de vous aimer et adorer avec eux, en reconnaissance de tout ce que vous avez fait et enduré pour mon salut et celui de tous les hommes.

 

2. DE LA COMMUNION.

 

1. INSTRUCTION PRÉLIMINAIRE.

 

On doit tâcher de bien comprendre l'impor­tance d'une si haute, si digne et si sainte action ; penser sérieusement aux biens inesti­mables qui découlent d'une Communion bien faite, et considérer attentivement que dans le très adorable Sacrement de l'autel sont contenues toutes les merveilles du ciel et de la terre.

Si Notre-Seigneur, parlant de son Incarna­tion, disait : Dieu a tant aimé le monde, qu'il lui a donné son Fils unique, chacun peut dire en son particulier, lorsqu'il s'approche du

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Très-Saint Sacrement : Dieu m'aime d'un si grand amour, qu'il me donne son Fils unique.

La considération d'un avantage si précieux et d'une faveur si grande doit nous porter à entrer dans des dispositions bien parfaites et bien saintes, pour nous rendre dignes de par­ticiper à cet adorable Mystère. La première disposition doit être une grande pureté de conscience, laquelle soit non seulement exempte de toute affection au péché mortel, mais aussi de l'affection au péché véniel. Quelle faute serait-ce à une âme qui communie si souvent, de vivre dans un aban­don universel de son intérieur et de son avan­cement spirituel, d'être dans une grande négligence à combattre ses mauvaises inclina­tions, et à déraciner ses habitudes vicieuses, de ne pas veiller avec soin à la garde de son coeur, pour prévenir et arrêter, autant qu'elle peut, les premiers mouvements ; enfin, de faire la sourde oreille à la voix de Dieu, et de mépriser les bons mouvements intérieurs qu'il lui a donnés. Celles qui communient étant sujettes à ces défauts, non seulement ne reçoivent pas les fruits admirables de ce pain

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vivant, qui sont un goût savoureux et une certaine tendresse pour les choses de Dieu, mais s'aveuglent, s'endurcissent peu à peu et viennent quelquefois jusqu'à tomber dans cet état misérable où les choses les plus sacrées leur deviennent indifférentes et où rien n'est plus capable de les toucher. Évitons donc ce malheur par une vigilance continuelle à fuir les moindres défauts.

 

La seconde chose nécessaire est un grand recueillement d'esprit avec une douce et pai­sible tranquillité de coeur. Le recueillement dégage l'esprit de tout soin superflu, de toutes distractions et dissipations qui, divisant nos pensées, nous rendraient incapables de rece­voir les lumières intérieures que adorable voudrait répandre dans nos âmes. Celles qui approchent de ce divin et adorable Sa­crement avec un esprit dissipé et distrait, ex­périmentent, à leur très grand préjudice, qu'elles s'en retirent plus ténébreuses et moins disposées à se rappeler à elles-mêmes, qu'elles n'étaient auparavant ; si elles continuent à s'en approcher de la sorte, elles deviendront peu

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à peu dans un état aussi pitoyable que dan­gereux.

Lors donc que nous avons à communier nous devons plus que jamais veiller à la garde de nos sens ; nous appliquer plus exactement à tous nos devoirs, marcher plus soigneuse­ment en la présence de Dieu, nous comporter avec une plus grande retenue et modestie dans les actions extérieures, que l'obéissance nous ordonnera, tenir plus constamment notre esprit occupé de bonnes pensées, tâcher, dès l'Oraison du matin, de mettre notre inté­rieur en bon ordre, et le reste du temps avoir toujours devant les yeux et dans le coeur que nous devons communier ce jour-là, éviter autant qu'il se peut les choses inutiles qui pourraient nous distraire de l'attention à Dieu.

 

La troisième disposition est de bien rectifier et épurer nos intentions, allant à la sainte Table, non par coutume, c'est-à-dire sans in­tentions et sans réflexions, ou parce que la religion l'ordonne, et que les autres le font, ni pour avoir des goûts spirituels ou de la dévotion sensible ; mais il faut que ce soit par

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un désir intime de nous unir à Jésus-Christ, et de nous rendre plus participantes de lui, excitant en nous pour ce sujet une faim amou­reuse de ce Pain vivant, laquelle, à force de désirs et d'une douce impatience d'en jouir, rende notre coeur ardent et enflammé, comme l'était celui des pèlerins d'Emmaüs.

Nous devons nous interroger nous-mêmes avant de nous y présenter, et nous demander à quel dessein nous y allons, et ce que nous y prétendons. À quoi nous devons répondre que c'est afin que Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est venu apporter le feu sur la terre pour la brûler de son amour, venant en notre poi­trine, nous embrasse et nous unisse amoureu­sement à lui, nous revêtant de son esprit ; que c'est pour y goûter combien Dieu est doux et suave, et pour nous détacher de toute autre chose ; que c'est pour y apprendre à connaître sa très sainte volonté, et pour y acquérir les forces de l'accomplir. Ce doit être, en fin pour un motif divin et surnaturel ; principalement pour nous avancer dans l'Oraison, présence de Dieu, et conversation familière avec sa divine Majesté. Nous devons donc toujours nous déterminer

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une intention bien sainte, avant de nous approcher de cet adorable Mystère ; si nous y manquons, c'est une marque que nous avons peu de foi, que notre coeur est tiède, et que nous sommes bien peu disposées à le recevoir dignement, et à en retirer tout le fruit que nous pouvons et devons en retirer. Ces trois choses dont nous venons de parler, savoir : une grande pureté de conscience, un grand recueillement de coeur, et une intention expresse et bien pure, sont les trois disposi­tions éloignées que nous devons apporter pour faire une digne Communion.

Il y en a qui ajoutent à ces trois dispositions celle de diriger tous les bons exercices du jour, commençant même depuis l'Oraison du soir de la veille, pour s'y préparer de plus loin ; d'autres observent quelques pratiques parti­culières. D'autres prennent quelques Saints pour avocats, et les prient de les aider à s'y préparer. D'autres s'adressent aux Anges et aux citoyens du ciel, demandant à l'un la foi, à l'autre la ferveur, à un autre le recueille­ment, à un autre l'humilité, à un autre un grand désir et une faim spirituelle de cette

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divine nourriture, à un autre, un grand amour et un grand respect, faisant ainsi une quête spirituelle pour suppléer à leur pau­vreté, et préparer une demeure au Roi des rois.

Mais, après avoir fait tout ce que nous pou­vons, persuadons-nous que la meilleure de toutes les préparations est la connaissance de nous-mêmes, de notre pauvreté et de notre in­digence, avec une ferme espérance que Notre-Seigneur, par sa bonté, y suppléera, attendant de lui seul la nourriture de notre âme et le seul changement de notre coeur. Ne nous reti­rons pas de la sainte Table par dégoût ni par scrupule ; le salut dépend quelquefois d'une Communion. Que savons-nous, si ce ne serait pas celle que nous omettrions?

La dévotion sensible n'est pas nécessaire pour bien communier, puisqu'elle ne dépend pas toujours de notre volonté, et qu'il arrive souvent que les plus grands saints en sont pri­vés. Ce n'est pas en ces tendresses que consiste la vraie dévotion, mais dans une prompte et constante volonté de faire ce que Dieu veut, et de ne pas faire ce qu'il défend. Faisons ce que

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nous pourrons, avec la grâce de Dieu. Tâchons de suppléer par notre humilité à ce qui man­que à notre charité, et nous serons bien pré­parées.

 

2. DE LA PRÉPARATION PROCHAINE A LA COMMUNION.

 

Instruction préliminaire.

On ne veut pas tellement déterminer nos Soeurs aux actes qu'on mettra ici, qu'elles ne puissent librement en adopter d'autres, selon le mouvement du Saint Esprit. Car il sera beaucoup plus utile de traiter avec Notre-Seigneur, du fond du coeur et en toute liberté, que de s'attacher à certains actes, qu'on lirait sans dévotion intérieure et qu'on réciterait de bouche seulement. Cependant, pour ouvrir l'esprit aux commençantes, on met ici quel­ques formules des actes principaux, qui sont de Foi, d'Humilité et d'Amour, pour se pré­parer à cette divine action. Si ceux qui sont ici ne suffisent pas, on en trouvera d'autres dans plusieurs livres qui traitent de cet ado­rable et ineffable Sacrement.

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Acte de Foi.

« Vous venez à moi, Seigneur, dans les voies et par les inventions d'une sagesse incompréhensible, et je viens à vous dans la soumission d'une foi parfaite, croyant que vous êtes, dans cet adorable Sacrement, le même qui avez été crucifié pour moi. Je crois, Seigneur, toutes les paroles de votre bouche. Vous avez dit si expressément que c'est votre corps et votre sang, que, nonobstant que mes yeux ne m'y fassent voir que les apparences du pain, je vous y reconnais véritablement présent, et vous y adore, le même qui avez été couché dans la crèche, qui êtes maintenant plein de gloire au ciel, et qui serez, au dernier jour du monde, le Juge des vivants et des morts.

Je crois, Seigneur, ces divins Mystères, en attendant que je sois au ciel pour en comprendre les secrets. Je confesse que vous pouvez faire une infinité de choses admirables, qui surpassent ma connaissance. C'est pourquoi je vous adore en cette

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hostie, avec une croyance plus ferme que si je vous y voyais. Car mes yeux peuvent souvent se tromper, mais votre sainte parole est toujours véritable.»

 

Acte d'Humilité.

« Qui êtes-vous, mon Dieu? et qui suis- je? d'où me vient cette grâce, que vous vouliez vous donner à moi qui ne suis que misère et péché? Comment voulez-vous, ô mon Dieu, qu'un vase de corruption ose vous recevoir, vous qui êtes la bonté, la pureté et la sainteté même? Quelle témérité à moi de m'avancer à une chose si sainte et si sacrée, et quel excès de bonté de m'y inviter, malgré mon indignité!

Seigneur, la mauvaise disposition de mon âme ne vous est point cachée. Vous savez combien je suis misérable, toutes mes infidélités vous sont connues : d'où me vient donc cet amour? Vous m'invitez à manger une nourriture qui ne devrait être que pour les Saints ! Le premier de vos apôtres, étonné de ce

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que vous vouliez lui laver les pieds, vous disait : Quoi! Seigneur, vous, me laver les pieds! O mon Dieu, vous me faites bien plus, puisque vous vous donnez à moi. Pourquoi attachez-vous votre coeur à une si vile et si chétive créature? Le ciel ne peut renfermer votre grandeur, et vous daignez entrer dans une pauvre créature qui vous a tant de fois offensé. Je déteste et désavoue, mon Seigneur, tout ce qu'il y a en moi qui peut vous déplaire ; et, si par ma mort je pouvais détruire le péché, de bon coeur je sacrifierais ma vie, afin que vous ne fussiez pas offensé.

Hélas! mon divin Rédempteur, je confesse devant le ciel et devant la terre que je suis indigne de m'approcher de vous et de vous recevoir ; quand j'aurais tout l'amour des Séraphins, et que je vous aurais servi aussi fidèlement que tous les Saints ensemble, je serais toujours indigne de vous recevoir. Je vous supplie, mon Seigneur, de suppléer à mon indignité, préparez vous-même le logis et envoyez deux de vos disciples pour mettre tout en ordre.»

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Acte de Désir et d'Amour.

« Puisque votre bonté est si grande, ô mon Dieu, que vous me permettez de m'unir à vous, et que vous voulez bien entrer dans une créature qui en est si indigne, venez réjouir, vivifier et enrichir par votre présence l'âme de votre pauvre servante ; venez la sanctifier ; prenez possession de son coeur et le purifiez ; entrez dans son corps, et le consacrez par votre divin attouchement.

Je sais, mon Rédempteur, que ce Sacrement demande une extrême pureté, que je ne reconnais pas en moi. Mais je sais bien aussi que vous ne rebutez pas les pécheurs qui se présentent devant vous. Vous avez dit que vous n'êtes pas venu pour les justes, mais pour les pécheurs qui voudraient se convertir : dans cette vue, je prends la liberté de m'approcher de vous et de vous supplier d'entrer dans le logis de ma conscience, afin que vous daigniez guérir toutes mes plaies, et apporter le remède aux maux qui me travaillent. Venez donc, mon

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Seigneur, et opérez en moi toutes les merveilles que procure votre visite. Faites qu'en vous goûtant, je trouve insipide tout ce qui est du monde, et que je n'y prenne jamais de part.

Venez, divin Époux de mon âme ; préparez-vous à vous-même une agréable demeure en moi, venez-y, et y régnez à jamais. Éloignez de moi tout ce que vous y voyez qui puisse vous déplaire, détachez mon coeur de tout ce qui est au-dessous de vous. Rendez-moi telle que vous désirez que je sois, et faites de moi une image parfaite de votre sainte humanité ; pénétrez mon âme et enivrez-la de votre divin amour, transformez-moi tellement en vous, que je devienne l'objet de vos tendres complaisances.»

 

3. ACTES LORSQU'ON EST PRÈS DE RECEVOIR LA COMMUNION.

 

« Entrez, mon Seigneur, entrez en mon coeur. Pourquoi tardez-vous plus longtemps ?

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Venez, Seigneur, le bien-aimé de mon âme ; venez au plus profond de mon coeur.

Brûlez, ô feu consumant, tout ce que vous voyez en moi d'indigne de votre présence, et qui peut faire obstacle à votre gloire et à mon salut.»

 

4. DE L'ACTION DE GRACES APRÈS LA COMMUNION.

 

Instruction préliminaire.

On comprend dans l'action de grâces non seulement les actes de remerciement qu'on fait à Notre-Seigneur, pour le bienfait inestimable qu'on a reçu de lui par la sainte Communion, mais encore tous les sentiments de dévotion, d'amour et de joie spirituelle, avec les bons propos, offrandes et demandes sur lesquelles On s'occupe intérieurement, après une si sainte action.

Incontinent donc, après avoir reçu la sainte Hostie, nous devons fermer la porte de nos sens, pour entretenir à loisir et avec effusion Notre-Seigneur qui est venu nous visiter, et nous tenir comme la Madeleine attentive à ses

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paroles ; écoutons ce qu'il dira à notre coeur, ou bien parlons-lui nous-mêmes affectueuse­ment des importantes affaires de notre salut et de notre perfection.

L'âme doit regarder comme vraiment pré­cieux ce temps, durant lequel les trésors cé­lestes sont ouverts. Car le Père éternel, nous donnant son Fils même, ne sera-t-il pas prêt à nous donner aussi toutes les autres grâces, qui sont bien moindres ? Il ne faut donc pas perdre un seul moment d'un temps si favora­ble, ni laisser échapper l'occasion de nous enrichir, mais demander à ce vrai Médecin et souverain Roi qu'il remédie à nos maladies, et qu'il subvienne à nos nécessités spirituelles pendant que nous le possédons. Car si le seul attouchement de sa robe guérissait les mala­des (comme dit le saint Évangile, à cause qu'il sortait de lui une divine vertu), que n'opérera-t-il point dans une âme qui non seulement le touche, mais qui le possède tout entier ? Ne dit-il pas qu'il vient à nous pour nous faire vivre de plus en plus d'une vie divine?

Pourquoi donc plusieurs demeurent-elles si pauvres, si faibles, si tièdes, et toujours dans

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un malheureux train de vie, rampantes après tant de Communions? C'est sans doute parce que cette nourriture céleste n'opère pas en elles, selon le dessein de Notre-Seigneur ; parce qu'elles-mêmes n'opèrent rien sur elle : ce qui cependant est nécessaire pour en recevoir les admirables effets, comme il est nécessaire de la prendre en état de grâce, pour en recevoir le fruit essentiel et principal.

Elles possèdent Celui qui renferme en lui-même tous les trésors de la Divinité, et elles demeurent pauvres. Elles ont dans leur poi­trine Celui qui est un feu dévorant, et cepen­dant elles demeurent toujours en leur froideur, parce qu'elles laissent Notre-Seigneur incon­tinent après l'avoir reçu, dissipant leurs esprits et oubliant bientôt qu'elles l'ont en elles-mêmes, comme tirent les Juifs qui le reçurent avec grand honneur, le jour de son entrée dans Jérusalem, et le laissèrent incontinent tout seul dans le Temple, chacun s'en allant chez soi ou à ses affaires : de sorte qu'il sortit de la ville à jeun, sans qu'aucun y prît garde : aussi ne lit-on point qu'il y accorda aucune grâce.          

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Nous devons donc passer un temps si pré­cieux à rendre grâce à Dieu, à lui proposer tous nos besoins, et à lui demander ses grâces puisque ce temps nous est si favorable, et que Dieu ne manquera pas de nous, en donner abondamment, s’il nous trouve bien dispo­sées.

 

Formulaire d'action de grâces.

« Mon Seigneur et mon Dieu, qui avez bien voulu entrer dans mon âme, quelque pauvre et chétive qu'elle fût, je vous ouvre toutes les portes de mon coeur, afin que vous en preniez une parfaite possession. Mais d'où me vient ce bonheur, que mon Dieu vienne se communiquer à une pauvre créature pleine de misères? Ah! Seigneur, cela vient de votre amour, et non pas de mes mérites. Je vous en rends grâces de tout mon coeur, et désire que toutes les créatures vous en bénissent pour moi. Mais, ô mon Dieu, comme il n'y a que vous qui connaissez parfaitement l'excellence de ce divin don et de ce Sacrement, rendez-vous à vous-même les grâces et les louanges que vous méritez.

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Que je suis heureuse, Seigneur, de vous posséder dans mon coeur! Je me réjouis avec vous, mon Dieu, mon refuge, mon vrai bien ; je vous aimerai, Seigneur, de toutes mes forces ; allumez dans mon coeur ce feu consumant que vous êtes venu apporter sur la terre ; voici mon âme, Seigneur, que je vous présente, afin que vous l'embrasiez. A quoi tient-il qu'elle ne brûle? Je renonce à tout ce qui est en moi, qui peut vous déplaire. Recevez-moi en holocauste pour jamais. Comblez-moi de vos grâces, prenez-moi sous votre protection, délivrez-moi de mes péchés, assistez-moi pour vaincre telle tentation ou telle imperfection qui me travaille le plus. Ornez mon âme des vertus chrétiennes et religieuses, rendez-la conforme à votre sainte humanité ; faites qu'elle vous soit si fidèle, qu'elle ne s'éloigne jamais de votre volonté, qu'elle vous cherche continuellement par des désirs embrasés, jusqu'à ce qu'elle jouisse de vous, non plus couvert du voile des espèces sacramentelles, mais face à face et à découvert dans le ciel.»

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Instruction finale.

On pourra, si l'on veut, former plusieurs actes sur ces modèles, selon le mouvement du Saint Esprit, tâchant toujours de le faire d'un coeur pénétré et intérieurement touché, plutôt que par des paroles dites sans application, les­quelles ne peuvent être agréables à Dieu ; il vaut beaucoup mieux dire quatre ou cinq mots avec un sentiment intérieur, qu'une mul­titude qui ne serait dite que de la bouche seu­lement, sans que le coeur y eût part.

On ne doit pas oublier de demander bien des grâces à Notre-Seigneur. Car la bonté de cet hôte divin se plaint, si on ne lui demande rien : vu qu'il ne vient à nous que pour nous enrichir de ses grâces ; comme lorsqu'il était visible en ce monde, il n'est jamais entré en aucun lieu, sans y laisser des marques de sa présence par quelque bienfait particulier.

Il serait aussi très utile de former de fermes résolutions de vaincre quelque imperfection à laquelle on se trouve le plus porté, ou de pra­tiquer quelque vertu, dont les occasions sont plus ordinaires ; mais il faut surtout s'appliquer

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à l'amendement des fautes dont on s'est confessé, et offrir à Notre-Seigneur ces résolutions, pour lui marquer qu'on veut être à lui en effet et non de parole seulement.

Si on ressent une grande dévotion sensible, il faut profiter de ces précieux moments avec beaucoup d'humilité, et prendre garde d'attri­buer ce bienfait de Notre-Seigneur à nous être bien préparées ; mais le rapporter à sa seule grâce, qui veut confondre notre ingratitude par un surcroît de ses bontés.

Si, au contraire, nous nous trouvons sèches et arides, il ne faut pas trop s'abattre ni s'affliger, mais penser que les consolations de Notre-Seigneur sont pour les âmes fidèles et non pour les infidèles ; que c'est beaucoup qu'il veuille entrer en une demeure si pauvre, que nous ne méritons pas qu'il nous parle en ami familier, et cependant produire de son mieux des actes de foi, d'amour, d'actions de grâces et autres, et dire à Notre-Seigneur que notre ignorance et notre peu de capacité nous ôtent les moyens de nous entretenir avec lui ; mais que nous le supplions de suppléer à notre im­puissance, et de faire en notre coeur ce qu'il a

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dessein d'y faire, en le changeant entièrement et s'en rendant le maître, et lui offrir les senti­ments d'abaissement et d'amour, dans lesquels la sainte Vierge s'abîmait lorsqu'elle eut le bonheur de le recevoir, quand il voulut bien s'incarner dans ses entrailles sacrées, et enfin tâcher, de s'humilier beaucoup, et faire de son côté ce qu'on peut sans se troubler.

C'est une bonne pratique de se tenir sou­vent dans un silence intérieur, l'esprit tran­quille et l'âme élevée et attentive pour écouter ce que Notre-Seigneur voudra nous dire inté­rieurement, l'invitant de nous parler, en lui disant : Faites, Seigneur, entendre votre voix aux oreilles de mon coeur : car c'est vous qui avez les paroles de la vie éternelle. Parlez, ô mon Dieu ; apprenez-moi votre sainte volonté et le moyen de l'accomplir. Faites-moi connaître ce qui vous déplaît le plus en moi, afin que je le corrige. Et, si Notre-Seigneur veut bien nous découvrir ce qu'il demande de nous, tâcher de prendre les moyens et les résolutions de le pratiquer, et lui en demander la grâce. En finissant son action de grâces, il serait

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bon d'offrir à Notre-Seigneur tous les exer­cices et toutes les bonnes oeuvres qu'on doit faire le reste du jour, et même toutes celles qui doivent se faire par tout le monde, parti­culièrement toutes les Messes qu'on célébrera ce jour-là dans l'Église universelle, et lui demander sa bénédiction avant de le quitter, disant : Seigneur, je ne me séparerai point de, vous que vous ne m'ayez donné votre sainte béné­diction.

Et le reste du jour on doit se souvenir du bonheur qu'on a eu de recevoir un si bon hôte ; se tenir bien recueilli, se comporter en toutes choses avec une grande modestie, et faire de temps en temps des élévations à Dieu sur ce bienfait.

 

3. DU SALVE REGINA

qu'on chante tous les samedis.

 

La dévote pratique qui a toujours été dans notre Ordre de chanter le Salve Regina tous les samedis, est si agréable à la sainte Vierge, qu'elle l'a fait connaître et sentir par les faveurs

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particulières et intérieures qu'elle a sou­vent communiquées à ceux et celles qui s'en acquittent dignement. Notre Mère sainte Thé­rèse la vit un jour, comme on le chantait, descendre du ciel avec une multitude d'Anges, qui lui dit qu'elle avait été présente aux louanges qu'on avait chantées à son Fils, et qu'elle avait eu soin de les lui présenter. Il est encore rapporté que, dans un Couvent de Carmes, comme on le chantait, la sainte Vierge parut à tout le Choeur, et dit : Chantez dévotement, mes enfants, car je vous ferai voir mon Fils Jésus en ce monde et en l'autre ; après quoi elle leur montra son divin Fils, qu'elle tenait entre ses bras. Nous devons donc assister à cette sainte action avec toute l'attention et la dévotion possible, considérant que la sainte Vierge nous a adoptées pour ses enfants d'une manière particulière, sans que nous l'ayons mérité par aucun endroit. La Direction pourra se faire en cette manière :

« Vierge sainte, ma bonne Mère, je vous offre l'action que je vais faire, qui est de chanter vos louanges. Je désire m'en acquitter avec toute la perfection qui me sera

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possible pour votre gloire, et pour vous supplier de me prendre sous votre sainte protection, de me rendre votre cher Fils favorable, et d'avoir soin de moi à l'heure de ma mort.»

 

4. DU CHAPITRE.

 

L'infirmité de la nature ne peut nous ga­rantir de tomber en plusieurs fautes, tant par faiblesse, nue par négligence, quelquefois même par malice : voilà pourquoi la Religion, appliquée au bien spirituel de ses enfants, a ordonné que nous ayons le remède à un mal si fréquent, instituant l'Exercice des Coulpes et des Chapitres pour l'abolition des fautes extérieures.

Dans ce saint Exercice, le démon perd en un moment ce qu'il a gagné sur les âmes re­ligieuses en beaucoup de temps : car, décou­vrant ses fautes avec humilité et contrition, et étant disposée à en recevoir la pénitence, on lui ôte tout l'avantage qu'on lui avait donné en les commettant.

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En effet, par l'humble accusation et mani­festation de nos fautes, nous en faisons un désaveu ; nous purifions nos coeurs, nous sa­tisfaisons à la justice de Dieu, nous évitons la confusion du jugement universel, nous répa­rons le scandale et le mauvais exemple que nous avons donné, nous acquérons la vertu d'humilité et le mépris de nous-mêmes, nous empêchons la Religion de déchoir, vu que le mal, quelque petit qu'il soit, ne demeure pas impuni et ne prend point de racine. Voilà le grand profit de ce saint Exercice.

Les Novices disent leurs fautes ordinaire­ment une fois la semaine au Noviciat, et au Chapitre toutes les fois qu'il y en a : elles doi­vent donc, avant de les dire, s'examiner un peu sur les fautes extérieures et manifestes qu'elles ont commises, car les intérieures ne se disent point là ; elles sont réservées pour la Confession. La Direction pourra se faire de cette manière.

« Mon Dieu, donnez-moi la grâce de m'accuser de mes fautes avec humilité, de recevoir avec patience les remontrances qu'on me fera, et de profiter des avis qu'on me

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donnera. Sainte Vierge, obtenez-moi cette grâce, je vous en supplie.»

 

5. DE L'ASSISTANCE AU SERMON.

 

Nous devons regarder les Prédicateurs comme nous étant envoyés de Dieu pour nous faire entendre sa parole, ce qui doit nous porter à les écouter avec révérence et désir d'apprendre les vérités du ciel qu'ils nous prêchent ; à assister à leurs discours avec la même affection que la Madeleine se tenait aux pieds de Notre-Seigneur lorsqu'il prêchait, ou comme les premiers Chrétiens convertis par les Apôtres, qui attiraient sur eux visible­ment le Saint Esprit, par la grande dévotion qu'ils avaient à les entendre. Nous ne devons donc aller aux instructions qu'avec un esprit recueilli et une sincère intention d'en tirer du fruit pour le salut de notre âme, et non pour contenter notre curiosité. La Direction pourra se faire de la manière suivante :

« Esprit Saint, qui êtes le Docteur de l'Église, disposez mon coeur pour recevoir

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les paroles de vie que vous allez proférer par le Ministre de la parole qui est votre organe ; faites-moi la grâce d'en tirer des fruits dignes du ciel. Sainte Vierge, je vous supplie de m'obtenir cette faveur, et vous demande la même grâce pour tous ceux et celles qui vont, comme moi, assister à cette Instruction.»

 

6. DU PARLOIR.

 

On ne peut pas excuser les Religieuses qui désirent d'être visitées des séculiers, car c'est une marque assurée qu'elles ont de l'attache au monde, puisqu'elles veulent entretenir son commerce. Notre-Seigneur dit que celui-là est indigne du royaume des cieux, qui, après avoir mis la main à la charrue, regarde der­rière soi.

On doit avoir un grand éloignement du monde qu'on a quitté pour Dieu, et l'expé­rience fait souvent voir et sentir qu'on y perd le repos de l'âme, l'esprit se trouvant rempli de plusieurs pensées qui occupent et souvent

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troublent l'Oraison. Mais cependant, l'obéis­sance devant être l'unique règle de nos ac­tions, comme l'amour de Dieu doit en être le principe, il faut y aller quand elle nous le commande, ou que la charité l'exige.

