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De Céline à Mère Marie de Gonzague - septembre-octobre 1888 ? Fragment.

De Céline à Mère Marie de Gonzague. Fragment - septembre-octobre 1888 ?

 

Si vous saviez, ma Mère, la bonté de Papa, elle surpasse toutes les bornes. Mon âme en éprouve de la mélancolie et une certaine tristesse. j’avais témoigné l'autre jour le désir d’avoir un Christ en cuivre que Papa avait dans sa chambre, je le croyais oublié et j'aurais été heureuse de l'avoir avec moi la nuit. Papa m'a dit que c'était Marie qui lui avait donné en s'en allant et nous n'en avions plus reparlé. En effet je me souviens que ce crucifix avait appartenu à Marie. Ce matin pendant la grand-messe Papa lisait la prière du général de Sonis que je lui ai donnée, quand tout à coup ses yeux se remplissent de larmes, il se penche vers moi et me dit: « Je te donne mon Christ ». Mon cœur s'est fondu, j'aurais voulu être dans ma chambre pour pleurer tout à mon aise, je n'ai pu m'empêcher de verser de grosses larmes, j'étais trop touchée. Ma Mère chérie ne trouvez-vous pas cela incroyable? d'une bonté sans exemple? Ah ! ce crucifix sera pour moi un souvenir deux fois précieux. Je voudrais vous faire comprendre ma Mère, l'effet que cette petite scène a fait sur moi, j'étais si touchée!

Dans la rue le monde salue Papa et lui parle sous le nom de Saint Patriarche. Ce soir Léonie et moi nous étions à la Sacristie pour nous faire inscrire d'une œuvre. (agrégation des PP. du Très Saint-Sacrement, fondée par le P. Pierre Julien Eymard ; l'image est signée le 7 octobre 1888 par le P.H.Durand‑ Ce Père avait prêché « la retraite d'Adoration Nocturne à St Pierre » du 30 septembre au 8 octobre 1888. M. Martin se fit également inscrire, ce même dimanche. Le curé de Saint-Pierre qui l'a en si haute estime est alors le chanoine Rohée), quand M. le Curé de Saint Pierre nous dit: “ Vos sœurs sont bien heureuses. ‑ Oh ! oui, M. le C. ‑Et vous l'êtes aussi, car vous avez un Père incomparable, n'est-ce pas qu'il est bon ? » J'étais ravie d'entendre ainsi parler de Papa avec un air de respect et de vénération. M. le C. nous a aussi demandé si nous avions hérité de M. David, que quelquefois les parents des parents qui n'étaient pas sur le testament pouvaient avoir quelque chose, j'ai dit que non (l'héritage de M. David était de près d'un million) et que nous n'y tenions pas, il s'est mis à rire.

Vous voyez, Mère chérie, comme notre cher petit Père est aimé et apprécié partout. J'avais pourtant encore quelque chose à dire et je n'ai plus de papier, en voilà une longue lettre. C'était une petite recommandation par rapport à l'emballage du cadre. Pour qu'il ne se trouve pas en mauvais état, voilà comment je crois qu'on s'y prend. Par exemple la toile : on prend des bouchons de bouteilles ordinaires, on en coupe un peu de manière à ce que le côté qui avance se trouve. (…)

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