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Dernière année de vie de Thérèse - page 2

 

fusain-Appel LT 1897

Janvier 1897

Le samedi 2 janvier notre héroïne a 24 ans ; elle est consciente de la brièveté de sa vie. Elle dira bientôt à Mère Agnès: "Hélas! comme j’ai peu vécu!"  (Carnet jaune au 11 juillet, 5).  Coïncidant malheureusement avec son anniversaire, le Dr de Cornière en visite prescrit un vésicatoire camphré de 12 cm. On voit ici son ordonnance, et on imagine la longue journée à attendre 12 heures en cellule qu’il fasse son effet.

vesicatoire-du-2-janvier 

Le 9 janvier, Thérèse reçoit un très beau secours du Ciel. C’est le jour où Sr Thérèse de St Augustin lui parle du rêve qu’elle vient de faire et qui sera si aidant pour la malade. Ecoutons soeur Thérèse de St-Augustin, âgée alors de 40 ans mais qui sait bien rejoindre sa jeune consoeur:

[Le 9 janvier], aussitôt que je pus lui parler je lui dis :
—       J'ai une bonne nouvelle à vous apprendre, pour vous, car pour nous elle n'est pas gaie. Oui, je crois que vous mourrez cette année.
—       Est-ce possible que j'aie un si grand bonheur ! Mais comment le savez-vous, est-ce bien sûr ?
Je lui racontai un résumé. Le 8 janvier 1897, je me trouvais seule dans le dortoir, vers 11 heures et demie du matin, lorsque j'entendis au-dessus de ma tête comme le craquement de poutres qui se démolissaient. Je compris aussitôt que le bruit était surnaturel et que la mort viendrait nous visiter dans l'année. Superstition !
Mais quelle serait sa victime ? C'est le secret qui me restait caché et que je ne désirais pas pénétrer. Le reste de la journée je n'y pensai plus et le soir je m'endormis sans en avoir le plus léger souvenir. Mais je rêvai à Sr Thérèse et le lendemain à mon réveil je compris tout. C'était l'explication du bruit que j'avais entendu la veille. Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus devait mourir dans l'année. Ce fut un coup terrible pour mon cœur.
Je dis à Thérèse : la preuve que vous allez mourir cette année, c’est que dans mon rêve vous avez été nommée.
—       Quel bonheur ! dit-elle, mon nom a été prononcé.

Je ne puis rendre l'expression de joie qui brillait dans ses yeux ; elle désirait ardemment tout savoir [de mon rêve] et moi pour lui être agréable je désirais le lui dire, mais afin de nous mortifier l'une et l'autre nous résolûmes d'attendre un jour de licence et trois semaines se passèrent sans en dire un seul mot. (Souvenirs d'une sainte amitié n°12)

C’est-à-dire jusqu’au 2 février.

Ce 9 janvier Thérèse apprend donc qu’elle va mourir dans l’année, car pour elle, ce songe prémonitoire d'une soeur avec laquelle elle a tant investi pour créer des liens, constitue une réalité. Elle réagit en commençant à envisager concrètement sa mort, en l'élaborant dans une lettre à Agnès de Jésus écrite le jour même LT-216. C’est la première allusion écrite à sa mort :

« J’espère aller bientôt là-haut, puisque s’il y a un ciel il est pour moi. »

Si on observe l'original de LT-216, on voit que la deuxième partie de la phrase puisque s'il y a un ciel il est pour moi a été grattée; cela fait partie du mystère familial des retouches! Cette phrase a heureusement été grattée sur la lettre après la Copie des écrits faite pour le Procès des écrits en 1910. Sans doute parce que la destinataire trouvait incorrect d'exprimer par écrit un doute sur l'existence du ciel. Mais Thérèse continue librement sur le même thème le 21 janvier pour la fête de Mère Agnès, en rédigeant la poésie PN 45 Ma joie, qu’elle conclut ainsi  « Que me font la mort ou la vie ! », avec un élan graphique enthousiaste sur le brouillon.
PN-45 detail

Le 27 janvier Thérèse écrit au Frère Siméon. Le bon vieux Frère est malade et on craint pour sa vie. Thérèse continue à exploiter sa certitude de sa mort prochaine avec LT 218: elle écrit: "Je crois que ma course ici-bas ne sera pas longue."  

Le 30 janvier le ciel tremble un peu à Lisieux, car c’est au tour du journal Le Normand de publier ses interrogations sur Diana Vaughan, alias Léo Taxil. Tout Lisieux est donc informé qu'une commission romaine a été créée en décembre, dirigée par Mgr Lazzareschi, qui a conclu en s’interrogeant sur la réalité de Diana. M. Guérin est-il venu au parloir en discuter avec Mère Agnès?

Février 1897

053-refectoireLe 2 février est un jour spécial, apportant à la fois une grande peine et une grande joie. La peine est liée à l’anniversaire de l’exécution de Théophane Vénard. Thérèse a demandé au Bon Dieu une grosse peine à lui offrir car elle aime beaucoup ce jeune saint; elle vient même de composer une poésie pour lui PN-47 "A Théophane VENARD". La demande d’une grosse peine est accordée : elle casse malencontreusement une des vitres du guichet de service au réfectoire, ce qui désole cette carmélite si respectueuse de la pauvreté. Le guichet se trouvait à droite de l'escalier qu'on voit sur la photo ci-contre. Cela nous informe que Thérèse est probablement encore serveuse au réfectoire - la tâche implique de soulever un large plateau contenant de 6 à 8 plats avec les portions des soeurs et de les servir aux tables, tout autour du réfectoire. On recommence jusqu'à trois tours, car la serveuse opère toute seule.

Que Thérèse soit peut-être serveuse en février, malgré son délabrement physique, témoignerait de l'aveuglement de la communauté sur sa santé, malgré le résultat de la neuvaine de novembre faite pour savoir si on pouvait l'envoyer à Saigon.

Mais le 2 février est aussi et surtout un jour de grande joie, car c’est jour de licence avec la fête de la Présentation de Jésus au Temple. Les soeurs peuvent parler entre elles en toute simplicité, sans demander de permission. Thérèse s'entretient donc avec Thérèse de St Augustin, comme le raconte cette dernière dans ses Souvenirs d'une sainte amitié

"Enfin le jour tant désiré arriva, et je commençai mon récit.

 « Le [soir de ce] 8 janvier 1897… pendant la nuit je me trouvai en songe dans un appartement très grand et sombre. J'étais seule. J'entendis distinctement ces paroles : « Monsieur Martin demande sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus. » Je ne sais qui parlait, je ne voyais personne. A ce moment j'eus comme une impression que dans un endroit plus sombre que celui où j'étais, on préparait la petite Reine à rejoindre son Père chéri. Que lui faisait-on ? Je l'ignore, mais j'entendis une voix qui disait : « Il faut qu'elle soit très belle pour aller avec Monsieur Martin. » Pendant ce temps, je vis devant moi une porte ouverte et malgré qu'elle fût ouverte, elle était extrêmement noire, pas le plus petit rayon de lumière. Dans ce noir était Monsieur Martin que je ne distinguai pas, je vis seulement de la gaze rouge et de l'or depuis les épaules jusqu'à la ceinture. Je me trouvai ensuite de l'autre côté de cette porte si noire, mais là tout était lumineux. C'était un soleil éclatant. Je passai sans l'apercevoir devant Monsieur Martin qui était assis, ayant auprès de lui sa petite Reine que je ne vis pas, je distinguai très bien un pan de sa robe blanche... »

Pendant que Thérèse m'écoutait, je remarquais sur sa physionomie un bonheur extraordinaire ; quand j'eus fini, elle me dit :

—       Que c'est beau ! Ce n'est pas un rêve, c'est un songe et c'est pour moi que vous l'avez eu, ce n'est pas pour vous. J'aime mieux que vous l'ayez eu préférablement à moi, j'y crois davantage.
—       Mais pourquoi, lui dis-je, avez-vous l'air si heureux ?
—       Si vous saviez le bien que vous me faites ; est-ce que je ne vous ai pas parlé de l'état de mon âme ?
—       Non, je ne sais rien.
—       Comment se fait-il que je ne vous aie rien dit ? Mais j'y vois une permission du bon Dieu et je préfère maintenant que vous ne l'ayez pas su, ce que vous me dites me fait plus de bien. Puisque le bon Dieu vous l'a fait connaître, je vais aussi vous en parler. Je ne crois pas à la vie éternelle, il me semble qu'après cette vie mortelle il n'y a plus rien. Je ne puis vous exprimer les ténèbres dans lesquelles je suis plongée. Ce que vous venez de me raconter est exactement l'état de mon âme. La préparation qu'on me fait et surtout la porte noire est si bien l'image de ce qui se passe en moi. Vous n'avez vu que du rouge dans cette porte si sombre, c'est-à-dire que tout a disparu pour moi et qu'il ne me reste plus que l'amour."

C’est la psychanalyste Claude Bourreille qui analyse dans son livre sur Thérèse cette « nuit du ciel » pourrait-on dire (in: De Thérèse Martin à Thérèse de Lisieux, devenir soi). L’imaginaire de Thérèse ayant été nourri depuis l’enfance par une abondance de représentations du ciel, c’est justement sur cet imaginaire céleste très chargé depuis des années que portent les tentations. Chargé avec les images qu’elle a longuement contemplées, d’après son propre aveu. Le lieu de Dieu, pourrait-on dire, n’est pas objet de représentation.

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On voit sur la photo ci-dessous quelques-unes des images de Thérèse qui représentent le ciel.  Voir ici sa collection gardée depuis l'enfance.

le ciel

Le 8 février, c'est le Jubilé d’or de Sr St Stanislas. Thérèse et elle s’aiment bien : Thérèse a été son assistante à la sacristie pendant deux ans (du 10 février 1891 au 20 février 1893). St Stanislas l’appelle ma petite fille. Thérèse l’a vue travailler à l’infirmerie avec des soeurs malades : «Elle panse les plaies avec tant de douceur! Je la vois choisir les linges les plus fins, et elle les applique avec une main de velours. » Alors avec affection, Thérèse compose pour elle une pièce de théâtre à l’occasion de son jubilé sur le saint honoré par son nom de religieuse: "Stanislas KOSTKA". Ce sera la dernière pièce de Thérèse, RP 8, et forte des évènements de ce mois, elle y décrit pour la 1ère fois son avenir tel qu’elle l’envisage, à travers le personnage de St Stanislas : revenir sur la terre pour faire du bien aux âmes après ma mort.