Quand on sera avertie d'y aller, il faut in­continent tâcher d'élever son coeur à Dieu, lui demander la grâce de n'y rien dire ni faire qui puisse lui déplaire ni qui nous recule de notre avancement spirituel. Et, pour obtenir cette grâce, on pourra, si l'on veut, se servir de la Direction suivante :

« Seigneur, je croyais avoir quitté le monde, et voilà qu'il me recherche ; ne permettez pas que mon coeur y prenne jamais aucune affection ; c'est purement pour satisfaire à l'obéissance que je vais communiquer avec lui un instant. Faites-moi la grâce d'être bien attentive sur moi-même, et de ne rien dire qui puisse vous déplaire ou m'éloigner de vous.

En entrant au Parloir, on se met à genoux pour dire l’Ave Maria à la sainte Vierge, afin de lui demander son assistance, comme il est marqué au Papier d'exaction, et l'on observe

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les autres petits règlements qui y sont mar­qués touchant la manière d'ouvrir la grille, et la contenance religieuse avec laquelle on doit y être, prenant garde d'y faire des éclats de rire, ce qui est contre la modestie. On n'y demeure pas ordinairement plus d'une demi-heure, à moins que ce ne soit pour des per­sonnes éloignées, qui viennent rarement, ou pour quelque autre occasion particulière qui n'arrive pas souvent : et dans ce cas, on doit en demander la permission.

 

7. DE LA MANIÈRE DE SE COMPORTER A L'INFIRMERIE.

 

Notre-Seigneur, à la suite duquel nous allons, ayant été un Homme de douleur et couvert de plaies dans toutes les parties de son corps, a sanctifié en lui-même toutes les ma­ladies, faiblesses et douleurs qui nous arri­vent, et il veut que nous expérimentions, à son exemple, ce que c'est que de pâtir ; il en­voie assez souvent des maladies à ses serviteurs

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et servantes, pour éprouver, dans la souffrance, la vérité de leur amour pour lui. Il faut donc, quand Dieu nous en envoie quelques-unes, les recevoir avec des actions de grâces, et dire de tout son coeur : Cette in­firmité, Seigneur, que vous m'envoyez, est une visite de votre part ; je la reçois avec soumission d'esprit, me résignant en tout à votre sainte vo­lonté.

Quand quelqu'une de nos Soeurs se trouvera attaquée de quelque maladie, elle doit le dire simplement à la Prieure ou à sa Maîtresse, sans l'exagérer ni la diminuer, non à dessein d'être soulagée, s'en reconnaissant indigne, mais pour avoir le mérite de l'obéissance dans la souffrance de son mal.

Si on l'envoie à l'Infirmerie et qu'elle puisse se mettre à genoux, elle le fera devant une image et s'offrira à Dieu en qualité de victime entièrement dévouée à sa sainte volonté, pour la vie ou pour la mort, pour la maladie ou la santé, pour tant et si longtemps qu'il plaira au Seigneur.

Elle se laissera absolument traiter selon l'ordre de l'Obéissance, et prendra les remèdes

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qu'on jugera à propos de lui donner, quel­que répugnance qu'elle y sente ; se souvenant que c'est alors le temps de faire paraître la vertu qu'on doit avoir acquise, et de mettre en pratique le grand désir qu'on a de souffrir et de se mortifier pour Dieu : si la répugnance est fort grande, elle tâchera de la vaincre gé­néreusement, croyant d'un côté que c'est Dieu qui lui envoie cette coupe amère, et de l'autre, considérant l'amour avec lequel Jésus-Christ but le calice de sa Passion, elle se dira à elle-même : Pourrais-je refuser cette potion que mon Père céleste m'envoie et que mon Sauveur Jésus-Christ a bu le premier ? Elle doit être fort obéissante à l'Infirmière, et ne pas trop facilement se plaindre ni exagérer son mal, mais dire simplement comme elle se trouve, quand on le lui demandera.

Quand elle commencera à se lever et qu'elle sera convalescente, elle tâchera de se rendre tous les petits services que son état lui per­mettra, prévenant l'Infirmière là-dessus, pour lui en ôter la peine ; aidant, si elle le peut, à faire son lit, à se desservir après le repas, à faire quelques petits rangements dans l'Infirmerie,

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et fera aussi quelques petits ouvrages pour fuir l'oisiveté et se divertir l'esprit. Le tout, s'entend, autant que le mal pourra le lui permettre, sans beaucoup s'incommoder.

Elle pourra se récréer avec celles qui vien­dront là voir, ou avec les Infirmières, à la ré­serve cependant des heures de Communauté, pendant lesquelles on doit garder le silence, si ce n'est pour quelque chose de nécessaire. Pour le grand silence, on doit toujours le garder, à moins d'une grande nécessité, ou que le mal ne fût grand.

Elle doit tâcher d'élever de temps en temps son esprit à Dieu, soit par quelque douce et tranquille aspiration, soit par un recueille­ment intérieur.

Aussitôt qu'elle se portera mieux et qu'elle se verra en état de retourner à son Obser­vance, et d'aller à quelque partie de l'Office, elle doit en demander permission, marquant bien de la ferveur là-dessus ; mais si l'obéis­sance ne le lui permet pas encore, elle s'y sou­mettra avec beaucoup de simplicité et de rési­gnation.

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8. DE LA DÉVOTION A DIFFÉRENTS SAINTS.

 

1. A la sainte Vierge.

Comme enfants bien-aimés et chéris de la sainte Vierge, nous devons l'honorer d'une tendresse singulière, la reconnaissant pour notre libératrice, qui nous a mis dans l'Ordre qui lui est dédié, qu'elle chérit entre tous les autres, et où l'on fait profession très particulière de la servir ; nous devons donc nous la mettre souvent devant les yeux, afin de l'imiter, et considérer que tout le respect qu'on lui porte doit tendre à s'avancer dans la vertu, en suivant son exemple. Car de quoi nous servira-t-il de lui rendre un honneur extérieur, si en même temps nous méprisons les Instructions saintes qu'elle nous a données, non seulement par ses paroles, mais encore plus par toutes les actions de sa vie? La sainte Vierge a toujours été occupée, dans le secret de son intérieur, à une méditation continuelle

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des choses saintes, élevant son esprit au-dessus de la terre, et le tenant continuelle­ment uni à Dieu.

C'est ce que nous devons tâcher de faire dans la profession que nous avons embrassée : vivant en secret, nous retirant au dedans de nous-mêmes pour demeurer sans cesse en la présence de Dieu, pour y écouter sa voix dans un profond silence, et pour y jouir de cette paix et de cette joie dont il comble ceux qui le cherchent et qui se donnent à lui de toute l'étendue de leur coeur.

Enfin nous devons prendre la sainte Vierge pour notre modèle en tout, et nous la mettre souvent devant les yeux lorsque nous sommes dans l'exercice de quelque vertu, afin de l'imiter. Nous devons penser que nous ne serons pas de vrais Enfants du Mont Carmel, si, à l'imitation de tous les Saints de notre Ordre, nous n'avons une tendresse toute particulière pour cette digne Mère. Nous devons avoir re­cours à elle dans tous nos besoins, dans nos peines et tentations ; offrir toutes nos actions à Dieu, par son moyen ; lui faire quelque prière particulière par jour, et nous réjouir

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quand on chante quelque chose en son honneur.

Nous devons aussi honorer notre Scapulaire, comme un présent de sa main. Le bien­heureux Hyacinthe de Saint-Laurent disait ordinairement qu'il le respectait autant qu'une Relique, puisque c'était un présent de la sainte Vierge. En le prenant et le quittant, on le doit baiser dévotement ; il y en a même qui se mettent à genoux pour le prendre le matin.

 

2. A saint Joseph.

De cette même source provient la sensible dévotion que nous devons avoir pour notre Père saint Joseph, qui mérita, par ses grandes vertus, d'être Époux de la sainte Vierge. Son humilité et l'amour qu'il a eu pour la vie ca­chée, l'empêchèrent de s'élever de cette grande dignité et du choix que Dieu avait fait de lui pour être le nourricier de son Fils. Il est de­meuré avec joie dans un état bas et méprisable selon le monde, menant une vie tout inté­rieure et cachée en Dieu. C'est ce que nous devons imiter en ce Saint, considérant combien

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sa gloire est immense dans le ciel, et de quelle efficace est son intercession. La dévo­tion à ce Saint nous a été beaucoup recom­mandée par notre Mère sainte Thérèse, et a toujours été eu grande vénération dans notre Ordre, aussi bien que la dévotion à sainte Anne, puisqu'elle a mérité d'être mère de la sainte Vierge.

 

3. A sainte Thérèse.    

Nous devons aussi honorer notre Mère sainte Thérèse avec une tendresse toute parti­culière, et tâcher d'imiter ses vertus, et sur­tout le grand zèle qu'elle avait pour le salut des âmes, qui lui a fait tant répandre de lar­mes devant Dieu, pour celles qui se perdaient, et qui lui faisait dire qu'elle aurait donné mille vies pour en sauver une seule. C'est ce zèle qui l'a portée à établir notre Réforme, comme on le voit dans ces écrits où elle nous dit : « L'un de vos principaux devoirs est de vous occuper toutes à prier pour les prédicateurs, pour les défenseurs de l'Église, et pour les hommes qui soutiennent sa querelle,

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et qui s'emploient au salut des âmes.»

Elle nous dit encore dans le Chemin de Per­fection : « O mes chères Soeurs en Jésus-Christ, aidez-moi à demander à Notre-Seigneur la grâce qu'il ne se perde point tant d'âmes. C'est pour cela qu'il vous a ici assemblées : c'est là votre vocation ; ce sont là vos véritables affaires ; ce doit être l'objet de vos désirs et le sujet de vos larmes ; c'est à quoi vous devez sans cesse employer vos prières.»

Tels sont les propres paroles et les sentiments de notre Mère sainte Thérèse, par lesquels nous voyons que l'une de nos grandes obliga­tions est de prier pour tous les besoins de l'É­glise, et que nous ne pouvons pas nous dire de véritables Carmélites, ni de dignes filles d'une Mère si zélée, si nous ne nous acquit­tons fidèlement de ce devoir. Prions-la tous les jours de nous communiquer son esprit, et de nous donner la grâce d'observer exacte­ment nos Règles et Constitutions, et tous les saints enseignements qu'elle nous a donnés.

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4. A saint Élie et à saint Élisée.

Nous devons aussi avoir une grande dévo­tion à notre Père saint Élie, qui a habité les cavernes et la solitude du Mont Carmel, aussi bien qu'à saint Élisée qui fut son premier dis­ciple et son successeur. Ils ont été les premiers qui ont jeté les fondements de notre Ordre sur la montagne du Carmel, vivant dans l'an­cienne loi, plus de 900 ans avant la naissance de Jésus-Christ.

 

5. A saint Jean-Baptiste.

Saint Jean-Baptiste, qui est notre Patriarche dans le Nouveau Testament, et qui a vécu dans le désert, doit être encore notre modèle. Que faisait-il dans son désert? Il y vivait séparé de tout, dans un silence profond et une péni­tence merveilleuse ; il était toujours uni à Dieu, et occupé de lui ; enfin il a été comme la voix d'un homme qui crie, car il parlait sans cesse à Dieu par la prière.

Tâchons de suivre son exemple, et souve­nons-nous que nous avons embrassé une vie

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de pénitence, dont le Silence, la Retraite et l'Oraison font les principales parties ; ayons pour ce grand Saint une dévotion particu­lière, afin qu'il nous obtienne de Dieu la grâce de bien remplir nos devoirs dans notre solitude.

 

6. Au saint Ange Gardien.

Nous devons avoir un grand respect pour notre Ange Gardien, croyant, comme c'est la vérité, qu'il est toujours à notre côté, si nous ne le contraignons de s'en éloigner par quel­que faute. Quand cela est arrivé, on doit in­continent lui en demander pardon, et le prier humblement de se rapprocher, et de ne nous plus abandonner.

On doit aussi se rappeler souvent les chari­tables soins que nos Anges Gardiens ont de nous, les périls dont ils nous préservent, le démon nous tendant partout des pièges. Eh ! comment lui échapperions-nous, si nous n'a­vions des Anges pour nous conduire et nous protéger ?

Leur présence doit nous porter à nous tenir

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toujours, dans une grande modestie, soit en particulier, soit en communauté, et à ne rien faire qui puisse leur déplaire. Nous devons les honorer comme nos gouverneurs et précep­teurs, qui nous ont été donnés par notre Père céleste, à qui ils rendent compte de nos mau­vaises actions.

 

9. DU SAINT PATRON QU'ON TIRE AU SORT CHAQUE MOIS.

 

Avant de tirer les billets, on invoque le Saint Esprit par l'Antienne Veni, Sancte Spiritus. Et, en son particulier, on pourra, si l'on veut, se servir de la Direction suivante :

« Esprit Saint, qui pénétrez le secret des coeurs, et qui voyez clairement les nécessités de mon âme, faites-moi tomber au sort le Saint que vous désirez que j'honore, et la vertu dont vous savez que j'ai plus grand besoin. Vierge sainte, conduisez ma main pour choisir le billet qui m'est le plus convenable.»

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Après avoir tiré son billet, quand on est en son particulier, on doit invoquer le Saint qui est échu, le priant de vouloir bien nous prendre en sa protection, d'avoir agréable le dévouement que nous lui vouons dans le cours de ce mois, et de nous aider, par son interces­sion, dans l'exercice de la vertu que nous dé­sirons pratiquer, à son imitation.

Il serait bon de faire un peu d'Oraison sur la sentence et sur la vertu qui nous est échue. Tous les jours, le matin et le soir, on doit dire quelque prière à l'honneur de son saint Pa­tron, pour se recommander à lui.

On doit aussi recommander, tous les jours, à Notre-Seigneur les choses pour lesquelles on est obligée de prier par son billet.

 

10. DE LA MANIÈRE DE SE DISPOSER AUX PRINCIPALES FÊTES DE L'ANNÉE.

 

I. INSTRUCTION PRÉLIMINAIRE.

 

Pour bien solenniser les Fêtes, trois choses sont nécessaires.

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1° Se bien préparer avant la Fête.

2° Bien employer le jour de la Fête.

3° Passer saintement l'Octave de la Fête.

 

1. De la Préparation.

Les trois jours qui précèdent chaque Fête solennelle des Mystères de Notre-Seigneur, celles de la sainte Vierge, et les autres princi­pales qui sont célébrées par l'Église, il serait bon de s'appliquer intérieurement à observer ce qui suit :

1° Avoir un soin très particulier de la pu­reté de son coeur, ne donnant entrée volon­taire à aucune chose, quelque légère qu'elle soit, qui puisse offenser Dieu et empêcher les biens qu'il veut nous faire au jour de la Fête.

2° S'appliquer à faire ses exercices avec le plus d'esprit intérieur qu'on pourra, et tâcher d'avoir des pensées fréquentes de la Fête à la­quelle on se prépare ; faire souvent des aspi­rations à Dieu conformes au Mystère.

3° S'exercer en diverses actions des vertus de charité, de patience, de douceur, de mortification intérieure, et autres semblables, qui

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sont comme autant de beaux ornements qui embellissent notre âme dans laquelle nous devons recevoir Notre-Seigneur.

 

2. Pour le jour de la Fête.

Il faut se préparer avec un soin particulier à la réception des Sacrements, et, après la Communion, remercier Dieu de la grâce qu'il nous a faite dans le Mystère qu'on célèbre ce jour-là, et le prier de nous en appliquer le mérite.

Si ce sont des Fêtes de la sainte Vierge ou des Saints, remercier Notre-Seigneur de la grâce qu'il leur a faite, et de la gloire qu'il leur a donnée ; le supplier, par leurs mérites, de nous accorder le moyen efficace d'imiter leurs vertus.

Il serait bon aussi de faire l'Oraison sur le Mystère ou sujet de la Fête, et pratiquer les exercices du jour en mémoire de ce Mystère, tâchant de l'honorer en toutes nos actions : nous comporter intérieurement devant Dieu, avec la dévotion, le recueillement et la prati­que des vertus que requièrent la Fête et les

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grâces que nous avons reçues, ou que nous espérons recevoir en ce saint jour.

 

3. Pour l'Octave.

Il faut travailler à conserver la dévotion et le recueillement intérieur autant qu'on pourra, aussi bien en l'Octave qu'au jour de la Fête ; se gardant soigneusement d'offenser Dieu, et de lui déplaire volontairement.

Faire quelquefois des aspirations à Dieu sur le sujet du Mystère ou de la Fête, et quelque pratique de vertu en son honneur. . Se comporter intérieurement d'une manière qui témoigne la sainteté de ces huit jours, et la mémoire continuelle qu'on en fait : l'inten­tion de l'Église étant qu'on en conserve le souvenir, et qu'on continue les pratiques de dévotion à leur honneur.

 

2. INSTRUCTION POUR LES FÊTES EN PARTICULIER.

 

1. Pour le temps de l'Avent.

Pour passer ce saint temps avec fruit et uti­lité, nous devons tâcher de nous occuper inté­rieurement des grandes vertus que Notre-Seigneur

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pratique dans le sein de sa Mère : il y souffre dès le premier moment de sa vie une très étroite prison, dans une posture con­trainte, incommode, anéantie, et dans une profonde obscurité. Il s'offre, dans cet état souffrant, à Dieu son Père, comme une vic­time destinée à porter la peine de nos pé­chés.

Il y pratique la pauvreté et l'indigence ; il ne se dépouille pas seulement de toutes cho­ses, mais il se quitte soi-même, et se donne à nous. Que lui rendrons-nous pour tant de faveurs ? Il ne demande que notre coeur : ne le lui refusons pas. Vidons-le de toutes choses ; il veut en être l'unique possesseur, et tâchons de l'orner, pendant ce saint temps, des vertus qu'il vient lui-même nous enseigner, et dont il nous donne l'exemple, afin qu'il trouve en nous une demeure digne de lui.

Considérons encore qu'il est dans ce sein virginal, toujours occupé de Dieu son Père, dans une solitude et une oraison continuelles : ce lieu si saint est comme un aimable désert où ce divin Enfant se cache, et où il fait le lieu de son repos. Si nous voulons que le Fils

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de Dieu prenne une nouvelle vie dans notre âme, aimons le recueillement ; fermons la porte de nos sens, rentrons au dedans de nous-mêmes, et appelons-y Jésus notre bien-aimé ; entretenons-nous avec lui familièrement, et faisons que toutes nos actions, tant extérieures qu'intérieures, se rapportent à l'honorer dans ce grand Mystère. Adressons-nous aux trois Personnes de la sainte Trinité : conjurant le Père de nous donner son Fils bien-aimé ; le Fils, qu'il daigne s'y donner à nous, et le Saint Esprit, qu'il nous dispose à le recevoir.

Ayons aussi recours à la sainte Vierge, et considérons qu'elle a imité la disposition de Jésus-Christ qu'elle portait dans son sein. Elle tâchait de se tenir attentive à lui, et aussi ap­pliquée à l'adorer et le prier, qu'il était lui-même attentif à prier son Père. Elle a cru que si elle était si heureuse que de porter Dieu dans ses entrailles, elle ne devait autre chose que lui rendre gloire dans un profond anéan­tissement de tout ce qu'elle était, et dans une admiration de toutes les merveilles qu'il avait faites en elle. C'est dans cette disposition, par cette attention sur nous-mêmes, que nous devons

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nous préparer à la venue de ce divin Enfant. Prions la sainte Vierge de nous le donner, et que notre coeur soit le berceau où elle daigne le déposer.

 

2. Pour la Fête de Noël.

Le saint jour de Noël étant venu, ranimons notre dévotion et présentons-nous avec la plus profonde humilité devant le Sauveur dont nous célébrons la naissance ; adorons de tout notre coeur celui que nous voyons ainsi humi­lié, obligé de se retirer dans une étable, couché dans une crèche, au milieu d'animaux, réduit à une extrême pauvreté et disette de toutes choses : offrons-lui notre âme pour étable et notre coeur pour crèche, le suppliant que, puisqu'il n'a point dédaigné celle où il a été, il lui plaise avoir agréable la demeure que nous désirons lui consacrer, non pour un temps, mais pour tout le reste de notre vie et pour l'éternité.

Tâchons, pendant tout ce jour et les Fêtes suivantes, de nous tenir, le plus qu'il nous sera possible, l'esprit attentif dans cette sainte étable, auprès de ce divin Enfant ; considérant

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que, tout Dieu qu'il est, il s'est anéanti et fait Homme pour l'amour de nous. Prosternons-nous humblement à ses pieds, les arrosant de nos larmes ; offrons-lui le sacrifice de notre coeur, le lui donnant tout entier ; faisons-lui un parfait abandon de nous-mêmes, afin que nous soyons tout à lui pour jamais, et qu'il agisse en nous pour tout ce qu'il lui plaira, sans aucune résistance de notre part. Disons-lui confidemment toutes nos peines ; décou­vrons-lui tous les mouvements de notre coeur ; marquons-lui notre reconnaissance de l'amour infini qu'il nous a porté ; visitons-le souvent en esprit, pendant les quarante jours qu'il a bien voulu demeurer dans cette pauvre étable ; invitons les Anges à venir avec nous l'adorer ; prions la sainte Vierge de nous recevoir en sa compagnie, et de nous permettre de rendre quelques petits services à son cher Fils.

 

3. Pour le temps du Carême.

Nous devons considérer que le Fils de Dieu, étant venu sur la terre pour être notre modèle, a bien voulu se retirer dans le désert pendant

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quarante jours, et jeûner pendant l'espace de ce même temps, pour animer par un exemple si saint et si salutaire, et pour sanctifier toutes nos actions.

Notre jeûne doit donc être une imitation du sien, quelque faible et imparfaite qu'elle puisse être ; mais ce jeûne serait peu de soi-même, s'il n'était accompagné des autres cir­constances qui doivent le rendre agréable aux yeux de notre adorable Sauveur, qui se plai­gnait des Juifs, en leur disant qu'il ne consi­dérait point tous leurs jeûnes ni toutes leurs peines, parce qu'ils faisaient toujours leur propre volonté comme auparavant. « Mais voici, dit-il, le jeûne que je vous demande : rompez les chaînes et les liens qui vous engagent ; combattez vos mauvaises habitudes, votre amour-propre, votre propre jugement, votre propre volonté ; tâchez d'éviter tout ce qui peut déplaire à Dieu, et d'accompagner votre jeûne par toutes sortes de bonnes oeuvres, car en vain voulez-vous vous élever à Dieu par le jeûne, si vos passions vous abaissent toujours contre terre.»

Un des moyens que Dieu nous fournit pour

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les vaincre, c'est l'Oraison continuelle, à l'imitation du Sauveur qui passa ces quarante jours dans la prière. Tâchons donc, à son imi­tation, de nous tenir, autant que nous le pourrons, unies à Dieu, et de nous occuper souvent, pendant cette sainte Quarantaine, des douleurs, affronts et mépris que notre adorable Sauveur a soufferts pendant sa Pas­sion : ce saint temps étant destiné plus parti­culièrement pour l'accompagner dans ses souffrances, y participant, autant que nous le pourrons, par la mortification intérieure et extérieure, chérissant les petites occasions qui s'en présentent, comme autant de moyens de nous unir plus étroitement à notre cher Époux.

 

4. Pour les sept Stations du Vendredi Saint.

On pourra, si l'on veut, se servir des prières suivantes, en priant Notre-Seigneur de nous appliquer les mêmes indulgences qu'il accorde à ceux qui font les Stations de Jérusalem.

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I.

La première Station sera le Cénacle où Notre-Seigneur institua le saint Sacrement de son Corps et de son Sang, et où il communia les saints Apôtres.

PRIÈRE.

« Je vous rends grâces, mon adorable Sau­veur, qui, par une invention adorable de votre amour, avez trouvé le moyen de de­meurer avec nous, instituant cet adorable Sacrement pour nous servir de nourriture spirituelle. Je vous supplie, mon divin Sauveur, de me renouveler entièrement, afin que je devienne une demeure qui vous soit agréable ; donnez-moi une vraie dévo­tion et une tendre affection de coeur envers vous dans cet adorable Sacrement ; puri­fiez mon âme par votre grâce ; embaumez-la du parfum agréable des vertus, afin que, vous recevant souvent avec les dispositions que vous demandez, je vous sois unie, et que je vive tellement de votre vie, que je

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puisse dire que je ne vis plus, mais que c'est vous qui vivez en moi.»

Un Pater et un Ave pour demander la dévotion au Saint Sacrement et la grâce de ne jamais faire de Communion indigne.

 

II.

La seconde Station sera le Jardin des Oli­ves, où Notre-Seigneur fit son Oraison et sur le sang et l'eau.

PRIÈRE.

« Je vous rends grâces, mon adorable Sau­veur, qui, à l'approche de votre mort, vous retirâtes au Jardin des Olives avec vos Apôtres ; et, après leur avoir témoigné que votre âme était triste jusqu'à la mort, fîtes une longue Oraison à votre Père, vous re­mîtes entièrement à sa disposition, disant que sa volonté fût faite, et non la vôtre, et qui, par une sueur inouïe, fîtes sortir de vos veines une telle abondance de sang que la terre en fut trempée ; faites, mon Dieu, que j'aie recours, à vous par la prière en tous

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mes besoins, et que je m'abandonne à votre providence, sans regarder ma propre vo­lonté ni mes intérêts ; que je ne fuie jamais les maux de cette vie, et que la crainte des adversités ne me détourne jamais de faire quelque bien ; mais que je reçoive toutes choses avec un esprit soumis et tranquille, comme venant de votre main ; que je les supporte toutes courageusement pour l'a­mour de vous. Faites, mon Dieu, que mon coeur, percé d'une douleur amère des offenses que j'ai commises, s'attendrisse sur mes misères ; que le souvenir de ces ruis­seaux de sang que vous avez versés pour nettoyer mon âme de ses souillures, excite en moi des larmes de pénitence et de com­ponction, afin que je puisse ressentir les effets de votre miséricorde.»

Un Pater et un Ave pour demander la rési­gnation à la volonté de Dieu, la contrition et la grâce finale.

 

III.

A la troisième Station, on considérera comme Notre-Seigneur fut pris, lié par les

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Juifs, et conduit de tribunal en tribunal, où il souffrit mille railleries, opprobres et indi­gnités.

PRIÈRE.

« Je vous rends grâces, mon adorable Jésus, qui, dans la cruelle nuit qui précéda votre mort sanglante, fûtes exposé pour moi au mépris et à la risée de vos ennemis, qui fûtes outragé de soufflets et de coups de poing, qui souffrîtes pour moi tant de blasphèmes et tant d'indignités, et qui toute la matinée fûtes conduit de tribunal en tribu­nal, où vous endurâtes des tourments inouïs sans vous plaindre. Et moi, Seigneur, vous savez combien il m'est fâcheux de sup­porter même les moindres peines. Vous sa­vez, que je n'ai point de vertu, que ma volonté est lâche, et que mes meilleurs dé­sirs sont pleins de froideur. Seigneur, se­courez miséricordieusement ma faiblesse et donnez-moi votre grâce, afin que nul effort des adversités de la terre ne m'épouvante ni ne m'abatte. Faites que les maux qui pourraient me survenir ne m'ôtent pas

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le courage, et que les offenses ne me trou­blent point ; mais que, recevant tout avec actions de grâces, je rapporte tout à la gloire de votre saint nom.»

Un Pater et un Ave pour demander l'esprit de mortification.

 

IV.

La quatrième Station sera la salle de la fla­gellation, où Notre-Seigneur fut déchiré à coups de fouets.

PRIÈRE.

