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Cahiers Scolaires n° 3

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CAHIER SCOLAIRE n° 3 p. 1

[1884]

Thérèse

Messe de Minuit

Chère *Chere Amie
tu me dis dans ta lettre qu'on n'a pas voulu te permettre d'assister à la messe de minuit,
pour t'en dédommager *dédomager je viens te faire part de mes impressions à l'occasion
*ocasion de cette belle fête. Le soir je ne me sentais pas de joie je parlais tout le temps du
lendemain et j'aurais bien voulu y être ; Marie a voulu que je me couche en attendant quoique
je lui aie *aies assuré que je ne pourrais *pourais pas dormir, en effet j'ai eu assez de peine
à m'endormir *mendormir mais je ne me suis pas fait prier pour me lever quand Marie est
venue me réveiller à onze

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heures et demie je me suis levée bien vite et nous sommes parties. Pendant la route je pensais
aux bergers qui eux aussi il y a dix huit cent quatre vingt cinq ans s'étaient mis en chemin
à cette heure pour adorer le divin petit Jésus qui venait de naître ; moi comme eux j'y allais
non pas pour le voir avec les yeux du corps mais avec les yeux de l'âme *ame et l'entendre
parler à mon coeur oh comme après la communion il m'a dit de douces choses jamais depuis
le jour de ma première communion je ne l'avais si bien entendu parler à mon coeur je crois
vraiment qu'il fallait *falait que ce soit le jour de Noël et qu'il vienne tout petit enfant dans
mon coeur pour me dire des paroles si douces tu vois donc chère Geneviève comme il est
doux de recevoir *reçevoir le

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petit Jésus le jour de Noël et surtout à la messe de minuit j'espère donc que cette année tu vas
être bien raisonnable et que tu vas prendre des ménagements pour ta santé afin *affin que
l'année prochaine on te permette d'aller à la messe de minuit.
Au revoir *Aurevoir chère Amie je te quitte dans l'espérance d'une prochaine lettre. Ton amie
qui t'aime beaucoup
Thérèse enf. des Sts anges

Style
Le Premier de l'An

[1885]

Chère Amie
Je viens m'entretenir avec toi du jour de l'an.

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Oh quel beau jour ! ne le trouves *trouve tu pas, quelle douce joie on éprouve en allant
souhaiter la bonne année à nos parents qui sont si bons pour nous, car que ne font ils pas
pour nous faire plaisir ? Tout n'est ce *n’es-ce pas et si quelquefois et si quelquefois ils nous
contrarient * contraries n'est ce *n’es-ce pas pour notre bien oh oui et bien comme le jour
de l'an on se sent pleine d'amour et de respect en allant exprimer nos voeux *veux à ceux qui

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sont si bons pour nous.
Maintenant que j'ai douze ans je n’ai plus les mêmes *mèmes sentiments que quand j'étais
petite car pourquoi étais je contente du jour de l'an ? parce que *parceque je savais qu'on
allait me donner des étrennes

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Maintenant cela *celà me fait encore bien plaisir et je puis te le dire franchement je me
réjouissais *régoissais des étrennes qu'on allait me donner mais ce qui me dominait c'était
l'amour que je portais à papa, à mes sœurs et à mes autres parents en ce jour de l'an tout le
monde est heureux les pauvres comme les riches ont une figure gaie et contente *conte. J'ai eu
des étrennes qui m'ont fait beaucoup de plaisir Papa m'a donné de l'argent, ma tante une belle
broche Marie m'a donné une chaîne *chaine de montre Léonie une petite toilette et Céline des
petits poissons rouges. Tu vois chère Yvonne comme j'ai eu du bonheur au jour de l'an je

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souhaite que tu en aies eu autant que moi. Je t'embrasse de tout mon cœur
Ton amie
Thérèse enf. des Sts Anges

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Chère Amie,
En ce moment il fait bien froid la neige a étendu son manteau blanc sur les champs, les
maisons et les arbres. C'est un spectacle bien beau je t’assure, tu n’en as jamais de ce genre
car tu es *est dans un pays où l'on *ou on voit toujours le soleil été comme hiver pour t’en
consoler je viens te faire part des impressions que la neige fait sur moi.

