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Co-Témoin 2 d'office - Jeanne-Marie de L’enfant-Jésus et de la Sainte-Face, O.C.D.

Jeanne-Marie Halgaud née sur le territoire de la paroisse de Crossac (diocèse de Nantes) entra à moins de vingt ans, comme soeur converse, au Carmel de Lisieux sous le nom de soeur Jeanne-Marie de l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face. Elle y fit profession le 17 octobre 1907. « Ange de vertu et de piété », comme la définit soeur Marie des Anges (f. 613r), elle eut à s'occuper de la confection des images-reliques de la Servante de Dieu, dont la renommée de sainteté se répandait merveilleusement.

Son témoignage se rapporte à des faits qui semblent tenir du prodige, et particulièrement à celui-ci: l'inexplicable multiplication de petits écussons de l'Ordre que soeur Jeanne-Marie utilisait pour son office.

Le témoin déposa le 17 mars 1911, au cours de la 68ème session, f. 1118v-1122r de notre Copie publique.

 

[Session 68: - 17 mars 1911, à 2h. de l'après-midi]

 

[1118v] [Le co-témoin répond correctement à la première demande].

[Réponse à la seconde demande]:

Je m'appelle Jeanne Marie Halgaud, en religion soeur Jeanne Marie de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face. Je suis née le 17 octobre 1886 à l'Isle-Olivant, paroisse de Crossac, diocèse de Nantes, du légitime mariage de Denis Halgaud, pêcheur, et de Marie-Modeste Poulot. Je suis religieuse converse du Carmel de Lisieux où j'ai fait profession le 17 octobre 1907.

 

[Le co-témoin répond correctement de la troisième à la sixième demande].

[Réponse à la septième demande]:

Je ne crois pas qu'aucun sentiment humain puisse m'aveugler et influencer mon témoignage.

 

CO-TÉMOIN 2 D'OFFICE: Jeanne-Marie de l’Enfant-Jésus O.C.D.

 

[Réponse à la huitième demande]-

Je connais soeur Thérèse de l’Enfant Jésus seulement par la lecture de sa vie et par tout ce que nos soeurs du Carmel m'en ont rapporté.

 

[Réponse à la neuvième demande]:

J'ai une très grande dévotion à la Servante de Dieu, parce que ses exemples et sa protection me font beaucoup de bien. Je prie tous les jours pour le succès de sa Cause.

 

[Les autres demandes ayant été omises, on passe à la vingt-neuvième demande, objet de la convocation du co-témoin. Réponse]:

J'ai adopté la pratique de recourir sans cesse à l'invocation de soeur Thérèse de l’Enfant Jésus. Son souvenir et ses exemples sont pour moi un continuel encouragement à vivre dans la ferveur. Je confie à la Servante de Dieu toute la vie de mon âme et très souvent [1119v] j'éprouve d'une manière sensible l'effet de sa protection. Outre les bonnes pensées et les encouragements intérieurs que je lui attribue sans la moindre hésitation, j'ai éprouvé à diverses reprises des signes extraordinaires de son intervention. A diverses reprises, j'ai eu la sensation de parfums d'encens, de violettes ou de roses, dans des circonstances où rien de naturel ne pouvait les expliquer, et particulièrement lorsqu'il m'arrivait d'obéir à quelque bon mouvement qui me portait à imiter ses vertus. Voici quatre autres faits plus remarquables:

1° Pendant huit jours, en l’année 1907, je me trouvais seule au travail de la cuisine, une de mes compagnes étant malade. Je me proposai, pour l'amour du bon Dieu, de faire généreusement et sans murmurer le travail de deux, bien qu'ordinairement j'eusse peine à suffire, sans perdre un instant, à ma tâche ordinaire. Tous les matins, pendant ces huit jours, j'invoquais la Servante de Dieu pour qu'elle m'aidât à tenir ma résolution. Je lui disais: « Petite Thérèse, aidez-moi.» Je me sentais dès lors comme revêtue d'un courage incroyable; j'accomplis ma double tâche sans aucune fatigue; j'aurais voulu donner plus encore de travail ' rien ne me coûtait dans la pensée que [1120r] j'imitais soeur Thérèse et que je faisais plaisir à Jésus.

 

2' Ma chère petite soeur Thérèse veut que je sois fidèle en tout. Pendant trois jours, les 26, 27 et 28 septembre 1910, j'avais gardé par négligence dans notre cellule trois mouchoirs, alors qu'on n'en doit avoir que deux. Sans cesse la pensée me poursuivait que mon ange invisible, soeur Thérèse de l’Enfant Jésus, me faisait reproche de cette infidélité. Enfin le 29 septembre au matin, cette impression de reproche étant plus vive, je reportai sans tarder un mouchoir dans le placard réservé pour cela. Il ne m'en restait donc plus que deux. Le lendemain soir 30 septembre, anniversaire de la naissance au ciel de soeur Thérèse de l’Enfant Jésus, j'allai à 8 heures du soir aider une soeur ancienne malade à se coucher. Elle me dit: « Ma petite fille, je n'ai point de mouchoir, voudriez-vous demander à la soeur infirmière de m'en donner?.» Comme j'y allais, il me sembla que soeur Thérèse de l'Enfant Jésus me disait intérieurement: « C'est le grand silence! Au lieu de parler à la soeur infirmière, donne donc un des deux mouchoirs de ta cellule.» Ce que je fis sans rien dire et tout fut fini ce soir-là. Mais le lendemain matin ma surprise fut grande, quand je voulus prendre du [1120v] linge, de trouver très bien pliés et rangés l'un sur l'autre deux mouchoirs, et en même temps j'éprouvais un très grand désir d'être bien fidèle dans les petites choses et très empressée à rendre de petits services à l'exemple de la Servante de Dieu.