« Je vous rends grâces, doux Jésus, qui con­sentîtes d'être dépouillé de vos habits, d'ex­poser à la vue des soldats votre chair très pure et très sacrée, d'être attaché tout nu à une colonne, pour y endurer une grêle ef­froyable de coups de fouets, qui firent sortir de toutes les veines de votre corps une grande abondance de sang, dont vous res­tâtes tout couvert, et qui souffrîtes amou­reusement ce tourment si douloureux, pen­sant à moi au milieu de vos douleurs, et les offrant au Père éternel, en satisfaction

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de toutes mes offenses, et pour guérir mes plaies par les vôtres. Ôtez de mon coeur toutes les mauvaises pensées ; dépouillez-moi du vieil homme, pour me revêtir du nouveau, qui a été créé selon Dieu, en sain­teté, en vérité et en justice. Donnez-moi la grâce de supporter patiemment et humble­ment les coups dont il plaira à votre main paternelle de me châtier. Faites que la vue de votre chair innocente et pure, traitée avec tant de rigueur, me porte efficacement à châtier ma chair souillée et criminelle, et que la considération de vos plaies fasse que je sois toujours prête à mourir, plutôt que de faire rien qui puisse vous déplaire.»

Un Pater et un Ave pour demander la pu­reté de corps et d'esprit, et pour l'extermi­nation du péché d'impureté dans tout le monde.

 

V.

La cinquième Station sera le Prétoire de Pilate, où Notre-Seigneur fut couronné d'é­pines.

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PRIÈRE.

« Je vous rends grâces, mon adorable Jésus, qui, après avoir enduré tant de coups de fouets, après avoir répandu tant de sang, fûtes encore outragé par des impies, de nou­velles railleries et de nouvelles injures ; qui, pour vous faire plus de honte, vous revêti­rent d'un manteau de pourpre, serrèrent votre tête sacrée d'une couronne d'épines, mirent en votre main un roseau au lieu d'un sceptre, et, fléchissant le genou devant vous, vous disaient par moquerie : Je vous salue, Roi des Juifs. Percez moi : coeur du souvenir de vos douleurs, et blessez-le des flèches ai­guës de votre fervente charité ; faites que je n'aime que vous, que je ne m'occupe que de vous, que je ne trouve qu'en vous mon repos et mon assurance ; que nulle affliction, nulle peine, nulle persécution ne me puissent jamais séparer de vous.»

Un Pater et un Ave pour demander l'humi­lité, et pour l'extermination des péchés de vanité, d'ambition et d'orgueil dans tout le monde.

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VI.

A la sixième Station, on considérera Notre-Seigneur allant sur la montagne du Calvaire, chargé du pesant fardeau de sa Croix.

PRIÈRE.

« Je vous rends grâces, mon adorable Sauveur, qui, n'étant pas rassasié de tant d'outrages et de tourments soufferts à mon sujet, voulûtes bien encore, sur vos épaules déjà si fatiguées, porter jusqu'au Calvaire la croix à laquelle vous deviez être attaché pour l'expiation de mes péchés et de ceux de tout le monde. Accordez-moi la grâce d'embrasser coura­geusement toutes les croix qu'il plaira à votre providence de m'envoyer ; et puisque vous m'invitez à venir après vous, à renon­cer à moi-même et à porter ma croix, don­nez-moi la force d'accomplir ce que vous me commandez ; et faites qu'imitant par amour l'exemple des vertus que vous avez pratiquées pendant le cours de votre Passion, je devienne digne de vous suivre fidèlement

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jusqu'à la mort, comme je le dé­sire.»

Un Pater et un Ave pour ceux qui sont en péché mortel, et pour la conversion des pé­cheurs endurcis.

 

VII

La septième Station sera le Calvaire où Notre-Seigneur fut crucifié, et mourut sur la Croix.

PRIÈRE.

« Je vous rends grâces, doux Jésus, qui souffrîtes que votre corps attaché avec de gros clous sur le bois de la croix fût élevé de la terre, et demeurât l'espace de trois heures suspendu à ce poteau, aussi doulou­reux qu'il était infâme, où vous ressentîtes en tous vos membres des peines inconceva­bles, que vous offrîtes à votre Père, afin de satisfaire à sa justice que j'avais offensée. Je vous adore, ô mon Dieu, sur ce gibet, avec d'autant plus de respect, que vous y êtes humilié à mon sujet ; je vous supplie d'accomplir en moi votre parole, en m'attirant

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à vous de telle sorte qu'étant détachée de toute affection pour les choses d'ici-bas, je ne m'occupe que de vous, que je n'aime que vous, ô mon amour et mon tout, et que je trouve en vous seul mon repos et mon assurance, pendant le temps et l'éternité. Ap­pliquez-moi aussi, mon Sauveur, la vertu du sang adorable qui coula de vos plaies sacrées ; purifiez-moi et me sanctifiez par l'onction de ce divin baume ; offrez-le à votre Père céleste, comme l'unique remède de tous mes maux ; faites que mon coeur, par un ardent amour, mérite de boire, et ma langue de recueillir les gouttes précieuses de ce sang divin.»

Un Pater et un Ave pour demander une bonne mort, et le détachement de toutes les choses de la terre, pour ne plus vivre que de la vie de Jésus.

 

 

5. Pour la Fête et l'Octave de l'Ascension.

Le jour de l'Ascension, nous devons tâcher de nous unir fortement à Notre-Seigneur Jé­sus-Christ dans la sainte Communion, le priant de prendre une entière possession de notre coeur, et de mettre notre âme dans un

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tel état, qu'il n'y ait rien dans elle qui puisse l'empêcher de s'élever avec lui, et de tendre toujours vers le ciel, qui est le lieu où il va.

L'heure de midi étant venue, nous devons aller au Choeur avec dévotion et recueillement intérieur, nous imaginant que nous allons avec Notre-Seigneur à la Montagne des Olives, et que nous marchons en la compagnie de ses Apôtres et Disciples, pour voir cette glorieuse Ascension du Fils de Dieu qui va monter au ciel, afin que nous montions avec lui ; et, comme nous ne pouvons y monter avec notre corps, montons-y par les désirs de notre âme. Mais comprenons que notre adorable Sauveur est descendu avant de monter, et que nous devons, à son imitation, nous humilier pour être élevées.

Étant au Choeur, représentons-nous cette grande Montagne, et considérons toutes les choses qui se passèrent en ce lieu. Adorons Notre-Seigneur profondément avec les Apô­tres ; rendons-lui d'infinies actions de grâces de tout ce qu'il a fait et souffert pour notre salut.

Supplions-le de nous permettre de baiser ses plaies sacrées, et de nous y retirer comme

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le plus agréable séjour de notre esprit, afin que, montant au ciel, nous le suivions inséparablement, et que nous y tenions toujours notre coeur et notre pensée, comme le lieu où est notre trésor.

Supplions-le de nous donner sa sainte bé­nédiction, et regardons-le s'élever par sa pro­pre vertu, nous représentant qu'il nous dit : « Je m'en vais vous préparer une demeure éternelle dans ma maison ; ne vous attachez point à la terre : ce n'est pas là que vous devez vous établir ; laissez ce partage aux réprouvés ; votre héritage est dans le ciel.» Tâchons de nous rendre dignes de cette faveur ; marchons sur ses vestiges ; suivons les traces de son humilité, de sa douceur, de sa patience, de sa pauvreté, de son obéissance et du mépris qu'il a fait des vanités du monde. C'est par là que nous entrerons dans la gloire qu'il possède aujourd'hui, où nous devons l'adorer avec toute la Cour céleste, nous unissant à toutes les louanges qui lui sont rendues, et remerciant le Père éternel de nous l'avoir donné pour rédempteur et médiateur.

Les dix jours depuis l'Ascension jusqu'à la

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Pentecôte sont plus particulièrement consa­crés à la retraite, pour se disposer à recevoir les dons du Saint Esprit, et pour imiter les Apôtres, qui, après avoir vu Notre-Seigneur monter au ciel, se retirèrent dans le Cénacle, s'écartant du bruit et du tumulte du peuple, s'appliquant à de ferventes Oraisons pour avancer la venue du Saint Esprit, qui leur avait été promise, sachant que les promesses di­vines s'accomplissent par le moyen de la prière.

Entrons en esprit dans le Cénacle, proster­nons-nous aux pieds des Apôtres, les suppliant de nous accepter en leur sainte compagnie et de vouloir permettre que nos indignes prières et tous nos exercices prennent force et valeur du mérite efficace des leurs.

Voyons encore ce qu'ils ont fait, lorsqu'ils ont vu Jésus-Christ séparé d'eux. Ils ont commencé à faire réflexion sur le peu d'usage qu'ils avaient fait d'un avantage aussi grand, comme est celui qu'ils avaient eu d'être ses Disciples : car ils n'ont pu se cacher à eux-mêmes tant d'imperfections qu'ils ont fait paraître et que Jésus-Christ leur a lui-même si souvent reproché avec tant de force ; ils se sont rappelé

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cette faiblesse, cette langueur de leur foi, qui s'accoutumait à voir d'un oeil indifférent les merveilles que Dieu faisait avec éclat tous les jours en leur présence. Ils se sont trouvés confondus d'avoir si peu imité, jusque-là, la vie du Sauveur, sa profonde humilité, son assiduité à la prière, sa retraite, et tant d'autres admirables vertus dont il leur avait donné l'exemple pendant sa vie.

Nous n'avons qu'à nous proposer ce modèle des Apôtres, et ces dispositions saintes, dans lesquelles ils ont passé ces dix jours, pour nous préparer à la descente du Saint Esprit ; nous devons voir si notre piété n'a pas été plutôt une apparence de piété qu'une piété véritable ; si nos actions ont été intérieurement animées de l'Esprit de Dieu ; si nous avons fait les actions les plus saintes avec l'esprit de sainteté dans lequel elles doi­vent être faites. Ne rendons-nous point inutiles tant d'avantages que nous avons reçus de Dieu pour notre salut? approchons-nous de Jésus-Christ, dans nos Communions, avec la foi et la révérence que nous devons ? en retirons-nous le fruit qu'il veut que nous en retirions ?

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voyons-nous assez les fautes que nous avons commises contre cet esprit d'amour que nous attendons, et contre la charité qu'il a répan­due dans le coeur des fidèles?

Les Apôtres furent sensibles, dans ces dix jours, aux fautes par lesquelles ils avaient pu altérer la charité, et contrister le Saint Esprit ; mais, en s'affligeant de ces fautes, ils ne se lais­saient pas abattre, et c'est encore ce que nous devons imiter. Ils voyaient toutes leurs imper­fections sans se troubler. Ils soupiraient paisi­blement, dans l'espérance que Dieu y apporterait bientôt le remède, par cet esprit de charité qu'il allait répandre en eux. Ils se contentaient de porter paisiblement cet état d'imperfection, et de s'humilier profondément dans la vue de tant de faiblesses ; plus ils en avaient de confu­sion et de douleur, plus ils criaient vers Dieu, afin qu'il les revêtît de sa vertu toute-puissante, comme le Fils de Dieu le leur avait promis, et qu'il les changeât en de nouvelles créatures.

Faisons ce qu'ils ont fait ; voyons nos fautes ; condamnons-les, gémissons-en, et prions Dieu, dans ce saint temps, de répandre sur nous celui qui seul peut y apporter le remède ;

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vidons nos coeurs de tant d'imperfections, afin que le Saint Esprit, trouvant dans nous ce grand vide, le remplisse de ses grâces.

Adressons-nous à la sainte Vierge, la sup­pliant d'intercéder pour nous auprès du Père éternel et de son Fils, afin qu'ils nous accordent la plénitude du Saint Esprit ; faisons tous les jours, pendant ce saint temps, quelques prières particulières pour obtenir cette grâce, et tâ­chons de nous tenir bien recueillies et fidèles à tous nos devoirs ; prions aussi pour l'Église et pour tout le monde en général.

 

Pour l'Octave du Saint Sacrement.

On met ici la petite Octave que notre bien­heureux Père le Cardinal de Bérulle a faite pour s'occuper intérieurement devant le Saint Sacrement, pendant ce saint temps.

L'Écriture, parlant de quelques jours dans lesquels Dieu avait fait des merveilles, les appelle Jours de rédemption, ou de réjouissance, ou de sanctification, leur donnant ainsi un nom conforme aux effets opérés en iceux ; nous devons imiter le langage de l'Écriture

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sainte, donnant quelques noms particuliers à tous les jours de cette sainte Octave, exerçant notre âme dans les actions intérieures, corres­pondantes à chaque nom.

 

I. Le premier jour s'appellera Jour d'Amour, parce que l'âme sera un regard d'amour vers Jésus-Christ, se portant continuellement à lui par cette voie d'amour qui est celle qu'il de­mande ; et pour cette raison, la première pen­sée doit être que ce Mystère est un Mystère d'Amour, comme saint Jean semble nous en assurer, lorsqu'il dit : Jésus, ayant aimé les siens, il les a aimés jusqu'à la fin, instituant ce Mystère d'Amour. En effet, si nous avions les yeux ouverts pour voir Jésus dans ce Mys­tère, nous le verrions tout, plein d'amour, tout embrasé d'amour, et nous connaîtrions que c'est par ce Sacrement qu'il veut venir dans la terre de notre coeur, pour y allumer le feu de son divin amour. N'est-il pas bien rai­sonnable que nous prenions un jour pour nous appliquer à cet Amour, rendant à Jésus amour pour amour? Ainsi nos pensées en ce jour, nos dispositions, nos désirs, nos intentions, et géné­ralement toutes nos actions ne doivent être que

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d'amour : de sorte que l'on voie toutes choses en nous porter la marque de Jésus par une plénitude d'occupation vers son amour.

 

II. Le second jour sera un Jour d'Adoration, l'âme se remplissant des grandeurs de Jésus caché sous le voile de ce Mystère, puisqu'il y est aussi grand qu'à la droite du Père. Comme il est remarqué dans les pages sacrées que les Séraphins pleins d'amour de Dieu sont autour de son trône en un très grand respect, en un honneur particulier et dans une adoration con­tinuelle de ses grandeurs ; de même nous de­vons être en la terre, auprès de ce Mystère, des Séraphins tout embrasés d'amour ; nous devons mettre peine d'être tout ce jour en révérence, hommage et adoration vers Jésus qui porte la qualité de Grand, et qui a voulu mettre sa grandeur parmi nous pour y être adoré. Nous devons donc, dans toutes nos actions, tant intérieures qu'extérieures, de­meurer en cette disposition, par un zèle de son honneur, qui nous porte à reconnaître et révé­rer d'autant plus ses grandeurs, qu'il semble les cacher en ce Mystère, pour s'accommoder à nous.

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III. Le troisième jour doit être un Jour de Donation, de sorte que nous soyons continuellement honorant la donation parfaite que Jésus-Christ nous fait de lui-même en cet adorable Mystère : ce qui nous oblige de lui rendre le retour, en lui faisant une donation entière de nous, pour honorer celle qu'il nous a faite de lui. Il serait à propos de rapporter la Com­munion à ce dessein, de recevoir Jésus-Christ, pour être en nous, puisqu'il veut bien y venir loger, et nous consacrer tout à lui, lui offrant notre coeur, notre âme et notre corps, afin qu'il en prenne une entière possession pour jamais : et même nous ne devrions paraître ce jour devant le Très-Saint Sacrement que pour adorer un Dieu se donnant à nous, et pour lui correspondre, nous donnant à lui de toute notre puissance.

 

IV. Le quatrième jour sera nommé Jour d'Humilité, parce que notre exercice en ce jour doit être d'honorer l'humilité de Jésus en ce Mystère, qui durera jusqu'à la fin du monde, tâchant d'entrer dans une humilité profonde, ne voulant pas même paraître en ce que Dieu peut avoir mis en nous, pour imiter Jésus-Christ,

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qui cache la plénitude de grandeur, de gloire et de divinité résidante en lui dans ce Mystère. Et toutes les visites que l'âme fera au Très-Saint Sacrement dans ce jour seront référées à l'accroissement de l'humilité en elle, pendant toute sa vie, apprenant à être hum­ble, de Jésus le Dieu humble, qui lui apprend l'humilité dans cet état, plus par les oeuvres que par les paroles ; mais, outre cette prati­que d'humilité, dans laquelle les Anges mêmes peuvent entrer, nous devons entrer dans une autre, correspondante à nos fautes et offenses, nous présentant souvent devant Jésus en ce Mystère, pour nous humilier et confondre, d'avoir fait si mauvais usage de lui et de ses grâces, par notre qualité de pécheresses, l'ayant si rarement adoré et visité à l'autel ; nous étant approchées de lui pour le recevoir, avec si peu de disposition, et du peu de profit que nous avons tiré de sa venue en nous : dans cette vue il serait à propos, par le zèle de satisfaire en quelque peu de chose à toutes ces fautes, de dire souvent devant le Saint Sacrement le Miserere en esprit de contrition, joignant

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pour l'extérieur ce que Notre-Seigneur inspirera à l'âme.

 

V. Le cinquième jour sera un Jour de Mé­moire, votre âme supposant la volonté que Jésus a eue d'établir ce Mystère en mémoire de lui et de ses états, selon sa parole : l'on aura soin de s'appliquer à la sainte mémoire de Jésus et de sa vie sur la terre, allant par diverses fois devant le Très-Saint Sacrement, pour l'adorer, le voir et lui rendre grâces de tout ce qu'il a fait et souffert pour nous en ce monde ; pensant tantôt à son incarnation, tantôt à sa naissance, à ses souffrances et à sa mort, et essayant de remporter quelque grâce particulière de ses différents Mystères qui sont renouvelés en celui-ci, puisqu'il les représente tous ; et suppliant Notre-Seigneur de nous ap­pliquer leurs effets salutaires, pour lesquels re­cevoir il faut souvent offrir notre âme et notre coeur à Jésus, le Roi des âmes et des coeurs, le priant de nous donner, en la Communion de ce jour, une mémoire continuelle de ces Mystères, et d'effacer en nous la mémoire de toutes autres choses.

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VI. Le sixième jour doit être un Jour d'Union : car Jésus, en qui la divinité et l'hu­manité sont unies dans une même personne, a voulu opérer ce Mystère, pour nous unir à sa divinité et à son humanité, puisqu'en effet il entre pour ce sujet en notre âme ; et après avoir adoré cette union des deux natures dif­férentes en Jésus, et honoré le dessein qu'il a de s'unir à nous, nous devons passer ce jour en soupirs, langueurs et désirs vers cette union si intime et étroite, qui va adorant la sienne, et faire plusieurs élévations de notre âme, par cet esprit, regrettant d'avoir été si peu liées à lui par le passé, nous unissant à toute heure à lui par des actes si puissants et si efficaces, que nous puissions dire avec son Apôtre, que rien ne pourra nous séparer de Jésus, lui demandant cette grâce dans la sainte Commu­nion.

 

VII. Le septième jour sera un Jour de Vie, parce que Jésus, en ce Mystère, est un pain de vie, comme il le dit lui-même, qu'il se donne à nous, pour nous donner plus abondam­ment à la vraie vie qui est en lui, selon l'Apôtre bien-aimé : de sorte que nous ne devons

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faire autre chose en ce jour qu'adorer Jésus, comme la vie de notre âme, le remer­ciant de ce qu'il se donne à elle, pour entretenir sa vie spirituelle. Regrettez de l'avoir eue si faiblement et si imparfaitement en vous, ne respirez que cette vie sainte, et approchez de lui pour recevoir l'accroissement de cette divine vie, sachant que, comme l'âme n'est unie au corps que pour lui donner la vie, aussi Jésus ne s'unit à notre âme que pour lui don­ner la vie.

 

VIII. Le huitième jour sera un Jour de Transformation en notre âme, sachant que l'intention de Jésus en ce Sacrement est de nous rendre un autre lui-même, par un par­fait changement de nous en lui ; voulant nous rendre ses images, comme il est l'image du Père. Après l'avoir adoré en sa ressemblance très parfaite à Dieu le Père, lequel il a repré­senté si naïvement en sa très sainte vie, qu'il disait avec vérité à ses Apôtres, que celui qui le voyait, voyait son Père, l'âme se présentera à lui pour être faite de nouveau à son image et porter sa ressemblance, ne désirant rien plus que de renoncer et mourir à elle-même

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pour être toute changée et transformée en Jésus-Christ ; ne vivant plus d'une vie basse, vicieuse et imparfaite, mais d'une vie sainte, pure, innocente, sublime et parfaite, qui représente et exprime tellement la vie admirable de Jésus sur la terre, que cet ineffable Mystère doit graver, imprimer en elle trait pour trait, afin qu'elle puisse s'approprier cette parole : Je vis, mais ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus qui vit en moi, par la grâce, comme il doit vivre un jour par sa gloire.

 

 

7. Pour la Fête de la Présentation de la sainte Vierge

 

Petit Entretien, qui nous apprend que nous de­vons prendre la sainte Vierge

pour notre modèle dans le renouvellement de nos Voeux.

 

Jésus-Christ veut que nous fassions du jour de la Présentation de la sainte Vierge un jour de notre Présentation ; mais, pour que cette action lui soit agréable, unissons-nous à la sainte Vierge ; faisons notre offrande avec elle et tâchons d'entrer dans le même esprit et dans les mêmes dispositions où elle était.

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Présentons-nous comme elle, et pour cela appliquons-nous à considérer cet excellent modèle, et voyons que ce ne fut pas en ce jour qu'elle fit son premier sacrifice. Elle s'était vouée et donnée à Dieu dès sa Concep­tion ; et ce jour fut proprement le jour du re­nouvellement des voeux et du sacrifice qu'elle avait faits au premier moment de sa vie.

Le sacrifice de la sainte Vierge fut un sacri­fice volontaire et du coeur ; elle ne se contenta pas de quelques paroles pour témoigner solennellement qu'elle voulait être à Dieu. Ce que dit sa bouche, ce qu'elle promit, son coeur le disait et le promettait. Mais que sera-ce de nous, si nous démentons dans l'intérieur de notre âme ce que nous prononçons publique­ment aujourd'hui aux pieds de Jésus-Christ ? Prions Notre-Seigneur de ne pas permettre que nous tombions dans une aussi grande faute et qu'il nous fasse la grâce de confirmer intérieurement cet acte public que nous faisons aujourd'hui d'une nouvelle consécration.

La sainte Vierge fit un sacrifice entier en se donnant à Dieu ; elle renonça à tout pour Dieu. Si nous voulons faire un sacrifice digne

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du Maître à qui nous l'offrons, ne retenons rien de la victime. Il y a presque toujours, même dans les âmes les plus vertueuses, cer­tains restes d'amour-propre, certaines incli­nations dont le coeur n'a jamais bien su se dé­tacher : c'est là qu'il faut porter le feu, ce feu sacré de l'amour divin. Vous méritez tout, Seigneur ; vous voulez tout, et vous aurez tout.

Le sacrifice que fit la sainte Vierge fut suivi dans la pratique d'un renouvellement parfait. Pesons bien ce mot : dans la pratique ; voilà le point essentiel. Car on fait assez de promesses à Dieu, on fait assez de résolutions, mais l'effet n'y répond pas toujours. On vit la sainte Vierge, depuis sa Présentation, plus fervente que jamais, plus assidue que jamais dans le Temple et aux pieds des autels, plus adonnée que jamais aux exercices de la Religion. Hélas! chaque année, nous renouvelons les mêmes voeux ; chaque année nous contractons avec Dieu les mêmes engagements ; mais, de­puis tant d'années, quel changement voit-on en nous? Sommes-nous plus régulières? Ah ! peut-être moins que lorsque nous commençâmes

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à porter l'habit religieux. Rentrons donc dans nous-mêmes, confondons-nous, et voyons que le zèle qui parut dans la sainte Vierge après sa Présentation, ne se refroidit point avec le temps : elle fut toujours à Dieu. Tâchons, comme elle, de soutenir toujours, par une sainte persévérance, le sacrifice que nous faisons aujourd'hui, et enflammons-nous davantage d'un jour à l'autre jusqu'au dernier soupir de notre vie. C'est ce que Jésus-Christ attend de nous et ce qu'il nous demande. Et, après nous être ainsi données à lui, nous de­vons aussi être persuadées qu'il se donnera lui-même à nous.

Jésus-Christ se donnera à nous par sa grâce ; il a les mains pleines de bénédictions, et il est prêt à les répandre sur nous avec abon­dance. Il nous dit souvent au fond du coeur : « Venez à moi quand vous le voudrez ; demandez tout ce que vous voudrez ; si vous trouvez que ce soit trop acheter mes grâces que de les demander, souhaitez-les seulement ; souhaitez-en de fortes, et vous en aurez de fortes ; souhaitez-en sans nombre, et vous en aurez sans nombre.» Quelle

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bonté de Jésus-Christ de vouloir bien, par sa grâce, être notre compagnie dans la solitude, notre lumière dans nos doutes, notre consola­tion dans nos peines, notre soutien dans toutes nos difficultés ! Si nous disons que nous som­mes faibles, Jésus-Christ est tout-puissant, et par lui nous devenons toutes-puissantes ; et si les choses qu'il attend de nous surpassent nos forces, elles ne surpassent pas celles d'un Dieu. Il fera en nous ce qu'il souhaite que nous fassions pour lui, pourvu que nous ne mettions point d'obstacle à ses desseins. Adres­sons-nous donc à lui et disons :

« Seigneur, souffrez qu'unie à la sainte Vierge et à ses saintes dispositions, je me présente, par elle et avec elle, devant votre adorable Majesté, pour me consacrer de nouveau à votre service, par les trois voeux que je vais renouveler. Mon Dieu, que n'ai-je acquis plus de sainteté depuis ma première profession, afin que le présent que je vous fais en ce jour vous soit plus agréable ; du moins je vous le fais avec plus de connaissance ! Je souhaite vous le faire avec plus d'amour, et je vous le fais de tout

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mon coeur. Je ne puis trop le répéter, c'est de tout mon coeur ; ce n'est point ici une pure cérémonie, c'est un dévouement du coeur, sincère et efficace, dont vous verrez les fruits ; un dévouement éternel, car je le confirme à jamais. Et vous, mon Dieu, faites ce que vous m'avez promis, comme je fais ce que vous me demandez : donnez-vous à moi, comme je me donne à vous. Ainsi soit-il.»

 

8. Pour le jour de la Rénovation de ses Voeux.

Nous devons, dès la veille, penser très particulièrement à nous disposer pour faire cette action avec autant d'amour et de ferveur que si nous faisions profession de nouveau, et tâ­cher d'exciter en nos coeurs des désirs très grands de parvenir à la perfection que Dieu nous demande, et à laquelle nous sommes obligées par nos voeux.

Dieu veut que nous soyons des Religieuses parfaites, et que nous vivions en véritables épouses de Jésus-Christ. Combien de grâces et d'inspirations nous a-t-il données pour

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cela! De combien d'obstacles nous a-t-il pré­servées en nous faisant entrer dans la sainte Religion ! Que pouvait-il faire pour nous qu'il n'ait fait! Cependant nous avons toujours fait la sourde oreille et résisté jusqu'à présent à tant de bienfaits. Rentrons un peu au dedans de nous, voyons ce qui nous empêche de tra­vailler véritablement à la perfection où nous sommes appelées par notre état ; examinons les fautes que nous pouvons avoir faites contre nos voeux et contre nos saintes observances, afin de prendre les moyens efficaces de nous renouveler et de commencer une vie qui nous rende de dignes épouses de Jésus-Christ, en un mot de véritables Religieuses.

 

11. DE LA MANIÈRE DE RENDRE COMPTE DE SON INTÉRIEUR.

 

Notre Mère sainte Thérèse dit, dans les Constitutions, que les Novices doivent rendre compte à leur Maîtresse, de leur Oraison ; com­ment elles se comportent au Mystère qu'elles

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doivent méditer, et quel profit elles en reti­rent. Mais elle veut que cela vienne de la vo­lonté de celles qui ont à le rendre, connais­sant le grand profit spirituel qu'elles en rece­vront, plutôt que d'y être contraintes ; et quoi­qu'elle laisse une grande liberté là-dessus, elle fait voir cependant qu'il y a beaucoup d'hu­milité, de mortification et d'avantage à en retirer.

