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De sœur Geneviève au Frère Siméon. 10 janvier 1897.

 

De sœur Geneviève au Frère Siméon. 10 janvier 1897.

 

+ Jésus                                                          J.MJ.T.

Carmel de Lisieux (Calvados)

10 Janvier 1897

Monsieur le Directeur,

       Si ce n'est la joie que me procure cette nouvelle occasion de vous exprimer combien vos deux petites Carmélites pensent à vous, je serais honteuse de vous écrire pour réclamer toujours la même et insigne faveur. La grande grâce qui par vous, Très cher Frère, a été accordée à vos deux petites amies a fait des envieux (à leur demande, il avait obtenu la Bénédiction Apostolique pour la profession de Thérèse 8/9/1890, et pour celle de sœur Geneviève, 24/2/1896). L'autre jour notre bonne doyenne Sr St-Stanislas qui se prépare à fêter le 8 Février ses Noces d'Or a dit à notre Mère : « Ce qui pourrait me faire le plus de plaisir pour ma Cinquan­taine serait que nos petites Sœurs écrivent au bon Frère [lv°] Siméon afin qu'il sollicite pour moi une bénédiction de notre bien-aimé Saint-Père ». Comment refuser à une si touchante et si légitime requête! Aussi notre Mère m'a-t-elle donné la douce tâche de vous écrire.

       Nous vous remercions d'avance, Monsieur le Directeur, en vous de­mandant pardon de toute la peine que nous vous causons; mais en retour soyez assuré que votre petit Carmel de Lisieux vous donne une large place dans son cœur... Souvent en parlant de notre bon Père, dont le souvenir ne saurait s'éteindre ici, on se rappelle le bon Frère Siméon son ami, et nous deux, ma Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et moi sommes toutes fières de vous connaître (connaissance par relation mais non pas de visu. En finale, sœur Geneviève va réclamer une photo afin de pouvoir « connaître aussi » le Fr. Siméon. Le 21 ou 22/11/1887, seul M. Martin avait rencontré le Frère, tandis que Céline et Thérèse étaient à Naples et Pompéï). Mais prenez garde, Très cher Frère, j'ai peur que vous payiez cher l'affection que vous nous portez! J'ai peur que d'autres occa­sions se présentent (les Carmélites ne sont pas raisonnables) et que vos petites ambassadrices [2r°] vous écrivent encore pour solliciter le même privilège. Je vous dirai tout bas en toute simplicité que cela me gêne, je trouve que ce serait à notre tour de vous donner et de vous faire plaisir. Enfin, je fais l'obéissance et ce qui me console, c'est de penser que mon Epoux Jésus vous comble à ma place et vous donne au centuple tout ce que mon cœur voudrait vous donner...

       Il y aurait bien encore quelque chose qui nous ferait plaisir à nous les deux petites Romaines. Nous avons rapporté de Rome une grande dévotion pour la douce vierge Ste Cécile et nous nous souvenons d'un tableau placé, je crois, auprès de la salle des Bains où elle souffrit le martyre. Ce tableau représente un Ange couronnant Cécile et Valérien de Lys et de roses. Il nous avait particulièrement frappées et ce serait une douce conso­lation pour nous d'avoir la photographie de ce tableau, elle existait, nous nous [2v°] rappelons l'avoir vue. Depuis nous avons essayé de nous le procurer, nous avons même écrit aux religieuses du Couvent gardiennes du tombeau, mais elles n'ont pas répondu. Alors nous avons pensé qu'il n'y avait que par un Ami que cette consolation pouvait nous être donnée. La plus petite reproduction, même sans être collée sur carte, nous ferait le plus grand plaisir.

       Pardon, Très cher Frère, de cette lettre de demande, c'est la lettre d'un Pauvre!... Ah! je ne vous ai pas dit combien je suis heureuse depuis mes Saints Vœux prononcés l'an dernier. Je ne donnerais pas ma place pour un empire!...

       Ma Sr Th. de l'Enfant-Jésus et moi essayons d'être saintes et nous voudrions bien arriver bientôt au Ciel. Elle en prend le chemin, c'est un Ange ... L'amour consume sa vie et sa poitrine délicate nous donne de sérieuses inquiétudes. J'envoie dans cette lettre une pièce de vers compo­sée par elle (PN-17), ce n'est qu'une fleur détachée du beau bouquet qu'elle lègue à sa famille religieuse. - Avec cette lettre j'envoie aussi une photographie d'un tableau composé dans la Communauté.

Merci mille fois, mon Révérend et Très cher Frère, votre humble et petite sœur et amie.
Geneviève de Ste Thérèse
Rel. carm. ind.

[lv°tv] P. S. - Très cher Frère, notre Mère me permet de vous dire (c'est un secret) que la religieuse qui a composé le tableau m'a fait poser pour Ste Catherine et ma Sr Th. de l'Enf.-Jésus [2r°tv] pour Jeanne d'Arc. On nous dit si ressemblantes que cette photographie ne peut sortir d'ici. -Maintenant vous connaissez vos petites amies. Oh! que nous voudrions vous connaître aussi!

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