063-RP-8-folio-6-rv

À 7 mois de son décès, la communauté a-t-elle décodé que dans cette pièce, Thérèse pressentait son propre avenir ?...

Le 24 février, elle écrit longuement à l'abbé Bellière en élaborant sur le même thème, en LT-220, où elle lui partage sa certitude de la mort depuis la révélation du songe de Thérèse de St Augustin : "J’en ai l’espoir mon exil sera court !" écrit-elle. Ensuite, grâce au travail d'élaboration fait sur la mort dans sa pièce de théâtre sur St Stanislas RP-8, elle peut formuler à l'abbé quelque chose d'inédit, son désir de revenir sur terre pour y sauver des âmes : «... si Jésus réalise mes pressentiments… notre union loin d'être brisée deviendra plus intime, alors il n'y aura plus de clôture, plus de grilles et mon âme pourra voler avec vous dans les lointaines missions!"

Mars 1897

Thérèse garde bien en tête cette idée de revenir sur terre, elle doit y repenser souvent car du 4 au 12 mars elle fait la neuvaine de la grâce: c’est une neuvaine réputée infaillible à St François Xavier. La jeune carmélite ne se doute pas qu'elle lui sera un jour associée comme Patronne des missions!  Le feuillet de la neuvaine raconte au verso son histoire miraculeuse qui a dû enchanter Thérèse. Elle l’a faite, dit-elle à Marie du Sacré-Coeur, pour obtenir la grâce de "passer son ciel à faire du bien sur la terre". Le 19 mars 1897, elle confie à Marie :
   Je viens demander à St Joseph qu'il m'obtienne du bon Dieu la grâce de passer mon Ciel à faire du bien sur la terre."
   Je lui ai répondu : "Vous n'avez pas besoin de demander cela à St Joseph"!
   Mais elle m'a dit : "Oh ! mais si! j'ai besoin qu'il appuie ma demande. Elle venait de le demander aussi à St Fran­çois Xavier par la neuvaine de la grâce.»

Voilà qui développe encore plus profondément chez Thérèse l'intuition de son avenir. Elle continue dans la lettre au Père Roulland écrite ce même jour du 19 mars : LT-221.  Elle lui écrit son acceptation du réel en ce qui concerne Saigon : "Il faudrait que le fourreau soit aussi solide que l'épée..." indiquant son abandon de tout départ pour l'Indochine. Abandon qu’elle équilibre tout de suite avec son idée de travailler après sa mort :  «Je voudrais sauver des âmes et m'oublier pour elles ; je voudrais en sauver même après ma mort ! »

Marie-guerin-profession

Le Carême continue ; il a commencé le 3 mars et Mère Marie de Gonzague lui fait prendre du chocolat tous les jours. Mais Thérèse trouve que « c'est trop bon pour une Carmélite », et elle l'accompagne de gentiane - la racine de la gentiane au goût amer est employée pour ses vertus digestives. La discrète mortification de Thérèse est décou­verte par cette fine mouche de Marie de la Trinité.

Le 25 mars en la fête de l'Annonciation, c’est la Profession de Sr Marie de l'Eucharistie. La profession a lieu en privé au chapitre (photo où on voit le sol décoré pour une profession), et la prise de voile noir un peu plus tard en public, dans la chapelle du carmel. Pour Marie Guérin, femme un peu timide et douce, Thérèse a composé le surprenant poème Mes armes  PN-48. Elle utilise un extraordinaire vocabulaire de combat, qu'elle dessine en partie: 

mes armes

une armée rangée en bataille, un camp d'armée, l'arène, le fer et le feu, l'armure, le glaive, la cuirasse et le bouclier. J'ai des armes puissantes, je lutte vaillamment. Je veux aussi chanter en combattant. C'est par la violence que l'on ravit le royaume des Cieux: en chantant je mourrai, sur le champ de bataille, les Armes à la main !

Thérèse destine cette poésie à Marie Guérin, qui la chantera au chauffoir en soirée, et en profitera sûrement au cours des 8 années qu'il lui reste à vivre. Mais Thérèse sort ces mots du fond de son âme ; c'est son attitude profonde qu'elle décrit, la violence essentielle à la poursuite son combat personnel contre un corps délabré et la nuit toujours présente.

Avril 1897

Malgré le chocolat tout au long du carême, Thérèse est de plus en plus malade. Dès la fin de mars, elle est considérée par les sœurs comme gravement malade: toux, anorexie, indigestions, fièvre quotidienne. On se demande si les remèdes ne sont pas pires que le mal :

- frictions au gant de crin
- vésicatoires qui mettent l'épiderme à vif  
- sirop de limaces. Ce sirop est fait de bave de limaces - nombreuses au jardin - qu’on fait dégorger dans un sac de toile avec du gros sel. Disons que le lien est facile à faire avec les indigestions!

L’état physique de Thérèse devient si grave qu’en ce mois d'avril elle est dispensée des tâches ordinaires des carmélites. Elle n’est plus serveuse au réfectoire à son tour, elle ne participe plus à la lessive communautaire, ni à l’office au chœur. Plus de travail à la lingerie non plus, sauf un peu de couture pour Marie de St Joseph

Le 6 avril, Mère Agnès juge la situation inquiétante car elle commence ce qui deviendra le Carnet Jaune. Est-ce pour garder des "miettes de sagesse" de sa petite soeur?  Avec ce qu'on appelle les Derniers entretiens, constitué des notes prises principalement par Mère Agnès mais aussi par d'autres soeurs, on se retrouve à partir d’avril devant une multitude d’anecdotes et d’évènements – qui ont tous un poids égal: ils constituent chacun une simple entrée dans ces notes biographiques sur les derniers mois de Thérèse. Près de 900 entrées, soit 150 par mois, avec une moyenne de 5 par jour.

En relisant ces notes, on éprouve encore l'émotion créée par les peintres pointillistes contemporains de Thérèse. La juxtaposition de toutes petites touches de peinture, point par point, ne livre pas le sujet entier mais nous fait deviner sa vie. Par exemple, il n'y a pas d'entrée pour le 9 avril, anniversaire de l'entrée de Thérèse au Carmel il y a 9 ans. Qu’a-t-elle pensé, sachant sa mort prochaine ?

Le 18 avril est le jour de Pâques, et le lendemain, soit le lundi de Pâques 19 avril 1897, Léo Taxil donne enfin sa conférence de presse très attendue, dans la Grande Salle de la Société de Géographie, fondée en 1821 boulevard Saint-Germain à Paris. Il a promis de présenter enfin Diana Vaughan en personne.  Depuis quelques semaines, Thérèse suspecte quelque chose de louche car dans les récents numéros des Mémoires de Diana (n° du 10 janvier au 31 mars 1897) , qui sortent régulièrement et auxquels le Carmel a accès, la jeune femme a critiqué les évêques de la commission romaine qui mettent en doute son identité. Une telle critique conduit Thérèse à penser que "cela ne vient pas du Bon Dieu."

grande salle dela-societe de geographieEn ce lundi de Pâques, Taxil informe tous les journalistes présents  que Diana est une personne fictive. Aujourd’hui, le texte entier de sa conférence est sur internet, mais à l’époque, Le Normand la mentionne dans un entrefilet du 21 avril et c’est dans l’édition du 24 avril 1897 que la conférence est résumée pour les lecteurs et lectrices de Lisieux. Thérèse découvre qu'il y a des personnes qui ne font le mal que pour s’amuser.

Et, oh honte, elle y est associée. Léo Taxil avait annoncé que sa conférence serait accompagnée d’une séance de projection. On peut voir (à droite) sur ce dessin de la salle de conférence réalisé en 1885 la disposition de la salle et de l'écran pour les projections. Le Normand raconte que malgré les promesses de nombreuses projections, il n’y a eu qu’une seule photo sur le mur: l’apparition de Sainte Catherine à Jeanne d’Arc dans sa prison, provenant d’un couvent de carmélites ! Il s’agit de la photo n° 14 de Thérèse, que Mère Agnès lui avait suggéré d’envoyer à Diana au cours de l’été 1896, après l’avoir elle-même retouchée.  Et Diana avait même répondu à Thérèse...

Le lendemain 25 avril, c'est Céline qui écrit cette fois au Fr. Siméon quelques lignes reflétant sans doute la récréation de la veille au chauffoir : "La terre est si triste, on y voit tant de bassesses, tant de défections dans le monde que le dégoût s’empare de l’âme." (Lire ici la lettre intégrale). Thérèse fait-elle allusion à Taxil lorsqu'elle écrira un peu plus tard, dans cette phrase du Manuscrit C, folio 5v: "Il y a véritablement des âmes qui n’ont pas la foi." Mais ce même jour, elle écrit à l'abbé Bellière LT-224 en l'appelant pour la 1ère fois mon cher petit frère. Comme pour lui dire : vous, vous êtes vrai, vous êtes authentique, avec toutes vos faiblesses – contrairement à Taxil.

boule-merveilleuseLe 27 avril a lieu la pose d'un autre vésicatoire, juste avant l'anniversaire de Céline, qui aura 28 ans le 28 avril. C’est le début d’une nouvelle phase dans l’aggravation de la maladie de Thérèse. Madame Guérin le mentionne dans une lettre du même jour à sa fille Jeanne: "Thérèse est toujours très souffrante. Elle a eu son vésicatoire hier. Le Dr de Cornière la voit malade. Elle crache le sang le matin. Nous craignons que cela ne devienne bien grave."

Le Dr de Cornière fait acheter un petit instrument pour développer la capacité respiratoire de Thérèse: une boule merveilleuse – photo de gauche mais Thérèse n’a plus la force de s’en servir beaucoup.

Mai 1897

Le mois de mai, surtout vers la fin, sera marqué par de nouveaux abandons de la vie communautaire pour Thérèse : les récréations et le soin des novices. Deux domaines qui étaient bien stimulants pour elle, mais elle n’en peut plus. C’est l’époque où elle met une demi-heure à remonter dans sa cellule du dortoir St-Élie, dans l'escalier où elle s’assoit à chaque marche.