Il est vrai que les Novices, quoique avancées en âge, doivent toujours se regarder comme des enfants d'un an, puisqu'elles sont dans la première année de leur naissance spirituelle, et qu'elles s'égareraient facilement si elles vou­laient se conduire par elles-mêmes. Elles feront donc bien d'avoir recours à leur Maîtresse, afin d'en recevoir de la consolation dans leurs tristesses, de l'éclaircissement dans leurs dou­tes, du courage dans leurs peines, et de l'assistance dans leurs combats et tentations. Elles doivent lui porter un amour filial, et lui ouvrir leur coeur avec simplicité et confiance. Mais, comme il peut s'en trouver qui vou­draient le bien faire, et qui s'inquiètent, ne sachant comment s'y prendre, nous avons cru

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devoir mettre ici une petite méthode, sans ce­pendant prétendre les obliger à rien, ni les captiver : car la meilleure manière sera d'y aller toujours avec beaucoup de simplicité, selon la connaissance que Dieu donne à cha­cune, sans désirer plus de lumière qu'il lui plaît de nous donner, après avoir néanmoins demandé l'assistance de sa grâce pour cette action, comme pour toutes les autres.

On pourra donc le faire en cette manière ou autrement, selon qu'on se trouvera dis­posée :

« J'ai assez de facilité à faire mes Exercices spirituels ; Notre-Seigneur me fait la grâce de m'occuper de lui presque toujours, tant en mon Oraison qu'en tout le reste. Je n'y ai pas beaucoup de distractions ; cette occu­pation est de telle manière ; celle que j'ai à l'Oraison est de cette sorte.

Je l'ai fait aujourd'hui sur un sujet ; j'y ai fait telle considération ; j'en ai tiré telles affections et résolutions ; c'est pour l'ordi­naire celles que j'ai toujours, et auxquelles me portent toutes les lumières et tous les bons sentiments que j'ai.

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J'ai fait souvent des fautes en telles occa­sions, ou sur telles choses ; j'ai fait telle satisfaction, ou je n'en ai pas fait. J'ai tâché de pratiquer la vertu en telles occasions, et par tels moyens.»

 

Et ainsi, dire simplement et humblement le bien et le mal qu'on a faits.

Si on est en état de peine et de distraction intérieure exercée par les tentations et sug­gestions mauvaises, il faut le dire avec la même sincérité.

Par exemple :

« Je me trouve dans une continuelle aridité et sécheresse dans mes Exercices spirituels et en tout le reste. Je ne puis avoir aucun goût ni suavité dans la pensée des vérités de la Foi. Je tâche cependant de m'y appli­quer en l'Oraison et ailleurs, de cette ma­nière.

Je suis travaillée de telles peines et agita­tions ; je m'y comporte de cette sorte ; j'ai fait tels actes de vertus, et telles fautes dans les Exercices que j'ai pratiqués.

J'ai manqué à suivre le mouvement de la

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grâce qui me portait à faire telles prati­ques de vertu, et à me vaincre en telles oc­casions.»

 

On doit aussi s'ouvrir sur l'usage qu'on a fait de la réception des saints Sacrements, tant sur la préparation qu'on a apportée pour les recevoir, que sur le profit qu'on en a re­tiré.

Si on a reçu des lumières et avis de Dieu plus particuliers ; combien de temps l'esprit en a été rempli ; quels effets ils y ont pro­duits.

Si on reconnaît en soi de l'accroissement en l'amour de Dieu, et une intime et forte liaison à Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Si on se sent particulièrement appliquée à quelqu'un de ses Mystères, et ce qu'on fait pour l'honorer.

Quelle dévotion particulière on a ; si l'on avance dans le dégagement des créatures, et de mort à soi-même jusqu'à ne point s'occu­per de ce qui ne nous concerne pas.

Et enfin comment on travaille aux vraies et solides vertus, ou si l'on y reconnaît du dé­chet, ou de l'amendement : car nous devons

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rendre compte tant de l'amendement et pro­grès que de notre perte dans les exercices de l'Oraison, des vertus et de la vie spirituelle, non seulement pour nous consoler, mais aussi pour nous fortifier et humilier.

Mais tout cela doit se faire avec beaucoup d'humilité, et il faut prendre garde de donner lieu à la vaine complaisance.

Pour ce qui est de la peine qui peut quel­quefois venir sur ce que l'on a dit, soit dans la crainte que l'on a d'avoir attiré la volonté de sa Prieure ou Maîtresse à la sienne, ou par quelque autre endroit, pourvu que vous n'ayez rien dit à ce dessein, et que vous y soyez allée simplement, vous ne devez point vous inquié­ter : car le démon se sert souvent de cela pour troubler et occuper un esprit. Demeurez donc en repos, sans réfléchir nullement là-dessus, allez à Dieu, et contentez-vous de sa volonté ; soit que la chose arrive d'une façon, soit qu'elle arrive d'une autre, demeurez dans l'in­différence.

Si l'on a quelque infirmité corporelle ou quelque besoin particulier, on doit aussi le dire, ainsi qu'il est marqué dans la Constitution :

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Que les Novices diront à leur Maîtresse le besoin qu'elles ont, soit au manger, ou au vêtir, se recommandant premièrement à Notre-Seigneur, de crainte que la nature ne demande plus qu'elle n'a besoin.

 

 

12. POUR LE JOUR DE LA PRISE D'HABIT, DE LA PROFESSION ET DE LA PRISE DE VOILE.

 

1. Instruction préliminaire.

On peut dire que la profession religieuse est un second baptême, à raison des grâces particulières que Dieu répand abondamment sur celle qui s'y consacre, et qui se met en état, par cet engagement, de garder parfaitement les promesses qu'elle a faites au premier bap­tême, de renoncer à Satan, à ses pompes et à ses oeuvres ; elle doit donc, en se dépouillant des habits du siècle, prier Notre-Seigneur Jé­sus-Christ, pour l'amour duquel elle les quitte, de la dépouiller du vieil homme, et de la re­vêtir de lui-même.

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En entrant pour prendre l'habit, on lui présente un crucifix à baiser, pour lui apprendre qu'elle devient l'épouse d'un Jésus crucifié, et qu'elle doit, à son imitation, porter la croix tous les jours de sa vie : ce divin Sauveur ne voulant point de disciple qui ne soit chargé de ce fardeau. Elle le priera donc de l'imprimer dans son coeur.

Les cheveux qu'on lui coupe lui font en­tendre qu'elle doit quitter toutes les affections du monde, et détester le temps qu'elle a perdu, et le soin qu'elle s'est donné de plaire aux personnes mondaines, par l'ajustement des cheveux.

La robe d'une couleur brune représente la pénitence et la mortification ; et comme le vê­tement couvre tout le corps, la mortification doit aussi s'étendre sur tous les sens, pour suivre le conseil de saint Paul, qui enseigne que les chrétiens doivent toujours environner leurs corps de la mortification de Jésus-Christ.

La ceinture nous représente que nous de­vons toujours être unies et attachées à Jésus-Christ, et nous souvenir de ce qu'il dit à saint

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Pierre : « Quand vous étiez jeune, vous vous ceigniez vous-même, et vous alliez où vous vouliez ; mais quand vous serez vieux, un autre vous ceindra, et vous fera aller où vous ne voudrez pas.» Ce qui nous apprend que nous devons nous laisser conduire en toutes choses par les ordres de l'obéissance, et avoir un parfait dégagement de notre propre volonté.

Le Scapulaire nous représente le joug du Seigneur ; le Prêtre, en nous le donnant, nous dit : Prenez le joug de Jésus-Christ ; il est très suave, et sa charge légère. Ce qui nous apprend que nous devons porter avec joie le joug de la Religion, et être toujours bien assujetties à toutes les observances religieuses.

Nous devons aussi regarder le Scapulaire comme un présent que la sainte Vierge nous a fait en la personne de saint Simon Stock, le lui ayant apporté du ciel, lorsqu'il vivait sur la terre, comme un signe de salut, et un gage de son amour pour tout notre Ordre, nous adop­tant pour ses enfants.

Le manteau blanc doit nous faire souvenir que ceux qui suivent l'Agneau sans tache

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marchent avec lui revêtus d'habits blancs. Et ce vêtement blanc doit nous avertir continuellement de la pureté que doit avoir notre âme.

Le voile blanc, qui nous est mis au jour de l'habit, nous fait souvenir que nous devons renoncer à tous les vains contentements du monde pour suivre Jésus-Christ, pauvre, humble et souffrant.

Et le voile noir, qu'on donne après la pro­fession, nous marque que nous sommes les épouses de Jésus-Christ mort en croix pour notre amour, et que nous devons mourir au monde et à nous-mêmes, pour ne vivre plus qu'à Dieu.

 

2. Direction pour le jour de la prise de l'Habit.

« Mon Seigneur et mon Dieu, je vous re­mercie, de toute l'étendue de mon âme, de ce que vous me mettez en état d'accomplir les promesses qu'on a faites pour moi au saint baptême, de renoncer à Satan, à ses pompes et à ses oeuvres ; je le fais de tout mon coeur, et vous rends grâces de ce que

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vous m'appelez à un état si saint, comme est celui de la Religion, où vous donnez tant de moyens de vous servir ; je me reconnais indigne de cette faveur ; mais, mon divin Sauveur, puisque, par un effet de votre bonté, vous voulez bien me recevoir au nombre de vos épouses, je désire m'y consacrer au­jourd'hui de tout mon coeur, pour votre amour ; recevez donc, mon Dieu, l'offrande que je vous fais de moi-même, et le désir très sincère que j'ai de faire cette action avec l'amour et la perfection qui me sont possibles ; dépouillez-moi du vieil homme, et me revêtez de vous seul ; donnez-vous tout à moi, comme je me donne tout à vous, et remplissez-moi de toutes les vertus qui me sont nécessaires en l'état saint que j'em­brasse aujourd'hui ; faites-moi la grâce d'y être si fidèle, que je ne vous donne jamais lieu de vous retirer de moi. Vierge sainte, qui êtes la Mère de cet Ordre, recevez-moi pour une de vos filles, et assistez-moi en tous mes besoins, me rendant toujours favorable votre cher Fils. Grand saint Joseph, et saint Élie, qui êtes les patrons de cet Ordre,

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prenez-moi sous votre protection ; et vous, grande sainte Thérèse, ma chère Mère, re­gardez-moi comme une de vos filles, et faites-moi la grâce de bien remplir tous mes de­voirs.»

 

3. Direction pour le jour de la Profession.

« Mon Dieu, recevez la protestation publi­que que je veux faire aujourd'hui, de devenir votre humble servante et votre esclave, par les trois voeux de chasteté, pauvreté et obéissance, que je désire faire aujourd'hui pour votre pur amour. Je me donne et con­sacre toute à vous, ô mon divin Sauveur ; anéantissez et détruisez tout ce qu'il y a en moi de contraire à ces trois voeux, et don­nez-moi la grâce de les observer dans toute la perfection que vous demandez de moi. Sainte Vierge, tous les Anges et tous les Saints et Saintes de cet Ordre, assistez-moi dans cette action, et faites qu'elle soit agréable à Notre-Seigneur, le priant d'im­primer en moi l'image de sa pauvreté, de sa chasteté et de son obéissance, afin que je

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puisse le servir avec fidélité tout le reste de ma vie, gardant inviolablement les pro­messes que je lui fais aujourd'hui.»

 

4. Direction pour le jour de la prise du Voile.

« Mon Seigneur et mon Dieu, le voile noir que je dois recevoir aujourd'hui me signifie la mortification d'esprit dans laquelle je dois vivre continuellement, comme étant l'épouse d'un Dieu mort en croix pour mon amour ; donnez-moi, Seigneur, les qualités d'une véritable épouse, et attachez-moi fortement à vous, que rien ne m'en puisse séparer ; ornez mon âme des vertus que vous avez pratiquées étant sur la terre, me donnant l'humilité, la douceur, la pauvreté et l'obéissance, enfin tout ce qui me rendra agréable à vos yeux et conforme à votre sainte humanité. Très sainte Vierge, obtenez-moi toutes ces grâces de votre divin Fils, je vous en supplie.»

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13. DIRECTION POUR LES PETITS OFFICES QU'ON NOMME CHAQUE SEMAINE A LA TABLE.

 

1. Pour celle qui est chargée de la Cloche.

Le son de la cloche doit être pris comme un signe mystérieux, qui convie aux fonctions de la Religion chrétienne ; comme la voix de Dieu, qui appelle aux oeuvres de son service ; comme la trompette du ciel, qui convoque les peuples à venir entendre la parole de Dieu : c'est une parole vivante, qui annonce les vo­lontés et les ordres de l'obéissance. On doit l'écouter comme une voix qui vient du ciel. pour éveiller et solliciter d'aller à la rencontre de l'Époux qui nous appelle à chanter ses louanges avec amour et ferveur, se souvenant de ce que dit l'Apôtre : que, quand on parle­rait le langage des Anges, si l'on n'a la charité, on ressemble à une cloche qui tinte, laquelle ne fait que battre l'air, et dont le son ne laisse rien après lui.

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« Seigneur, mon Dieu, je reçois de bon coeur l'obéissance qui m'est imposée cette semaine de sonner la cloche pour inviter tout le monde à venir vous prier ; remplissez mon âme de votre charité, qui me porte avec ardeur à vous louer, et faites que je sois aussi obéissante aux mouvements de votre grâce que la cloche le sera à celui de mes bras. Vierge sainte, obtenez-moi cette faveur, je vous en supplie.»

 

2. Pour celle qui est hebdomadière.

« Mon Seigneur et mon Dieu, qui me des­tinez cette semaine à une fonction angélique, m'ayant choisie pour l'Office d'hebdomadière, donnez-moi la grâce de m'en acquitter avec tout l'amour, la ferveur et l'attention que vous désirez de moi. Faites que votre esprit gouverne mes sens, pour remplir dignement une si glorieuse fonction, pour votre plus grande gloire et pour mon salut. Vierge sainte, obtenez-moi toutes les grâces qui me sont nécessaires pour bien dire l'Office divin ; et vous, esprits bienheureux,

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faites-moi part de votre ardeur et de votre amour, je vous en supplie.»

Cette Direction pourra aussi servir quand on sera chantre ou verséculaire, changeant le mot d'hebdomadière en celui de chantre ou de verséculaire.

 

3. Pour celle qui est Lectrice du Réfectoire.

« Mon Seigneur et mon Dieu, l'Office de Lectrice, que j'ai cette semaine, me donne lieu de distribuer la nourriture spirituelle à l'âme, pendant que le corps prend sa ré­fection corporelle ; faites-moi la grâce, Sei­gneur, de me bien acquitter de cet emploi, pour votre plus grande gloire et votre amour, et faites que toutes celles qui m'en­tendent, aussi bien que moi, profitent des saintes instructions que vous nous donnez par les lectures spirituelles, afin que nous puissions vous être agréables. Nous vous demandons cette grâce par l'intercession de la très sainte Vierge.»

 

4. Pour celle qui est chargée des Bénitiers.

« Seigneur, je dois, cette semaine, avoir soin

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de tenir nets les vaisseaux où l'on met l'eau bénite ; cet emploi me fait souvenir de la pureté de l'âme et du corps que je dois avoir pour recevoir votre corps sacré et votre précieux sang, qui surpassent toute bénédiction. Je vous supplie de nettoyer mon âme de toutes ses souillures, afin que je sois plus digne de recevoir un si précieux don. Vierge sainte, c'est par vous que j'es­père cette grâce.»

 

5. Pour celle qui est chargée des Chandeliers.

« Mon Seigneur Jésus-Christ, je reçois de bon coeur les soins, que l'obéissance me donne cette semaine, des lumières du Choeur ; je vous offre tout le travail que j'y ferai, et vous supplie, vous qui êtes la lumière du monde, de me faire la grâce de vous suivre de telle sorte que je ne marche jamais dans les ténèbres ; purifiez si bien mon intérieur, que mes oeuvres portent la lumière du bon exemple. Vierge sainte, obtenez-moi cette grâce, je vous en supplie.»

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6. Pour celle qui est chargée du service de la Table.

« Mon Seigneur Jésus-Christ, qui avez dit que vous n'étiez pas venu dans le monde pour être servi, mais au contraire pour servir, faites, mon Dieu que, suivant votre exemple, je m'acquitte avec amour et charité de l'office de Serveuse, que l'obéis­sance me donne cette semaine ; je vous offre tout ce que j'y ferai, désirant que toutes mes actions vous soient agréables ; je vous de­mande cette grâce par l'intercession de la sainte Vierge.»

 

7. Pour celle chargée de l'Office humble.

« Mon divin Sauveur, qui êtes le Maître de l'humilité, et qui nous en avez donné l'exemple en tant d'occasions, faites-moi la grâce de m'avancer dans cette vertu, en faisant parfaitement l'office que l'obéissance me donne cette semaine. Je vous offre tout ce que j'y ferai, désirant de vous être agréa­ble en toutes mes actions, les faisant pour

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votre amour. Sainte Vierge, Reine du ciel et de la terre, et la plus humble de toutes les créatures, obtenez-moi cette vertu, je vous en supplie.»

 

14. DIVERSES PRIÈRES.

 

1. Oraison au Sacré Coeur de Jésus.

O sacré Coeur de mon Jésus, je vous adore de toutes les puissances de mon âme ; je vous les consacre pour toujours, avec toutes mes pensées, mes paroles et mes oeuvres. Que ne puis-je, ô divin Coeur, vous rendre autant d'adoration, d'amour et de gloire que vous en rendez à votre Père éternel ! Soyez le réparateur de mes défauts, le protecteur de ma vie et mon asile à l'heure de ma mort ; je vous de­mande la même grâce pour tous les pauvres pécheurs, les coeurs affligés, les agonisants, et enfin pour tous les hommes qui sont sur la terre, afin que le prix de votre sang précieux ne soit point perdu pour eux. Faites aussi qu'il soit appliqué pour le soulagement des âmes

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du Purgatoire. C'est ce que j'ose vous deman­der, ô Coeur adorable, par toutes mes respi­rations jusqu'à la dernière de ma vie. Ainsi soit-il.

 

2. Oraison à la Sainte Vierge.

O sacré Coeur de la Mère de mon Dieu, ser­vez-moi de refuge ; je vous révère et vous salue, ô Coeur très ardent, comme le sanctuaire de la sainte Trinité ; embrasez mon coeur de l'ardent amour dont le vôtre était embrasé. Je mets toute ma confiance, en vous, comme étant la Mère de miséricorde et le refuge des pécheurs ; c'est vous qu'on doit aimer singu­lièrement ; tous vos privilèges ravissent mon coeur et mon esprit, étant attirée par l'odeur de vos parfums, par la beauté et la sainteté de votre intérieur et par la plénitude des grâces dont Dieu vous a comblée ; je viens à vous toute pécheresse et misérable que je suis, pour vous prier de m'obtenir, auprès de votre cher Fils, la contrition et le pardon de mes péchés, la grâce de pratiquer toutes les vertus dont votre sacré Coeur est le trône et le sanctuaire, et particulièrement la douceur, la pureté, le

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recueillement et l'humilité qui éclatent dans vos moeurs ; mais surtout je vous conjure, du plus intime de mon coeur, d'être ma bonne Mère et de me mettre, quelque indigne que j'en sois, au nombre de celles que vous regar­dez comme vos servantes et que vous chérissez comme vos enfants. Écoutez, je vous en sup­plie, les soupirs d'un coeur qui désire aimer et servir Jésus-Christ votre Fils : ne rejetez pas ma prière et celle que je vous fais pour tous les pécheurs et pour le soulagement des âmes du purgatoire. O Mère de bonté, faites que votre très grande miséricorde vienne au se­cours de ma très grande misère ; j'espère tout de vous et me jette entre vos bras ; conduisez-moi et me protégez tous les jours et en tous les moments de ma vie, et particulièrement à l'heure de ma mort, et faites qu'en tout et partout la volonté de Dieu s'accomplisse par­faitement sur moi, pendant le temps et l'éter­nité. Ainsi soit-il.

204*

 

LITANIES DE SAINTE THÉRÈSE.

 

[l’original est bilingue français/latin]

 

Seigneur, ayez pitié de nous.

Christ, ayez pitié de nous.

Seigneur, ayez pitié de nous.

Christ, écoutez-nous.

Christ, exaucez-nous.

Père céleste, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.

Fils, Rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.

Esprit Saint, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.

Sainte Trinité, qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Sainte Marie, priez pour nous.

Sainte Mère de Dieu, priez pour nous.

 

Sainte Thérèse, priez pour nous.

Fille du Père éternel

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adoptée dans le Ciel, priez pour nous.

Épouse du Verbe in­carné, qui avez reçu pour douaire un clou de la Pas­sion, priez pour nous.

Sacrée demeure du Saint Esprit, priez pour nous.

Délices de la Trinité, priez pour nous.

Très pur sanctuaire du Très-Saint Sacrement, priez pour nous.

Image de Jésus-Christ, priez pour nous.

Âme très dévouée au culte de la Vierge Marie, priez pour nous.

Âme très zélée pour l'honneur de saint Joseph, priez pour nous.

Vous qui êtes morte à vous-même et au monde, priez pour nous.

Attachée avec Jésus-Christ sur sa croix, priez pour nous.

Fécond et admirable re­jeton de notre saint père

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Élie, priez pour nous.

Héritière du double es­prit de notre saint Père Élisée, priez pour nous.

Réformatrice de l'Ordre du Carmel, priez pour nous.

Vierge que Dieu même a instruite, priez pour nous.

Vierge Séraphique, priez pour nous.

Vierge admirable, priez pour nous.

Très ardente fournaise de la charité divine, priez pour nous.

Très forte colonne de la foi chrétienne, priez pour nous.

Vous qui avez été enri­chie des trésors de la sa­gesse divine, priez pour nous.

Vous qui fûtes embra­sée d'un zèle très ardent pour le salut des âmes, priez pour nous.

Vous qui fûtes attachée par un voeu particulier à la plus grande perfection de Dieu, priez pour nous.

Vous qui fûtes très abondamment comblée

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des dons célestes, priez pour nous.

La gloire du Mont Carmel, priez pour nous.

Le parfum de l'oraison continuelle, priez pour nous.

La contemplatrice la plus pénétrante, priez pour nous.

L'aigle regardant le so­leil de justice, priez pour nous.

Capable de supporter les impressions de la Di­vinité, priez pour nous.

Vigne d'or, priez pour nous.

Industrieuse abeille de Dieu, priez pour nous.

Perpétuelle victime de l'obéissance, priez pour nous.

Lis de la chasteté angélique, priez pour nous.

Splendeur de la pau­vreté angélique, priez pour nous.

Éclat de la discipline monastique, priez pour nous.

Martyre de la mort, priez pour nous.

Ardente amante de la Croix de Jésus-Christ, priez pour nous.

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Vous qui désiriez souf­frir ou mourir, priez pour nous.

Jardin fermé de la so­litude, priez pour nous.

Amie du silence, priez pour nous.

Abîme d'humilité, priez pour nous.

Océan d'abnégation, priez pour nous.

Miracle de pénitence, priez pour nous.

Prodige de mortifica­tion, priez pour nous.

Source de pureté, priez pour nous.

Simple et douce co­lombe, priez pour nous.

Mer de patience, priez pour nous.

Modèle de toutes les vertus, priez pour nous.

Réceptacle des mer­veilles de Dieu, priez pour nous.

Percée du dard de l'a­mour séraphique, priez pour nous.

Glorieuse domptrice de la puissance des ténèbres, priez pour nous.

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Morte en amour de Dieu, priez pour nous.

Règle de la perfection du Carmel, priez pour nous.

Vous qui avez mérité une triple auréole, priez pour nous.

Refuge salutaire des Carmélites, priez pour nous.

 

C'est à vous, notre très chère Mère, que nous avons recours, priez pour nous.

Daignez aider, par vos prières, la sainte Église et ses Ministres. Nous vous en supplions, écoutez-nous.

Daignez protéger et conserver cette sainte Re­ligion dont vous êtes la Mère. Nous vous en supplions, écoutez-nous.

Daignez nous faire per­sévérer dans notre pieux engagement. Nous vous en supplions, écoutez-nous.

Daignez nous préserver des pièges et des illusions de la chair, du monde et du démon. Nous vous en supplions, écoutez-nous.

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Daignez nous obtenir le véritable esprit de la sainte Religion du Carmel. Nous vous en supplions, écoutez-nous.

Daignez nous obtenir une parfaite humilité, et l'entier renoncement à nos volontés. Nous vous en supplions, écoutez-nous.

Daignez nous obtenir une perpétuelle mortifica­tion, et une continuelle méditation de la divine loi. Nous vous en supplions, écoutez-nous.

Daignez nous conduire au comble de la perfection évangélique. Nous vous en supplions, écoutez-nous.

Daignez obtenir les dons du Saint Esprit pour nos prélats et pour nous. Nous vous en supplions, écoutez-nous.

Daignez unir du lien perpétuel de la charité fraternelle tous les élèves de notre Institut et tous les fidèles. Nous vous en supplions, écoutez-nous.

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Agneau de Dieu, qui ef­facez les péchés du monde, pardonnez-nous, Sei­gneur.

Agneau de Dieu, qui ef­facez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous, [Seigneur.]

ORAISON.

Exaucez-nous, Seigneur qui êtes notre salut, et faites que, comme la fête de la bienheureuse sainte Thérèse, votre Vierge et notre Mère, nous remplit de joie, ainsi sa céleste doctrine fasse la nourri­ture de nos âmes, et sa piété tendre et affectueuse le sujet de notre instruc­tion ; nous vous le de­mandons par Notre-Seigneur Jésus-Christ.

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LITANIES DE SAINT JEAN DE LA CROIX.

 

Seigneur, ayez pitié de nous.

Jésus-Christ, ayez pitié de nous.

Seigneur, ayez pitié de nous.

Jésus-Christ, écoutez-nous.

Jésus-Christ, exaucez-nous.

Dieu le Père, des cieux où vous êtes, ayez com­passion de nous.

Dieu le Fils Rédempteur du monde, ayez compas­sion de nous.

Dieu le Saint Esprit, ayez compassion de nous.

Un seul Dieu en trois personnes, ayez compas­sion de nous.

213*

Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous.

Saint Jean de la Croix notre Père, priez.

Fils bien-aimé de la bienheureuse Vierge Marie Notre-Dame du Mont Carmel, priez.

Fleur du Carmel, d'une odeur très agréable, priez.

Héritier admirable du zèle de saint Élie, priez.

Fondement très solide de la réforme du Carmel, priez.

Fils et père très aimé de notre sainte Mère Thé­rèse, priez.

Très religieux observa­teur de la réforme du Car­mel, priez.

Vase d'innocence, priez.

Très vigilant dans la pratique de toutes les vertus, priez.

Très ardent en charité, priez.

Très abaissé en humi­lité, priez.

Très éminent en obéissance, priez

Soleil éclatant en pureté et en charité, priez

Invincible en patience, priez.

Doué de la simplicité et douceur de la colombe, priez.

Amateur de la pauvreté, priez.

Modèle de sainteté, priez.

Fidèle observateur de la justice, priez.

Ami très chéri de Jésus crucifié, priez.

Prodige de pénitence, priez pour nous.

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Amateur insatiable de la mortification, priez.

Flambeau ardent et lui­sant, priez.

Source d'une doctrine céleste, priez.

Docteur mystique, priez.

Maître de la vie inté­rieure, priez.

Sublime en oraison, priez.

Colonne de la foi, priez.

Ardent zélateur de la doctrine évangélique.

Trompette éclatante de la parole de Dieu, priez.

