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De Mme Martin à Mme Guérin CF 126 - 24 décembre 1874.

 

Lettre de Mme Martin CF 126

 

A Mme Guérin

24 décembre 1874.

J'ai reçu hier la caisse contenant toutes les belles et bonnes choses que vous m'annonciez. Vraiment, vous méritez d'être grondée. Vous n'y pensez pas ! envoyer des étrennes pour cinq enfants, et toutes choses chères; et encore, vous ne vous contentez pas de cela, vous m'en envoyez à moi aussi, ce n'est pas raisonnable.

Enfin, maintenant que je vous ai grondée, il faut que je me décide à vous remercier. Je commence par vous dire que vous êtes trop bonne pour nous, que je vous suis, malgré ma contrariété, bien reconnaissante et vous aime de tout mon cœur.

Vous avez toujours rendu Thérèse et Céline bien heureuses. Quand leur père a déballé les jouets, j'aurais voulu que vous voyiez Thérèse ! On lui avait dit: « I1 y a de beaux jouets là‑dedans, que la tante de Lisieux envoie ».Elle battait des mains ! J'appuyais sur la caisse pour aider mon mari à l'ouvrir, elle jetait des petits cris angoissés en me disant:  « Maman, tu vas casser mes beaux jouets ! » Elle me tirait par ma robe pour me faire cesser. Mais quand elle a vu sa jolie petite maison, elle est restée muette de plaisir.

Céline a été aussi enchantée; elle s'amusera beaucoup avec son jeu de cubes, mais elle n'est pas contente quand sa petite sœur lui abîme ses jouets, ce qui l'oblige à les ramasser. Elle a un soin de ses affaires comme on le voit chez peu d'enfants, et elle préfère ne pas s'en servir que de les exposer à être brisés. Léonie est aussi fort satisfaite de son chapelet, qui est très beau.

Puisque vous vouliez donner des étrennes à Marie et à Pauline, vous ne pouviez mieux choisir pour leur faire plaisir, car combien de fois ne m'ont‑elles pas dit qu'elles désiraient un sac de voyage, que toutes leurs compagnes en avaient, excepté elles. Je les laissais dire, car je n'achète que les choses nécessaires, et comme elles pouvaient s'en passer, je ne jugeais pas à propos de les contenter; mais je vois d'ici leur bonheur. Pour mes étrennes à moi, je vous remercie mille fois, tout en regrettant sincèrement que vous ayez fait cette dépense; il aurait bien mieux valu garder cette belle dinde pour vous, qui êtes si nombreux.

Pardonnez‑moi si je vous dis cela, mais je ne veux pas que vous recommenciez l'année prochaine. On trouve des dindes à Alençon, aussi facilement que des oies, c'est un pays de cocagne, il y a de tout. Pour votre peine d'avoir fait cela, je vous envoie deux oies. Je regrette que vous ne puissiez recevoir la caisse assez tôt pour en mettre une à la broche, le jour de Noël; par ce temps de neige, les trains sont en retard.

Je termine en vous souhaitant un bon inventaire; je vou­drais bien avoir de consolantes nouvelles à ce sujet.

Je vous embrasse tous avec affection.

Votre sœur dévouée et affectionnée.