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De Mme Guérin à Jeanne La Néele - 11 avril 1893.

 

De Mme Guérin à Jeanne La Néele. 11 avril 1893. 

11 avril 93

Ma Chère petite Jeanne

J'ai eu de bonnes nouvelles de toi et de Francis par notre Léonie qui nous est bien arrivée hier soir avec Paul (Paul Guesdon, dix ans, protégé des Guérin, entré au Petit Séminaire de Lisieux en octobre 1892). Leur voyage s'est très-bien passé, Paul a été un très-gentil petit compagnon de route. Mais, par exemple, après nous avoir souhaité le bonjour bien gentiment, et après que mon mari l’a complimenté pour son bulletin, il s'est mis à pleurer en pensant qu'il allait rentrer. Toute la soirée les larmes revenaient malgré nos efforts pour le [1 v°] faire rire. A la fin du dîner cependant la gaieté est revenue, il avait très-faim et je crois que cela aidait aux larmes à couler. Aussi il n'a plus été question de larmes et il est parti bien gaiement au Séminaire. Il a un petit costume qui l'habille joliment bien, seulement je crains bien qu'il ne soit pas longtemps propre s'il le met tous les jours. Cependant il le faut bien, car toutes ses affaires deviennent trop petites, et sa mère nous l'a fait dire. — Je crois bien que Léonie n'a pas été bien gaie chez toi, car elle est arrivée bien triste. Depuis l'entrée de Thérèse Pougheol (entrée comme visitandine à Caen en 1893-1894, puis à partir de 1901, sous le nom de sœur Marie-Cécile) son chagrin a redoublé. Elle est cependant toujours bien résignée à tout ce qu'on demande d'elle.

Demain a lieu le baptême de Charlotte Lahaye (fille de Victor Lahaye, successeur de M. Guérin à la pharmacie), je t'avais dit que nous étions invitées à la cérémonie, mais j'avais omis de te parler du dîner, parce que je n'avais pas très-bien compris. Nous irons donc dîner tous. Après avoir refusé pour moi, j'ai enfin accepté. Ma santé étant toujours meilleure, j'espère faire bonne contenance. Dis à mon plus illustre tyran (Le Docteur La Néele, voir en fin de lettre) que je vais bien mieux depuis quelques jours, mais je suis tellement sotte que je ne me suis pas encore hasardée dans la rue à pied. Il faut que je sois entraînée, et je crois, sans rire, que je n'irais pas encore bien loin.

Les robes grises et roses sont arrangées pour demain. Mme Prévost nous les a assez bien réparées, et voilà deux après-midi que nous passons à y travailler avec elle, car au moment de les essayer, il y a toujours quelque chose à faire. Aussi si je ne sors pas, en revanche [2 v°] j'ai travaillé hier comme une bonne apprentie ouvrière. Il y a longtemps que je n'avais pu en faire autant.

Adieu, ma chère petite Jeanne, je demande à ton papa s'il a quelque chose à te dire, il me répond : Dis-lui qu'elle est toujours mon petit Jeannot chéri que j'aime de tout mon cœur. Sur ce, je me joins à lui pour t'embrasser de tout mon cœur ainsi que notre bon Francis que je n'appelle plus du tout le plus illustre tyran mais le meilleur des fils.

Rassure-le à ce sujet, je te prie.

Les petites sœurs vous embrassent bien affectueusement.

Ta Mère toute dévouée 

C. Guérin

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