Très fervent prédicateur de la vérité, priez.

Fidèle conducteur des âmes, priez.

Lumière de ceux qui errent, priez.

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Joie de ceux qui sont dans la tristesse, priez.

Consolation des affligés, priez pour nous.

Instrument de tant de miracles, priez.

Terreur des puissances de l'enfer, priez.

Rempli de l'esprit des prophètes, priez.

Embrasé du désir du martyre, priez.

Gardien exact du champ du Seigneur, priez.

L'ornement et la gloire du Carmel, priez.

 

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.

Agneau de Dieu, qui

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effacez les péchés du monde, ayez compassion de nous Seigneur.

 

ANTIENNE.

Je suis attaché avec Jé­sus-Christ à la Croix, dans laquelle je vis, afin que Jésus-Christ vive en moi, pour l'amour duquel le monde m'est crucifié, et moi au monde. Je mettrai ma gloire dans la tribulation, parce que par son moyen je posséderai tous les vrais biens.

v. Priez pour nous, no­tre glorieux Père Jean de la Croix.

r. Afin que nous soyons rendus dignes des pro­messes de Jésus-Christ.

 

PRIONS.

Mon Dieu qui avez rendu saint Jean de la Croix, votre confesseur, un excellent amateur de

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la parfaite abnégation de soi-même et de la Croix, accordez-nous la grâce que, par une continuelle imita­tion de sa vie crucifiée, nous parvenions à la gloire éternelle. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur. Ainsi soit-il.

 

4. Oraison au Coeur de sainte Thérèse.

Je vous salue, coeur très ardent de ma Séraphique Mère, qui avez mérité d'être tout embrasé en l'amour de notre commun Époux, et navré de sa part de cette grande blessure par la main d'un Séraphin, comme une mar­que assurée et visible de son amour réciproque vers vous. Allumez dans mon coeur et dans tous ceux de mes Soeurs vos filles cette même flamme, et les unissez tous dans votre saint coeur, afin que, comme celui de Jésus-Christ et du vôtre il ne s'en est fait qu'un, tous les nôtres y puissent être joints pour y être con­sommés et réduits dans une même unité

219*

d'amour, et jouir un jour, par vos mérites, de la gloire des sacrés embrassements dont votre céleste Époux vous tient unie à lui. Ainsi soit-il.

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AVIS SPIRITUELS DE NOTRE MÈRE SAINTE THÉRÈSE

ET DE PLUSIEURS AUTRES SAINTS

DE L'ORDRE DE NOTRE-DAME DU MONT-CARMEL.

 

[AVIS SPIRITUELS DE NOTRE MÈRE SAINTE THÉRÈSE]

 

1. La terre qui n'est point cultivée portera des chardons et des épines, quoiqu'elle soit bonne et fertile ; il en est ainsi de l'entende­ment de l'homme.

2. Il faut parler avec révérence de toutes les personnes spirituelles, comme des Religieux, Prêtres et Ermites.

3. Étant en la compagnie de plusieurs, parlez peu.

4. Soyez modestes en toutes les choses que vous ferez ou direz.

5. Il ne faut point contester ou disputer beaucoup, principalement dans les choses de peu d'importance.

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6. Il faut parler à tous avec une joie modérée.

7. Il ne faut jamais se moquer d'aucune chose.

8. Il ne faut jamais reprendre personne sans discrétion et humilité, et sans avoir une propre., confusion de soi-même.

9. Il faut toujours s'accommoder à la complexion de celui avec lequel on traite ou com­munique : avec les joyeux, être gai ; avec les tristes, être triste ; et enfin se faire tout à tous, afin de les gagner tous.

10. Il ne faut jamais parler sans le bien pré­méditer auparavant, et se recommander beau­coup à Notre-Seigneur, afin de ne rien dire qui lui soit désagréable.

11. Jamais ne s'excuser, sinon en chose fort probable.

12. Il ne faut jamais dire de soi-même des choses dignes de louange, comme de sa science, de ses vertus et de sa condition, si l'on n'espère qu'il en reviendra du profit ; et alors encore il faut que ce soit avec humilité et con­sidération que ce sont des dons qui viennent de la main de Dieu.

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13. On ne doit jamais trop exagérer les choses, mais dire avec modération son opinion et son avis.

14. Dans vos entretiens, mêlez toujours quelques choses spirituelles, et avec cela on évitera beaucoup de paroles oiseuses et de murmures.

15. N'assurez jamais aucune chose que pre­mièrement vous ne la sachiez bien.

16. Ne vous mêlez jamais de donner votre avis sur quoi que ce soit, si l'on ne vous le demande, ou que la charité le requière.

17. Lorsque quelqu'un parlera des choses spirituelles, écoutez-le avec humilité, et comme disciple, et prenez pour vous ce qu'il dira de bon.

18. Découvrez toutes vos tentations, imper­fections et répugnances à votre supérieur et confesseur, afin qu'il vous donne conseil et remède pour les vaincre et les surmonter.

19. Il ne faut point être hors de sa cellule ni en sortir sans cause raisonnable ; et en sor­tant, il faut demander aide et secours à Dieu, afin de ne point l'offenser.

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20. Il ne faut manger ni boire, sinon aux heures ordinaires et accoutumées ; et après le repas, il en faut bien rendre grâces à Dieu.

21. On doit faire toutes choses comme si réellement Dieu les regardait, comme en effet il les regarde, et par cette voie une âme profite beaucoup.

22. N'écoutez jamais ceux qui disent mal de quelqu'un, et n'en dites jamais aussi, si ce n'est de vous-même. Et lorsque vous pren­drez plaisir d'agir de la sorte, vous avancerez beaucoup.

23. Ne faites aucune action sans la rappor­ter à Dieu en la lui offrant, et sans lui demander qu'il la fasse réussir à son honneur et à sa gloire.

24. Lorsque vous serez dans la joie, ne vous laissez pas emporter à des ris immodérés ; mais que votre joie soit humble, douce, modeste et édifiante.

25. Considérez-vous toujours comme étant la servante de toutes les autres ; et regardez en chacune d'elles Notre-Seigneur Jésus-

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Christ ; et par ce moyen vous n'aurez nulle peine à les respecter.

26. Soyez toujours aussi disposées à prati­quer l'obéissance que si Jésus-Christ lui-même vous l'ordonnait par la bouche de votre Supérieure.

27. En toute action et à toute heure exa­minez votre conscience ; et après avoir remar­qué vos fautes, tâchez de vous en corriger, avec l'assistance de Dieu. En marchant par ce chemin, vous arriverez à la perfection reli­gieuse.

28. Ne pensez point aux fautes d'autrui, mais aux vertus seulement, et à vos propres fautes.

29. Ayez toujours de grands désirs de souf­frir pour Notre-Seigneur Jésus-Christ en cha­que chose et en toute occasion.

30. Faites tous les jours cinquante oblations et offrandes de vous-même à Dieu, et cela avec une grande ferveur et désir de le possé­der.

31. Ayez devant vos yeux et présent tout le long du jour ce que vous avez médité le matin,

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et employez en cela beaucoup de soin et de diligence, d'autant qu'il y a un grand profit.

32. Gardez bien les sentiments que Dieu vous communiquera, et effectuez les désirs qu'il vous donnera en l'Oraison.

33. Fuyez toujours la singularité autant qu'il vous sera possible, car c'est un grand mal pour une Communauté.

34. Lisez souvent la Règle et les Constitu­tions de votre Religion, et gardez-les vérita­blement.

35. En toutes les choses créées, regardez la providence et sagesse de Dieu, et louez-le en toutes choses.

36. Retirez votre coeur et dépouillez-le de toutes choses ; ne cherchez que Dieu et vous le trouverez.

37. Ne faites jamais paraître de dévotion au dehors que vous ne l'ayez intérieurement : encore que néanmoins l'ayant il vaudrait mieux le bien cacher et couvrir.

38. Ne montrez jamais la dévotion intérieure sans grande nécessité : Mon secret est pour moi, disaient saint François et saint Ber­nard.

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39. Ne vous plaignez point de la viande, si elle est bien ou mal apprêtée, vous ressouve­nant du fiel et du vinaigre de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

40. À table, ne parlez à personne et ne levez point votre vue pour regarder qui que ce soit.

41. Considérez la table du ciel et la nourri­ture céleste, qui est Dieu, et les conviés, qui sont les Anges : levez les yeux à cette table céleste, désirant de vous y voir.

42. En la présence de votre Supérieur, en la personne duquel vous devez considérer Notre-Seigneur Jésus-Christ, ne dites jamais que ce qui est nécessaire, et cela, avec grande révé­rence.

43. Ne faites jamais aucune chose que vous ne puissiez faire devant tous.

44. Ne faites jamais de comparaison entre les personnes, parce que les comparaisons sont odieuses.

45. Lorsque l'on vous fera quelque répré­hension, recevez-la avec une humilité inté­rieure et extérieure, et priez Dieu pour celui qui vous reprend.

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46. Quand un supérieur vous commande quelque chose, ne dites pas qu'un autre com­mande le contraire, mais croyez que tous deux ont de saintes intentions, et obéissez à ce qui vous est commandé.

47. Ne soyez point curieuse de parler ni de vous informer des choses qui ne vous concer­nent point.

48. Ayez toujours présente votre vie passée, pour la pleurer, de même que votre tiédeur présente, et ce qui vous manque pour aller au ciel, afin de vivre dans la crainte ; ce qui est cause de grands biens.

49. Faites toujours ce que vous disent ceux de la maison, pourvu que ce ne soit point contre l'obéissance, et répondez-leur avec hu­milité et douceur.

50. Ne demandez point aucune chose parti­culière pour le manger ou pour le vêtement, si ce n'est par grande nécessité.

51. Ne cessez jamais de vous humilier et mortifier en toutes choses, jusqu'à la mort.

52. Accoutumez-vous de faire toujours plu­sieurs actes d'amour de Dieu, d'autant qu'ils embrasent et attendrissent l'âme.

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53. Faites aussi des actes fréquents de toutes les autres vertus.

54. Offrez toutes choses au Père éternel, conjointement avec le mérite de son Fils Jésus-Christ.

55. Soyez douce envers toutes les autres et rigoureuse pour vous-même.

56. Aux jours des Fêtes des Saints, pensez à leurs vertus, et priez Dieu qu'il vous les donne.

57. Soyez fort soigneuse de faire tous les soirs votre examen de conscience.

58. Le jour où vous devez communier, que votre Oraison soit de voir et considérer qu'é­tant si misérable vous devez recevoir Dieu, et que l'Oraison du soir soit de penser que vous l'avez reçu.

59. Étant Supérieure, ne reprenez jamais personne avec colère, mais quand elle sera passée ; et ainsi la répréhension que vous ferez profitera.

60. Efforcez-vous d'acquérir la perfection et la dévotion, et de faire toutes choses avec elles.

61. Soyez aussi soigneuse de vous exercer

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beaucoup en la crainte de Dieu ; c'est ce qui attire l'âme à la componction et à l'humi­lité.

62. Il faut bien considérer combien les per­sonnes changent souvent d'humeur, et com­bien peu assurée est la confiance qu'on met en elles ; et il faut en même temps s'attacher fortement à Dieu, lequel ne change point.

63. Ayez soin de traiter souvent des affaires de votre âme avec un Confesseur qui soit spirituel et docte, et soyez-lui en tout obéis­sante.

64. Toutes les fois que vous communierez, demandez quelque don au Seigneur, par ce grand amour qui l'a porté à se donner à vous.

65. Quoique vous ayez plusieurs Saints pour avocats et pour patrons, néanmoins ayez tou­jours une très particulière dévotion à saint Joseph, qui obtient beaucoup de grâces du Seigneur.

66. Quand vous serez dans la tristesse, le trouble et l'inquiétude n'abandonnez pas l'Oraison et les oeuvres saintes de la pénitence que vous avez accoutumé de faire, parce que le

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démon tâche de vous inquiéter et de vous troubler, afin que vous les laissiez : mais plu­tôt faites-en davantage que vous ne faisiez, et vous verrez que Notre-Seigneur vous favorisera incontinent.

67. Ne communiquez point vos tentations avec les moins parfaites de votre maison, car vous apporteriez du dommage à vous-même et aux autres, mais communiquez-les aux plus parfaites.

68. Souvenez-vous que vous n'avez qu'une âme, que vous ne mourrez qu'une fois, que vous n'avez qu'une vie qui est courte, et qu'il n'y a qu'une gloire qui est éternelle ; et cette pensée vous détachera de beaucoup de choses créées.

69. Que votre désir soit de voir Dieu, votre crainte de le perdre, votre douleur de ne pas le posséder encore, votre joie de ce qui peut vous conduire à lui, et vous vivrez dans un grand repos.

LOUÉ SOIT NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.

 

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AVIS SPIRITUELS DE SAINT JEAN DE LA CROIX.

 

1. Efforcez-vous de conserver toujours dans vos coeurs un désir sincère et une affection ardente d'imiter Jésus-Christ, et comportez-vous exactement en toutes vos actions comme il se comporterait lui-même.

2. Portez-vous plutôt aux choses difficiles et humbles, qu'à celles qui sont commodes et élevées ; embrassez généreusement toutes sor­tes de peines et de travaux pour l'amour de Jésus-Christ, et croyez qu'en l'aimant ainsi, on reçoit des consolations ineffables.

3. Puisque Notre-Seigneur, pendant sa vie, a mis tout son plaisir à faire la volonté de son Père, renoncez à tout ce qui est capable de flatter les sens ; et par ce moyen vous ferez en peu de temps un progrès considérable dans la vertu.

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4. La vertu et la force de l'âme s'augmen­tent et se perfectionnent dans les travaux : c'est pourquoi vous ne devez point les re­douter, mais plutôt les souffrir généreusement, puisqu'ils vous élèveront au-dessus du monde, et vous approcheront plus près de sa divine Majesté.

5. Dieu fait plus d'état de l'inclination que nous avons à souffrir pour son amour les disgrâces, les maladies, les amonts et même les sécheresses en l'Oraison, que de toutes les consolations et de toutes les caresses et fa­veurs dont il pourrait nous gratifier.

6. Si vous ne désirez point la croix de Jésus-Christ, vous ne désirez point sa gloire ; si vous voulez le posséder, ne le cherchez pas hors de la croix, car on n'en jouit qu'en se quittant soi-même.

7. Ne souhaitez point autre chose pour récompense de vos travaux et de vos bonnes oeuvres, que de nouveaux mépris et de nou­velles souffrances, et persévérez constamment dans une vie de croix et de mortification inté­rieure et extérieure.

8. Accoutumez-vous à souffrir, à agir et à

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vous taire, si vous voulez vivre en paix et augmenter les forces de votre âme, pour pra­tiquer les grandes vertus.

9. Persuadez-vous que vous n'êtes entré en religion que pour être poli et perfectionné chaque jour par les mains de vos frères : con­sidérez-les comme autant de charitables Offi­ciers et de Ministres fort habiles, envoyés de Dieu pour vous sanctifier, en vous éprouvant et vous exerçant en différentes manières.

10. Votre âme est beaucoup plus laide et plus impure pour s'approcher de Dieu, ayant la moindre affection volontaire aux choses de la terre, que si elle était affligée d'un grand nombre de tentations déshonnêtes, et de tou­tes les ténèbres imaginables, pourvu que vous n'y donniez aucun consentement.

11. Si vous voulez aimer quelque chose avec Dieu, assurément vous n'en faites pas grande estime, puisque vous le mettez en parallèle avec une chose qui lui est si dispro­portionnée, vous liant d'affection avec la créa­ture, qui n'est qu'ordure et que laideur, en comparaison de sa pureté et de sa beauté infinie.

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12. Vos désirs ressemblent à de petits en­fants inquiets et très difficiles à contenter, qui demandent continuellement à leur mère tantôt une chose, tantôt une autre, sans être jamais satisfaits : plus vous leur donnerez, plus ils seront importuns à vous demander.

13. Qu'importe qu'un oiseau soit arrêté par un petit filet ou par une corde un peu plus grosse, pourvu qu'il ne puisse pas voler? Il en est ainsi de votre âme, si elle est liée d'affec­tion à quelque chose créée, si peu considérable qu'elle soit : car avec toutes les autres vertus elle ne parviendra jamais à la liberté de l'union divine, et peut-être ne resterait-il plus, pour y parvenir, qu'à rompre ce petit filet qui la tient attachée.

14. Il n'y a point d'humeur peccante et maligne qui empêche tant un malade d'agir librement et qui déprave plus son goût que l'amour déréglé des créatures, qui rend l'âme inquiète et lâche dans la pratique de la vertu ; et soyez persuadé que la source ordinaire de votre chagrin et de vos lâchetés au service de Dieu n'est autre chose que le désordre de vos affections.

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15. Si vous ne mortifiez vos désirs, ils arrê­teront votre âme et l'empêcheront d'arriver à la perfection, de même que le poisson appelé remora, en s'attachant à un navire, l'arrête et l'empêche de continuer sa route ; ou bien, semblables aux rejetons des arbres qui en tirent le suc et en affaiblissent la vigueur, ils diminueront la force de votre âme et l'empê­cheront de croître ; et même assez souvent ces funestes productions feront mourir celle qui leur donne la vie, comme les vipères donnent la mort à leur mère en sortant de son ventre.

16. Ne vous fiez point en votre bel esprit, ni aux faveurs que Dieu vous a déjà faites : car, si vous avez encore quelque affection aux créatures et que vous négligiez de vous mor­tifier, elle est assez puissante pour vous faire tomber peu à peu en de plus grands maux, comme nous voyons dans Salomon, qui n'est tombé insensiblement en des crimes si énor­mes que pour avoir négligé de mortifier les mouvements déréglés et les inclinations sen­suelles de son coeur.

17. Si vous vous imposez de rigoureuses pénitences et de pénibles exercices, pensant

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que c'est l'unique moyen de devenir parfait, vous reconnaîtrez bientôt que vous vous êtes trompé. Mais si vous employez la moitié de votre travail à renoncer sérieusement et entiè­rement à vous-même, vous profiterez plus en un mois par ce moyen que vous ne feriez en plusieurs années par toutes les rigueurs de la plus austère pénitence qui ne seraient point jointes à ce renoncement intérieur.

18. Si vous satisfaites vos désirs en quelque chose contre la volonté de Dieu, vous vous engagez à deux peines : la première à vous priver de cette satisfaction, et la seconde à vous laver et purifier de la souillure qu'a lais­sée cet attachement.

19. Une imperfection habituelle, quelque petite qu'elle soit, apporte plus de dommage à votre âme que plusieurs autres dans les­quelles vous ne retombez que par fragilité, par surprise ou par passion.

20. Ayez un soin tout particulier de morti­fier le point d'honneur, même dans les plus petites choses, et ne pensez jamais qu'on vous a fait tort, que vous avez raison, que vous êtes plus ancien, que vous avez rendu plus de

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services, que vous avez plus travaillé et que vous êtes plus capable : car le plus subtil poison ne donne pas plus promptement la mort, que ces sortes de pensées détruisent in­failliblement la perfection et font perdre sans ressource la vie de l'esprit.

21. Pourquoi différez-vous de quitter la créature, qui n'est rien, pour vous unir par amour à votre Dieu, qui est Tout ? Ne voyez-vous pas que l'Éternité s'approche, et que le temps précieux que Dieu vous donne pour acquérir la perfection s'écoule insensiblement ? Déterminez-vous donc aujourd'hui à quitter ce néant et ce rien de la créature qui vous arrête, pour vous unir au Tout, qui est Dieu.

22. Ne vous attristez point pour les mauvais succès des affaires du monde, puisque vous ne savez pas les avantages que Dieu en veut tirer pour l'utilité des justes et la joie éternelle de ses élus.

23. Vous surmonterez sans peine tout ce qui peut vous empêcher de vivre dans une union intime avec Dieu, si vous êtes assidu à l'Oraison : car que ne peut point celui qui

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cherche Dieu de tout son coeur, et qui s'unit par amour au Tout-puissant ?

24. Puisque votre tristesse doit croître par l'accomplissement de votre volonté, gardez-vous de la contenter, quoique vous deviez de­meurer dans l'affliction et le chagrin : car, en pensant vous soulager, vos peines augmenteront et vous deviendront plus sensibles.

25. Si vous vous soumettez (quoique avec peine et aridité) à ce qui est juste et raison­nable, vous serez beaucoup plus agréable à Dieu que si, manquant de ces dégoûts et de ces sécheresses, vous faisiez cette action avec une grande facilité et suavité d'esprit.

26. Dieu aime plus en vous le moindre acte d'obéissance et de soumission que tous les services que vous vous proposez de lui rendre par votre propre choix et votre propre inclination.

27. Ne regardez jamais votre Supérieur, quel qu'il soit, d'une autre façon que si vous regardiez Dieu même : car si vous examinez ses actions, son humeur et ses talents pour régler votre conduite sur cette vue, alors votre obéissance, qui devait être toute divine et toute

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sainte, ne sera plus qu'une obéissance poli­tique, philosophique et toute humaine.

28. Si vous vivez selon votre propre juge­ment et sans un Directeur spirituel, vous serez semblable à un charbon séparé, qui perd bientôt sa chaleur au lieu de l'accroître, ou bien vous ressemblerez à un arbre exposé sur les chemins, lequel, bien que chargé de fruits ne les peut néanmoins conserver dans leur perfection, étant abattus par les passants avant leur maturité.

29. Ne ménagez point votre vie, votre hon­neur, ni votre santé, quand il s'agit de main­tenir et par paroles et par oeuvres l'étroite observance et l'esprit primitif de votre Reli­gion ; mais estimez-vous heureux de souffrir quelque chose pour conserver celle que vous devez avoir uniquement à coeur.

30. Si quelqu'un veut vous persuader une doctrine large et commode, quand il la con­firmerait même par des miracles, ne le croyez pas ; mais embrassez l'austère pénitence, écou­tez et ajoutez foi à ceux qui vous enseignent le dégagement de toutes choses, et réglez tou­jours votre vie sur les maximes d'une doctrine

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évangélique, et sur une morale véritablement chrétienne.

31. Plus une fleur est délicate, et plus tôt elle se flétrit : ainsi ne vous choisissez pas une voie douce et commode, de crainte que vous ne soyez jamais ferme et inébranlable dans la vertu.

32. Sachez que la perfection ne consiste pas dans les vertus que l'âme reconnaît en elle-même, mais bien en celles que Dieu seulement y connaît ; et comme c'est une chose cachée et fort secrète, vous avez plus de sujet de craindre que de présumer, dans l'incerti­tude où vous êtes, si votre vertu est approuvée de Dieu.

33. Ne considérez point les défauts de votre prochain ; gardez exactement le silence, et communiquez beaucoup avec Dieu par l'Oraison : car, en pratiquant fidèlement ces trois choses, vous arracherez bientôt de votre âme les imperfections qui y sont les plus enraci­nées, et vous l'enrichirez de toutes les vertus.

34. Dieu n'aime rien tant dans votre âme que l'humilité et le mépris que vous faites de vous-même : tous les autres dons extérieurs

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qu'il vous a faits ne le touchent point comme celui-là.

35. Regardez tous les hommes comme des personnes inconnues ; n'en aimez pas l'un plus que l'autre, autrement vous serez souvent trompé : car celui-là est plus digne d'être aimé, que Dieu chérit davantage, et nous ne connaissons point qui est ce favori.

36. Ne cherchez point à vous faire des amis et des protecteurs en Religion, mais demeurez pauvre, dénué et sans appui des créatures, vous contentant uniquement en ce monde de Jésus et de sa croix.

37. Si vous mettez votre tout dans le néant, vous trouverez en toutes choses la satisfaction de votre coeur et le repos de votre esprit. O heureux néant !

38. Croyez-moi, n'ayez point de curiosité pour les nouvelles, car vous n'y trouverez au­cun contentement, et votre esprit, charmé de ces sortes de chimères, sera faible et inca­pable de s'appliquer aux choses saintes et so­lides.

39. Employez les grands désirs que Dieu vous donne de souffrir à supporter paisiblement

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et en silence les humeurs et les faiblesses de votre prochain, et les occasions de fâcherie qu'il peut vous donner : offrez à Dieu tout cela de grand coeur, et ne vous en plaignez à per­sonne.

40. N'entreprenez jamais aucune chose (quoique d'ailleurs très bonne et pleine de charité) au delà des statuts de votre Religion, si ce n'est par le commandement et la con­duite de l'obéissance, qui seule vous donnera le mérite et produira la paix et la sûreté de votre conscience. Sachez que les actions d'un Religieux ne sont pas à lui, mais à son Supérieur : ainsi il commet un larcin devant Dieu, s'il les soustrait aux ordres de l'obéis­sance.

41. Le Supérieur doit gouverner sa maison selon les maximes de la vertu, et avoir soin de la pourvoir des choses temporelles, plutôt par des désirs célestes et par une sainte con­fiance en la Providence paternelle de Dieu, que de s'appuyer sur l'industrie des hommes et les soins inutiles de la prudence humaine. Et s'il veille soigneusement à ce que son âme et celles de ses Religieux soient unies à Dieu,

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qu'il s'assure que pour le reste sa Majesté sera son appui et sa caution.

42. Celui-là seul peut dire qu'il a surmonté toutes choses quand le goût des créatures ne lui causera point de joie, et que l'amertume et le dégoût ne lui donneront aucun chagrin.

43. Pourvu que-vous ne désiriez rien que Dieu, vous ne marcherez point dans les ténè­bres, quoiqu'il vous semble y être entière­ment enseveli.

44. N'abandonnez jamais la pratique des bonnes oeuvres, quoique vous ne soyez caressé d'aucune faveur et consolation sensible.

45. Vous plairez davantage à Dieu par un acte de vertu fait en charité, que par toutes les visions, les extases et les révélations que vous puissiez recevoir du Ciel. C'est pourquoi vous devez ménager soigneusement toutes les heureuses occasions qui se présentent d'exer­cer la charité, et de faire toutes sortes de bonnes oeuvres, et d'acquérir ainsi les vertus hé­roïques, qui sont si précieuses devant Dieu.

46. Dieu fait plus d'état du moindre degré de pureté de coeur que de toutes les bonnes

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oeuvres que vous puissiez faire, même avec éclat, devant le monde.

47. Si votre âme demeurait dans le ciel sans appliquer sa volonté à aimer Dieu, quel­que heureuse qu'elle fût d'ailleurs, elle ne se­rait pas néanmoins satisfaite : ainsi, quoique Dieu soit toujours avec vous, si vous avez le coeur attaché à quelque créature, vous ne serez pas content ; et si un acte de vertu produit dans l'âme la suavité, la paix, la lumière, la force et la consolation, de même le moindre attachement à la créature y cause l'inquié­tude, la tristesse, la lassitude, l'impureté, la faiblesse, les ténèbres, et rend l'âme incapable de recevoir l'esprit de Dieu.

48. Vous avancerez plus dans une heure avec les dons et les grâces de Dieu, que vous ne feriez en tout le cours de votre vie par votre industrie et vos propres forces. Ayez donc un coeur vide et sans engagement, si vous voulez être en état de recevoir les dons et les biens immenses de Dieu.

49. Ayez soin de tenir votre âme dans un grand calme et dans un oubli de toutes les choses créées, et accoutumez-vous à la nourrir

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d'un regard simple et amoureux vers Dieu, sans désirer d'en recevoir des goûts et des faveurs sensibles, ni même quelque grâce particulière : et par ce moyen il vous commu­niquera son esprit de sagesse et de paix.

50. Souvenez-vous qu'il y a trois marques infaillibles pour connaître si vous avez un vé­ritable recueillement intérieur et un véritable amour de Dieu : la première, si les choses temporelles ne vous plaisent pas ; la seconde, si le silence et la solitude vous donnent du contentement, et que vous ayez soin de prati­quer ce qui est le plus parfait ; la troisième, si la méditation ou le discours qui vous aidait à faire oraison vous empêche présentement. Ces trois marques doivent se trouver en­semble.                    

