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De Marie à Pauline - 1er décembre 1880.

De Marie à Pauline. 1er décembre 1880.

 

Lisieux 1er décembre 1880

Ma chère Pauline,

J'ai été bien heureuse de recevoir de tes nouvelles, de voir que tu as été accueillie à bras ouverts dans ton cher Alençon et j'espère qu'au Mans il en a été de même.   En voyant arriver ta lettre ce matin je me suis figuré que tu m'avais écrit à ton retour du Mans je m'attendais donc à trouver aussi des nouvelles de ce voyage tant désiré mais ce sera pour plus tard, tu me raconteras tout cela de vive voix. Je m'en réjouis d'avance... Que de choses tu auras à me dire : Nous passerons encore bien du temps le soir à bavarder et c'est ce qui me désole car cela te donne la migraine. Pourtant c'est bien le moment le plus agréable de la journée pour causer [l v°] à notre aise ; nous sommes si tranquilles toutes deux et nous nous entendons si bien. Va, cela me semble drôle le soir surtout de ne pas t'avoir car pour le reste du temps je suis chez ma tante comme tu le sais, et cela me dis­trait un peu et m'empêche de penser que je suis sans toi.

Rien de nouveau aux Buissonnets sinon que Victoire ne devient pas brave. C'est risible de la voir barricader et verrouiller ses portes tous les soirs. Enfin nous prenons toutes deux tant de précautions contre les voleurs et les brigands*.... que nous avons changé les petites filles de chambre afin qu'elles soient plus en sûreté b et qu'on puisse aussi fermer leur porte à clef. On les a donc mises dans la chambre de papa à leur grande joie.

Voilà Marie Guérin qui arrive derrière mon dos, je crois que je ne vais pas être trop tranquille à présent avec ce petit furet à mes côtés. Elle revient de l'Abbaye, et comme c'est grand jeudi demain je suis obligée ce soir d'attendre Léonie jusqu'à 7 heures.d Ainsi je t'écris assise au bureau de la droguerie au milieu d'un va et vient continuel.

Comme c'est gd jeudi [2 r°] demain, je suis obligée ce soir d'attendre Léonie jusqu'à 7 heures. Ainsi je t'écris assise au bureau de la dro­guerie au milieu d'un va et vient continuel.

J'ai été hier au chant : Mr Ducellier est venu nous entendre pendant qq. instants et comme il s'apercevait que tu n'étais pas là il m'a demandé si tu avais la migraine. Je lui ai dit que tu étais en voyage alors il s'est remis de sa distraction et a répondu : « Ah ! oui c'est vrai... alors elle n'est pas malade. » Puis il a convoqué les dignitaires à se réunir dimanche après les vêpres à la sacristie. Tâche de ne pas manquer ton coup cette fois ! Il y aura encore répétition ven­dredi et deux jours aussi la semaine prochaine.

La neuvaine qui devait se faire à la chapelle de Lourdes n'aura pas lieu : tout le monde a des empêchements, les unes choisissent une heure, les autres une autre. Melle Guyon ne pouvait [2v°] aller qu'à la tombée de la nuit ; ces demoiselles Primois proposaient de la faire pendant la matinée, moi je demandais vers 2 heures. Bref personne ne s'étant entendu on a convenu à l'unanimité de l'impossibilité de l'entreprise (Ces répétitions et réunions préparent sans doute la fête du 12 décembre, pour la réception d'Enfants de Marie à la paroisse Saint-Pierre. Quoique déjà affiliées à l'association à la Visitation du Mans, depuis le 2 juillet 1874 et le 2 février 1877, Marie et Pauline se font inscrire à nouveau à Lisieux).

Il est temps que je te quitte ma chère petite Pauline, car Léonie va arriver tout de suite : pardonne moi ce griffonnage, il n'y a pas une demi heure que je suis à t'écrire et Thérèse me dérange sou­vent pour sa lettre. Elle a voulu à tout prix t'envoyer un petit mot ; voilà au mois 3/4 d'heure qu’elle tracasse cette pauvre tante pour avoir du papier.

N'oublie pas de dire bien des choses de ma part à cette bonne demoiselle Pauline et à Mr Vital ; fais aussi bien des amitiés pour moi à ces demoiselles Charpentier. Embrasse papa bien tendrement et dis lui qu'il me rapporte ses draps qui sont au pavillon pour qu'on les fasse blan­chir.

Ma tante m'a dit de t'embrasser une fois sur la lère page, une fois sur la seconde, une fois sur la troisième et une fois sur la qua­trième (tv) mais comme je n'aurais pas la patience de m'interrompre au

milieu de chaque page je te fais sa commission tout en bloc. Elle te dit aussi de ne revenir que samedi parce qu'elle compte encore nous avoir toute la journée de vendredi ce qui ne se pourrait si tu étais là. Pourtant ne reste pas à Alençon tout à fait cela nous attraperait trop.

Céline t'embrasse de tout son coeur et moi ma chère petite soeur je t'embrasse autant à moi seule que tous tes parents et amis réunis car je t'aime, je t'aime plus tendrement que je ne saurais te le dire.

Ta petite soeur qui t'attend avec gde impatience

Marie

Mme Maudelonde va toujours de même, mon oncle se porte bien cette semaine, il est même assez gai pendant les repas, surtout il fait trente-­six malices à cette pauvre Thérèse.

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