Mai 1897 est aussi le mois des dernières poésies, toutes composées sur demande. Des requêtes faites par des personnes qui ne réalisent pas que Thérèse est dans un immense état d'épuisement. La pire est certainement une ancienne prieure du premier carmel de Marie de la Trinité, rue de Messine à Paris (Mère Henriette). Thérèse compose pour elle Une rose effeuilléePN-51, cinq strophes terminées le 19 mai. Mais la Mère Henriette n'est pas contente et demande une strophe supplémentaire où on expliquerait que cette rose effeuillée sera reformée au ciel – elle n’a pas le goût de s’effeuiller pour toujours! Elle ne sait pas que ce ciel est justement le coeur du drame intérieur de Thérèse. Thérèse refuse d'ajouter une strophe en disant : « Que la bonne Mère fasse elle-même ce couplet… pour moi mon désir est d’être effeuillée à tout jamais pour réjouir le Bon Dieu." Conseil et souvenirs de Marie de la Trinité, n°53.

C'est l'époque de PN-53: "Seigneur, tu m'as choisie dès ma plus tendre enfance Et je puis m'appeler l'oeuvre de ton amour..." Un effort demandé encore par Marie de la Trinité, un peu inconsciente de ce qu’elle exige de Thérèse. Même chose pour PN-54, à la demande de Sr Marie du Sacré-Cœur: "Pourquoi je t'aime O Marie", où Thérèse met par écrit tout ce qu'elle a toujours rêvé d'exprimer sur la Ste Vierge en une laborieuse et patiente tâche d'écriture.

pointe de feuLe 23 mai, elle doit subir plusieurs séances de pointes de feu - c’est ce qu’on appelle l’ignipuncture. On utilise un cautère qui ressemble à l'objet tenu sur cette photo à droite. Il est chauffé sur un brasero, et on en utilise plusieurs en même temps, comme il est maintenu très peu de temps sur le corps du malade. C’est une technique de chaleur différente des vésicatoires.

Cette technique n'est pas propre au Dr de Cornière, car on soigne ainsi dans les autres carmels, comme nous le savons par les circulaires, ces courtes biographies rédigées à l'occasion du décès d'une sœur, et envoyées à tous les carmels. On les lisait au réfectoire, et Thérèse aimait bien les entendre. On apprend par les circulaires qu’une soeur du carmel de Dorat a eu des pointes de feu (décédée le 31 janvier 1889). Une autre de Libourne (12 mars 1897 bis.), etc. Marie du Sacré-Coeur elle-même en subira pour soigner ses hanches, et trouvera cela très efficace.

ordonnance-du 23mai 1897Céline témoigne au folio 380v du Procès de l'Ordinaire: "Je la vois encore, après une séance du médecin où on venait de lui faire plus de 500 pointes de feu sur le côté (c'est moi que les [ai] comptées), monter dans sa cellule et prendre son repos sur sa dure paillasse." Ce jour-là, la séance est si terrible que le Dr de Cornière ordonne de la morphine (voir à gauche photo de la page du cahier d'ordonnances).

La morphine est souvent utilisée sous forme de sel afin de faciliter son absorption par l'organisme dans les formes non injectables. Il existe deux sels, sulfate et chlorhydrate de morphine. L’aspect est une poudre cristalline blanche soluble dans l’eau. Ici de Cornière ordonne du sulfate. L’ordonnance a été signée par le pharmacien comme remplie. Hélas, six jours plus tard le 29 mai Thérèse subira des pointes de feu pour la seconde fois.

Mais la veille, le soir du 28 mai survient un incident magnifique. Sr St Jean Baptiste lui demande un peu d’aide pour une tâche urgente à l’emploi de peinture. Thérèse rouge d’émotion refuse énergiquement (méchamment, avoue-t-elle) et Mère Agnès, présente lors de l'entretien, proteste de l'état de santé de Thérèse. Ce qui nous vaut la belle lettre LT-230 où Thérèse raconte à Mère Agnès la suite de l'incident:

Et moi qui prêche si bien les autres !!! Je suis contente que vous ayez vu mon imperfection. Ah ! que cela me fait de bien d'avoir été méchante !... Vous n'avez pas grondé votre petite fille, cependant elle le méritait, mais à cela la petite fille est habituée, votre douceur lui en dit plus long que des paroles sévères, vous êtes pour elle l'image de la miséricorde du bon Dieu. Oui mais... Sr St J.Baptiste au contraire est ordinairement l'image de la sévérité du bon Dieu, eh bien ! je viens de la rencontrer, au lieu de passer froidement à côté de moi, elle m'a embrassée en me disant (absolument comme si j'avais été la plus mignonne petite fille du monde) : «Pauvre petite soeur, vous m'avez fait pitié, je ne veux pas vous fatiguer, j'ai eu tort, etc., etc.» Moi qui sentais en mon coeur la contrition parfaite, je n'en revenais pas qu'elle ne me fasse aucun reproche.

Je sais bien que dans le fond elle doit me trouver imparfaite, c'est parce qu'elle croit que je vais mourir qu'elle m'a ainsi parlé, mais n'importe, je n'ai entendu que des paroles douces et tendres sortir de sa bouche, alors je l'ai trouvée bien bonne et moi bien méchante... En rentrant dans notre cellule, je me demandais ce que Jésus pensait de moi, aussitôt je me suis rappelé ces paroles qu'il adressa un jour à la femme adultère : «Quelqu'un t'a-t-il condamnée?...» Et moi, les larmes aux yeux, je lui ai répondu : «Personne, Seigneur...»

Dans ces circonstances, comme il lui sera facile d’écrire sa dernière poésie, le 31 mai 1897, pour sa chère Sr Thérèse de St Augustin: L'abandon est le fruit délicieux de l'amour - PN 52.

Lire ici de juin à septembre 1897

Retour au début de la dernière année de Thérèse

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septembre 1896 – septembre 1897

 

photo 000 en attendant de commencer

 

peinture impressionniste pour illustrer ce qu’est une chronologie.

 

photo 001

Une chronologie de cette dernière année de la vie de Thérèse fait ressortir 2 tendances :

- au niveau physique c’est affreux

- au niveau spirituel c’est affreux

L’une tendance alimente l’autre et vice-versa, c’est une lutte à mort.

 

*

- au niveau spirituel c’est affreux

Rappelons brièvement le temps pascal de 1896, Thérèse évaluera en ces termes en juin 1897 cf . Ms C 31 r :

« Il m’envoya l’épreuve qui devait mêler une salutaire amertume à toutes mes joies. »

Cette nuit qu’elle décrira en janvier 1897 à Thérèse de St Aug en ces termes :

Je ne crois pas à la vie éternelle, il me semble qu'après cette vie mortelle il n'y a plus rien. Je ne puis vous exprimer les ténèbres dans lesquelles je suis plongée.

 

- au niveau physique c’est affreux

Cette déclaration va de pair avec les premières hémoptysies [crachement de sang] de la semaine sainte, le jeudi st 2 avril 1896 au soir.

Thérèse informe MTrinité, aide-infirmière et Marie de Gonzague sa prieure. Celle-ci se tourne vers

Francis la Néele photo 002  époux de Jeanne Guérin depuis le 1er octobre 1890.

Il est appelé par Gonzague car on croit qu’avec lui le secret sera mieux gardé. Il se demande si ce n’est pas un petit vaisseau brisé au fond de la gorge…

 

On a donc la situation spirituelle et physique_____________________________

 

Les emplois de Thérèse pour le début à tout le moins de cette dernière année de vie :

elle est sacristine

assistante de Marie des Anges PHOTO 003 à la sacristie depuis mars 96. [Elle y avait passé 2 ans de février 1891 à fév. 1893]

Son travail consiste à préparer tout ce qui est nécessaire pour le culte PHOTO 004, comme on le voit dans ce tableau de Marie du St Esprit : les ornements, les vases, et le matériel nécessaire aux célébrations, la préparation de l’encens, la coupe des hosties [le pain d’autel est cuit par une autre sœur  à l’époque de la photo c’est Marie-Philomène entrée en 1884 (2e entrée) [1]], etc.

 

elle est depuis mars 96 à la lingerie

à sa demande. Elle a convaincu Marie de Gonzague de la laisser travailler avec Marie de St Joseph[2]  005  une sr que les autres trouvent difficile, tour à tour exaltée puis déprimée – et très colérique. Gonzague et Mère Geneviève ont toujours tenté de l'équilibrer mais c'est Thérèse qui l'aidera le plus: elle lui était attachée dès avant son entrée.

Quand Thérèse avait 9 ans, Marie de St Joseph l’a rencontrée au parloir en 1882 et lui a offert une image PHOTO 005b : "à ma gentille petite Thérèse!" La gentillesse a traversé les années : Soeur Marie de St Joseph a alors 38 ans et Thérèse 23.  En mars donc, avec la complicité de Mère Marie de Gonzague, Thérèse essaiera de la faire sortir de sa mélancolie en la secondant à la lingerie.

elle dépanne encore à l’occasion Sr St Jean Baptiste 006  à l’emploi de peinture

pour enluminer des images  006b et peut-être aussi un peu de travail sur les étoles : le monastère vendaient les deux.

 

Comme on voit sur le 007 plan du monastère,

la localisation de la sacristie : c’est aisé de s’y rendre pour une personne qui a des problèmes respiratoires.

Pour la lingerie, il faut monter un étage !

Et encore un autre pour l’emploi de peinture, qui est au grenier de la lingerie – non chauffé évidemment.

 

Septembre 1896

 

début Septembre 1896 :

 

7 septembre elle entre comme on sait pour 10 jours en retraite privée (la dernière), retraite qui entraînera un échange très dense de correspondance avec Sr Marie du Sacré-Cœur :

(photo 011 de B 3 v°)

c’est le Ms B avec cette intense lumière sur sa vocation :  Ma vocation, c'est l'Amour"

 

18 septembre, Thérèse reprend entièrement la vie commune avec toutes les contraintes de l’horaire.