51. Plus vous aurez de foi, plus vous serez uni à Dieu et lui serez semblable.

52. Dans tous vos besoins, servez-vous plu­tôt de l'espérance en Dieu que de toutes les diligences humaines, et croyez que vous ob­tiendrez autant que vous espérerez.

53. Sachez que l'amour ne consiste pas à sentir de grandes choses, mais à renoncer à

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soi-même, et à souffrir généreusement pour Dieu.

54. Si vous voulez avoir Dieu en toutes choses, il faut que vous n'ayez rien en toutes choses : car comment se peut-il faire que le coeur qui est à quelqu'un soit tout entier à un autre?

55. Ne faites aucune estime de tout ce qui est dans le monde, puisque ce qu'il y a de plus précieux en cette vie n'est qu'un néant et une pure vanité par rapport à l'amitié de Dieu ; mais chérissez uniquement sa grâce.

56. Ne vous réjouissez point de la possession des biens périssables et temporels, puisque vous ne savez pas s'ils vous feront jouir de la vie éternelle.

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AVIS SPIRITUELS DE SAINT ANDRÉ CORSINI, ÉVÊQUE.

 

1. Toute la vertu consiste à tomber moins souvent et à bien ménager nos chutes pour en tirer un remède contre le venin, en parlant, en agissant, en regardant et en écoutant avec plus de circonspection, et tenant toujours le coeur comme suspendu et élevé vers Dieu, afin de n'y laisser rien entrer qui ne vienne de lui.

2. Étudiez-vous incessamment à chercher et trouver toujours Dieu dans le fond de votre coeur et de votre âme.

3. N'ayez jamais que deux regards en toute la conduite de votre vie : l'un pour la gloire de Dieu, l'autre pour l'édification de votre pro­chain.

4. Vous éveillant la nuit, vous levant au matin, vous déshabillant au soir, allant dans les affaires, étudiant, écrivant, conversant en

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compagnie, lancez vers le ciel et jusque dans le coeur de Dieu de fervents désirs d'adoration, d'actions de grâce, de soumission, d'obéis­sance, de résignation et autres que l'amour vous inspirera.

5. Il faut avoir une singulière affection aux exercices d'abjection et d'humilité : comme de

laver la vaisselle, balayer l'église ou les dor­toirs ; faire volontiers la quête par la ville, voire même dans les maisons de nos plus pro­ches parents.

6. C'est dans les exercices de pénitence et aus­térité que l'on rencontre les torrents des contentements spirituels qui ne se font point goûter et sentir qu'à ceux qui les éprouvent.

7. La rébellion du corps doit être domptée par les austérités des veilles et des jeûnes ; et à ces fins portez aussi quelquefois la haire, usez souvent de la discipline, jeûnez certains jours de la semaine ou du mois au pain et à l'eau, cherchez les occasions d'obéir jusqu'au moin­dre de la maison.

8. Les peines et les travaux que nous souf­frons en la terre sont estimés très légers lors­qu'on les compare au poids éternel de la

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gloire qu'ils nous préparent dans le ciel.

9. Pour profiter en la vie spirituelle, il faut s'étudier incessamment à la connaissance de soi-même et chercher à acquérir une continuelle fa­miliarité avec Dieu, par l'exercice de l'Oraison, l'observation de soi-même et la solide pra­tique des actes d'humilité et de charité.

10. N'ayez aucune affection à quoi que ce soit, sinon à Dieu, et faites que toute la joie et le souhait de votre âme soient de trouver en toute chose sa divine Majesté.

11. Le moins qu'on se peut mêler parmi les hommes et les embarras des choses de la terre, c'est le plus sûr et le meilleur pour nous.

12. C'est prétendre en vain faire progrès en la vie spirituelle, si on ne chérit l'Oraison ; à mesure qu'on s'y affectionne, on ressent sen­siblement l'assistance des grâces et des bénédictions spirituelles et temporelles de Notre-Seigneur.

13. Il se faut employer de telle sorte à l'étude des sciences, que l'on ne vienne pas à éteindre en soi la ferveur de la bonne et parfaite dévotion.

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MAXIMES ET SENTENCES DE SAINT ALBERT.

 

1. Que le premier et le plus grand de vos désirs soit de vous rendre fidèlement à tout ce que Dieu souhaite et demande de vous en votre condition, tenant pour constant que tout votre bien et votre avancement spirituel en la vertu dépend entièrement de cela.

2. Rappelez souvent en votre mémoire cette parole du Fils de Dieu, qu'il faut être dans le monde sans être du monde, c'est-à-dire qu'il faut passer parmi les choses du monde sans prendre part à la corruption du monde, et sans y mettre son coeur ni son affection.

3. Prenez soigneusement garde à ce que votre coeur ne s'occupe pas de choses vaines et inutiles, de pensées ou de désirs du monde, et veillez avec attention sur tous les mouve­ments de votre âme, afin que le désordre ne s'y glisse pas.

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4. Souvenez-vous que les principaux de­voirs et les vraies occupations des serviteurs et servantes de Jésus et de Marie sont de travailler incessamment à épurer leurs coeurs et à en arracher toutes les mauvaises inclinations, pen­sées, affections et passions désordonnées.

5. Pour bien réussir au service de Dieu, il faut aimer et chérir tendrement la retraite, le silence, la dévotion, le recueillement, la pu­reté de coeur et l'Oraison.

6. Les vertus qui nous doivent être plus fa­milières et ordinaires, sont la charité, l'hu­milité, la simplicité et une docte ignorance des choses qui sont étrangères à notre état et à notre condition.

7. Si vous n'êtes pas un grand saint, il ne faut pas que vous vous en preniez à Dieu, mais bien à l'infidélité de votre coeur qui dérobe la gloire due à sa souveraine Majesté, en se l'ar­rogeant et attribuant à soi-même.

8. C'est chose digne d'étonnement de dire qu'on puisse croire que Dieu est Dieu, et ce­pendant qu'avec cette croyance on s'acquitte si mal du respect, de l'amour et du service qu'on lui doit rendre.

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9. S'il se rencontrait quelqu'un qui fût assez heureux pour aimer et servir la sainte Vierge, notre bonne Mère, Dame et Maîtresse, ainsi qu'elle le mérite, sans doute que celui-là por­terait dans son coeur un grand trésor, de grâces.

10. Il ne faut jamais arrêter les yeux sur ce qu'on fait, mais bien les porter sur ce que l'on devrait ou que l'on pourrait faire.

11. Les quatre éléments dont un bon coeur est composé sont : la pureté, l'humilité, la dévotion et la fidélité.

12. Celui qui désire et prétend attirer sur soi les bénignes influences des bontés et gran­des miséricordes de Notre-Seigneur doit se rendre enfant de prière et ami d'une vérita­ble, parfaite et solide dévotion.

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PAROLES ET SENTENCES DE SAINT PIERRE THOMAS, PATRIARCHE.

 

1. C'est s'abuser et se tromper lourdement que de s'imaginer de grandes difficultés dans les voies de Dieu et dans les exercices de piété et de dévotion ; il n'y a qu'à aimer, et aimer Dieu, qui est infiniment aimable.

2. Tout ce qu'on demande de la fidélité d'une âme revient à trois choses : préférer la raison au sens, l'éternité au temps, Dieu à la créature.

3. Il ne faut être jamais content et satisfait des services qu'on rend à Dieu, ni croire ou penser aucunement qu'on en ait assez fait.

4. Si l'on savait ce que Dieu mérite de la créature, l'honneur, les hommages et les ser­vices qui lui sont dus, on n'aurait pas peine à se confondre du peu qu'on lui en rend.

5. On doit éviter soigneusement l'oisiveté, la

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tristesse et le découragement qui est une cer­taine froideur ou un certain relâchement de l'âme par lequel on s'ennuie et on se dégoûte des choses de Dieu et de ce qui regarde son divin service.

6. Tout état, voire le plus humble, le plus aride et le plus éloigné de consolation, est toujours bon et utile à l'âme qui vit de la volonté de Dieu, et non pas de la sienne propre.

7. Il est bien aisé de se consoler dans les peines, les croix et les souffrances, si on se persuade qu'on ne ressemble jamais mieux à Jésus-Christ, notre cher Maître et Sauveur, que lorsque l'on participe à celles de sa très amère et douloureuse Passion.

8. Pour réussir dans l'exercice de l'oraison mentale, il faut s'étudier principalement à la mortification et à la simplicité chrétienne. Car l'entretien le plus familier de sa divine Ma­jesté est avec les simples.

9. Les Chrétiens et les Religieux doivent avoir un désir embrasé pour la Croix, et la regarder comme un fruit de vie qui soutient, aide et fortifie de telle sorte ceux qui l'embrassent,

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qu'ils peuvent bien utilement et avantageusement mettre et arrêter en elle toutes les espérances de leur salut et bon­heur.

10. Dans le temps de la tentation, il se faut humilier sous la puissante main de Dieu et considérer attentivement nos propres défauts, nos faiblesses et notre néant.

11. La souffrance est chose si excellente, lorsqu'elle est prise et supportée fidèlement, que quand Dieu rencontre une âme disposée à la recevoir, il renverserait plutôt le ciel et la terre qu'il ne lui en fît naître les occasions et qu'il ne la rendît pâtissante et souffrante, afin de la rendre sainte et bienheureuse.

12. On ne se relâche dans la pénitence et dans les mortifications que parce que l'on cesse de regarder Jésus-Christ, pour se regarder soi-même avec les faiblesses et les infirmités dont on se voit rempli ; il faut recourir à ce cher Jésus, puisqu'il est tout notre secours et toute notre force ; et il faut bien se donner garde de souhaiter qu'il nous décharge de notre croix, mais seulement désirer qu'il nous aide à la supporter.

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13. La pénitence étant la vertu d'une âme consacrée à Dieu, celles qui ont le bonheur d'appartenir à sa divine Majesté en cette belle qualité doivent appliquer leur attention et leur affection à se rendre ingénieuses pour trouver en toutes choses quelque sujet et oc­casion de souffrir.

257*

 

SENTENCES ET PRATIQUES DE SAINT ANGE, MARTYR.

 

1. Son assiduité au service divin était si or­dinaire, qu'outre son office journalier, il disait à genoux tout le Psautier de David, et médi­tait, selon le précepte de la règle de son Ordre, jour et nuit, en la loi de Notre-Seigneur.

2. Les négligences, lâchetés et tiédeurs dont on ne tâche pas de s'affranchir pendant le divin service sont cause bien souvent que nous sommes privés de plusieurs grâces et que nous tombons insensiblement dans l'endurcissement au péché et à l'imperfection.

3. C'est en vain qu'un Religieux Carme pré­tend de s'avancer en la perfection que Dieu demande de lui, s'il ne fait son principal de l'oraison, de la solitude, du silence et de la contemplation, et s'il ne manie et considère tous les emplois du dehors comme accessoires à son état.

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4. Ses désirs ardents de souffrir le martyre pour la foi de Jésus-Christ le firent prier ses frères et ses amis de ne point avoir égard aux sentiments humains qui les portaient à lui persuader la fuite du plus grand honneur et bonheur qui lui pût arriver en ce monde ; sur quoi, s'adressant à Notre-Seigneur, il lui disait dans un désir extatique de la mort et du martyre : C'est assez, c'est assez, ô mon Dieu! Vous savez l'intérieur de mon âme, prenez-la quand il vous plaira, elle vous appartient et vous est absolument acquise.

5. Sa charité le porta (après avoir reçu cinq coups de poignard, prêchant actuellement le saint Evangile) à supplier ses dévots et affec­tionnés auditeurs (tout trempé qu'il était dans son sang) de vouloir épargner celui de son bourreau, et regardant d'un oeil fixe le crucifix, il le conjura amoureusement de vouloir par­donner à tous ceux qui l'avaient offensé, et en outre, que ceux et celles qui chômeraient sa fête le jour de son martyre reçussent quelques faveurs singulières du Ciel par son interces­sion.

6. La bonne dévotion doit beaucoup plus

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chérir et estimer un acte de charité, de pa­tience, de souffrance, d'obéissance ou autre acte attaché à l'état propre de chacun, que des milliers d'oraisons de propre volonté.

7. Le vrai obéissant doit aller doucement et indifféremment à tous les emplois légitimes qu'on désire de lui, sans aucun discernement ni réflexion sur ce qui lui est enjoint et com­mandé.

8. Son abstinence le portait à jeûner trois fois la semaine au pain et à l'eau, et à ne man­ger les autres jours que des fèves crues ramol­lies dans de l'eau, et les jours de dimanches et fêtes il usait de quelques herbes ou légumes.

9. Il accompagnait son abstinence rigou­reuse d'un rude traitement, dont il matait et affligeait son corps tendre et délicat, pour le bien mortifier et l'assujettir à l'esprit ; il portait dans ce but, un cilice de fer sur la chair, dor­mait sur la dure ou sur quelque table, tout vêtu.

10. Celui qui a un véritable amour pour les austérités peut et doit fuir avec adresse toutes les petites relâches permises et accordées quel­quefois pour le soulagement de la nature.

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11. Son humilité lui faisait fuir le monde, les honneurs et les acclamations qu'on lui donnait, et il prit résolution de se retirer dans le même désert où Jésus-Christ jeûna et de­meura quarante jours et quarante nuits ; s'y appliquant à de très âpres et très rudes péni­tences, à des jeûnes extrêmement rigoureux et à une très solide et parfaite dévotion, médi­tant incessamment les mystères du Ciel.

12. La mémoire du jeûne que Jésus-Christ avait fait en cette solitude lui servait de repas le plus délicieux ; et repassant en son esprit les rigueurs indicibles que le Verbe incarné avait voulu souffrir pour le salut du monde, ses yeux répandaient des océans de larmes.

13. Le peu ou le beaucoup d'amour que nous aurons pour la mortification sera infailli­blement la mesure de notre sanctification, puisque, autant que nous mourons à nous-même, autant Dieu vit en nous.

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MAXIMES DE SAINTE MARIE-MADELEINE DE PAZZI.

 

MAXIMES POUR LA CONDUITE DES SUPÉRIEURS.

1. Le Supérieur doit être en son monastère un tableau de vertus mêlé de ces deux riches couleurs : la douceur et la gravité.

2. C'est l'oracle en terre de la Divinité : il doit avoir autant d'yeux qu'il a d'âmes en charge.

3. On doit d'abord prendre conseil et li­cence de Jésus-Christ avant de donner aucun conseil ou commandement.

4. La Supérieure ne reprendra jamais une faute sans en avoir auparavant une pleine et entière connaissance.

5. Les offices de la Religion doivent se dis­tribuer avec une égalité discrète, eu égard

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seulement à la force et capacité des sujets ; non à la noblesse du sang ni à rien qui sente le monde et la vanité.

6. Lorsqu'on procède purement et sincè­rement à l'élection des Supérieurs, Dieu leur donne une particulière assistance du Saint Esprit pour régir et conduire.

7. Grande est la cruauté des Supérieurs, de ne point exercer leurs inférieurs en la vertu : c'est leur ôter les occasions du mérite.

8. Ne manifestez les grâces que Dieu vous fait qu'à vos Supérieurs qui sont vicaires et préposés de Jésus-Christ, et dans lesquels ré­side l'autorité divine.

9. C'est une ruse de l'ennemi de nous ar­racher de la confiance en nos Supérieurs, nous empêchant de les aller trouver pour leur dé­couvrir nos tentations.

10. L'unique moyen de clore une vie tran­quille par une heureuse mort est de se laisser simplement conduire par ses Supérieurs et de faire toutes ses actions en la présence de Dieu.

Oh ! que cette Religion-là est heureuse, à laquelle Dieu fournit des Supérieurs puissants à faire et dire !

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MAXIMES POUR CEUX QUI ENTRENT EN RELIGION.

1. La vocation en Religion est la plus grande grâce que Dieu puisse donner à ses élus, en cette vie, après le baptême.

2. La Religion est un paradis terrestre dans lequel l'âme s'unit à Dieu plus étroitement, participe plus abondamment aux trésors de l'Église, jouit d'une paix très douce, qui la divinise pour ainsi dire, dès cette terre, et qui l'embaume divinement.

3. Aux nouvelles venues en Religion, il faut apprendre soigneusement de quelle impor­tance est le culte et le service divin ; combien elle doivent être ponctuelles en tous les de­voirs que ce culte nous prescrit ; combien elles doivent veiller surtout à leur intérieur, et avec quelle révérence elles doivent recevoir les sacrements de Confession et d'Eucharistie, pour être agréables à Dieu.

4. Après cela, il faut les conduire douce­ment, et les mener peu à peu, comme par la main, aux exercices de la vie spirituelle ; les animer par paroles et par exemples à acquérir les vraies et solides vertus ; leur faire estimer

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beaucoup leur vocation ; et enfin les instruire de tout ce qui concerne la Règle et les Constitutions qu'elles doivent embrasser.

5. Il vaudrait bien mieux demeurer dans le siècle, que se damner en Religion.

6. Il faut entrer en Religion avec une in­tention très pure, et ne pas y être traînée par force ou par des considérations mondaines.

7. La Novice doit être comme morte entre les mains de sa Mère Maîtresse.

8. La Religion est comme un trafic et comme un commerce où l'on gagne cent pour un, lorsqu'on sait bien ménager ses res­sources.

9. Le chemin du Paradis le plus court, le plus pur et le plus assuré est celui de la Reli­gion.

10. Les deux bases ou les deux pivots de la Religion sont la ferveur d'esprit et le mépris du monde et de soi-même.

11. La Religion purifie, illumine et perfec­tionne tout l'homme, dans son intérieur et dans son extérieur

12. Les yeux de la Religieuse sont clos et fermés à toutes les choses de la terre, et ouverts

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aux choses du Ciel pour ne voir que Jésus-Christ.

13. Le fiel et le miel doivent être pour nous du même goût, et nous ne devons désirer d'autre liqueur que celle qui coule des ma­melles de la Religion.

14. Dès qu'on vous a revêtue du sacré habit, prenez pour maxime générale que vous ne de­vez jamais rien penser, rien faire ou rien dire qui ne soit digne de la noblesse de l'état reli­gieux.

 

MAXIMES POUR LA PRATIQUE DES TROIS VOEUX.

1. Tout ce qui manquera en cette vie aux personnes engagées dans l'état religieux leur sera donné en l'autre.

2. Quelque malade que vous soyez, ne pre­nez jamais rien qui ne ressente la pauvreté de l'état religieux.

3. La pauvreté religieuse est bien peu con­nue, et encore moins observée.

4. La pauvreté évangélique commande non

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seulement de quitter, mais de donner ce qu'on a.

5. Malheur! malheur! malheur à quiconque introduira la vanité et le désir de possession en la sainte Religion, où règne principalement la simplicité et la pauvreté.

6. Examinez-vous une fois tous les mois pour voir si votre coeur est attaché à quel­que chose, et aussitôt renoncez à cette chose entre les mains de votre Supérieure.

7. Oh ! que les petits trafics humains et ter­restres, qui se trouvent parfois dans les mo­nastères, ôtent aux âmes le moyen de trafi­quer avec Jésus-Christ le Ciel et l'éternité ! Et plaise à Dieu qu'à la fin ils ne leur ôtent point la divine vision !

8. La chasteté est une rose qui ne croît que dans les jardins clos et parmi les épines.

9. C'est elle qui bâtit à l'âme un trône d'i­voire dans le Paradis.

10. Oh ! si on savait le mérite et l'excellence de cette vertu angélique, on s'enfermerait dans les monastères les plus retirés.

11. On doit baiser les grilles et les murailles

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du couvent comme la haie qui garde ce lis blanchissant.

12. La pureté et la chasteté doivent loger universellement en toutes les parties du corps et de l'esprit.

13. La pureté ne se trouve que dans les âmes qui vivent de la vie de l'esprit ; et la marque de cette vie est de ne jamais mal par­ler ni entendre mal parler du prochain, mais de l'aimer comme soi-même.

14. La pureté est tellement pure, que si elle admettait le mélange de quelque autre chose, elle ne serait plus la pureté.

15. Ne vous y trompez pas, on ne saurait entrer dans le temple de la pureté que par celui de la simplicité : l'une de ces vertus ne peut s'acquérir sans l'autre.

16. L'Époux des âmes pures conserve les épouses fidèles au milieu des suggestions per­fides, ainsi qu'il fit autrefois pour les trois enfants dans la fournaise.

17. La plus petite imperfection est une grande noirceur, à la pureté intérieure.

18. La pauvreté divine s'acquiert par la

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mortification intérieure et extérieure, par la garde du coeur, par la netteté du corps et par l'humilité.

19. L'obéissance est le lit mystique dont parle Salomon.

20. La parfaite obéissance demande une âme sans volonté, une volonté sans jugement, un jugement sans esprit et aveugle à tout, ex­cepté à obéir à tout le monde.

21. Votre obéissance doit être accompagnée d'allégresse, d'humilité, de simplicité, de promptitude et de persévérance.

22. O mes filles, écoutons la voix de nos Su­périeurs, comme si c'était Dieu même qui parlât.

23. L'inférieur doit s'estimer indigne de recevoir les commandements de son Supé­rieur, aussi bien qu'incapable de les exé­cuter.

24. L'obéissance qui enjoint quelque chose contre la volonté de Dieu, contre les Constitu­tions de la Règle et contre le bien de l'âme, n'est plus une obéissance, mais un monstre ou un fantôme.

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25. Considérez comme perdu le jour où vous n'aurez obéi à aucune des Soeurs.

26. La personne engagée dans l'état reli­gieux n'a pas donné sa volonté aux hommes, mais à Dieu ; non par morcellement et par­celles, mais tout entière. Quel sacrilège de la lui arracher ou de la déchirer en pièces !

27. La plus petite partie de la simple obéis­sance vaut mieux un million de fois qu'une grande mesure tout entière de la plus sévère contemplation.

28. Oh ! qu'il serait à souhaiter que toutes et chacune de nos actions nous fussent con­stamment enjointes par l'obéissance!

29. Ah ! bon Jésus! quelle douceur est en­fermée dans cette simple parole : « la volonté de Dieu »!

30. On doit, une fois par mois, après un sérieux examen, se châtier de toutes ses négli­gences à obéir et à faire la volonté de Dieu.

 

MAXIMES POUR L’OBSERVANCE RÉGULIÈRE.

1. Une des plus grandes obligations d'une personne engagée dans l'état religieux est de

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se laisser instruire en la pratique de sa Règle et de ses Statuts, faisant toutes les pénitences qui y sont spécifiées et fuyant toute espèce d'excès, ce qui est toujours vicieux.

2. On doit avoir en très grande horreur toute sorte de singularité, si petite qu'elle puisse être, puisque observer ponctuellement sa Règle, c'est le chemin le plus sûr et la voie la plus droite.

3. L'obligation qu'a chaque Religieuse de garder sa Règle et ses Constitutions est si grande et si étroite, que l'on doit vivre indispensablement et mourir en l'observance ponc­tuelle de ces Règles, sans se soucier si celle-ci ou celle-là la garde ou non.

4. Dieu veut qu'un Religieux estime autant sa Règle que lui-même.

5. Il faut toujours s'efforcer d'imprimer dans les âmes l'estime de leur vocation.

6. Le moyen le plus efficace d'acquérir de grands trésors de mérites dans l'éternité, c'est de se trouver toujours régulièrement en la sainte assemblée et communauté.

7. La singularité est l'ombre de la mort.

8. Nous devons tâcher soigneusement de

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suppléer et de satisfaire pour toutes les fautes qui se commettent dans le monastère.

9. Il vaudrait mieux mourir mille fois que d'enfreindre la moindre de nos Règles et Statuts.

10. Autant de fois vous manquez aux obser­vances et aux régularités de la Religion, autant de fois vous frappez, pour ainsi dire, Dieu à la prunelle de l'oeil.

11. Considérez, âme religieuse, que la Reli­gion est un lien sacré qui doit vous repré­senter le collège des Apôtres.

12. Oh ! oui, sans doute, c'est l'office des anges que de psalmodier au choeur ; et leur pureté est à peine assez grande pour chanter les louanges divines.

13. Toute autre méditation ou exercice privé est bien peu méritoire en comparaison de l'Office divin.

14. Quelle merveille ! Dieu assiste au choeur et à la psalmodie d'une manière très spéciale. La révérence et la pureté des Anges mêmes nous seraient donc nécessaires pour le louer comme nous le devons.

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15. Le bon exemple est un des plus grands honneurs qu'on puisse rendre à Dieu.

 

MAXIMES POUR LA PRATIQUE DES AUTRES VERTUS.

1. La vertu qui est resserrée sans se com­muniquer n'est pas vertu.

2. On doit, dans la pratique des vertus et dans toutes ses actions, se proposer l'exemple de Jésus-Christ.

3. O âmes qui désirez en peu de temps faire de grands progrès dans la vertu, choisissez pour maître et pour précepteur Jésus-Christ sur l'arbre de la Croix ou en la divine Eucha­ristie.

4. N'est-il pas vrai qu'en tout et pour tout nous devons imiter Jésus incarné, qui n'a paru ici-bas que dans la servitude et dans l'abaisse­ment?

5. O la belle vertu que la vertu d'humilité... C'est elle qui nous ouvre la porte du Ciel, puis­que chaque fois que nous la pratiquons nous payons quelque peu les dettes du péché.

6. Les mêmes degrés qui nous abaissent sur

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la terre nous élèvent en gloire dans le Paradis ; et celui-là verra plus clairement la divine Essence qui se sera abaissé plus humblement.

7. Dieu, sur le rien et le néant de l'humilité et de la simplicité religieuse, bâtit un monde de perfection.

8. Je tiens pour suspectes ces créatures qui sont en vogue et en crédit, aimées et estimées de chacun. Au contraire, je me réjouis de con­verser avec les créatures les plus abjectes et les plus méprisables.

9. Si je pouvais ou si je voulais m'offenser de quelque créature, ce serait de ces esprits haut élevés, qui se croient parfaits et accom­plis, regardant tous les autres comme la pous­sière de leurs pieds.

10. Accuser ses vertus et excuser les péchés d'autrui sont les deux effets de l'humilité, et c'est là le propre d'une âme religieuse.

11. L'âme qui s'accuse et dévoile ses péchés mérite que Jésus-Christ les couvre de son sang en les pardonnant.

12. S'excuser quand bien même on serait accusé à tort, c'est cesser d'être Religieuse.

13. Oh ! quel inappréciable avantage pour

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nous d'avoir à nos côtés une Religieuse parti­culière et choisie, qui nous accuse de toutes nos fautes, sans nous en pardonner aucune !

14. Notre perfection repose sur ces deux bases : le désir d'être soumise à toutes, et l'horreur d'être préférée à la plus petite.

15 . Que votre patience soit forte et joyeuse ; marchez dans l'exercice de cette vertu comme sur le grand chemin du Paradis et de l'éter­nité.

16. La brièveté de cette vie mettant fin à toutes les souffrances, on doit travailler et se plaire au très noble exercice de la patience, attendu que c'est la plus parfaite imitation du Verbe fait homme.

17. Une âme religieuse, qu'est-ce ? C'est un roc inébranlable.

18. La vertu sans épreuves n'est pas la vertu ; et la patience sans souffrance c'est comme une bien légère teinture, qui n'a sou­vent que l'écorce et l'apparence du bien sans en avoir l'essence.

19. Les afflictions servent de purgatoire en cette vie et nous en délivrent en l'autre.

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20. La vertu n'a de féminin que le nom ; pour tout le reste, elle est mâle et virile.

21. Quelle honte de se récréer au milieu des roses, tandis que Jésus-Christ marche sur les épines!

22. Les caresses et les délicatesses de l’Époux céleste sont les affronts, les croix et les tourments.

23. La joie, le contentement et la tranquil­lité sont comme des bras et des mains desti­nés à recevoir utilement toutes sortes de mor­tifications et de réprimandes.

