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De Mme Guérin à Marie Guérin - 12 avril 1893.

 

De Mme Guérin à Marie Guérin. 12 avril 1893. 

Ma Chère petite Marie

Tu nous as bien divertis ce matin avec ta jolie petite lettre, et nous avons surtout été bien heureux des bonnes nouvelles qu'elle contient sur la santé de Jeanne. Dès ce matin, avant l'arrivée du facteur, la bonne dame Mataillé (que les Guérin employaient parfois comme serveuse les jours de réception) était déjà venue nous dire qu'elle avait vu Jeanne et qu'elle allait bien. Est-elle aimable cette pauvre mère Mataillé ! Je savais bien que mon petit Benjamin serait le beau soleil dans la maison, et qu'elle guérirait bien vite ma Jeannette par son doux ramage et sa gaieté. Il ne fallait que cela à notre petite malade : de la distraction, [1 v°] le grand docteur l'avait bien dit, et je suis de son avis. Aussi je ne t'en voudrai pas, si ton ouvrage n'avance pas, quoique je serais bien aise que tu peignes un peu. — Ton papa est allé hier à La Musse. Il est revenu hier soir et m'a donné de bonnes nouvelles de la famille Maudelonde. Ils reviennent demain. La petite fille de Pierre va mieux. Elle est guérie de la fièvre typhoïde, ce qu'elle a maintenant c'est une albuminurie qu'elle a dû gagner par un refroidissement. -- Comme c'est l'habitude, quand un membre de la famille est absent, hier et avant-hier nous avons déjeuné en ville. Il a fallu céder aux instances des bonnes tantes Pigeon (les vieilles amies Joséphine et Clémence Pigeon) pour aller encore prendre notre part d'un poulet.

Céline avait bien mal à la gorge, aussi hier soir je l'ai fait soigner ; prendre un [2 r°] bain de pieds, lait chaud etc. et défense d'aller à la messe ce matin. Ma prescription a été bien suivie. Elle a très-bien dormi, et ce matin elle est venue me trouver dans ma chambre dès huit heures, elle allait bien. Comme tu vois, la maladie n'est pas longue, il faut te dire qu'hier elle avait été au Carmel, etc ; et ne se soignait pas comme une personne qui a une glande au cou. Sais-tu à quelle heure ton papa et ses compagnons sont arrivés de Caen lundi : à cinq heures et demie. Une heure de retard. Ils ont rencontré non loin du tunnel un train de marchandises qui avait déraillé. Aussi il a fallu aller très, très doucement comme tu le penses bien. Enfin ils sont arrivés à bon port, à six heures à la maison. Nous avons [2 v°] dîné, puis ton papa a conduit le petit garçon d'Eugénie au séminaire. Il est bien gentil son petit garçon ! Alexandre est allé lui porter un paquet quelque temps après. Il lui a même fait son lit. Il a trouvé le petit bonhomme qui était gai et paraissait content. Tu peux le dire à sa mère pour la rassurer. Ton papa ira probablement le voir demain. J'aurais sans doute encore beaucoup de choses à te dire, ma petite Marie, mais je suis comme toi, le papier me fait défaut et l'heure du courrier me presse. Soigne bien ton rhume. Je ne sais si je dois avoir confiance dans ton système d'homéopathie, j'en constaterai les effets vendredi, j'espère, jusque-là je ne me prononce pas. Enfin, si Francis l'approuve et pour toi et pour lui, je serai forcée de m'incliner devant la science. Je pense partir vendredi matin à 9 h. pour arriver à 11 heures. Si je ne t'écris pas tu pourras demander qu'on m'envoie la voiture pour ce train s'il y a changement je te l'écrirai. Adieu, ma chérie, embrasse bien pour nous Jeanne et Francis et reçois pour toi les bien affectueux baisers de ta petite mère qui te chérit. Papa et les petites grandes sœurs se joignent à moi.

C.G.

[2 v°tv] Ton oncle va toujours bien gentiment.

Dis à  ma petite Jeanne qu'elle ne peut pas me faire plus de plaisir qu'en étant bien gaie comme tu me le dis dans ta lettre, et embrasse-la encore une fois de plus pour cela. — C'est bien mal à moi de répondre avec de si vilaine encre jaune à une si jolie petite lettre bleue, mais à une maman c'est permis ; ma plume est mauvaise, mon encre est mauvaise, j'entends du monde dans le bureau et je suis obligée, malgré ma bonne volonté de me servir de mes mauvais outils et de faire contre fortune bon cœur.

A bientôt, ma chérie, je t’embrasse encore une fois

C.G. 
 
 

De M. Guérin à Marie Guérin. 

Je voudrais bien savoir ce qu'est devenue l'affaire Gidon (on ignore ce dont il s'agit)…

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