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Sr Marie du Sacré Coeur à Sr Françoise Thérèse - 15 avril 1922

 Sœur Marie du Sacré Cœur à Sr Françoise Thérèse                                          

+ Jésus                                                                                    Samedi 15 Avril 1922

 Ma petite sœur chérie,

Voici encore une nouvelle Pâques que nous fêtons sur la terre, celle du Ciel approche c'est très certain. A notre âge la vie est presque finie mais la vraie vie qui ne finira jamais nous attend !...

Je commence par te remercier de ta gentille relation du Monastère de Paris. Ne t'inquiète pas, ma petite sœur, nous ne manquons de rien, ni comme nourriture, ni comme vêtement, une seule chose me manque à moi, c'est la vertu. Ah ! quand je pense à tout ce que le bon Dieu a fait pour nous, pour moi puisque tout ce qu'il a fait c'est pour chaque âme en particulier! et je suis si peu généreuse !

Tu demandes comment sera la couronne de la Bienheureuse ! dans sa châsse, une couronne de roses blanches légèrement teintées en mousseline ou en soie. Les pieds seront nus.

Ne t'inquiète pas pour le Crucifix de notre Mère. Elle en a un autre. Celui-ci elle ne le portait plus, il me semble.

Ma petite sœur, que te dirai-je de nouveau. La vie me coûte beaucoup parfois, on espère toujours un peu de repos et de tranquillité, et puis comme il faut remettre un peu notre monastère propre pour la béatification, nous sommes toujours avec des ouvriers dans la maison, le voile baissé sous les cloîtres de peur de les rencontrer, ne pouvant aller au jardin sans tierce etc. Les jardiniers vont venir cette semaine renouveler le gazon du préau, les peintres vont venir à leur tour blanchir nos cellules avec une espèce de chaux qui ne fait pas mal, mais qui nous a obligées de déserter pour leur laisser la place. Tout le dortoir de notre Mère est désert. Trois couchent du côté de la roberie deux à l'infirmerie, Sr Geneviève m'a donné sa cellule et est partie dans celle de notre petite sainte. Enfin nous sommes campées encore pour quelques jours à droite et à gauche.

Adieu, ma petite sœur chérie, je vois bien que le meilleur moyen de donner la paix c'est de s'exercer à la patience et de souffrir pour le bon Dieu tout ce qui se rencontre de fâcheux sur notre chemin.

Je t'embrasse bien tendrement.

Ton aînée

Sr. M. du S. C.

r.c.i..