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De sœur Marie‑Dosithée à M. et Mme Guérin - 25‑28 décembre 1874.

De sœur Marie‑Dosithée à M. et Mme Guérin. 25‑28 déc. 1874.

V. + J.

De notre Mère du Mans

                                                                   le 28 décembre 1874

[2v°]                      Mon cher Frère et ma chère Sœur,

J'ai reçu votre lettre trop tard pour y répondre (dans nombre de monastères, on n'écrivait pas pendant l'Avent). Ma chère sœur, mais je n'avais rien d'intéressant à vous dire, ma santé étant toujours très bonne et ma vie fort uniforme, un jour ressemblant parfaitement à celui qui le suit ne donne pas un sujet varié ni même intéressant, quoique je sache fort bien que votre affection pour ma chétive personne vous fait trouver plaisir à tout ce qui vient de moi ! Et vous comment vous portez-vous ? Isidore est-il tout à fait remis ? Je le pense d'après les dernières nouvelles que j'en ai reçues, je vous avoue que je n’ai pas été sans inquiétude, je m'imaginais que cela tournerait mal, mais grâce à Dieu je me suis trom­pée, J'espère que le Seigneur le conservera, il n'a pas encore assez travaillé pour sa gloire, et sa perfection n'est pas faite, quoiqu'il y travaille et avec raison, puisque la vie ne nous est donnée que pour cela; aussi j'éprouve une peine extrême lorsque je vois tant de personnes se détourner de leur voie et ne s'attacher qu'à ce qui passe.

J'attends avec impatience des nouvelles de votre station de l'Avent; a‑t‑elle porté beaucoup [3r°] de fruits? Monsieur Fournet surtout m'inté­resse beaucoup; notre bonne Mère l'a recommandé aux prières de la communauté. J'espère chère sœur que vous aurez bientôt la consolation de le voir revenir ; le Seigneur ne refusera pas d'exaucer des désirs si justes, continuez de prier et ne vous lassez pas, la persévérance obtient tout.

Vous avez bien du bonheur avec vos enfants, voyez donc cette petite Jeanne comme elle se développe et promet pour l'avenir, j’aime cette ardeur qu'elle montre pour l'étude c'est bon signe; je crois que vous la formerez facilement à la vertu et qu'elle vous donnera de la satisfaction quand elle sera grande; elle a un si excellent cœur que vous pourrez en faire ce que vous voudrez avec la grâce de Dieu et la bonne direction des dames Bénédictines. Je suis enchantée qu'elle leur soit confiée et qu'elle s’y plaise.

Que vous dirai-je de mes deux petites filles ? (Marie et Pauline pensionnaires). J’en suis contente, ce sont de bonnes natures, de bons cœurs qui ont bien le désir de faire plaisir à leur tante et qui l'aiment bien; elles n'ont pas affaire à une ingrate car je les aime certainement plus qu'elles ne m'aiment; c'est pour cela que je les [3v°] voudrais sans défauts ce qui n’est pas ! Enfin il ne faut pas être trop exigeante mais attendre patiemment. Elles vont aller en vacances elles sont bien heureuses de revoir leurs parents, leurs petites sœurs; elles vont trouver Thérèse grandie, tout cela leur fait grand plaisir.

            Il fait bien froid ici, cependant ma santé est très bonne, je tousse même moins que l'été dernier, on me fait encore prendre bien des précautions; ainsi je n'ai pas eu la permission d'aller à la messe de minuit ; depuis que je suis au couvent je n'y ai pas été bien des fois (je paie le bonheur que j'avais d'y aller si jeune) cependant on me laisse plus de liberté de circuler que les autres années.

            J'attends de vos nouvelles prochainement; dites-moi bien tout, comment vous vous portez et les enfants vont-elles bien ? Enfin vos petites joies et tristesses, je partage tout, rien n'est de trop, tout m'intéresse ! Je confie tout cela au Sacré-Cœur qui est mon refuge dans toutes les difficultés, cela fait je reste en paix.

            Il ne me reste maintenant qu'à vous offrir mes vœux pour l'année qui va commencer.

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