24. La souffrance la plus excessive devient glorieuse et savoureuse quand on regarde Jésus en croix.

25. La rose ne se cueille que dans les épi­nes, et Dieu se trouve rarement parmi les dou­ceurs et les délicatesses de l'esprit, mais seulement au milieu de la vraie et solide vertu.

26. La vie d'une âme religieuse est en la mort de Jésus-Christ, et elle ne veut jamais goûter d'autre miel que le fiel de la Pas­sion.

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27. Il ne faut pas plus faire cas de son corps que d'un torchon de cuisine.

28. Quand les Supérieurs ne jugent pas à propos qu'on use d'austérités extraordinaires pour repousser tes tentations de l'ennemi, il faut y suppléer par des oraisons plus longues et plus ferventes qu'à l'ordinaire.

29. Votre oraison doit être humble, fervente, résignée, persévérante, profondément respectueuse ; vous devez considérer que vous êtes en la présence de Dieu, et que vous parlez à un Dieu devant lequel les Vertus célestes tremblent de respect et de crainte.

30. L'oraison est l'esprit de la Religion ; mais elle ne doit pas servir de prétexte à au­cune dispense : car toutes les pratiques de l'obéissance et de la Religion sont, aux yeux de Dieu, autant d'oraisons.

31. Le fruit de l'oraison est la mortifica­tion.

32. O la grande grâce que Dieu nous fait quand il nous refuse en nos oraisons !

33. Nos prières doivent être conditionnelles, ne demandant jamais à Dieu que sa très aimable volonté.

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34. Que cette parole est sublime et excellente : volonté de Dieu!

35. La paix intérieure est un effet de l'orai­son mentale, et une récompense de l'union qu'on a avec Dieu.

36. Je me priverais volontiers de toutes sortes de grâces pour en gratifier mon pro­chain ; mais je ne me priverais jamais de la volonté de ne point offenser Dieu.

37. Je ne sais comment il peut se faire qu'une personne offense Dieu de propos délibéré.

38. Le commandement nouveau, exprès et propre de Jésus-Christ et de s'entr'aimer mu­tuellement.

39. La compassion est fille de la charité.

40. Toutes choses doivent se faire avec cha­rité et par charité.

41. Il faut demander chaque jour à Dieu au­tant d'âmes qu'on fait de pas et de démar­ches.

42. La sainte charité est remplie de promp­titude et d'allégresse, servant le prochain comme Dieu même qui regarde comme fait à

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lui tout ce qui est fait à ses membres pour son amour.

43. La vraie prudence d'un Religieux ou d'une Religieuse dépend de l'union intime qu'elle a avec Dieu ; et toutes nos forces et nos ressources doivent se puiser dans le sang de Jésus-Christ.

44. Un jour passé sans quelque mortifica­tion est un jour perdu.

45. L'âme revêtue de charité est toute-puissante.

 

MAXIMES POUR LE PARLER ET LA CONVERSATION.

1. Ce n'est pas assez de se taire des lèvres, si on ne garde aussi le silence du coeur.

2. L'un des principaux fruits de notre vie de communauté doit être l'horreur des grilles et du parloir.

3. La Religieuse ne parlera jamais qu'hum­blement, modestement, rarement, et seule­ment par nécessité, puisqu'un des points prin­cipaux et des articles du compte rigoureux qu'on doit rendre c'est la parole oiseuse et inutile.

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4. N'ouvrez jamais vos lèvres pour parler, avant qu'au préalable votre esprit n'ait con­sidéré si c'est pour la gloire de Dieu, si c'est pour l'utilité du prochain, et si alors il est né­cessaire de parler

5. Les paroles d'une âme religieuse doivent être des paroles de vérité, de mansuétude et de justice.

6. Il faut fermer les lèvres aux choses de la terre si on veut recevoir la rosée du Ciel comme les mère-perles.

7. Une Religieuse doit être grandement exacte au temps du silence : car c'est à peine si ce qu'on dit alors, sans une sévère nécessité, est exempt de coulpe et de péché.

8. Les paroles de la Religieuse doivent être un aimant qui attire les coeurs et une règle de vertu qui édifie.

9. Votre conversation sera douce, joyeuse, humble, patiente, prudente et silencieuse.

10. Pensez que toutes les Religieuses avec lesquelles vous vous trouvez en rapport sont des anges en terre, porte-images du grand Dieu et épouses de Jésus-Christ.

11. Imaginez-vous encore que chacune de

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vos Soeurs est la fille du Père éternel, l'épouse du Fils et le temple du Saint Esprit, la soeur des Anges, et ne parlez jamais d'elle que comme vous feriez de ces choses-là.

12. La Religieuse doit s'estimer indigne de converser avec ses Soeurs, et même de baiser la terre par où elles marchent.

13 Oh ! que si nous étions attentifs aux grands devoirs que nous impose notre état, nous ne nous amuserions pas à écouter des murmures ni à dire des paroles oiseuses !

14. Estimez votre prochain et parlez de lui tout comme vous voulez qu'on vous estime et qu'on parle de vous.

15. Jamais on ne doit découvrir les défauts de qui que ce soit.

16. Avec les Supérieurs il faut converser humblement, avec les égaux modestement, avec les inférieurs suavement, mais avec tous gravement et doucement.

17. On doit regarder son prochain du côté qu'il porte empreinte l'image de Dieu : telle­ment que, quand on voit quelque imperfection chez quelqu'un, il faut croire que Notre-Seigneur ne laisse pas de se complaire en ce dernier,

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à cause de quelque perfection inté­rieure que nous ne voyons pas.

18. Fréquentez les particuliers avec la pru­dence du serpent ; fréquentez les Religieuses avec la simplicité de la colombe.

19. Ayez les yeux ouverts aux vertus du prochain, clos et fermés à ses imperfections.

 

REGLES ET MAXIMES GÉNÉRALES.

1. L'âme unie à Dieu est toute comblée de joie au dedans, et au dehors fait toujours paraître un visage serein, sans jamais être troublée d'aucun accident.

2. Ce qui attire sur nous l'oeil divin, c'est celui de notre bonne intention.

3. Le sacrifice le plus agréable aux yeux de la divine Majesté est celui de la bonne volonté, les oeuvres étant d'autant plus méritoires qu'elles sont plus volontaires.

4. Une Religieuse doit s'offrir au Père éter­nel pour fille, au Fils pour épouse, au Saint Esprit pour disciple.

5. Heureuses celles qui habitent continuellement

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dans le côté percé de Jésus-Christ et qui y placent et y établissent toutes leurs oeuvres.

6. Toute notre force, toute notre habileté et toute notre industrie se trouvent dans le sang de Jésus-Christ qui change le vieil Adam en un homme nouveau.

7. Il ne faut pas aller, mais courir ; non pas courir, mais voler à la perfection.

8. La ferveur est la flamme qui doit rallu­mer continuellement tous nos exercices spi­rituels et les pratiques de notre régularité, ne faisant rien ni par routine ni par pure nature.

9. Celle-là est la plus parfaite qui désire plus véritablement honorer Dieu et faire en tout et pour tout sa très sainte et très aimable volonté.

10. L'épouse de Jésus-Christ doit ressem­bler aux prudents du monde qui font des ré­serves secrètes ; elle doit amonceler en son coeur des trésors de bonnes oeuvres cachés aux hommes et connus de Dieu seul : car cette monnaie, plus que toute autre, a cours dans le Ciel.

11. Le plus court et le plus sûr moyen d'attirer

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Dieu en son âme, c'est de s'éloigner infi­niment de toute imperfection, fuyant l'ombre même du péché.

12. Hélas! nous devrions mourir d'horreur en entendant seulement nommer un péché.

13. Il faut partager avec Dieu la douleur que lui causent les offenses qu'on commet contre sa volonté.

14. Tout ce qui déplaît à Dieu est coulpe et péché.

15. La moindre imperfection, quand même elle serait aussi mince qu'un cheveu de la tête, empêche notablement l'union avec Dieu.

16. L'âme doit avoir deux yeux intérieurs : l'un pour connaître l'énormité de ses défauts ; l'autre pour voir continuellement les grâces qu'elle reçoit de Dieu, le peu de fruit qu'elle en tire : grâces que tout autre ferait fructifier bien plus utilement

17. Les yeux d'une Religieuse ne doivent regarder d'autre objet que Jésus-Christ, qui est la beauté des beautés ; et ses mains sont maudites si elle s'en sert pour des usages pro­fanes.

18. En toutes choses, dépouillez-vous de toute propre réputation ; et en ce qui touche l'intérieur, cherchez seulement la conformité avec la très sainte volonté de Dieu.

19. En vos emplois extérieurs, ne faites pas plus de cas de votre corps que d'un balai ou d'un torchon de cuisine, vous montrant pour toutes choses infatigable, humble et résignée pour obéir à la Supérieure.

20. Mais en tout ce qu'il vous convient de faire soit au dehors, soit au dedans, souvenez-vous de lancer toujours vers Dieu un vif re­gard d'amour, implorant le secours de ses grâces et priant sa Majesté qu'il lui plaise de penser, d'agir et de parler par vous et en vous, pour tout ce qui vous sera commandé. Offrez-lui avec cela toutes vos actions et toutes vos souffrances en l'honneur des oeuvres adorables qu'a opérées, et de la Passion qu'a soufferte sur la terre le Verbe fait homme.

21. Il faut fuir autant qu'il est possible toute action qui a de l'éclat et qui est grande en ap­parence : car c'est là que se cache l'orgueil, d'autant plus dangereux alors qu'il est dé­guisé et caché. Au contraire, les oeuvres viles, basses et de nulle estime aux yeux des hommes

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sont de grand prix et de grand mérite devant Dieu.

22. Toutes les actions de la vie religieuse doivent être simples, viles et abjectes.

23. Les actions qui nous donnent du crédit nous enlèvent la charité pour le prochain, pour peu que l'on dévie de la simplicité.

24. Les oeuvres extérieures doivent se faire promptement et diligemment, sans aucun préjudice toutefois pour la vie intérieure.

25. Quand on a bien commencé une action extérieure, l'achever sans gêne et en toute simplicité est un rare moyen de conserver l'humilité.

26. L'ambition d'une âme religieuse doit être de devenir maîtresse de ses passions.

27. En toute Religion on doit demander à Dieu cinq choses souverainement nécessaires pour son appui et pour son soutien : 1° l'union entre les Religieux et la charité avec Dieu ; 2° l'obéissance ponctuelle ; 3° des Supérieurs semblables à Dieu et qui soient selon le coeur de Dieu, qui maintiennent la simplicité et la régularité de la sainte Observance ; 4° la grâce de ne jamais se relâcher du voeu de pauvreté ;

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5°enfin la grâce que tous ceux qui seront ap­pelés à la vie religieuse soient éclairés d'une lumière efficace, qui leur fasse connaître par­faitement de quelle importance est l'abnéga­tion de sa propre volonté et l'observance en­tière et rigoureuse des plus petites choses de la sainte Règle.

28. Les Religieuses préposées aux divers offices du couvent doivent avec charité et di­ligence pourvoir aux besoins des Soeurs, ayant seulement égard à la nécessité, sans res­pect pour d'autre considération.

29. Ne refusez jamais ce qu'on vous de­mande, s'il vous est permis de le donner.

30. Il faut s'offrir continuellement et offrir toutes les créatures, avec Jésus-Christ, au Père éternel : c'est une excellente préparation à la communion.

31. Allez souvent saluer le Saint Sacrement, de l'autel et lui présenter vos adorations et vos respects.

32. chéri triomphe de toutes cho­ses ; elle est comme notre château-fort et notre arsenal.

33. Mes Soeurs, souvenez-vous, en allant au

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Confessionnal, que vous y allez pour vous bai­gner et pour vous laver dans les plaies et le sang de Jésus-Christ.

34. Mettez tous vos soins à ce que votre confession soit fréquente, exacte, diligente, humble et pleine de confusion.

35. Quand les prêtres vivent mal, c'est le soleil qui s'éclipse, c'est la lumière qui se change en ténèbres, jetant partout le dé­sordre.

36. Hélas ! hélas ! combien d'âmes sont damnées pour n'avoir pas offert pour elles le

sang de Jésus-Christ !

37. Nous devrions désirer de souffrir les peines mêmes du purgatoire pour sauver les âmes.

38. C'est un crime énorme de mépriser les Indulgences qui sont le prix du sang de Jésus-Christ et comme le réservoir des trésors et des richesses de l'Église.

39. Ce qui se passe entre l'Époux et l'Épouse de Jésus-Christ n'est connu que de ceux qui sont purs et sans tache.

40. La piété des Religieux et des Religieuses ne doit avoir d'autre objet d'occupation ou

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d'entretien, ici-bas, que l'humanité sacrée de Jésus, puisqu'elle sera un des principaux ob­jets de notre félicité céleste.

41. Il faut porter envie au sol du Calvaire qui a été baigné et arrosé du sang de Jésus-Christ.

42. Trois clous ont attaché le divin Sau­veur sur la croix, trois dans le sein de Marie, trois dans le sein du Père éternel. Les premiers sont : l'obéissance, l'humilité et la conformité à la volonté de Dieu ; les trois autres sont : la pureté, l'amour et la conformité de la sainte Vierge au bon plaisir de Dieu, les trois derniers sont : la nature, l'égalité et la complai­sance.

43. Les exemples passés et présents doivent nous éprouver vivement.

44. Le maudit respect humain est un loup affamé, un lion rugissant, qui dévore et en­gloutit la plupart de nos bonnes oeuvres.

45. La vertu rend l'esprit de la Religieuse si parfaitement bon qu'il convertit tout en bien, ne voyant jamais rien de mauvais en son prochain.

46. On surmonte toute sorte de tentations

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avec la grâce de Dieu, avec la fidélité et avec la mortification, en invoquant ses saints pa­trons, et en découvrant tout à ses Supérieurs.

47. Imaginez-vous que chacun de vos actes est le dernier de votre vie, et qu'il doit décider d'une éternité de bonheur ou d'une éternité de malheur.

48. La durée d'un édifice dépend de la so­lidité du fondement qui le supporte. Une âme religieuse ne saurait persévérer si elle ne fonde toutes ses oeuvres et ses vertus en la simplicité et vérité de Dieu : sans ces deux fondements il vaudrait mieux laisser tout là, ne pratiquer aucune vertu et ne point entre­prendre de rien bâtir en la vie spirituelle.

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SENTENCES ET PAROLES DE LA

BIENHEUREUSE FRANÇOISE D'AMBOISE.

 

1. Le Saint Esprit venant au monde reli­gieux, il le reprendra de trois péchés, princi­palement de négligence à obéir, de lâcheté à faire pénitence et de curiosité à regarder les fautes d'autrui.

2. L'obéissance est le premier des voeux re­ligieux qui nous lie les pieds et les mains pour nous mettre en la possession et dans le do­maine de Dieu ; s'en retirer est commettre un larcin et un sacrilège : ce qui fait que Notre-Seigneur est souvent contraint, comme un maître d'école, de nous donner la discipline.

3. Le moyen d'être parfaitement obéissant est de renouveler ses voeux et sa première fer­veur ; de s'imaginer qu'on n'a plus ni corps ni âme, ne se souciant plus à quoi être em­ployé, laissant tous les pourquoi en la main des Supérieurs.

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4. Pour vivre avec paix, il faut vivre sans attache à son propre raisonnement, et pour bien mourir considérer Jésus-Christ obéissant jusqu'à la mort, et la mort de la Croix.

5. Pour nourrir la paix, il faut fuir toutes sortes de rapports et exercer sa patience à l'en­droit des infirmes et malades.

6. Le principal objet de notre vocation n'est pas de savoir la règle, mais de la bien garder ; et quand elle nous défend toute propriété, c'est des petites choses aussi bien que des grandes, et de notre volonté plus que de tout le reste, la chose ne faisant pas le péché, mais bien l'affection ; et c'est grande folie de se damner pour peu.

7. Le silence est la marque et le caractère d'une Carmélite. Jamais les grands parleurs ne sont grands religieux, ni les grands religieux grands parleurs. Le trop parler est le plus grand mal du cloître, et c'est la honte de l'in­firmité de notre sexe.

8. Quoique le saint Temps ne fasse pas les saintes gens, mais que les personnes saintes fassent le saint Temps, on doit néanmoins, aux

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bonnes fêtes de Notre-Seigneur, de la Vierge et de l'Ordre, s'exciter à une nouvelle dévotion.

9. Les chapitres sont pour corriger les fau­tes : là on doit se faire la charité les unes aux autres, aucune ne pouvant connaître tous ses défauts. Chacune répondra de soi et de son prochain, nommément la Supérieure, qui mettra âme pour âme. C'est grande pitié, lorsqu'il y a en religion des âmes si pleines d'elles-mêmes qu'on ne les oserait reprendre.

10. Pour vivre heureuse, il faut s'abandon­ner en tout et partout à la divine disposition, se soumettre à la raison, suivre plutôt le juge­ment et la volonté d'autrui que la sienne pro­pre, et, pourvu qu'on ait le coeur uni à Dieu, ne tenir aucun compte de la bonne ni de la mauvaise renommée ; faire ce qu'on doit, lais­ser faire à autrui ce qu'il veut.

11. Le droit chemin pour aller en Paradis, c'est la souffrance ; l'humiliation accroît le mérite. Se surmonter soi-même et souffrir tout ce qu'il plaît à Dieu et aux hommes, c'est gagner une couronne égale à celle du martyre.

12. Oublier le monde, penser à Dieu, s'occuper

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avec soi, ne s'enquérir de rien, mourir à tout, ne perdre jamais le temps, laisser les choses telles qu'elles sont, s'étudier et profiter en sa vocation, se tenir sur ses gardes, mar­cher en la présence de Dieu, garder sa règle, imiter les vies des Saints, c'est la vraie vie d'un Carme et d'une Carmélite.

13. Il est plus difficile de guérir un coup de langue que de lance ; et de toutes les restitu­tions, celle de l'honneur ôté par la détraction est la plus malaisée.

14. Il ne faut pas croire son salut assuré pour être dans un cloître ; nos voeux ne con­tiennent que quatre mots aisés à dire, difficiles à faire : mieux vaudrait ne se point lier que rompre ses voeux. Vivre selon la règle et ses statuts, c'est vraiment être parfait.

15. Il faut toujours vivre en l'état auquel on voudrait mourir : car bienheureux est le serviteur que le maître trouvera veillant et travaillant.

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LUMIÈRES ET SENTENCES DE LA BIENHEUREUSE SOEUR MARIE DE L'INCARNATION.

 

1. Il ne faut jamais rien entreprendre qu'à la vue de Dieu et par attention à son adorable présence.

2. Il faut apporter un esprit désintéressé à toutes choses et agir avec une grande droiture et pureté d'intention, puisque c'est en cela que gît et consiste le fondement de toutes les vraies vertus.

3. Il se faut porter à tout ce qui regarde la charité, sans différence du grand au petit et sans se laisser distraire par la diversité des choses, se conformant en cela à Dieu qui pour­voit indifféremment aux petites créatures et aux grandes, et tient continuellement ses yeux sur elles, sans qu'il soit plus diverti par l'ap­plication de sa Providence à toutes les choses en

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général qu'à chacune en particulier, comme si toutes n'étaient qu'une seule, chose et une même créature.

4. Son amour de la Croix et des souffrances la portait à les bénir toutes, et elle disait sou­vent qu'elle ne pouvait pas comprendre que la tristesse pût trouver lieu là où l'âme chré­tienne et religieuse voit que la volonté de Dieu s'accomplit.

5. Ses directeurs la voulant obliger de modé­rer ses grandes austérités et rudes pénitences, elle les conjura de lui dire s'ils ne croyaient pas que ce fût l'esprit de Dieu qui la portât à les faire. A quoi ayant répondu affirmative­ment, elle leur repartit : Or si c'est le même esprit qui me porte à l'austérité et qui m'éloigne au possible de toutes les satisfactions de la nature, si cet esprit est de Dieu comme vous m'en assurez, je dois le croire sans aller à l’encontre.

6. La prudence humaine nous doit être fort suspecte, d'autant qu'elle ferme les avenues à l'esprit de Dieu et à sa sainte grâce.

7. Il faut avoir des tendresses et des affections toutes singulières pour les âmes simples et

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sincères, à cause que la simplicité et la sincérité envers Dieu sont le fondement de toute vertu. 8. Étant requise et sollicitée par des person­nes de haute piété d'acquiescer aux poursuites et prières qu'on lui faisait de recevoir en religion une personne qui y devait porter dix mille écus, elle dit à ce sujet, qu'elle ne conseillerait jamais de recevoir en religion une âme qui n'y a pas vocation, quand même il irait d'un monde de commodités ; mais à une âme qui y serait appelée, je voudrais la recevoir pour rien et donner tout le monde pour l'y faire entrer.

9. Au commencement de son entrée en reli­gion, elle faisait souvent des réflexions et re­tours sur elle-même, tous remplis d'hu­miliations et d'abjections, et disait : Lorsque je me regarde, je me vois si misérable qu'il me semble que je suis comme un chien qui ne sert de rien, et qu'on me doit chasser de la maison de Dieu, en laquelle je suis si inutile ; cela me rend si confuse que l'on m'écraserait du pied comme un petit ver, sans que j'en pusse ou osasse me plaindre, parce que je sens et connais que tout cela m'est dû, et en­core davantage.

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10. L'aversion qu'elle avait au péché lui fai­sait dire que si nous étions capables de voir ce que c'est que le péché, nous en aurions plus d'horreur, et plus de peur des choses qui y conduisent que du diable même.

11. Ce n'était qu'avec horreur qu'elle se voyait arrêtée en une vie si périlleuse et où tout est si mal assuré, et disait que nous n'y tenions à Dieu que par un fil de sa miséricorde, que le plus petit vent de la tentation peut rompre et nous faire tomber en enfer.

12. L'âme ne se doit pas plus estimer pour avoir eu de grandes grâces de Dieu, puisqu'elle n'est que comme un pot de terre bien sale qui, pour avoir été quelquefois rempli de grandes richesses et pierreries, n'en est pas plus pré­cieux en soi.

13. Nous ne devons pas avoir peine de nous voir pleins de fautes, mais nous devons nous en humilier beaucoup.

14 Nous ne devons pas plus nous étonner de voir les fautes sortir de notre fond corrompu d'orgueil que de voir la mauvaise odeur sortir du fumier ; et les fautes doivent être à l'âme

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ce que le fumier est à la terre, il sert à l'en­graisser et à la rendre féconde.

15. Elle se proposait l'exemple de la vie des Saints que Dieu avait attirés à lui par le che­min de l'humilité et par l'esprit de pénitence, pour servir de modèle à la sienne. Mais sur­tout elle honorait tendrement les trente pre­mières années de la vie de Notre-Seigneur, à cause du grand rapport des occupations aux­quelles elle employa tout ce temps et auxquel­les les Soeurs converses sont destinées : d'où il advenait qu'elle recevait ordinairement plus de lumières et d'excellentes connaissances, lorsqu'elle lavait la vaisselle ou s'occupait aux plus bas offices de la cuisine que lorsqu'elle était dans la retraite intérieure et en oraison.

16. Ses tendresses pour Jésus crucifié lui fai­saient dire que c'était de lui qu'il fallait tirer le remède pour amortir dans les coeurs les ardeurs de l'amour-propre et les chaleurs de l'impatience ; que c'est le très souverain et unique lénitif pour les coeurs que Dieu tient dans l'amertume et pour les âmes qui soupirent dans l'humiliation. Eh bien ! disait-elle mon­trant le Crucifix, que dirons-nous, voyant cet

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objet? pouvons-nous trouver quelque chose de dur ? Qu'y a-t-il dont nous puissions nous plaindre, en voyant le Fils de Dieu réduit à une telle extrémité ?

17. L'humilité est toujours généreuse, tou­jours prête à entreprendre de grandes choses à la vue de Dieu, et non de soi-même, car elle n'attend rien de soi, mais tout de Dieu.

18. L'humilité doit entrer partout, et on ne se doit pas retirer du bien ni pour la considéra­tion des hommes ni pour la crainte de sa propre confusion. Il faut avoir en aversion ces âmes hypocrites et paresseuses, lesquelles, afin de faire passer leur fainéantise pour une vie intérieure et retirée, fuient le travail et condamnent les occupations de la vie active, comme contraires à la paix et à la sainte quié­tude de la contemplation. Dieu n'est pas oisif ; l'on apprend aussi bien à le trouver en l'ac­tion comme en l'oraison. La dévotion et l'o­raison ne sont pas à priser, sinon en tant qu'elles se terminent à la pratique des vertus. La vertu gît à bien opérer, et c'est se tromper que de penser l'avoir sans travailler ; les per­sonnes qu'on qualifie spirituelles et ne veulent

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rien faire, sont plutôt charnelles que spirituelles, toutes leurs actions ne sont qu'a­mour-propre.

19. Le vrai obéissant obéit eu tout temps, en toutes manières, parfaitement, sans y man­quer : et personne ne se peut dire obéissant qui manque seulement une seule fois à obéir.

20. Celui-là seul mérite d'être appelé pau­vre, qui se plaît et se contente en sa pauvreté et ne désire rien davantage.

21. Nous ne connaissons jamais bien ce que c'est que d'être pauvre que dans la disette des choses dont nous avons besoin.

22. De toutes les vertus il n'y en a point de si délicate que la pauvreté, vu que quelque modération que nous apportions à l'usage ex­térieur des choses, le moindre désir ou affec­tion que nous ayons dans le coeur d'avoir quelque chose, suffit pour empêcher en nous la vraie pauvreté.

23. Nous devons supporter volontiers toutes sortes d'imperfections dans une âme ; mais voir qu'elle manque de confiance en Dieu et qu'elle ne le veuille pas servir à l'abandon de soi-même, c'est une chose insupportable.

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24. Son amour pour la Croix et les souffrances était si grand que se voyant un jour sollicitée par une Religieuse de faire oraison pour ce que son mal lui fût moins sensible, comme saint Thomas d'Aquin le fit dans une pareille rencon­tre : Ah ! non, dit-elle, je n'ai garde, j'honore bien ce grand Saint, mais je ne l'aime pas de cela ; je n'aime pas qu'on s'exempte d'endurer.

25. Lorsque l'on est affligé de distractions dans l'oraison et que l'on prie afin de s'arrêter en Dieu et au sujet de sa méditation, il faut entrer dès lors en l'exercice et pratique de la vertu d'humilité, se confondant soi-même de­vant sa divine Majesté et s'anéantissant en son impuissance.

26. C'est présomption d'attendre tout de Dieu en l'oraison ; il faut faire quelque chose avec la grâce ordinaire, comme lire trois ou quatre lignes d'un livre pieux et dévot, afin d'exciter et échauffer la volonté.

27. Il faut, nous accusant de nos fautes, les appeler par leurs noms, sans les déguiser ou chercher des mots qui les amoindrissent.

28. Il faut se réjouir quand nos fautes sont

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connues et publiques : car c'est un grand moyen pour acquérir l'humilité et se corriger.

29. II est bien mieux de s'appliquer à domp­ter les passions que de s'amuser à beaucoup de subtilités : comme s'enquérir si ce n'est point agir contre la perfection de faire ceci ou cela.

30. L'âme présomptueuse est comme un bour­bier ou une eau croupie : lorsqu'on ne lui dit rien, elle ne sent rien ; mais sitôt qu'on la re­mue en la reprenant, elle est incontinent toute puante et exhale une très mauvaise odeur.

31. C'est une grande vertu de demander à Dieu d'endurer ; mais c'en est encore une bien plus excellente, et de plus grande perfection, que de s'abandonner aveuglément et sans ré­serve à la conduite de sa très sage et très amoureuse Providence.

32. L'amour divin s'entretient par la pratique des vertus, ainsi que le feu avec le bois et au­tres matières combustibles.

