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Sr Geneviève (Céline) à Sr Françoise Thérèse - 13 mai 1900

 

Sr Geneviève de le Ste Face à sa sœur Françoise Thérèse

+ Jésus J.M .J.T. 13 Mai 1900

 

Ma sœur chérie,

 

C'est aujourd’hui, anniversaire de ma première communion, que j'ai la joie de te féliciter d'être reçue à la Ste Profession.

Je sais maintenant ce que c'est difficile, autrefois dans le monde je regardais cela comme un rien et il me semblait qu'une postulante ou novice une fois entrée au couvent étaient toujours reçues. A présent je constate que les Chapitres effraient bien les pauvres novices et sont bien effrayants en effet. Donc, ma Léonie, je te félicite. C'est toi qui es la dernière de la famille te consacrant à Jésus d'une façon irrévocable, aussi pour toi il a fallu un miracle de grâces. Notre Thérèse l'a opéré ce miracle, elle n'avait pas dit en vain le jour de sa profession : "Si Léonie n'a pas la vocation eh bien, mon Dieu vous êtes tout-puissant, faites un miracle donnez-la lui!" N.S. n'avait pas alors jugé bon de l'exaucer il voulait que ce miracle s'opère par ses petites mains chéries, aussi le démon est bien attrapé. Il a voulu pour ainsi dire entraver le bon Dieu et lui donner un démenti et voilà qu'il est vaincu par une enfant, c'est bien fait le voilà tout à fait humilié.

Petite sœur chérie, nous voici donc toutes à Jésus, un pas encore et ce sera le Ciel. Mais avant il faut lutter il faut combattre il faut sauver les âmes N.S. m'a encore montré qu'il voulait cela de moi dans une circonstance tout à fait incroyable et symbolique. Tu te souviens de l'histoire de la petite hirondelle emportée par un épervier, cela se passait le 6 Août jour de ma fête alors que j'avais demandé à ma Thérèse de me faire un petit cadeau, comme du reste elle n'y manque jamais. Cet incident arrivé au soir de ma fête, quoique si triste avait été pour moi un pas dans la ferveur et le zèle des âmes. Cette année le 28 avril arrivée au soir de mon anniversaire je me plaignais de n'avoir rien reçu, lorsque pendant la récréation on me demande un service qui me coûtait beaucoup. Il me fallait passer devant la sacristie, théâtre pour moi en ce moment-là de beaucoup de combats, j'y souffrais beaucoup et je pratiquais la vertu de mon mieux me demandant toutefois si je faisais plaisir à Jésus, s'il était content de moi et si je sauvais les âmes avec mes petites victoires. Je dis donc que je m'apprêtais à passer sous les fenêtres de la sacristie, car c'était mon chemin, lorsque j'entendis des cris déchirants d'oiseaux, je lève les yeux qu'est-ce ce que j'aperçois ! un énorme oiseau de proie qui tenait dans ses serres une belle grive, un merle était là gisant à terre. Je poursuivais l'animal que j'avais épouvanté par ma présence, il volait tout autour de moi sous le cloître ; ne sachant comment lui faire lâcher sa proie, j'attrape notre mouchoir et le poursuit en l'agitant enfin il est si effrayé qu'il laisse partir le pauvre oiseau qui s'envole à tire d'ailes. J'étais bien émue, encore très triste. Mais Jésus daigna m'éclairer intérieurement, pendant plusieurs jours je fus inondée de lumière à ce sujet, c'était bien encore mon cadeau d'anniversaire. (Il faut que je te dise que jamais pareille chose ne s'était vue au Carmel.) J'ai donc pensé qu'il n'était pas nécessaire d'être de grandes âmes et d’avoir des armes très puissantes pour arracher au démon ses proies, le plus petit acte de renoncement intérieur suffit, le plus léger sacrifice, ils peuvent être comparés aux coups de mouchoir que j'ai donné, c'est toujours l'histoire du petit David avec le géant Goliath. L’oiseau blessé à mort peut signifier l'âme en état de péché mortel et l'autre une âme innocente que le démon va faire tomber mais des 2 exemples qui m'ont été mis sous les yeux, aucune victime n'a été la pâture du vautour cela veut dire que nos petites victoires convertissent et sauvent de la damnation éternelle toutes les âmes, tous les genres de pécheurs depuis les plus petits jusqu'au plus grands.

Je te quitte, sœur chérie, ah ! prie, afin que le zèle et l'amour consument bien vite mon coeur.

Je t'aime plus que je ne saurais le dire. Je me hâte car il est l'heure de Matines.

Ta petite Geneviève

r.c.i.

 

Je n'oublierai pas tes intentions et celles de tes vénérées Mères que j'aime, le bon Dieu saura bien accomplir sa volonté. Nous avons trouvé cela remarquable que cette scène se passe en face de la fenêtre de la sacristie sous le cloître juste dans l'arène de mes combats.