 

3° Dans la semaine de Noël 1910, le jeudi, j'employais une demi-heure de liberté à préparer de petits sachets où l'on renferme des souvenirs de la Servante de Dieu, et sur lesquels on colle les armoiries du vice-postulateur. Mon désir était, dans mes heures de liberté, de préparer un très grand nombre de ces sachets pour faire à notre mère prieure la surprise de ce travail au jour de sa fête (21 janvier). Tout en y travaillant, je m'entretenais intérieurement avec « ma soeur du ciel », je lui parlais de mon âme, je lui racontais mes misères, et surtout je lui disais ma crainte de n'avoir pas le temps de préparer tout le nombre de petits sachets que je désirais présenter à notre mère Agnès de Jésus; notamment je me préoccupais de ce qu'il n'y avait plus qu'une centaine de petites armoiries dans la boîte qui les contenait, et du temps qu'il me faudrait trouver pour en découper d'autres. A 10 heures je descends pour mon travail à la cuisine; lorsque à trois heures je reviens dans notre cellule, je fus très étonnée de trouver notre boîte toute remplie d'« authentiques découpées »; il y en avait sûrement huit ou neuf cents, alors que [1121r] le matin à 10 heures, il en restait cent à cent trente. Comme c'était « licence » ce jour-là, la pensée me vint que peut-être une de nos soeurs, de celles qui coupent des « authentiques », aurait voulu me faire cette surprise. Je m'informe auprès de chacune d'elles; mais aucune n'avait pensé à travailler pour moi. J'ai l'assurance que soeur Thérèse de ]'Enfant Jésus avait ainsi répondu à la demande faite le matin. Je ne cesse de remercier ma « petite soeur du ciel », et je la prie de m'aider toujours en tout.

 

4' Le mercredi 23 février 1910 j'étais occupée à nettoyer des fenêtres, quand vers 4 heures, le soir, la pensée me vint d'aider ma soeur Marie-Madeleine, la cuisinière, à remplir la bouilloire du fourneau. Cela me coûtait beaucoup de me déranger de mon travail, mais ma petite soeur Thérèse, que j'ai pris l'habitude d'appeler sans cesse à mon secours, m'inspirait de le faire. Je descendis donc promptement. Ma soeur Marie-Madeleine me dit: « Prenez d'abord tout le peu d'eau chaude qui reste encore dans la bouilloire et ensuite nous la remplirons »; je fis ce qu'elle me disait jusqu'à ce que la bouilloire fût entièrement vide. Alors ma soeur Marie-Madeleine me dit: « C'est bien, remplissons-la d'eau froide maintenant. Je vais à la pompe remplir cette cruche (qu'elle tenait à la main), pendant ce temps-là vous al-[1121v]lez verser dans la bouilloire cette autre cruche qui est déjà pleine.» Je la versai donc toute entière, et la reportai vide à ma soeur Ma-

 

CO-TÉMOIN 2 D'OFFICE: Jeanne-Marie de l'Enfant-Jésus O.C.D.

 

rie-Madeleine. Je pris alors la seconde cruche qu'elle venait de pomper et la portai pour la verser dans la bouilloire; mais, en m'approchant, je vis que la bouilloire était toute pleine. Je dis alors à ma compagne: « Mais venez donc voir! la bouilloire contient quatre cruches d'eau, je n'en ai versé qu'une, et elle est pleine! Qu'est-ce que cela veut dire?... Mais je n'y comprends rien!... l'avez-vous donc remplie?....» Elle me répondit: « Mais j'arrive! vous voyez bien! Je n'ai fait que pomper une seule cruche! mais c'est extraordinaire!.» « Le bon Dieu - nous disions-nous - a envoyé un ange, et cet ange-là, c'est notre chère petite Thérèse. Elle aimait tant la charité! Nous voulions nous entraider charitablement; notre petite soeur du ciel a tout fait.»

 

[1122r] [Est ainsi terminé l'interrogatoire de ce co-témoin. Lecture des Actes est donnée. Le co-témoin n'y apporte aucune modification et signe comme suit]:

J'ai déposé comme ci-dessus selon la vérité, je le ratifie et je le confirme.

Signé: Soeur JEANNE-MARIE DE L'ENFANT JÉSUS, r.c.i.