C’est-à-dire lever à 5hr moins le quart pour l’Oraison : 5 à 6 heures, avec toutes les autres observances et activités de la journée  jusqu’au coucher, vers 23h.

 

Octobre 1896

 

8-15 octobre 1896

C’est la retraite annuelle de la communauté avec 012 Godefroid Madelaine, prémontré de l’Abbaye de Mondaye 013 et  014  à l’ouest de Caen à 80 km de Lisieux

(Il était déjà venu  les 22-24 juin pour un triduum [3]).

C’est pendant cette retraite communautaire que Thérèse lui confie ses doutes contre la foi. Le Père lui conseil­le de porter le credo en permanence sur son coeur. Une solution très matérielle, très physique. Thérèse obéit et choisit d’en écrire le texte avec son sang.  015 et 016

 

21 octobre 017  Thérèse écrit la 1ère lettre d'une série de 11 lettres à l'Abbé Bellière qui a refait surface après son service militaire.

Et dix jours plus tard, le 31 octobre 1896, c’est l’arrivée du premier courrier de Chine de Roulland 018. Il lui écrit entre autres les grandes dates de sa vie, et Thérèse est épatée par ses dates, plus précisément par le 8 septembre 1890, où elle a fait profession et lui, le même jour, a reçu une confirmation de sa vocation à N.D. de la Délivrande. Elle lui demande une relique d’avance : une mèche de cheveux ! Il s’exécute  019 gentiment, et la relique a été conservée par les soeurs de Thérèse après sa mort.

 

La relation de Thérèse avec ces deux hommes sera très importante pour elle  jusqu’à sa mort : en leur écrivant, elle se définit et se comprend elle-même dans les choses terribles qu’elle vit.

 

Novembre 1896

 

Et pour rester dans le même cadre de la vie missionnaire,

en novembre 1896, le Carmel de SAIGON fondé par Lisieux - 021 réclame du renfort. Thérèse aimerait bien que cela la concerne, elle pense avoir la vocation missionnaire et prieure et communauté en sont convaincues.  Son départ est projeté…  mais pour avoir un signe du Bon Dieu, la communauté commence une Neuvaine à Théophane Vénard à cette intention du 21 au 30 novembre. 022 photo de Théophane

Pendant la neuvaine, Thérèse lit et copie des extraits de la vie de Th. VENARD , ses lettres en fait, qui la passionne:

« Je suis intéressée et touchée plus que je ne saurais dire ! », confiera-t-elle plus tard dans une lettre à Roulland du 19 mars  97 (LT 221)

 

La communauté demandait un signe pour appuyer le départ éventuel de Thérèse : en plein pendant la neuvaine, elle recommence à tousser. Il y a eu un autre signe que les soeurs n’ont peut-être pas pu lire, avant la neuvaine : le 4 novembre une sœur tourière de l’accueil meurt de tuberculose : Sr Marie Antoinette, 33 ans. Mais le  langage de sa circulaire de décès utilise l’expression maladie de poitrine.

Toujours est il que la communauté comprend que Thérèse ne partira pas au Vietnam. 023 photo de Thérèse

Cette Thérèse qui doute déjà que le fourreau soit aussi solide que l’épée (LT-221 du 19 mars 1897) a cette allure en novembre 1896,

où la famille s’est amusée à faire deux vues de sacristines à l’oeuvre  afficher  024

Les sacristines justement, ont demandé ce mois-là une poésie une poésie à Thérèse,

C’est sr Marie-Philomène photo 025 qui la demande à l’intention de toutes les sacristines.

Marie-Philomène était la chef d'atelier des pains d'autel et à la sacristie même, on trouvait Marie des Anges et Thérèse. Thérèse leur offre PN 40 : "Les Sacristines du Carmel"  026 à la mise en page soignée.

 

Décembre 1896

 

Une autre poésie suivra en décembre (pour le 14 imaginons) car c’est une poésie demandée par sr St Jean de la Croix PHOTO 028

une sœur très en retrait, peu expansive, qui trouvait que « Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus est extraordinaire, elle nous en remontre à toutes ! »

Elle reconnaissait aussi et admirait dans toutes les Sœurs, les qualités et les talents dont elle se croyait dépourvue. C’est donc tout naturellement qu’elle demande à la poète de la communauté d’exprimer en vers ses pensées, que Thérèse réussit à mettre en forme en un poème qui en rejoindra beaucoup d'autres. PN 41 : Comment je veux aimer - datation: fin 1896

 

Avec le froid de l’hiver, la santé ne s’améliore pas au cours du mois de décembre.

 

Gonzague ordonne une chaufferette pour la cellule de Thérèse 029 - 030. Notons que c’est un chauffage symbolique.

3 décembre Le Dr de Cornière 031 qui sera le médecin de la communauté de 1886 à 1920, parce qu'il soignait gratuitement. Il soigne Thérèse depuis juillet  (Il a alors 56 ans) .[4]

 

Il ordonne des frictions et c’est Céline, qui fait office de seconde infirmière, qui assure les frictions de Thérèse avec une ceinture de crin – on peut présumer d’une main vigoureuse.

De Cornière ordonne aussi le 3 décembre la pose d’un vésicatoire.  Un cataplasme qui provoque un soulèvement de la peau, et de ce qui est juste dessous – soulèvement comme on croyait, du mal interne – le détournant des parties intérieures pour l’amener vers l’extérieur [à base de cantharide officinale]. [5]

Le vésicatoire est donc appliqué sur la peau pendant 12 heures,  alors quand Thérèse s’en fait poser un, elle mange en cellule PHOTO dernière cellule 032-033

Marie Guérin décrit tout cela à son père lettre du 4 déc. 1896 en comparant Thérèse à un gueux:

Ce gueux mange les mets de ta table, que la vénérable matrone, ton épouse, s'ingénie à trouver, des mets délicats et appétissants. Ce misérable gueux a eu hier un vésicatoire sur la poitrine à cause de son état de souffrance.

On apprend aussi que Thérèse a un régime alimentaire spécial.

 

le 6 décembre Mère Agnès s'enquiert de Diana VAUGHAN à l’oncle Isidore, en post-scriptum innocent : Avez-vous de nouveaux documents sur D. Vaughan? photo 034  

Cela nous montre que AJ est très sensible à la question. En août 96 un jésuite allemand Grüber a déclaré que les textes de DV étaient un montage. Un autre jésuite, français celui-là, a publié le 1er novembre un 1er article dans le revue Études en déclarant la même chose.

Le 18 déc., la Revue Catholique de Coutances publie une analyse de Cardinal Parrochi ,Vicaire de Sa Sainteté qui déclare que DV semble être une personne fictive. Il y a un an, ce même cardinal écrivait à Taxil le 16 décembre 1895 : "Votre conversion est un des plus magnifiques triomphes de la grâce que je connaisse. Je lis en ce moment vos Mémoires, qui sont d'un intérêt palpitant."

 

 

Thérèse toujours malade, cela ne l’empêche pas d’être très attentionnée avec les pauvres, notamment sa lingère Marie de St Joseph. Nous avons deux petits billets pour elle datant de décembre 1896 qui nous révèlent la vie intérieure de Thérèse

035 LT-205 Que c'est vilain de passer son temps à se morfondre, au lieu de s'endormir sur le Coeur de Jésus !... Si la nuit fait peur au petit enfant, s'il se plaint de ne pas voir Celui qui le porte, qu'il ferme les yeux, qu'il fasse volontairement le sacrifice qui lui est demandé et puis qu'il attende le sommeil... en se tenant ainsi paisible, la nuit qu'il ne regardera plus ne pourra pas l'effrayer, et bientôt le calme sinon la joie renaîtra dans son petit coeur. Est-ce trop demander au petit enfant que de fermer les yeux ?... de ne pas lutter contre les chimères de la nuit ?... Non, ce n'est pas trop et le petit enfant va s'abandonner, il va croire que Jésus le porte, il va consentir à ne pas le voir et laisser bien loin la crainte stérile d'être infidèle (crainte qui ne convient pas à un enfant).  signé (Un ambassadeur.)  - billet revenu miraculeusement en 2011

 

036 LT-206 Le petit A. [ambassadeur] n'a pas envie de sauter de la nacelle, mais il est là pour montrer le Ciel au petit Enfant. ; il veut que tous ses regards, toutes ses délicatesses soient pour Jésus. Aussi serait-il bien content de voir le petit Enfant. se priver de consolations par trop enfantines et indignes d'un missionnaire et d'un guerrier... J'aime beaucoup mon p.E... et Jésus l'aime encore plus.

 

En plus, elle lui compose une poésie, peut-être en cadeau de Noël : PN 42 photo  037: "Mon enfant, tu connais mon nom" que celle-ci copie avec beaucoup de soin.

datation: décembre 1896

destinataire: Marie de Saint Joseph, à sa demande.

Poésie que la destinataire a elle-même recopiée et diffusée.

 

Mais le beau cadeau que Thérèse lui fera pour Noël, elle le raconte en Ms C, folio 13 recto.

Ce sera, un jour de récré un peu ennuyeuse, de laisser Marie de St Joseph aller servir de tierce à sa place pour recevoir, à la porte des ouvriers, les branches de sapin pour la décoration de la crèche.

Thérèse de St Augustin est portière, elle demande de l’aide pour les branches 039-040 plan et porte des ouvriers, et Thérèse laisse Marie de St Josep, de 15 ans plus âgée, se lever en premier.

 

Noël approche. Le dernier Noël de Thérèse PHOTO 041 d’un enfant Jésus du temps.

La veille de Noël, Céline reçoit une lettre de la Ste Vierge LT-211 où la Ste Vierge demande de l’aide pour l’hébergement : « Si tu veux supporter en paix l'épreuve de ne pas te plaire à toi-même, tu me donneras un doux asile, il est vrai que tu souffriras puisque tu seras à la porte de chez toi, mais ne crains pas, plus tu seras pauvre, plus Jésus t'aimera ! »

Et Marie de la Trinité reçoit aussi une lettre, mais elle c’est une lettre de Jésus lui-même LT-212, qui lui propose de jouer à la toupie avec lui PHOTO 042: si tu veux, c'est toi qui seras ma toupie. Je t'en donne une pour modèle ![6]

 

A Noël, on chantera une poésie de Thérèse composée pour l’occasion pour la communauté le soir de Noël.: photo 043  PN- 43 : "La Volière de l'Enfant Jésus"  

Comme on le constate, Thérèse ne reste pas au lit !

