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Sr Geneviève (Céline) à Sr Françoise Thérèse - 23 mars 1913

 

Sr Geneviève de la Ste Face à sa sœur Françoise Thérèse

+ Jésus                                                               Pâques 23 Mars 1913

                                                                                                             Ma petite sœur chérie,

 

Voilà donc encore un carême de passé, une fête de Pâques de plus que nous avons vue sur la terre, et "de Pâques en Pâques nous arriverons à la Pâque éternelle" qui n'a plus de couchant.

Cette nuit je n'ai pu dormir, aussi je me suis trouvée toute prête pour le réveil de 3 h. moins 1/4 et j'ai été Madeleine, car je suis arrivée la Ière au Chœur. Pendant mon insomnie je pensais à la Ste Vierge qui, elle aussi, n'a pas dû dormir cette nuit là attendant son bien aimé Jésus. Je pensais aussi à une petite chose qui m'est arrivée hier soir, laquelle m'a beaucoup frappée.

Je faisais la grande parure dans l'oratoire de la Ste Vierge auprès de la cellule de Thérèse. Il y a là sur deux colonnes des Anges porte-lumières. J'arrangeais, montée sur une chaise, les bougies des candélabres dont les branches étaient toutes de travers, car ils sont assez faibles de monture et il faut un coup de pouce presque à chaque fois pour les redresser. J'avais encore une bougie la pire à arranger quand complies ont sonné. Je tenais la bougie, la branche dorée était dans mes mains, ce n'était pas long, puis j'avais tant d'ouvrage après, cela me ferait quelque chose sur l'esprit, j'oublierais peut être. Enfin, je trouvais mille raisons d'en finir quand je me dis: eh bien non! je vais faire le sacrifice au bon Dieu de cette satisfaction puis c'est plus régulier... Je saute de ma chaise que je laisse là pour y penser plus tard. O surprise! mais voilà que lorsque je rentrai dans l'oratoire je vis la bougie redressée!... Je ne pouvais en croire mes yeux, tiens voici sa position. [dessins à l'appui !]

La branche dorée était écartée de la tige du milieu, la bougie droite comme un fil à plomb, seule la petite culasse dans laquelle entre la bougie est restée penchée parce que c'est la vis qui est ainsi. Notre Mère veut que je garde cette bougie, elle dit que c'est Thérèse qui l'a remise et moi j'ai pris ma résolution d'être encore plus fidèle à la régularité puisque le bon Dieu la récompense ainsi. Sans doute que ces petites choses lui sont très agréables. Cela me frappe aussi de voir que nous vivons à ce point dans le monde surnaturel, que nos moindres actes sont vus et connus, qu'on y prend intérêt dans un autre monde... O ma petite Léonie, comme je vais m'appliquer à ne rien laisser échapper de petits sacrifices et cela pour vivre d’amour afin de mériter de mourir d'amour...

On a été aux preuves comme quoi personne n'avait touché à mon oratoire.

Maintenant j'ai à te dire, petite sœur, que malgré la grande envie que nous en avions on ne peut te procurer de clichés pour ta lanterne parce que ce n'est pas du tout les mêmes dimensions que la nôtre. Et Ninette? vous l'avez vue? Il parait qu'ayant été plusieurs jours à l'avance à l'Abbaye de Solesmes (île de Wight) où elle devait entrer, elle a fait des réflexions aux tourières, de petites critiques sur ceci et cela et la chère Abbesse ne voulant pas recevoir une informatrice a retiré sa parole. : Pauvre Ninette! et pauvre Père Prévost !

Je t'embrasse petite sœur chérie, mon respect à tes bonnes Mères. Ta petite sœur qui te chérit

Sr Geneviève de Ste Thérèse

r.c.i.