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De Mme Guérin à Marie Guérin - 27 avril 1893.

 

De Mme Guérin à Marie Guérin. 27 avril 1893. 

27 avril 93,

Ma Chère petite Marie

Ta petite lettre m'est arrivée ce matin, je ne te dirai pas qu'elle m'a surprise, je l'attendais bien un peu, mais aujourd'hui je te fais grâce; promenez bien votre amie Anne-Marie (Anne-Marie Glaizot) et ne vous mettez pas en peine de m'écrire. J'en serais très-contrariée. Mon petit Benjamin, j'aurais peut-être dû écrire à Céline aujourd'hui, car je n'oublie pas que c'est demain l'anniversaire de ma chère filleule, mais je voulais répondre à ta petite lettre et je pense aussi qu'en te chargeant [1 v°] d'offrir tous mes souhaits de bon anniversaire à notre chère Céline, je serai très-bien représentée. Tu seras donc mon petit délégué auprès d'elle, et tu voudras bien remplir dignement et joyeusement ta mission.

De plus, comme don de joyeux avènement des vingt-quatre ans de ma chère filleule, tu voudras bien lui dire qu'elle achète à la foire un petit objet qui lui fasse plaisir. — Je vois que vous avez fait plusieurs emplettes. Je trouve que tu as eu raison de faire ce que tu as fait pour la bonne de Jeanne. — Pour Maria, si tu n'as pas acheté encore, je préfère un porte-monnaie. — Je suis contente que tu aies un gentil panier, c'est moi qui te le donne. Merci aussi des fleurs pour ton papa, mais pour moi, je ne veux rien (M. Guérin ajoute au bas de la lettre : « si, il faut qque chose ! »), j'ai tout ce qu'il me faut, plus même que je ne désire surtout [2 r°] lorsque je sais tous mes enfants heureux. Cette bonne Léonie a eu bien du chagrin, ce matin, en recevant la lettre de Céline, elle me l'a donnée à lire et j'ai tâché de la consoler, et elle est convenue avec moi que si l'ennui qu'elle éprouvait d'aller à La Musse était plus agréable au bon Dieu que le contentement qu'elle a d'aller à la Visitation, elle ferait bien volontiers le sacrifice de ce dernier et ne voudrait même plus en entendre parler. Maintenant elle ne pleure plus, cette pauvre fille, et je la trouve vraiment bien bonne. Elle a écrit dès ce matin à Thérèse au sujet de ce que lui dit Céline. — Je crains que Céline n'ait de la peine de ce que je ne lui ai pas écrit, mais cette lettre est pour elle comme pour toi et la prochaine sera à son adresse. Dis-lui que ses commissions sont toujours bien faites au Carmel et que nous pensons bien aux asperges de l’anniversaire (anniversaire de Céline, occasion d'une gâterie pour les carmélites). Mon mari est déjà chargé de la commission pour samedi matin. — Friquet est venu exactement hier deux fois. Je lui ai fait le catéchisme une heure hier soir, et aujourd’hui je lui ai promis une tartine s'il sait très bien sa leçon. Ce n'est pas étonnant qu'il n'avait pas de catéchismes réglés la semaine dernière. J'ai appris par Clémence que M. l'Abbé Rose avait perdu son père et [2 v°] qu'il avait été forcé de s'absenter une partie de la semaine. Ces jours-ci M. l'Abbé Danguy le remplace, je crois qu'il va rentrer aujourd’hui. Comme je faisais le catéchisme à Friquet un hanneton a voleté au milieu de nous, et Friquet vite de l'attraper avec sa casquette. Sa figure était épanouie de bonheur et je lui ai donné un grand bout de fil pour le faire voler en lui recommandant bien de ne pas l'emporter à la classe. Du reste, je crois que le pauvre hanneton va mourir avant. —

J'ai eu hier Marthe et Jean à déjeuner. Leur maman est toujours un peu souffrante. Une bonne histoire de Marthe : on sonnait mardi à l'église, le baptême de la petite Marais (troisième enfant de Mme Paul Marais (1860-1930), née Zoé Fleury-Desmares, amie des Martin-Guérin). Marthe tapissait. Tout à coup elle relève la tête et me dit : « Dis donc, Madame Guérin, ton Friquet est-ce qu'il ramasse des bonbons comme les autres gamins (c'était alors la coutume de jeter des dragées à poignées, à la sortie d'un baptême) ? » Là-dessus je lui ai expliqué que ce n'était pas drôle que mon Friquet ramasse des bonbons dans la rue, vu qu'il n'en mangeait jamais. — Tu vois, ma chère Marie, que je fais de mon mieux pour vous remplacer auprès de vos élèves, mais mon mieux n'est guère bien et je m'aperçois que je ne donne pas de bons points. Je ne sais pas combien vous en donnez. — Ma santé est bonne, je passe toutes les après-midi dans le jardin, Clémence est venue travailler avec moi hier. M. Martin va bien et nous tient compagnie dans le jardin de la Préfecture.

Adieu, ma chère petite Marie, en voilà bien long et pourtant j'oublie encore quelque chose. Je soigne bien tes fleurs et fais arroser ton jardin tous les jours. Je t'embrasse de tout mon [1r° tv] cœur et te charge de toutes mes amitiés pour Francis, Jeanne et Céline. Marthe arrive à l'instant, il paraît que ce n'est pas le jour d'aller chez M. Martin et de plus elle ne s'ennuie pas avec nous.

Ta Mère toute dévouée qui vous aime tous de tout cœur.

C. Guérin.

Marthe me charge de bien embrasser pour elle sa chère petite Marie et Céline. Dis à Céline que Léonie a reçu hier une grande boîte de dragées du baptême de la part de Thérèse Prével (cousine de Mme Marais, amie de Marie et Pauline Martin). Elle a donné un franc à la bonne qui a paru très contente. L'aînée des petites Marais est toujours bien malade, aussi il n'y a pas eu de fête du tout.

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