Et cela n’arrête jamais ; le lendemain de Noël, elle écrit à Bellière (LT 213).

 

28 décembre Et trois jours plus tard, on recommence la fête pour les Sts Innocents :

le noviciat chante une poésie de Thérèse au chauffoir.  Thérèse a composé cette poésie pour les Sts innocents PN-44 : "A mes Petits Frères du Ciel sans que ce soit une commande.

C’est plutôt comme un puissant complément poétique – spontané – d’une image qu’elle avait créée en septembre, pendant sa fameuse retraite qui généra le Manuscrit B. Elle avait alors fait une image souvenir PHOTO 044 de ses 4 frères et sœurs morts en bas âge ; Jean-Baptiste a la bouche ouverte).

Ce soir-là, nous rapporte AJ, Mère Marie de Gonzague aurait été inquiète de ce qu’à 3 jours d’écart on chante ainsi les poésies de Thérèse. Cela peut être dangereux pour entretenir l'orgueil de Thérèse (NPPA-AJ).

 

Observons le développement d’une attitude de combat dans cette poésie PN-44

4. Enfants, ….

Vous êtes sans combats parvenus à la gloire

Des conquérants ;

Le Sauveur a pour vous remporté la victoire

Vainqueurs charmants !

 

On a cela plus encore dans la prière 17, qui date aussi de la fin de 1896.  

Extrait :

Prière inspirée par une image représentant la Vénérable Jeanne d'Arc photo 045

Seigneur, Dieu des armées qui nous avez dit : «Je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive»... armez-moi pour la lutte, je brûle de combattre pour votre gloire, mais je vous en supplie, fortifiez mon courage.... «C'est vous seul qui êtes mon bouclier, c'est Vous, Seigneur, qui dressez mes mains à la guerre...  je comprends à quel combat vous me destinez, ce n'est point sur les champs de bataille que je lutterai.... Mon glaive n'est autre que l'Amour, avec lui je chasserai l'étranger du royaume…  Je bataillerai donc pour votre Amour jusqu'au soir de ma vie…»

 

Compte-rendu, dans les images du poème, du combat physique et spirituel de Thérèse :

A la fin de 1896, Thérèse comprend son combat à la lumière de celui de Jeanne d’Arc.

 

 

1897

 

photo 046 Voici le petit almanach de Thérèse – conservé pour 1897 – 5 cm de haut.

janvier 1897

 

Le samedi 2 janvier notre chère Thérèse a 24 ans.

Elle dira dans les Derniers entretiens  (le 11 juillet):  Comme j’ai peu vécu !

 

Comme cadeau d’anniversaire, le Dr de Cornière prescrit un vésicatoire camphré de 12 cm.

photo 047 voici son ordonnance… 12 heures à attendre en cellule qu’il fasse son effet.

 

*

 

Mais le 9 janvier, Thérèse recevra un très beau secours des Cieux.

C’est le jour Sr Thérèse de St Augustin PHOTO 048 parle à Thérèse du rêve qu’elle vient de faire et qui sera si aidant pour elle. Ecoutons-là:

[Le 9 janvier], aussitôt que je pus lui parler je lui dis :

       J'ai une bonne nouvelle à vous apprendre, pour vous, car pour nous elle n'est pas gaie. Oui, je crois que vous mourrez cette année.

       Est-ce possible que j'aie un si grand bonheur ! Mais comment le savez-vous, est-ce bien sûr ?

Je lui racontai un résumé. Le 8 janvier 1897, je me trouvais seule dans le dortoir, vers 11 heures et demie du matin, lorsque j'entendis au-dessus de ma tête comme le craquement de poutres qui se démolissaient. Je compris aussitôt que le bruit était surnaturel et que la mort viendrait nous visiter dans l'année.  superstition !

Mais quelle serait sa victime ? C'est le secret qui me restait caché et que je ne désirais pas pénétrer. Le reste de la journée je n'y pensai plus et le soir je m'endormis sans en avoir le plus léger souvenir. Mais je rêvai à Sr Thérèse et le lendemain à mon réveil je compris tout. C'était l'explication du bruit que j'avais entendu la veille. Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus devait mourir dans l'année. Ce fut un coup terrible pour mon cœur.

Je dis à Thérèse : la preuve que vous allez mourir cette année, c’est que dans mon rêve - qui suivit - vous avez été nommée.

       Quel bonheur ! dit-elle, mon nom a été prononcé.

Je ne puis rendre l'expression de joie qui brillait dans ses yeux ; elle désirait ardemment tout savoir [de mon rêve] et moi pour lui être agréable je désirais le lui dire, mais afin de nous mortifier l'une et l'autre nous résolûmes d'attendre un jour de licence et trois semaines se passèrent sans en dire un seul mot.

C’est-à-dire jusqu’au 2 février.

 

9 janvier ce même jour où Thérèse vient d’apprendre qu’elle va mourir dans l’année,

elle réagit en commençant à envisager concrètement sa mort. Elle écrit sur sa mort dans une lettre à AJ : LT-216 du 9 janvier PHOTO 049 . C’est la première allusion écrite à sa mort :

« J’espère aller bientôt là-haut, puisque s’il y a un ciel il est pour moi. »

Le texte est gratté (cela fait partie du mystère familial !), heureusement après la Copie des écrits faites pour le Procès des écrits en 1910.

 

Elle continue librement sur le même thème le 21 janvier pour la Fête de Mère Agnès, en rédigeant la poésie PN 45 PHOTO 050 Ma joie, qu’elle conclut ainsi :

« Que me font la mort ou la vie ! »

Admirez le graphisme enthousiaste du brouillon…

 

 

27 janvier Thérèse écrit au Frère Siméon[7] PHOTO 051 Le bon vieux Frère est malade et on craint pour sa vie. Elle continue dans la même veine avec LT 218 Thérèse écrit : PHOTO 051 LT-218

"Je crois que ma course ici-bas ne sera pas longue.."  

 

En janvier aussi une poésie pour Sr Philomène PN-46 : "A mon ange gardien".

 

Le 30 janvier le ciel tremble un peu à Lisieux : c’est au tour du journal Le Normand de publier ses interrogations  sur Diana Vaughan. Une commission romaine a été créée en décembre, dirigée par Mgr Lazzareschi, qui a conclu en s’interrogeant sur la réalité de DV.

 

Février 1897

 

2 février grand jour = grande peine / grande joie

C’est l’anniversaire de l’exécution de Théophane Vénard et Thérèse a demandé au Bon Dieu une grosse peine à lui offrir car elle l’aime beaucoup ; elle vient de composer une poésie pour lui PN-47 "A Théophane VENARD". La demande d’une grosse peine est accordée : elle casse une des vitres du guichet de service au réfectoire. PHOTO 052 et 053 Cela nous informe que Thérèse est encore serveuse au réfectoire malgré son délabrement physique (aveuglement de la communauté malgré le résultat de la neuvaine). Soulevant un large plateau contenant 6 à 8 plats avec les portions des soeurs et faire le tour du réfectoire – 3 tours car une seule serveuse.

*

Mais le 2 février c’est aussi un jour de grande joie car c’est licence avec la Présentation de Jésus au Temple. Thérèse pourra parler avec Thérèse de St Augustin.  PHOTO 054 noir

Écoutons cette dernière :  si vous suivez dans le totum c’est à la page

Enfin le jour tant désiré arriva, … et je commençai mon récit.

 « Le [soir de ce jour] 8 janvier 1897… pendant la nuit je me trouvai en songe dans un appartement très grand et sombre. J'étais seule. J'entendis distinctement ces paroles : « Monsieur Martin demande sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus. » Je ne sais qui parlait, je ne voyais personne. A ce moment j'eus comme une impression que dans un endroit plus sombre que celui où j'étais, on préparait la petite Reine à rejoindre son Père chéri. Que lui faisait- on ? Je l'ignore, mais j'entendis une voix qui disait : « Il faut qu'elle soit très belle pour aller avec Monsieur Martin. » Pendant ce temps, je vis devant moi une porte ouverte et malgré qu'elle fût ouverte, elle était extrêmement noire, pas le plus petit rayon de lumière. Dans ce noir était Monsieur Martin que je ne distinguai pas, je vis seulement de la gaze rouge et de l'or depuis les épaules jusqu'à la ceinture. Je me trouvai ensuite de l'autre côté de cette porte si noire, mais là tout était lumineux. C'était un soleil éclatant. Je passai sans l'apercevoir devant Monsieur Martin qui était assis, ayant auprès de lui sa petite Reine que je ne vis pas, je distinguai très bien un pan de sa robe blanche... »

Pendant que Thérèse m'écoutait, je remarquais sur sa physionomie un bonheur extraordinaire ; quand j'eus fini, elle me dit :

       Que c'est beau ! Ce n'est pas un rêve, c'est un songe et c'est pour moi que vous l'avez eu, ce n'est pas pour vous. J'aime mieux que vous l'ayez eu préférablement à moi, j'y crois davantage.

       Mais pourquoi, lui dis-je, avez-vous l'air si heureux ?

       Si vous saviez le bien que vous me faites ; est-ce que je ne vous ai pas parlé de l'état de mon âme ?

       Non, je ne sais rien.

       Comment se fait-il que je ne vous aie rien dit ? Mais j'y vois une permission du bon Dieu et je préfère maintenant que vous ne l'ayez pas su, ce que vous me dites me fait plus de bien. Puisque le bon Dieu vous l'a fait connaître, je vais aussi vous en parler. Je ne crois pas à la vie éternelle, il me semble qu'après cette vie mortelle il n'y a plus rien. Je ne puis vous exprimer les ténèbres dans lesquelles je suis plongée. Ce que vous venez de me raconter est exactement l'état de mon âme. La préparation qu'on me fait et surtout la porte noire est si bien l'image de ce qui se passe en moi. Vous n'avez vu que du rouge dans cette porte si sombre, c'est-à-dire que tout a disparu pour moi et qu'il ne me reste plus que l'amour.