33. Il faut beaucoup plus parler aux âmes re­ligieuses de la mortification et des autres vertus que de l'oraison : car à mesure qu'elles avancent

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dans la mortification, aussi le font-elles en l'exercice de l'oraison.

34. N'estimez pas que jamais vous soyez mieux dans les bonnes grâces et dans l'amitié de Dieu que lorsque vous endurez quelque chose pour son amour.

35. Mesurez votre sainteté à votre mort et à votre dégagement, et votre mort et votre dégagement à vos ressentiments.

36. Vous ferez plus de plaisir et de service à Dieu en mortifiant jusqu'aux plus petites recherches de votre nature et amour-propre que de vous exercer dans les actes de la plus rude et de la plus austère pénitence qui se puisse faire.

37. A moins que de nous abandonner abso­lument et aveuglément aux soins de la divine Providence, nous ne devons pas espérer de faire aucun profit dans le chemin de la perfec­tion chrétienne et religieuse.

38. Les deux vérités sur lesquelles nous de­vons établir notre édifice spirituel sont de nous persuader en premier lieu que nous ne som­mes que ce que nous sommes devant Dieu ; secondement, que celui-là est trop avare à qui Dieu ne suffit pas.

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AVIS SPIRITUELS DE LA VÉNÉRABLE MÈRE MADELEINE DE SAINT-JOSEPH.

 

1. Nous devons être soigneuses de remar­quer les inspirations de Dieu, afin qu'ayant connu ce qu'il demande de nous, nous soyons fidèles à l'entreprendre, quelque peine que nous y puissions avoir.

2. Puisque l'homme n'a été créé de Dieu que pour le servir, il est tenu et obligé de ban­nir de lui toute autre pensée, tout autre désir, tout autre amour, tout autre souvenir, tout autre regard et tout autre intérêt, et il doit employer toutes ses forces et puissances, qui sont très petites, pour honorer un Dieu qui est si digne d'honneur.

3. Toute la vie est donnée pour commencer à servir Dieu. La pratique d'une vertu est une disposition pour en acquérir une autre. Après

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la mort on commencera une vie de gloire dans le ciel, où tout sera parfait ; mais en la terre il faut toujours et à chaque moment commencer et dire avec le prophète David : Ecce nunc coepi : Maintenant je commence.

4. Il ne faut jamais, là où il y va de l'intérêt de Dieu, regarder celui des créatures.

5. L'on doit avoir un grand recours au Fils de Dieu dans la tentation et regarder en lui les vertus contraires aux imperfections dont on se sent attaqué.

6. Notre-Seigneur prend grand plaisir à voir les âmes qui sont à lui, passer leur vie en silence, en patience et en prière.

7. Une âme qui veut suivre Jésus-Christ ne doit jamais chercher le repos, mais travailler incessamment et continuellement jusqu'à la mort.

8. Quand la mortification cesse, la grâce se perd, et la grâce, quoique grande, se retire quand les oeuvres nous abandonnent.

9. Il ne faut pas s'abattre à la vue de ses fautes ni se décourager pour ses imperfections, mais il faut s'en humilier. C'est le propre des

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enfants de Dieu de se relever et de tirer profit de leurs propres chutes.

10. La vertu est difficile à acquérir, et ceux qui disent qu'elle ne l'est pas font bien voir qu'ils n'y ont pas essayé.

11. Faites plus d'estime de la pratique so­lide de la vertu que de plusieurs visions et révélations : car, si elles ne sont accompagnées d'une grande humilité, mortification et sou­mission d'esprit, l'âme se pourra perdre dans ces dons extraordinaires.

12. Lorsque vous vous trouvez dénuée de toutes les vertus, il faut aller à Notre-Seigneur Jésus-Christ comme à votre richesse et le prier qu'il vous en remplisse ; il ne lui faut ni des jours ni des mois pour le faire : en un moment il vous peut enrichir.

13. Il faut toujours nous lier aux desseins de Jésus-Christ en toutes choses et contribuer à leur accomplissement de tout notre pouvoir.

14. Souvenez-vous que Jésus-Christ a choisi la voie des souffrances pour entrer dans sa gloire et qu'il l'a laissée pour partage à ses élus, voulant qu'ils n'eussent d'autres richesses de la terre, que l'assujettissement, l'humiliation

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et la croix, par laquelle il faut qu'ils se lient à celui qui y est mort pour eux.

15. La vie des Saints et des élus de Dieu est accompagnée de beaucoup de travaux ; il faut couler le temps en patience et en humilité.

16. La souffrance est le chemin que le Fils de Dieu nous a enseigné dans sa vie, dans ses actions et dans sa mort ; c'est ce qu'il a laissé à ses enfants et à ses élus pour les sanctifier, et plus particulièrement à ceux qui doivent lui appartenir davantage dans l'état de la grâce et de la gloire.

17. Lorsque l'on a quelque grande peine, il faut se souvenir de ces paroles que le Fils de Dieu dit à ses apôtres, au Jardin des Olives : Ne sauriez-vous veiller une heure avec moi ? et en tirer force pour demeurer veillante et souf­frante avec lui.

18. Il importe peu que l'on soit dans l'ac­tion ou dans le repos ; mais il importe beaucoup que l'on soit séparé de soi-même en l'un et en l'autre.

19. Beaucoup cherchent la croix de parole, qui la fuient dans les occasions.

20. La qualité d'enfants de Dieu que nous

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portons et qui nous a été acquise parla Croix et par le sang de Jésus-Christ, nous oblige à renoncer continuellement à nous-mêmes et à tout ce qui est du péché, pour vivre de la vie des enfants de Dieu, laquelle n'est pas vie de délices, mais de souffrance, de Croix et de mort.

21. Ce n'est pas la peine, mais l'indisposi­tion qui empêche de travailler à la pratique des vertus : car la grâce de souffrir n'empêche jamais celle de se rendre à toutes les choses auxquelles on est obligé.

22. L'âme ne se doit jamais abattre, en sorte qu'elle manque à l'espérance que Dieu veut qu'elle ait de jouir de lui et de le posséder éternellement ; et pour témoigner combien il a agréable cette espérance, il nous y a obligés sous peine de péché,

23. Il faut travailler avec crainte, pendant que nous sommes en cette vie : car, comme la terre est un lieu de ténèbres et d'obscurité, nous n'y pouvons savoir si nous sommes dignes d'amour ou de haine.

24. Nous devons toujours faire usage du temps et des moments, car nous n'avons que

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cela entre nos mains ; si l'on se trouve avec peine et souffrance, il faut être forte pour ren­dre à Dieu ce qu'on lui doit en cet état et aller à lui en patience et en humilité ; si on se trouve mieux disposée, il s'en faut servir pour travailler fidèlement à la vertu.

25. L'esprit de Dieu ne vient jamais avec trouble et inquiétude ; mais quand il entre dans une âme pour lui faire connaître quel­que chose qu'il demande d'elle, c'est avec grande paix, douceur et tranquillité.

26. La perfection ne consiste pas en belles paroles ni en bons désirs, mais en oeuvres parfaites.

27. Il ne faut rien demander ni rien refuser, mais être disposée à tout ce que l'obéissance voudra faire de vous.

28. Il faut être soumise à toutes les créatu­res: car, sans la soumission de l'esprit et des sens, on ne peut être à Jésus-Christ, selon sa parole : Qui ne renonce à soi-même ne peut être mon disciple.

29. Quand vous rendez compte des dispo­sitions de votre âme, il ne faut pas que ce soit pour en recevoir satisfaction de ceux à qui

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vous en parlez, mais pour recevoir la grâce que Notre-Seigneur Jésus-Christ vous a mé­ritée et qu'il vous veut donner par cette com­munication.

30. Quand nous prions ou demandons pardon à Dieu pour les pécheurs, il faut toujours nous mettre les premiers du nom­bre.

31. Quand on reçoit quelques grâces de Dieu, il ne faut pas s'y arrêter pour en jouir, mais penser que Dieu est prêt à vous en don­ner davantage si vous vous disposez à les rece­voir ; et ainsi il faut accepter celles qu'il vous donne par amour pour lui et pour l'honorer davantage, retranchant la part que votre amour-propre y pourrait prendre.

32. Les âmes qui vont simplement et inno­cemment sont remplies de la plénitude de Dieu, et j'estime plus la simplicité et l'inno­cence que les révélations et même que les plus grandes souffrances.

33. Il faut parler peu, vous souvenant qu'il est impossible qu'on ne fasse plusieurs fautes en parlant beaucoup.

34. Parlez toujours humblement et doucement,

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par hommage aux paroles du Fils de Dieu.

35. Il ne faut jamais parler de personne, si ce n'est pour dire ses vertus.

36. Recherchez toujours les choses les plus basses et les plus humbles, et réjouissez-vous quand vous serez méprisée.

37. Lorsque nous recevons l'absolution de nos fautes et péchés, il faut se lier aux actes de contrition que Notre-Seigneur Jésus-Christ a faits pour nous, lorsqu'il était sur la terre, et le supplier qu'il nous regarde maintenant comme ses filles et ses servantes, et non comme ses ennemies.

38. Nous devons demander à la sainte Vierge qu'elle nous apprenne à adorer, à aimer et honorer son Fils.

39. Il faut beaucoup demander au grand saint Joseph qu'il exerce sur nous sa qualité de père, laquelle il a sur toutes les âmes, en­suite de ce que le Fils de Dieu l'a voulu recon­naître pour père sur la terre ; et nous autres, nous avons un droit particulier de le regarder en cette qualité, puisque nous sommes plus spécialement filles de la sainte Vierge.

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40. Il faut avoir grand recours aux saints, dont on porte le nom, puisque Dieu nous les a donnés pour avoir soin de nous.

41. Parlez beaucoup à Dieu et peu aux créa­tures ; le silence est une grande chose et très nécessaire pour acquérir la perfection.

42. Soyez douces envers autrui et rigoureuses envers vous-mêmes ; et lorsqu'il se présente quelque chose de pénible, chargez-vous-en toujours pour en décharger une autre.

43. Ce qui nous fait croître en humilité nous doit être grandement agréable, et nous de­vons tenir plus chère une humiliation, de quel­que part qu'elle nous arrive, que si on nous donnait la possession de quelque grand trésor.

44. La charité est une vertu si grande que nous ne devons point laisser passer de jour sans la demander au Fils de Dieu ; lui-même l'a demandée pour nous à son Père quand il lui a dit : « Qu'ils soient tous un, ainsi que je suis en vous et que vous êtes en moi.»

45. Il faut travailler soigneusement à retran­cher en nous jusqu'à la moindre petite imperfection, car il n'y en a aucune qui, en quelque

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manière, ne nous sépare de Dieu : c'est pour­quoi nous ne les devons pas négliger.

46. Il n'y a rien que l'homme craigne plus que l'assujettissement, ni rien qu'il aime mieux que sa liberté : c'est pourquoi Dieu veut qu'on lui en fasse un sacrifice ; et pour moi je ne fais nul cas de toutes les dévotions des âmes, si elles ne sont pas assujetties.

47. C'est une chose périlleuse de juger de son prochain : car, bien souvent ce que nous jugeons imperfection en autrui ne l'est pas, et quand bien même il le serait, nous ne devons pas faire une chose que Dieu nous défend si expressément. Ne jugez point, et vous ne serez point jugés.

48. Nous jugeons bien souvent des âmes qui nous jugeront un jour ; les Supérieurs mêmes qui ont droit de juger ceux qui leur sont infé­rieurs ne le peuvent néanmoins bien souvent faire sans danger.

49. Il faut être égal en tout temps, ne se laissant aller ni à la joie ni à la tristesse, tou­jours soumises à ce qu'il plaît à Dieu d'ordon­ner sur nous, acceptant également le travail et le repos, la peine et la facilité ; puis, quand

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nous aurons été éprouvées en cette vallée de larmes, un jour viendra que nous entrerons dans une autre vie, où la joie et la paix seront éternelles.

50. La vraie retraite ne consiste pas seule­ment à être tout le jour seule, mais bien à retrancher toutes les pensées vaines et inu­tiles.

51. Nous devons passer chaque jour comme le dernier de notre vie, et faire chaque action comme si c'était la dernière que nous eussions à faire.

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AVIS SPIRITUELS DE MONSEIGNEUR ANTOINE GIRARD

ÉVÊQUE DE POITIERS

Décédé le 8 mars de l'année 1702

 

A UNE CARMÉLITE.

1. Nous ne sommes faits que pour aimer Dieu : comptons pour perdu tout ce que nous aurons le malheur de ne pas faire pour lui.

2. Travaillez à ne désirer que Dieu seul : tout ce qu'on cherche hors de lui, quoique par rapport à lui, n'est souvent capable que de nous éloigner de lui par une agitation et une inquiétude qui ne sont pas de son goût. Heu­reuse l'âme qui s'occupe uniquement de Dieu ! C'est sans nulle comparaison le plus grand bon­heur de l'homme, après celui de le posséder, que nous ne pouvons espérer que dans l'autre vie.

3. Soyez fidèle à vivre dans une mort conti­nuelle, et à n'estimer que ce qui peut vous

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rendre conforme à Jésus-Christ crucifié. Que cette maxime soit imprimée dans votre coeur, et faites-en le principe et la règle de toute votre conduite jusqu'à la mort.

4. Il est bien plus difficile de vivre pour Dieu que de mourir pour lui.

5. Unissez-vous de plus en plus à Jésus-Christ d'une manière forte, persévérante et uni­forme. Jugez de tout comme il en a jugé, aimez ce qu'il a aimé, haïssez ce qu'il a haï, estimez ce qu'il a estimé, méprisez ce qu'il a méprisé ; afin que ce ne soit plus vous qui viviez, mais que ce soit lui qui vive véritablement en vous.

6. Parlez peu, écrivez peu, écoutez beaucoup Notre-Seigneur au dedans de vous, souffrez avec lui, parlez avec lui, agissez avec lui, que votre devise soit : Dieu seul par Jésus-Christ seul, afin de vivre dans un détachement en­tier et général de toutes les créatures.

7. Souvenez-vous dans vos peines que l'on est heureux de se donner à Dieu avec courage, non pas pour jouir de lui avec douceur, mais pour être crucifié avec lui, sans nulle consolation que celle qu'il voudra bien nous accorder de temps en temps comme par pitié, pour

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nous délasser un peu de nos souffrances conti­nuelles, qu'il faut préférer à tous les plaisirs les plus innocents de la vie présente.

8. Tâchez de mener une vie toute commune au dehors, par rapport aux personnes avec qui vous vivez ; mais au dedans, continuelle­ment unie à Dieu par Jésus-Christ, par qui seul nous avons accès auprès du Père.

9. Regardez souvent Jésus-Christ sur la Croix. Ce grand objet de Jésus crucifié pour nous ne saurait trop nous occuper. C'était la seule science dont saint Paul se piquait après avoir été ravi au troisième Ciel. Ce doit être la nôtre, afin de travailler à le former en nous, à vivre de son esprit et à n'estimer rien que ce qui peut nous rendre parfaitement conformes à lui.

10. Mourons en ce monde avec Jésus-Christ, et nous régnerons éternellement dans l'autre. En vous souvenant de sa mort, souvenez-vous qu'elle a été l'effet de son obéissance à la volonté éternelle de son Père. C'est cette inef­fable obéissance que vous devez sans cesse avoir en vue pour l'imiter le plus fidèlement que vous pourrez pendant toute votre vie.

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Vous en avez fait voeu : n'agissez donc en tout que par obéissance, et que pour obéir comme Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ne demandez jamais ce que vous saurez n'être pas du goût de vos Supérieurs. Notre-Seigneur pouvait de­mander des légions d'Anges à son Père pour le délivrer de ses ennemis, et il les lui aurait ac­cordées ; mais il ne les lui demanda pas, parce que sa volonté était qu'il mourût ; et c'est dans la vue de ce grand exemple que je vous conseille de ne leur jamais demander une se­conde fois ce qu'ils auront jugé à propos de vous refuser une première, et de ne leur point demander du tout ce que vous saurez leur dé­plaire.

11. L'obéissance est la vertu de votre état, et rien n'est si sanctifiant pour une Religieuse. C'est par cette vertu principalement que vous deviendrez une véritable victime, en union avec Jésus-Christ, dont saint Paul nous a fait la vie entière en un mot : il a été obéissant. Il faut l'être, et comme ce divin Sauveur, jus­qu'à la mort, et la mort même de la Croix, s'il en est besoin. Quel bonheur quand on n'a rien qu'à obéir !

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12. Que la charité suprême que Notre-Sei­gneur Jésus-Christ exerce en vers nous dans l'in­effable Sacrement de nos Autels nous apprenne à l'exercer envers le prochain, avec qui ce Pain divin vous doit rendre une même chose. Apprenez-y à vous donner tout entière sans nulle réserve à ce divin Sauveur, qui s'y donne tout entier à vous. Quand vous serez bien entièrement à lui, vous ne chercherez plus qu'à lui plaire ; et quand vous aurez le bonheur de contenter vos soeurs, vous ne vous en réjouirez que par l'espérance de l'avoir lui-même contenté : car vous savez qu'il tiendra pour fait à lui-même ce que vous ferez à la moindre d'entre elles pour l'amour de lui. Parlez-lui souvent et toujours si vous pouvez, ou pour vous préparer à le recevoir, ou pour le remer­cier d'être venu dans vous : c'est le moyen de vous rendre le silence avec les créatures et aisé et utile.

13. Donnez-vous au travail par un esprit de pénitence, d'obéissance et de charité ; joignez-y le silence le plus exact. Moins vous aurez de communication avec les créatures, plus Dieu en aura avec vous.

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14. Ne vous occupez volontairement que de Dieu seul : il est le bon Père, le bon Confes­seur, le bon Directeur et le bon ami. Tout ce qu'on attend des créatures, quelque saint qu'en soit le prétexte, nuit plus qu'il ne sert à notre perfection, que vous devez chercher, surtout dans un état aussi saint que le vôtre.

15. Dieu consulté dans le secret du coeur est un excellent Directeur. Une règle de Carmélite exactement gardée dans l'amour et la simpli­cité ne laisse guère de guide à consulter.

16. Quand l'obéissance vous obligera d'em­ployer une partie du temps que vous devriez donner à la prière, ne croyez pas y rien per­dre. Il ne tiendra qu'à vous d'y gagner. Une parfaite obéissance fera de votre travail une très excellente prière. Votre vie en doit être une continuelle ; tout Chrétien y est obligé, combien plus une Carmélite ! Prier, c'est dé­sirer Dieu, son royaume, sa justice. Ce désir doit être sans interruption dans toute âme fidèle ; combien plus dans l'âme religieuse ! Pour le conserver pur et continuel, séparez-vous de toutes les créatures autant que vous pourrez. Nulle amitié particulière au dedans

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avec pas une de vos soeurs, mais une charité tendre et respectueuse pour toutes, vous regardant comme la dernière et vous estimant heureuse de les pouvoir servir toutes en géné­ral et chacune en particulier.

17. Craignez beaucoup le parloir, et n'invitez jamais personne à vous venir voir. N'écrivez que les lettres véritablement nécessaires, car Dieu ne nous parle guère quand nous parlons aux créatures ; et une Carmélite, qui est desti­née à la retraite et au silence, en sort par l'é­criture, ne le pouvant faire autrement.

18. Quand il sera question du Testament que vous me demandez avant que de vous quitter, je crois que je le renfermerai dans ce seul mot : Obéissez, et s'il le faut jusqu'à la mort, et jusqu'à la mort même de la Croix, s'il en est besoin.

19. Je suis toujours frappé et pénétré de ces paroles de l'Écriture, que le Juste vit de la foi ! Ne méditez que cela pendant toute votre re­traite, afin de bien apprendre cette grande et importante vérité, et que toute votre vie soit une vie de foi, de vigilance continuelle sur vous-même et de prière. Veillez et priez, dit

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Notre-Seigneur, afin que vous n'entriez point en tentation.

20. Appliquez-vous à souffrir avec amour tou­tes les peines qu'il plaira à Notre-Seigneur de vous envoyer, de quelque nature qu'elles puissent être. Éloignez-vous de toutes plaintes et de tous murmures ; rien n'est plus opposé à l'esprit du divin Agneau, que nous avons si souvent le bonheur de recevoir. Tant que vous pourrez immoler vos peines avec lui, sans en parlera personne qu'à lui, vous en avancerez beaucoup davantage dans la vertu, et si vous ne pouvez les digérer seule, vous ne pouvez prendre un meilleur parti que de les exposer à vos Supérieurs, qui vous donneront du lait charitablement, jusqu'à ce que vous soyez ca­pable de nourriture solide.

21. Apprenez de plus en plus à être douce et humble de coeur, appliquez-vous à mener une vie toute en Dieu avec Jésus-Christ, votre divin Époux, avec qui vous paraîtrez dans sa gloire au jour de sa manifestation, qui sera aussi celle de toutes les âmes fidèles qui se seront cachées en ce monde avec lui.

22. Ne demandez jamais aucune distinction de

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vos Supérieurs, craignez-la plutôt comme in­finiment dangereuse à votre amour-propre ; et n'ambitionnez que l'heureux discernement que fera Jésus-Christ de ses Élus pour toute l'éternité.

23. Il n'y a rien de bon que d'être toute à Dieu : cela seul est solide ; tout le reste n'est que néant, vanité, mensonge, et indigne d'occu­per notre esprit et notre coeur, faits pour Dieu seul.

24. Le principe de la paix intérieure de l'âme doit être l'union avec Jésus-Christ et le détachement de tout ce qui n'est point lui.

25. Jouissez en paix du saint repos que Notre-Seigneur vous fait goûter sur le Carmel ; et demeurez toute votre vie étonnée qu'une si faible brebis ait pu monter si haut, et puisse continuer de s'y tenir. Elle en est redevable à son divin Pasteur, qu'elle doit sans cesse re­garder, en attendant sans cesse de sa bonté tout son secours et toute sa force.

26. Pensez souvent à ces paroles de l'Apô­tre : Vous êtes mort, et votre vie est cachée en Dieu avec Jésus-Christ ; et dans les occa­sions que vous vous trouverez facile à dissiper,

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dites-vous à vous-même : Je suis morte comme Chrétienne et encore plus comme Car­mélite. Je ne dois me mêler de rien, ni pren­dre intérêt sur rien, car je suis déjà morte et je suis morte à tout.

27. Persuadez-vous bien que vous n'avez rien à faire dans ce monde qu'à vous sacrifier continuellement à Dieu, soit en vous sacrifiant vous-même, soit en acceptant volontiers d'être sacrifiée par les autres. Apprenez de Jésus-Christ cet esprit de sacrifice qui est l'âme de la Religion ; et dites avec lui en toutes occa­sions : Que votre volonté soit faite, ô mon Dieu, et non pas la mienne. Étudiez bien cet Homme-Dieu sur la Croix et dans le Sacrement de l'Eucharistie, anéanti pour ainsi dire dans l'un et l'autre de ces Mystères. Il vous appren­dra merveilleusement à vous anéantir, à vous détruire, à vous immoler pour son amour : ce que je le prie de tout mon coeur de nous en­seigner efficacement jusqu'au dernier moment de notre vie.

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LETTRE DE MONSEIGNEUR ANTOINE GIRARD

ÉVÊQUE DE POITIERS

ÉCRITE A LA MÊME CARMÉLITE.

 

Vous vous plaignez, ma chère fille, de la dissipation extérieure : plaignez-moi donc, moi qui ne respire pas, qui n'ai pas un moment à moi, et qui, en me donnant tout aux autres, ne leur donne pas encore tout ce qu'ils me demandent. Je crois avoir plus de cinq cents lettres à répondre ; et cependant depuis que je me lève jusqu'à ce que je me couche, à la réserve de la sainte Messe, du Bréviaire et des repas, je ne fais autre chose que répondre à ce qu'on me dit ou à ce qu'on m'écrit. Fuyez, ma chère fille, et comme désagréables à Dieu, toutes les dissipations que l'obéissance ne vous imposera pas : pour celles qui seront inséparables des emplois où l'on jugera à propos de vous mettre, ne pensez qu'à y conserver le recueil­lement intérieur ; et quand vous y manquerez, accusez-vous-en seule et humiliez-vous-en, sans en rien rejeter sur la charge où l'on

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vous a mise. Elles ne doivent point vous re­tirer de la sainte Communion, non plus que les tristesses que vous éprouvez quelquefois. Où chercherez-vous du recueillement et de la force qu'en Jésus-Christ qui en est le prin­cipe? La consolation que vous y trouverez est trop bonne et trop salutaire pour la craindre ; je prie Dieu de vous y en faire trouver de plus en plus. Quand vous sentirez un désir d'y par­ticiper plus souvent qu'à l'ordinaire, exposez-le à votre Mère avec simplicité, et obéissez avec soumission à ce qu'elle en ordonnera. Dans le courant tenez-vous sur cela, comme sur le reste, dans la règle commune de la Communauté. Je vous en dis autant sur les prières vocales et les lectures : ne manquez à rien de ce qui est prescrit ; et employez ce que la règle générale de la Communauté et la rè­gle particulière de votre office vous laissent de temps libre, à l'exercice de piété pour le­quel vous vous sentirez le plus d'attrait. Dans cette vie simple et commune vous trouverez sûrement la volonté de Dieu ; dans une con­duite plus distinguée vous ne trouveriez peut-être que votre amour-propre et l'approbation des créatures, que vous devez bien éviter de rechercher. Tâchez de ne vous occuper que de Dieu dans vos actions ; et tâchant de

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plaire à toutes vos soeurs en qui la charité vous doit faire respecter Jésus-Christ, ne pen­sez qu'à Jésus-Christ votre divin Époux, à qui seul il vous est important de plaire. C'est ce que vous apprendront également l'Ancien et le Nouveau Testament. Je consens volon­tiers que vous lisiez l'un et l'autre, de l'ap­probation de votre Mère, sans laquelle vous ne devez rien faire. Ne passez pas un jour sans lire le Nouveau, duquel vous devez apprendre à entendre l'Ancien dont il est l'éclaircisse­ment comme l'accomplissement. Je vous ré­pète pour les pénitences ce que je vous ai dit tant de fois : accomplissez exactement les communes, surtout celle du silence, et ex­posez de temps en temps à votre Mère, sans empressement ni importunité, le désir que vous sentez d'y en ajouter d'autres, pour faire avec docilité ce qu'elle en jugera. Si vous ne devenez comme un enfant, vous n'entrerez point dans le royaume des Cieux ; et c'est par une conduite humble, simple et droite que vous entrerez dans cette heureuse enfance qui est seule capable de vous ouvrir le Ciel. Je prie le Dieu tout-puissant, que nous espérons y voir, d'achever la conversion de votre fa­mille, et je me réjouis de l'espérance que vous donne de cette miséricorde la dernière lettre

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de Monseigneur votre frère. Je fais réponse à la Mère Prieure et ma Soeur Susanne. Je vous prie de remercier la Mère Maîtresse et toutes vos chères Soeurs, particulièrement la Soeur de l'Enfant-Jésus, de la charité qu'elles ont de se souvenir de moi dans leurs prières, dont j'ai plus besoin que jamais. Vos chères Soeurs de Poitiers, que je vis hier pour la première fois, malgré l'extrême désir que j'avais de les voir, m'ont fort promis les leurs. Vous ne se­rez jamais oubliée dans les miennes, ma chère fille, et vous en devez être bien persuadée. Je voudrais vous pouvoir promettre mes lettres avec la même assurance : il serait téméraire à moi de le faire, accablé au point que je suis. Épargnez-moi donc là-dessus le plus que vous pourrez, et comptez qu'il m'en coûtera beaucoup pour tenir la parole que vous avez voulu que je vous donnasse de vous écrire tous les trois mois une fois, en vous permettant de m'écrire de même, ce qu'il ne m'est pas pos­sible de rendre plus fréquent.

Antoine,

Évêque de Poitiers.

FIN.

 

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