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De Marie Guérin à Mme Guérin - 26 avril 1893.

 

De Marie Guérin à Mme Guérin. 26 avril 1893. 

Ma chère petite Mère

Je n'ai pas grand temps pour t'écrire, mes journées sont fort occupées. En ce moment-ci je reviens de la foire, où j'ai fait beaucoup d'emplettes tout en trouvant le moyen de ne pas dépenser trop d'argent.

J'ai d'abord acheté un petit panier pour aller au marché, qui est tellement ravissant que je danse de joie devant [1 v°] mon petit bijou de panier. C'est la forme bourriche, mais que Maria sache déjà que jamais elle n'y mettra la main, rien que cette pensée me le fait voir déjà défraîchi.

J'ai acheté aussi des nonnettes pour Jeanne, puis pour papa je lui ai acheté de magnifiques orchidées au milieu d'herbes très naturelles qui feront un effet splendide dans le bureau. Quant à toi, ma chère petite Mère, mon choix n'est pas encore arrêté; cependant j'ai pensé à Maria et j'ai envie de lui rapporter pour bien la remettre dans son assiette, soit une broche ou un porte-monnaie. C'était [2r°] la pauvre Eugénie qui était avec nous pour faire toutes ces emplettes, et comme Céline avait acheté une cravate pour Désiré, elle me faisait un peu pitié, elle qui est si dévouée pour Jeanne. Nous avions acheté une balle pour mon oncle et les enfants qui viennent à la maison, alors à cette occasion elle nous a dit : J'aurais bien voulu payer une balle à mon pauvre Paul (Paul Guesdon, protégé des Guérin, entré au Petit Séminaire de Lisieux en octobre 1892). Je n'ai rien dit mais je lui ai demandé ce qui lui ferait plaisir pour sa foire, elle m'a d'abord demandé une broche puis après cela j'ai bien vu que la balle lui ferait grand plaisir et je lui ai donné en place de la broche. Ai-je bien fait ? [2 v°] Elle avait l'air toute radieuse ; c'est pour que Paul l'emporte au séminaire.

Ma chère petite Mère, je m'aperçois que je ne t'ai parlé absolument que d'emplettes. Avant ce tour de foire nous avions été à la Visitation voir la Supérieure et Thérèse Pougheol qui a l'air bien gaie, mais nous ne sommes restées que très peu de temps parce qu'il fallait rentrer pour donner la voiture à Francis. La Supérieure a été très aimable et très gentille pour nous. Mais il faut absolument que je trouve la place de te donner des nouvelles de nos santés. Nous allons tous très bien sans traces même de migraine. Mon abcès a percé ce matin très abondamment ce qui m'a beaucoup soulagée. Ce sont figues sur figues qui sont arrivées à me [1r°tv] donner ce résultat. Le remède de mon cher petit père était bon.

J'espère ma chère petite Mère que ta santé est toujours bonne, surtout prends Marthe tous les jours c'est un remède très hygiénique. Marguerite Tostain n'allait pas mieux ce matin, elle avait été forcée de prendre le lit, hier soir elle est rentrée à Bayeux. Adieu, ma chère petite Mère, nous vous embrassons tous de tout cœur et malgré les distractions de Caen nous pensons bien à toi.

Ta petite fille Marie.

[2 v° tv] Embrasse bien bonne maman pour nous. N'oublie pas Maria.

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