 

C’est la psychanalyste Claude Bourreille qui analyse dans son livre sur Thérèse cette « nuit du ciel » pourrait-on  dire. L’imaginaire de Thérèse a été nourri depuis l’enfance par une abondance de représentations du ciel. Et c’est justement sur son imaginaire céleste très chargé depuis l’enfance que portent les tentations. Chargé avec les images qu’elle a longuement contemplées, d’après son propre aveu. PHOTO du CIEL 055 à 060   Le lieu de Dieu, pourrait-on dire, n’est pas objet de représentation.

 

 

8 février  Jubilé d’or de Sr St Stanislas photo 061. Thérèse et elle s’aiment bien : Thérèse a été son assistante à la sacristie pendant 2 ans (1891-93 [8]).  St Stanislas l’appelle ma petite fille. 

Thérèse l’a vue travailler à l’infirmerie avec des soeurs malades : «Elle panse les plaies avec tant de douceur! Je la vois choisir les linges les plus fins, et elle les applique avec une main de velours. »

Alors avec affection, Thérèse compose pour elle une pièce de théâtre à l’occasion de son jubilé sur le saint de son nom : "Stanislas KOSTKA"= photo 062

Ce sera la dernière pièce de Thérèse, RP 8, et forte des évènements de ce mois, elle y décrit pour la 1ère fois son avenir tel qu’elle l’envisage, via le personnage de St Stanislas :

revenir sur la terre pour faire du bien aux âmes après ma mort – photo 063 lire

A 7 mois de son décès, la communauté a-t-elle décodé que Thérèse présentait son avenir ?...

C’est une autre qui joue le personnage principal : qui donc ?

 

24 février  Elle écrit à Bellière en élaborant sur le même thème : (LT-220 photo 064)

a) D’abord sa certitude de la mort depuis le rêve de Thérèse de St Augustin : J’en ai l’espoir mon exil sera court !

b) Ensuite depuis le travail fait dans sa pièce de théâtre sur  St Stanislas RP-8, le désir de se revenir sur terre pour y sauver des âmes : « si Jésus réalise mes pressentiments… mon âme pourra voler avec vous dans les lointaines missions !

Mars 1897

 

Elle garde ce fil bien en mai et du 4 au 12 mars Thérèse fait la neuvaine de la grâce : c’est une neuvaine infaillible à St François Xavier

photo 065 une de nos étoles qui les associe comme Patrons des Missions. 

Le texte de la neuvaine est sur le site internet, avec son histoire miraculeuse. Thérèse l’a faite, dit-elle à Marie du SC, pour obtenir la grâce de "passer son ciel à faire du bien sur la terre" !

Le 19 mars 1897, elle confie à MSC : "Je viens demander à St Joseph qu'il m'obtienne du bon Dieu la grâce de passer mon Ciel à faire du bien sur la terre."

Je lui ai répondu : "Vous n'avez pas besoin de demander cela à St Joseph",

mais elle m'a dit : "Oh ! mais si" -  j'ai besoin qu'il appuie ma demande – elle venait de le demander aussi à St Fran­çois Xavier par la neuvaine de la grâce.»

 

Voilà qui développe encore pour Thérèse la vision de son avenir. Elle continue dans la lettre à Roulland du même jour 19 mars : LT-221.  Elle lui écrit son acceptation de la réalité pour Saigon : "Il faudrait que le fourreau soit aussi solide que l'épée..." =

Donc abandon quant à un éventuel départ pour SAIGON

qu’elle équilibre tout de suite avec son idée de travailler après sa mort :  «Je voudrais sauver des âmes et m'oublier pour elles ; je voudrais en sauver même après ma mort ! »

 

25 mars photo 066 en cette fête de l'Annonciation : c’est la Profession de Sr Marie de l'Eucharistie. profession en privé / prise de voile noir ensuite en public.

Pour Marie Guérin, femme un peu timide et douce, Thérèse a composé Mes armes  PN-48

[parenthèses : sur le disque de Natacha St Pierre c’est la meilleure chanson].

sur la musique du "chant du départ des Missionnaires" des Missions Etrangères de Paris,

et elle utilise un extraordinaire vocabulaire de combat, qu’elle dessine en partie photo 067

armée rangée en bataille, camp d'armée.

l'arène, le fer et le feu

l'armure, le Glaive – la cuirasse et le Bouclier

j'ai des armes puissantes / je lutte vaillamment

Je veux aussi chanter en combattant

« C'est par la violence Que l'on ravit le royaume des Cieux. »

En chantant je mourrai, sur le champ de bataille

Les Armes à la main !...

MGuérin le chantera au chauffoir en soirée.

 

Et le Carême continue. Il a commencé le 3 mars : Mère Marie de Gonzague lui a fait prendre du chocolat tous les jours. Mais elle trouve que « c'est trop bon pour une Carmélite », et elle l'accompagne de gentiane - la racine de la gentiane au goût amer est employée pour ses vertus digestives - mortification décou­verte par cette fine mouche de Marie de la Trinité.

 

avril 1897

 

Mais malgré le chocolat, au cours de ce carême Thérèse est de plus en plus malade.

Fin mars, elle est considérée par les sœurs comme « gravement malade » :

toux, anorexie, indigestions, fièvre quotidienne.

On se demande si les remèdes ne sont pas pires que le mal :

Frictions au gant de crin

Vésicatoires qui mettent l'épiderme à vif  

Sirop de limaces : c’est de la bave de limaces qu’on fait dégorger dans un sac de toile avec du gros sel. [disons que moi j’aurais vite fait le lien avec les indigestions]

L’état physique de Thérèse devient si grave qu’en avril elle est dispensée des tâches ordinaires des carmélites :

elle n’est plus serveuse au réfectoire à son tour

elle ne participe plus à la lessive communautaire

ni à l’office au chœur

plus de travail à la lingerie – sauf un peu de couture pour Marie de St Joseph.

 

Mère Agnès juge la situation si inquiétante qu’elle commence ce qui deviendra les Derniers entretiens le 6 avril. PHOTO 068. 

 

Pause Pause Pause Pause Pause

 

 

Avec les derniers entretiens, avec le début des notes prises principalement par Mère Agnès dans le Carnet Jaune, on se retrouve à partir d’avril devant une multitude d’anecdotes et d’évènements – qui ont tous un poids égal, je dirais : ils constituent chacun une entrée, sans plus.

Près de 900 entrées – soit 150 par mois / une moyenne de 5 par jour.

 

C’est une sorte de pointillisme [9] photo 68b

Admirez ici un tableau du peintre Seurat, qui a créé la technique de la peinture pointilliste : il s'agit de peindre par juxtaposition de toutes petites touches de peinture : par points pourrait-on dire.

Georges Seurat, contemporain de Thérèse (1859-1891)

On voit encore mieux ici 068c avec le port de Honfleur.

 

Après le début avril 1897, notre perception de la vie de Thérèse - avec cette foule de notes prises par ses sœurs - devient un tableau pointilliste.

* * *

 

avril 1897 suite

 

Commençons avril par le 9 avril, anniversaire de son entrée au Carmel il y a 9 ans.

Qu’a-t-elle pensé…

 

18 avril 1897 Pâques, et le lendemain,

le lundi de Pâques 19 avril 1897 Léo Taxil donne sa conférence « de presse » dans la Grande Salle de la Société de Géographie à Paris, PHOTO 069 fondée en 1821 boulevard Saint-Germain à Paris, où il présentera Diana Vaughan à l’assemblée.

 

Depuis quelques semaines, Thérèse sait qu’il y a qqchose car dans les récents numéros [10] des Mémoires de Diana, qui sortent régulièrement et auxquels le Carmel a accès, la jeune femme a critiqué les évêques de la commission romaine mettant en doute son identité.  Une telle critique fait que Thérèse est certaine que cela ne vient pas du Bon Dieu.

Donc en ce lundi de Pâques, Taxil informe toute la presse que lui et Diana VAUGHAN sont la même personne. Coup de tonnerre général.

Aujourd’hui, le texte entier de sa conférence est sur internet, mais à l’époque, Le Normand la mentionne dans un entrefilet du 21 avril mais c’est dans l’édition du

24 avril 1897  que la conférence est racontée. Thérèse découvre que des personnes ne font le mal que pour s’amuser, d’une certaine manière.

Et, oh honte, elle y est associée. Léo Taxil avait annoncé que sa conférence serait accompagnée d’une séance de projections  PHOTO 070. Le Normand raconte qu’il n’y a eu qu’une projection  d’une seule photo sur le mur : PHOTO 071  l’apparition de Ste Catherine à Jeanne d’Arc dans sa prison, provenant d’un couvent de carmélites ! Il s’agit de la photo n° 14 de Thérèse que AJ lui avait suggéré d’envoyer à Diana l’été 1896, après l’avoir elle-même retouchée.  Et Diana avait chaleureusement répondu à Thérèse ! PHOTO 072 Thérèse n° 14

 

25 avril Céline écrit au Fr. Siméon quelques lignes qui reflètent sans doute la récré de la veille au chauffoir : La terre est si triste, on y voit tant de bassesses, tant de défections dans le monde que le dégoût s’empare de l’âme. Thérèse elle commentera sobrement en juin dans le MS C, folio 5v : Il y a véritablement des âmes qui n’ont pas la foi.

 

25 avril Mais ce même jour, Thérèse elle, écrit à Bellière en le nommant pour la 1ère fois mon cher petit frère. Comme pour lui dire : vous vous êtes vrai, vous êtes authentique, avec toutes vos faiblesses – vs Taxil.

 

27 avril vésicatoire

28 avril les 28 ans de Céline – c’est le début d’une nouvelle phase dans l’aggravation de la maladie de Thérèse.

Lettre de Mme Guérin à Jeanne de ce jour : Thérèse est toujours très souffrante. Elle a eu son vésicatoire hier. Le Dr de Cornière la voit malade. Elle crache le sang le matin. Nous craignons que cela ne devienne bien grave…

Le Dr de Cornière fait acheter un instrument PHOTO 073-074 pour développer la capacité respiratoire de Thérèse : une boule merveilleuse – qui a été conservée, mais Thérèse n’a plus la force de s’en servir beaucoup.

