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De sœur Marie‑Dosithée à Mme Martin et à ses nièces - 8‑10 (?) septembre 1876.

 

De sœur Marie‑Dosithée à Mme Martin et à ses nièces. 8‑10 (?) septembre 1876.

 

V. + J.

De notre Mère du Mans

                                                               le 8 Nativité de Ne De.

 

Ma Chère Sœur, Mes chers enfants,

Vous voulez donc que je vous écrive, ce n'était pourtant pas mon intention, mais que voulez-vous, je suis faible, je ne sais rien vous refuser.

Hier, nous avons reçu les deux jolis petits vases de Pauline, qui m’ont fait bien plaisir, parce que j'ai vu que cela lui en faisait tant de les offrir: elle a bon cœur, ma Pauline, ce serait dommage si elle ne devenait pas bonne, mais elle le sera bien sûr. Pour en revenir à vos bonnes dames, je me suis trouvée assez embarrassée avec elles, elles m'ont remis la lettre et ne se sont pas du tout offertes à venir chercher une réponse; alors j’ai cru qu’il fallait verbalement vous faire donner des nouvelles de ma santé, ce qui me contrarie, car je n'ai pas envie de mettre [l v°] tout le monde au courant de mes affaires, surtout si j'avais su devoir vous écrire.

Vous avez été surprises d'en voir si peu long la dernière fois ; il était impossible de faire autrement : à 11 h. moins un quart, on m'apporte vos lettres en me disant qu'à midi il faut la réponse; je les parcours, et même je ne puis les lire, c'eut été trop long, je me mets vers 11 h. à écrire, et avant 11 h. 1/2, on courait après moi pour avoir ma lettre. Avec cela j’étais très fatiguée je tremblais et n'avais pas mes idées, que vouliez-vous donc ?

Vous désirez des nouvelles de ma santé. Hier et aujourd'hui je vais mieux, J'ai moins de fièvre, plus de force; les cinq ou six jours précédents, il n'en était pas ainsi, j'avais une grosse fièvre qui me tourmentait continuellement; ne croyez cependant pas que je reste au lit, non, car cette semaine, voilà 4 jours de suite que je me lève à 5 h du matin pour faire la Ste Communion et je n'en suis pas pire; demain, je prendrai du repos si je peux, je dis si je peux, parce que la toux me force à me lever, toussant davantage au lit que debout. Mes forces sont affaiblies, ainsi je ne pourrais pas me promener au jardin, sans le bras [2r°] d'une de nos sœurs, et un bâton de l'autre côté. Si vous me voyiez, vous seriez surpris, J'ai une mine charmante, et suivant mon appréciation que je crois juste, j'irai au moins un an comme cela, si ce n'est pas davantage, à moins d'une fluxion de poitrine, mais je prends bien des précautions. Ainsi ma Pauline, tu ne verras pas mourir ta tante pendant ton année.

Cela m'aurait bien fait plaisir de voir Marie à la rentrée, mais si elle vient à ce moment là peut être ne pourrait-elle pas venir plus tard, c'est pour cela que j'aurais voulu que ce fût plus tard, parce qu'elle ne pourra pas voir le Père Cartier (le jésuite qui a prêché la retraite de juin-juillet), ce jour-là à cause de leur rentrée. Cela lui aurait pourtant fait grand bien d'être un peu revue de lui, cela l'aurait fortifiée et affermie dans le bien, enfin faites ce que vous voudrez.

Ma Sœur Félicité est à l'infirmerie pour sa jambe et hier elle me disait : « Oh ! comme votre sœur fait prier pour vous aux Stes Claires (les Clarisses d'Alençon). » Je lui ai répondu à sa grande surprise, que non seulement tu ne les faisais pas prier mais que toi-même ne le voulait pas prier (sic) parce que j'étais une sainte! Veux-tu, s'il vous plaît, me dire à qui jamais tu as entendu dire que j'étais une sainte ? A personne ! Ici personne ne le dit ni le pense, et encore quand je serais la plus grande sainte du monde, il ne faut qu'un instant pour perdre la grâce, et qui donc a assuré [2v°l aux justes qu'ils persévéreraient ? je t'assure que je ne te sais pas bon gré de cela, car enfin ma propre sœur refuse de me venir en aide ! La Ste Ecriture dit : « Le frère aidera le frère, et le Seigneur les sauvera tous deux ».

Je te prie de me parler de Léonie quand tu viendras, je désire t'en parler en particulier.

Je n'ai pas pu finir ma lettre Vendredi, je me suis trouvée trop fatiguée, mais depuis, j'ai réfléchi qu'en effet, peut-être valait-il mieux que Marie vînt à la rentrée, car enfin je ne suis pas prophète et je ne sais ce qui peut m'arriver, peut-être que plus tard, je ne pourrais la revoir et alors elle regretterait; n'amène pas d'enfants, je les aime bien, mais je ne pourrais supporter leur bruit.

Ma Pauline, ton petit jardin est délicieux, jamais je ne l'avais vu si beau, quand je puis sortir je vais le voir et cela me fait une petite jouissance, les reines-marguerites sont si belles ! Malheureusement elles seront défleuries quand tu viendras, mais il y en a qui ne sont qu'en bouton et qui attendent ton retour pour fleurir. ‑ J'ai mis tes vases, non au Sacré‑Cœur, il en avait déjà tant, mais à la pauvre Ste Vierge du dortoir, juste­ment c'était sa Nativité, si tu avais vu quel air content elle avait, je m’arrêtais devant elle, jamais elle n'avait été aussi belle !. . . Ma Sr M. Aloysia te dit bien des choses affectueuses, mais elle n'est pas contente que tu fasses tes devoirs elle veut que tu te reposes. Il paraît, ma Pauline, que ta Mère t'aurait fait prendre des leçons aux Marchands de poisson, tu parles, si haut que tout le monde en a la tête fendue; ton oncle m'en a parlé, il était désolé et ne te trouvait pas bien élevée [2v°tv] une Delle pensionnaire de la Visitation et surtout ayant 15 ans, devrait avoir de bonnes manières.

Votre Sr affectionnée

Sr M. Dosithée Guérin

De la Von Ste Marie

D. S. B.

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