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Présentation

 

    des "Pensées sur la charge de maîtresse des novices"

 

Le texte qui est ici présenté date de 1873, comme en fait foi l’imprimatur du vicaire général d’Aix-en-Provence et il est dû à Mère Marie de la Conception qui, trois ans plus tôt, en 1870, avait publié un ouvrage similaire consacré à la charge de Prieure. Athénaïs d'Olivary est issue d’une famille noble provençale, elle est née en 1802, est entrée au carmel d’Aix où elle est morte en 1881.C’est une grande figure du carmel du XIXe siècle et sans doute la carmélite la plus prolixe de cette époque. A partir de 1877 on publie d’autres textes d’elle concernant les dévotions alors en vigueur au carmel comme dans le siècle (mois de Marie, mois de Saint Joseph, mois du précieux sang) et des textes portant sur diverses retraites qui se font dans les monastères. Une lecture qui permettrait de mieux comprendre la spiritualité du carmel au quotidien au moment où Thérèse y entre.

En 1894, le Carmel d’Aix publie une importante biographie de Mère Marie de la Conception, quatre ans avant l’Histoire d’une âme. Ces diverses publications seront souvent réédités. Ces Pensées, de nouveau en 1883 ; d’autres textes seront repris jusqu’en 1936. L’ouvrage qui est ici reproduit provient d’une religieuse qui, comme elle le dit dans son introduction, parle d’expérience (elle a 71 ans quand l’ouvrage est publié). Le jugement que l’on peut porter sur un tel ouvrage dépend de sa compétence et de son centre d’intérêt. L’historien ne jugera pas comme une actuelle maîtresse des novices. Un spécialiste de la spiritualité du carmel dirait comment il s’inscrit dans une tradition ou s’en éloigne. Un historien de l’éducation, notamment de celle qui étaient dispensée dans les pensionnats des couvents, pourrait apporter un éclairage intéressant.

Une lecture rapide de ce texte auquel on me demande d’introduire me conduit à faire trois remarques.

La première, amusée, porte sur une constatation concernant le changement qui s’est produit dans l’éducation des filles. Avant, maintenant : «Comptées pour rien, […] dans leur famille, elles la quittaient pour échanger une obéissance naturelle contre la dépendance du cloître, et voilà tout. Ignorantes dans toutes les sciences, elles n'avaient rien lu, rien appris quelquefois, et n'étaient pas plus formées à la vie intérieure qu'aux autres connaissances. Il n'en est pas de même maintenant. A peine sorties de l'enfance, elles jugent tout, elles approuvent ou condamnent avec une hardiesse, et quelquefois avec une précision qui étonnent.» Bien vu.

Seconde remarque, qui nous ramène à Thérèse. Marie de la Conception montre combien la fonction de maîtresse des novices est délicate puisque si celle-ci doit montrer l’exemple et s’occuper de ses novices, elle ne peut pas ne pas prendre en compte le comportement des sœurs de la communauté qui ne correspondent pas aux normes qu’elle enseigne surtout quand les novices en prennent conscience. Comment se comporter alors, couvrir les fautes du manteau de la charité, dit-elle en substance. Thérèse, dans son ultime manuscrit, développe des remarques semblables, notamment en proposant de faire appel à la morale d’intention.                                                       

Dernière remarque qui touche à quelque essentiel, au cloître comme dans l’univers catholique. C’est celui de l’obéissance du jugement. Peut-on abandonner la raison et la conscience ? Les justes remarques faites par Mère Marie de la Conception débordent ici le cas du cloître. Ou plutôt elles peuvent conduire à se demander si une conception « monastique » de l’obéissance qui pouvait paraître adaptée à la vie de perfection n’a pas été étendue trop vite au rapport entre les fidèles et le magistère.

Cet ouvrage daté est le fruit d’une expérience, il demeure éclairant pour qui parvient à l’interroger.

Claude Langlois, historien


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