Mai 1897

 

La fin du mois de mai sera marquée par les derniers abandons de la vie de communauté pour Thérèse : les récrés et le soins des novices. Deux domaines qui étaient bien stimulants pour elle.

Mais elle n’en peut plus. C’est l’époque où elle mettait aussi une demi-heure à remonter en cellule PHOTO 075 escalier.  Elle s’assoit à chaque marche.

 

Mai 1897 est le mois des dernières poésies : ce sont toutes des demandes, faites par des personnes qui ne réalisent pas que Thérèse est dans un immense état de délabrement physique.

La pire étant une ancienne prieure du 1er carmel de Marie de la Trinité, rue de Messine à Paris (Mère Henriette). Thérèse lui écrit PN-51 PHOTO 076 Une rose effeuillée, 5 strophes terminées le 19 mai. La bonne mère Henriette demande une strophe supplémentaire où cette rose effeuillée est reformée au ciel – elle n’a pas le goût de s’effeuiller pour toujours !

Thérèse refuse en disant : « Que la bonne Mère fasse elle-même ce couplet… pour moi mon désir est d’être effeuillée à tout jamais pour réjouir le Bon Dieu. »[11] 

PN-53 Seigneur, tu m'as choisie dès ma plus tendre enfance

            Et je puis m'appeler l'oeuvre de ton amour...

demandée par Marie de la Trinité du même coup, un peu inconsciente de l’effort qu’elle exige de Thérèse

idem pour PN-54, à la demande de Sr Marie du Sacré-Cœur en PN-54  "Pourquoi je t'aime O Marie", où Thérèse met par écrit tout ce qu'elle a toujours rêvé d'exprimer sur la Ste Vierge.

 

23 mai plusieurs séances de pointes de feu = c’est ce qu’on appelle l’ignipuncture. Cautère qui ressemble à ceci photo 077, chauffé sur un brasero – on en utilise plusieurs en même temps.

C’est une technique de chaleur différente des vésicatoires.

On soigne ainsi également dans les autres carmel, on le sait par les circulaires. Qu’est-ce que c’est une circulaire : c’est une coute biographie rédigée pou une sœur défunte, et envoyée à tous les carmels. On les lisait au réfectoire.Thérèse aimait bien les circulaires.

 

Donc on apprend via les circulaires, qu’une sr du Dorat, a eu des points de feu (dcd de tuberculose 31 janv. 1889). Une autre de Libourne (12 mars 1897bis.), etc. Marie du SC elle-même en aura pour soigner ses hanches, et trouvera cela très efficace.

Céline écrit dans CS : Je la vois encore subissant plus de 500 pointes de feu sur le dos (je les ai moi-même comptées).

Mais la séance est si terrible que le Dr de Cornière ordonne de la morphine PHOTO 078

ordonnance du 23 mai 1897 sulfate de morphine.

La morphine est souvent utilisée sous forme de sel afin de faciliter son absorption par l'organisme dans les formes non injectables. Il existe deux sels, sulfate et chlorhydrate de morphine. L’aspect est une poudre cristalline blanche soluble dans l’eau.

La morphine a-t-elle été utilisée ? l’ordonnance est signée par le pharmacien comme remplie.

Il y aura 6 jours plus tard le 29 mai des pointes de feu pour la seconde fois.

 

soir du 28 mai pour cet incident magnifique  =

Sr St Jean Baptiste photo 078 lui demande un peu d’aide pour une tâche urgente à l’emploi de peinture. Thérèse rouge d’émotion refuse énergiquement (méchamment dit-elle) et AJ présente proteste de son état de santé. Ce qui lui vaut la lettre LT-230 où Thérèse s’excuse

Et moi qui prêche si bien les autres !!! Je suis contente que vous ayez vu mon imperfection. Ah ! que cela me fait de bien d'avoir été méchante !... Vous n'avez pas grondé votre petite fille, cependant elle le méritait, mais à cela la petite fille est habituée, votre douceur lui en dit plus long que des paroles sévères, vous êtes pour elle l'image de la miséricorde du bon Dieu. Oui mais... Sr St J.Baptiste au contraire est ordinairement l'image de la sévérité du bon Dieu, eh bien ! je viens de la rencontrer, au lieu de passer froidement à côté de moi, elle m'a embrassée en me disant (absolument comme si j'avais été la plus mignonne petite fille du monde) : «Pauvre petite soeur, vous m'avez fait pitié, je ne veux pas vous fatiguer, j'ai eu tort, etc., etc.» Moi qui sentais en mon coeur la contrition parfaite, je n'en revenais pas qu'elle ne me fasse aucun reproche.

Je sais bien que dans le fond elle doit me trouver imparfaite, c'est parce qu'elle croit que je vais mourir qu'elle m'a ainsi parlé, mais n'importe, je n'ai entendu que des paroles douces et tendres sortir de sa bouche, alors je l'ai trouvée bien bonne et moi bien méchante... En rentrant dans notre cellule, je me demandais ce que Jésus pensait de moi, aussitôt je me suis rappelé ces paroles qu'il adressa un jour à la femme adultère : «Quelqu'un t'a-t-il condamnée?...» Et moi, les larmes aux yeux, je lui ai répondu : «Personne, Seigneur...»

 

Ce sera facile pour elle d’écrire alors sa dernière poésie pour Sr Thérèse de St Augustin P N 52 : "L'abandon est le fruit délicieux de l'amour" 31 mai

Juin 1897

 

2 juin

PHOTO 079 Prise de voile de Soeur Marie de l'Eucharistie donc cérémonie publique dans la chapelle, après sa profession en privé le 25 mars.

C’est la dernière grande fête de famille Martin/Guérin : à toute la famille au Carmel se joignent M. et Mme Guérin et Léonie, qui vit avec eux.  Le lendemain sera le 34e anniversaire de Léonie.                       

Mais reculons de 3 jours pour retourner au 30 mai - jour capital pour notre Ms C.

photo 080 début du Ms C.

Thérèse avait demandé la permission de confier sa première hémoptysie d’avril 1896 à Sr Agnès et elle le fait le 30 mai. AJ en conclut que la maladie est très avancée, bcp plus qu’elle ne pensait, et que Thérèse est mourante. La tuberculose n’a pas commencé il y a qq mois, mais elle est déjà très ancienne. AJ laisse passer la fête de famille et le même soir, donc le

2 juin vers minuit, elle va demander à Marie de Gonzague d’ordonner à Thérèse de continuer à écrire sur sa vie religieuse (futur Ms C)

3 juin Marie de Gonzague convoque Thérèse et lui demande de continuer à écrire. AJ fournit le cahier noir et elle réagit (lettre du 4 juin 1897 qui accompagnait peut-être le cahier). Lisons quelques extraits ensemble car elle rend bien compte de toute l’attitude de Mère Agnès jusqu’à la mort de Thérèse.

 

« Mon pauvre petit ange, cela me fait grand pitié de vous avoir fait entreprendre ce que vous savez, pourtant si vous saviez comme cela me fait plaisir!....

Vous savez bien que les Saints dans le Ciel peuvent encore recevoir de la gloire jusqu'à la fin du monde et qu'ils favorisent ceux qui les honorent... Eh bien je serai votre petit héraut, je proclamerai vos faits d'armes, je tâcherai de faire aimer et servir le bon Dieu par toutes les lumières qu'il vous a données et qui ne s'éteindront jamais. Alors vous me favoriserez de vos douces caresses, n'est-ce pas mon petit Ange? vous viendrez semer autour de moi la petite poussière dorée de vos ailes d'or, il faudra que partout je vous sente.

Ce matin on a chanté les Sts Innocents [la poésie de Thérèse PN-44]. S Th. de St Augustin  est partie en pleurant quand on a chanté le couplet : « Comme eux je veux aussi baiser ta douce Face, ô mon Jésus. »  Moi, j'ai rougi, plutôt de fierté que de peine. A dire vrai je vous aime tant que je ne peux pleurer que d'un œil. Savoir que mon petit ange va quitter cette triste prison pour entrer dans une gloire infinie, quel bonheur pour un cœur de Mère. Tenez, je crois bien que plus tard c'est moi qui consolerai les filles. Elles viennent tour à tour m'exprimer leur sympathie pour vous et me font entendre des lamentations variées qui vraiment me touchent. (...) Au fond je vois qu'on vous aime fameusement, oui mais pas tant que moi,  car si l'on voyait ce qui se passe dans mon cœur on n'en reviendrait pas, tant le flux et reflux de tendresse que j'y sens pour mon ange chéri est fort et sans bornes comme l'océan. Encore une chose que je voulais vous dire. Vous savez bien ma petite fille que ce n'est pas ordinaire pour mon caractère d'avoir si bien pris l'épreuve de ces derniers temps, ce matin je m'en étonnais et le bon Dieu m'a dit : Mais c'est ta petite fille qui a prié pour toi, voilà le secret de ta force.

Je viens donc vous remercier et vous presser sur mon petit cœur. Si vous êtes déjà si puissante sur la terre, qu'est- ce qu'on verra, qu'est-ce qu'on sentira quand vous serez là-haut... Mère S.P. (Marie des Anges) dit que vous n'irez pas une seconde en purgatoire, hélas qui peut donc douter de cela... Cependant mon petit ange, comptez sur bien des petits cadeaux de ma part. Aussitôt votre mort moi je vous ferai aller en purgatoire pour soulager les petites âmes qui y sont avec mes petites prières. Ainsi vous demanderez à la S Vierge d'y descendre avec elle, portant mes petits verres de rafraîchissement, j'en aurai à vous offrir de plus d'une espèce, vous verrez, ce sera à mon tour de vous faire des petites joies.

 

*

 

Et donc à partir du 4 juin Thérèse cesse de coudre un peu pour Marie de St Joseph et elle commence à écrire son "petit devoir" (CJ 25.6.2).  Elle s’installe dehors PHOTO 081 dans la chaise d’infirme qu’Isidore Guérin avait achetée pour M. Martin lors de sa sortie du Bon Sauveur, comme elle le fera souvent au cours du mois.