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Je regarde en ce moment par ma fenêtre et en voyant tomber la neige je suis tentée de me
réjouir car c’est pour moi un spectacle admirable mais il ne faut pas songer qu’à *a soi et
quand je jette un regard sur les arbres je vois de pauvres petits oiseaux qui sont dehors et
grelottent de froid car la neige les couvre presque entièrement je voudrais bien leur donner
asile dans ma chambre qui est bien chaude et où il y a du feu mais ils sont trop engourdis
pour voler et tout ce que je puis faire pour eux c'est de leur jeter quelques miettes de pain. Ces
pauvres petits oiseaux te font pitié n'est ce pas *n’escepas eh *et bien je vais te montrer un
autre spectacle *spétacle bien autrement attendrissant *attendissant je vois arriver

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là bas au bout de la rue un homme, il a *à l'air d'avoir beaucoup de mal à marcher, mais je le
reconnais ! c'est le pauvre aveugle comme il fait pitié ! comme il doit avoir froid et en rentrant
chez lui au lieu de trouver un bon feu pour se réchauffer *réchaufer il trouvera sa pauvre
cabane remplie de neige car le vent souffle et sa maison dont la porte est à moitié brisée
*bizée reçoit *recoit toute la neige cela *celà te fait de la peine n'est ce pas *n’escepas car
tu as bon coeur mais en effet cela *celà me navre le coeur de le voir. Chère Françoise tu vois
comme la neige est belle et terrible tout à la fois ; belle pour les riches qui dans leurs maisons
peuvent la regarder tomber sans en ressentir aucun mal ; terrible pour les pauvres car la neige

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les met sans pain et sans abri.
Au revoir *Aurevoir chère amie je t'embrasse comme je t'aime ton amie toute dévouée

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Thérèse enf. des Sts Anges

Thérèse

Chère Amie
je viens te demander *demender des prières pour une mission qui se fait à la paroisse j'espère
que tu ne me les refuseras pas car j’en ai grand besoin. Il y a beaucoup de domestiques à la
fer-me je leur ai parlé de cette mission mais aucun ne veut *veux y aller prétendant qu'il a trop
d'ouvrage si c'était à quelque soirée amusante que je leur proposasses *propossas d'aller

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Le 27 février [1885] J.M.J.T.F.A. T. Martin

je pense qu'ils ne se feraient pas prier et ne se trouveraient pas trop d'ouvrage j'ai pensé à
leur proposer de les aider *aîder mais une autre embûche s'est dressée il y a parmi eux une
servante très méchante et qui tâche *tache de corrompre tous les autres par ses mauvais
conseils tu vas me demander pourquoi je ne la fais pas renvoyer par mon père mais je t'assure
j'ai fait tout ce que j’ai pu pour la faire partir j'ai fait part à mon père des découvertes que
j'avais faites sur son compte *conte mon père a *à bien voulu me croire et il a *à fait appeler
Sylvie pour la renvoyer mais l'hypocrite l’ypocrite a *à demandé *demander à s'expliquer
seule auprès de mon père elle a *à si bien su s’excuser sans toutefois *toutes fois m'accuser de
lui avoir fait des reproches qu'elle ne méritait pas

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T. Martin J.M.J.T.F.A. Le 27 Février [1885]

et au contraire pour mieux tromper mon père elle lui fit de moi un grand éloge et rejeta sa
faute sur [un] autre serviteur en certifiant qu'il avait tâché *taché de la perdre par ses mauvais
conseils en un mot elle fit tant et si bien que mon père renvoya Jules qui était innocent et
garda Sylvie.
Depuis ce jour elle ne donne plus ses mauvais conseils ouvertement- mais quand je ne suis
pas là elle fait autant de mal qu'elle peut aux autres serviteurs et je ne sais pas si je pourrai les
décider à aller à la mission même en leur proposant de leur faire une partie de leur ouvrage
Au revoir *Aurevoir chère Marie Ton amie qui compte sur tes prières
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