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De Céline à Thérèse - 28 avril 1893

 

De Céline à Thérèse.
28 avril 1893
Caen, (Céline et Marie Guérin sont à Caen chez les La Néele du 25 avril au 2 mai)
28 Avril 1893
Ma petite Thérèse chérie,
Je t'écris parce que Francis va, je crois, répondre à Pauline, alors, ma chère petite Pauline ne m'en
voudra pas de ne point lui adresser ma lettre puisqu'elle aussi va en recevoir une. Dis-lui que
sa missive m'a fait un bien trop grand pour que je puisse l'exprimer. J'y songe sans cesse et cela
m'encourage. Oh! que ce qu'elle me dit est beau, consolant!
Ma Thérèse, ma Thérèse chérie, à moi! si tu savais tout ce que je pense et comme je médite longtemps
et plusieurs fois par jour ce que tu murmures au cœur de ta Céline ...
« Etre la rosée, la goutte de rosée de la Fleur des champs ... » O Thérèse, comme j'en comprends long,
comme mon âme s'enfonce dans des abîmes de profondeur ... si tu savais! Non, jamais je ne pourrai
te dire tout ce qui se passe en moi, à ce sujet. Maintenant, je n'envie plus rien, rien ne me sourit plus,
sinon d'être la goutte de rosée qui rafraîchit le calice de la Fleur des champs. Chaque mot de ta lettre
chérie est à mon cœur un monde ...
Mais, je vais me taire, car j'aime mieux méditer en silence que de parler sur ce qui n'a point de
paroles. La petite goutte de rosée est toujours, et en toutes choses, impuissante, excepté à donner à
boire à la Fleur des champs ... Thérèse ! Mais, nous deux, ne sommes-nous pas deux petites gouttes
de rosée dans le calice de la Fleur des champs ? et tu sais que deux gouttes de rosée ne peuvent être
l'une auprès de l'autre, tout près l'une de l'autre, sans se mêler et ne former plus qu'une seule goutte
de rosée. Alors, avec la goutte de rosée « Thérèse-Céline », le calice de la Fleur des champs est
contenté, avec cette unique goutte, qui est pour lui un océan !
Pauline me dit, dans sa lettre, « que l'amour de Céline est plus précieux à Jésus que la haine des

méchants ne lui est amère et qu'une seule note du gémissement de son âme lui fait oublier les
blasphèmes des pécheurs », C'est donc bien vrai qu'une seule goutte de rosée suffit à Jésus, une seule!
Et il est consolé, et il étanche sa soif ..... Thérèse, ma Thérèse chérie, je ne pourrais te dire tout ce que
je ressens, c'est trop, moi, je m'explique bien mal, mais devine-moi!
Mon âme est maintenant plus forte, vos lettres lui ont été une mélodie céleste.
Thérèse chérie, je t'aime et t'embrasse de tout mon cœur, ainsi que ma chère petite Pauline et Marie.
Céline
Si tu connaissais quelque chose que je puisse rapporter à notre Mère, mais je ne vois rien, ni à la foire,
ni ailleurs. Je serais pourtant bien contente de lui faire plaisir.
Pour les fleurs, si tu ne me réponds rien ou que tu sois indécise, je penche pour les grandes
pâquerettes, jamais je n'en ai vu d'aussi bien faites et pas chères.
Il y a aussi des œillets roses ravissants et des roses, soit rouges, soit jaunes à 0,30-0,20c. etc., des
boutons d'or, des herbes vertes, etc., etc., les lys sont plus raides. Si Pauline désirait quelque chose
pour sa Sainte Face, je la lui achèterais, mais il vaudrait mieux m'écrire et me dire ce que vous voulez,
par exemple : 2 roses rouges, 6 œillets, 6 ou 12 branches de grandes pâquerettes (3 pâquerettes à
chaque branche), 0,20c. La branche, les œillets 0,15c. Si vous désirez quelque chose, indiquez-moi le
nombre, car je suis bien embarrassée ne sachant où vous voulez les mettre. Sans réponse, je n'achèterai
rien. Pourtant, je voudrais t'en donner, à toi qui aimes tant les fleurs et les fleurs simples.

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