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De Mme Guérin à Jeanne La Néele - 26 avril 1893.

 

De Mme Guérin à Jeanne La Néele. 26 avril 1893. 

26 avril 93.

Ma Chère petite Jeanne.

C'est à la petite maîtresse de maison que j'adresse ma première lettre pour la féliciter de la bonne réception qu'elle a faite à ses invités. Mon oncle Petit a été très-content et est ravi de la belle promenade qu'il a faite. J'ai été bien peinée que cette pauvre Marguerite ait été souffrante. Si vous en avez de meilleures nouvelles, tu seras bien aimable de me les donner. Et tes chères petites sœurs, tu les possèdes enfin ! Allez-vous être heureuses toutes les trois, pourvu que la migraine ne vienne pas faire son apparition. — Ton papa [lv°] m'a parlé de votre domestique et je vois qu'il ne fera pas votre affaire d'autant plus qu'il ne conduit pas bien du tout, et moi, que tu connais comme étant la mère Prudence, je trouve que c'est une très-très-mauvaise note pour un domestique de médecin. Mon oncle Petit l'a remarqué et ton papa aussi, du reste je crois que ton papa va te dire un petit mot à ce sujet à la fin de ma lettre. — Ta tante (Mme Maudelonde) est venue me voir hier avec Céline et Hélène. Elles m'avaient envoyé une assiette de fraises dès le matin et trois jolis petits bouquets de roses pompon pour ces trois demoiselles. Elles ignoraient leur départ pour Caen, et moi, j'ai bien regretté ne pas avoir reçu tout cela deux heures plus tôt, car tout aurait pris la direction de Caen, comme tu le penses bien. C'est sans doute dans tous mes regrets de ne pouvoir le faire que je n'ai pas eu la [2 r°] bonne idée d'en envoyer un peu à la Mère Marie de Gonzague. Ce matin seulement j'y ai pensé et il est trop tard. J'ai pourtant cherché à en faire des heureux, j'en ai donné aux petits Lahaye, je n'ai pas oublié le bon M. Martin. Voilà ce que c'est que de ne pas avoir ses fillettes avec soi. La Mère Marie de Gonzague va toujours doucement, le mieux se continue, j'en ai fait prendre des nouvelles ce matin, dis à Céline que Léonie exécute fidèlement ses commissions. Ton oncle Martin va bien. Hier il a passé l'après-midi dans le jardin s'amusant à regarder Marthe (Marthe Lahaye, 7 ans) jouer. — Cette bonne Léonie me tient fidèle compagnie, et notre petite Marthe nous a bien égayés hier avec ses conversations. J'aurais plus d'une histoire à raconter à ma petite Marie au sujet de son élève. Je tâche de remplacer la petite maîtresse de mon mieux et je crois que je n'ai pas mal réussi, car notre Marthe m'a demandé : Faut-il revenir demain, et sur mon oui affirmatif, elle a paru très-satisfaite. Dis aussi à Marie que Friquet (enfant d'une famille très pauvre, protégé des Guérin) est venu hier à onze heures. Je lui ai fait réciter sa leçon qu'il savait bien, mais le soir il a manqué au rendez-vous. Je ne sais si je vais le voir aujourd'hui. Ma santé est toujours bonne, je suis très-contente, mais ne compte pas sur moi, ma chérie, pour aller chercher Marie. Je préfère attendre un peu pour voyager. Il faut que je m'habitue à sortir en ville, à marcher plus facilement que je ne le fais encore.

Adieu, ma chérie, je t'embrasse de tout mon cœur, embrasse bien Francis pour moi. Dis à mes deux petites filles que leur maman pense bien à elles, et qu'elle les embrasse de tout son cœur ; dis-leur de ma part qu'elles profitent bien de leurs vacances ; en un mot croyez bien tous les quatre à l'affection de votre papa et de votre maman. Léonie se joint à moi et envoie à tous ses meilleures amitiés.

Ta Mère toute dévouée,

C. Guérin.

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