 

le 5 juin mais cela ne pas va bien pour Thérèse. De Cornière vient la visiter et fait une ordonnance qui en témoigne, avec de la morphine à nouveau, et cocaïne. PHOTO 081bis

Marie de Gonzague, elle, soigne autrement en demandant une neuvaine de messes à N. D. des Victoires à Paris.  PHOTO 082 Voici sa statue qui se trouve alors à l’infirmerie - cela permet à Thérèse d’être au cœur de la neuvaine, à laquelle Les Guérin et La Néele s’associent.  Thérèse n’en attend rien pour elle, comme elle l’écrit à Bellière en LT 244  Notre bonne Mère voudrait me retenir sur la terre ; en ce moment on dit pour moi une neuvaine de messes à N.D. des Victoires, PHOTO-083  elle m'a déjà guérie dans mon enfance mais je crois que le miracle qu'elle fera ne sera autre que de consoler la Mère qui m'aime si tendrement.

 

Ce même jour elle relit sa pièce RP-3 sur Jeanne d’Arc : Mes sentiments sur la mort y sont tous exprimés.

 

7 juin C’est le jour où Thérèse renonce à simplement marcher au jardin, et c’est aussi celui de  la prise de 3 photos par Céline PHOTO 084

Une Céline exigeante, qui insiste pour prendre ses clichés bien qu’elle connaisse l’état de santé de sa petite sœur. Le jardinier l’a entendue dire : Faites vite je me sens épuisée. -085

Céline s’est excusée auprès de sa sœur ce qui nous vaut LT-243, où Thérèse lui tire les oreilles au niveau des arts : -086

Salomon, le roi le plus sage qui fut jamais sur la terre, ayant considéré les différents travaux qui occupent les hommes sous le soleil, la peinture, la sculpture, tous les arts, [au lieu d’écrire la photographie !] comprit que toutes ces choses étaient soumises à l'envie, il s'écria qu'elles ne sont que vanité et affliction d'esprit !...

 

9 juin  Ce bel anniversaire est aussi celui de la promesse d'une "pluie de roses"

087   A Sr Marie du Sacré Coeur qui lui disait : « Quelle peine nous aurons quand vous nous quitterez!»  Oh ! non, répondit-elle, vous verrez, ce sera comme une pluie de roses !

On l’a vu, Thérèse a travaillé depuis février son travail sur terre après sa mort pour sauver des âmes. Maintenant elle élabore.

L’origine de cette élaboration de Thérèse sur la manière de faire après sa mort vient d’un livre qu’on lisait au réfectoire depuis quelque temps : Histoire de St Louis de Gonzague, par J.M.S. Daurignac, 1864. Thérèse ne le trouvait pas terrible. Elle le commenta ainsi : « St Louis de Gonzague était sérieux, même en récréation, mais Théophane Vénard, il était gai toujours. »

La semaine où MSC était lectrice au réfectoire, on en était dans le livre à l’histoire d’un malade, qui sollicitait sa guérison. Il vit une pluie de roses tomber sur son lit, comme un symbole de la grâce qui allait lui être accordée. Thérèse s’enflamma pour l’image : « Moi aussi, après ma mort je ferai pleuvoir des roses !» 

 

Ce même 9 juin, elle inscrit une date à la mine PHOTO 088 sur le cahier noir où elle rédige à l’encre pour l’instant le MS C, c’est la seule date du manuscrit au folio 7 verso.

Dans son récit, elle vient d’y terminer la description de son épreuve de la foi – elle inscrit son 9 juin comme une antidote à cette nuit.

Vous savez que pour cette terrible nuit de Thérèse,  l’aumônier du monastère l’abbé Youf n’a pu être d’aucun secours, trop effrayé lui-même. Marie de Gonzague, qui en est informée comme prieure depuis longtemps, avait contacommunauté Godefroy Madelaine à l’abbaye de Mondaye pour lui demander qui pourrait aider Thérèse.  Il a pensé à Dom Abric, photo 089 alors abbé d’Aiguebelle

l’abbaye Notre-Dame d'Aiguebelle est une abbaye cistercienne.

(de 1882 à 1923). Ce dernier, après en avoir parlé au Procureur général de l’Ordre, déclina l’offre – il était débordé par ailleurs. Thérèse reste dans sa nuit sans le secours de professionnels. PHOTO 090 noire

14 juin Fin de la neuvaine de messes à N.D. des Victoires. Thérèse constate qu’elle n’est pas guérie !

 

21 juin Thérèse s’accorde un congé de rédaction du Ms C, en ce jour de fête de Saint Louis de Gonzague. Donc chômé & licence à cause de la prieure dont c’est la fête !

(Thérèse offre le magnifique cadeau de l’album-photo préparé en secret pour Gonzague.)

Elle en profite pour écrire à Bellière, ce qui ne la repose guère de ses écritures LT-247

Ah ! mon cher petit Frère, depuis qu'il m'a été donné de comprendre aussi l'amour du Coeur de Jésus, je vous avoue qu'il a chassé de mon coeur toute crainte. Le souvenir de mes fautes m'humilie, me porte à ne jamais m'appuyer sur ma force qui n'est que faiblesse, mais plus encore ce souvenir me parle de miséricorde et d'amour.

 

C’est sans doute ce jour-là ‘à cause des licences) qu’a été prise la photo n° 44 PHOTO 091-092 en juin 1897. Après le 2, donc car Marie Guérin a le voile noir.

Voyez la tête de Thérèse… incapable de rester immobile 9 secondes.

On comprend qu’elle soit vexée, quelques jours plus tard

le 29 juin, d’entendre des réflexions désobligeantes de Sr St Jean de la Croix sur son état de santé : Vous avez très bonne mine – on ne croirait pas que vs êtes malade ! ( idem le 25 août) Thérèse commente : Je vois bien qu'on ne me croit pas malade, mais c'est le bon Dieu qui permet cela.

 

 

30 juin Dernier parloir PHOTO 093 avec l’Oncle Isidore GUERIN et le même jour ou la veille parloir avec Léonie avant qu’ils partent à La Musse PHOTO 094 dont M. Guérin a hérité depuis la fin août 1888, avec X ; Y séjourne chaque été jusqu’en 1899.

Thérèse doit être bouleversée par cette rencontre car après son parloir, elle n’arrive plus à se contrôler et elle gronde beaucoup une novice.

Le même jour, elle abandonne la plume pour continuer le Ms C au crayon, folio 36 recto. PHOTO 095

Juillet 1897

 

2 juillet Va pour la dernière fois à l'oratoi­re, lieu de prière des sœurs malades où Thérèse avait peint une fresque en juin 1893.

 

6 juillet Son état si délabré que le médecin vient, et reviendra chaque jour. Le Dr de Cornière diagnostique une blessure au poumon droit et interdit de la bouger, même pour la descendre à l’infirmerie. Forte fièvre

7 juillet AJ lui demande d’être gentille avec le médecin, et de lui dire une parole édifiante. Thérèse l’envoie promener.

 

8 juillet Installation à l'infirmerie de la Ste Face 096. Cette photo très rare montre le ciel du lit : le lit est enfermé dans une sorte de boîte de tissu pour y garder la chaleur la nuit. On distingue les côtés mais aussi le haut du lit.

C’est toute une cérémonie que de descendre à l’infirmerie.

Le Manuel de Direction spirituelle recommande :  Si on envoie une sœur à l'Infirmerie et qu'elle puisse se mettre à genoux, elle le fera… et s'offrira à Dieu en qualité de victime entièrement dévouée à sa sainte volonté, pour la vie ou pour la mort, pour la maladie ou la santé, pour tant et si longtemps qu'il plaira au Seigneur.

On sait que les soeurs y descendent pour y mourir. C’est la désolation dans la communauté !

Mais quand elle descendit à l'infirmerie, Thérèse dit à Thérèse de St Augustin : « Que votre rêve se réalise bien ! »

 

La Vierge du Sourire 098 qui était dans l’antichambre de la cellule au premier étage est descendue avec elle. On la place en face du lit.

 

8 juillet 1897 MGuérin à son père : « Elle est admirablement soignée, on lui a appliqué aussi des ventouses sèches »  [L’ordonnance porte « 6 à 8 verres à ventouse »]. Voici les ventouses utilisées pour Thérèse PHOTO 098b

La ventouse est comme un cataplasme, mais express : 12 secondes au lieu de 12 heures pour soulever la peau. 98c On allume la ouate avec une allumette, on la dirige sous le verre qui se remplit d’air chaud, et on pose sur la peau qui immédiatement se soulève.

 

Sr Geneviève dort dans la cellule voisine.

Sr Marie de la Trinité retirée de l'emploi à l'infirmerie.

 

9 juillet Visite du chanoine Maupas PHOTO 099 Lui est le supérieur du Carmel – l’abbé Youf en est l’aumônier. Thérèse lui demande l’extrême onction – le Dr de Cornière dans sa visite du jour avait dit : « Elle n’en est pas encore là ! » Et Maupas, voyant Thérèse si joyeuse, trouve lui aussi qu’elle n’en est pas encore là. Thérèse est très déçue, comme l’écrit Marie Guérin à son père : Quand il a été parti, la petite malade était courroucée et elle a dit : « Une autre fois je ne me mettrai pas tant en peine… j'ai fait l'aimable, je lui ai fait la cour et il me refuse ce que je lui demande ! Une autre fois j'userai de feintise…  je lui répondrai à peine en lui disant que j'agonise.»  

 

Vers le 10 juillet Thérèse achève d'écrire sur son cahier noir (Ms.C). PHOTO 100.

Le 11 juillet  elle demande qu’on raconte à la fin du cahier l'histoire de la péche­resse convertie, morte d'amour.      

 

16 juillet Peu avant le 16 juillet , pendant une nuit d'insomnie Thérèse compose ses derniers vers bien facilement : le très beau PS-8 : "Toi qui connais ma petitesse extrême."  (totum p. 766)

Ce jour est la Fête de N. D. du Mont Carmel. Sr Marie de l'Eucharistie chante à la communion la Strophe 14 de Vivre d’amour PN 17 et ce récent poème PS 8. 

Ce jour est aussi l’anniversaire Photo 101 de sa chère sœur Marthe: 32 ans. Thérèse a composé PRI-20 Prière pour obtenir l'humilité.

 

Dernière lettre à Roulland LT-254.

Dernière aussi aux Guérin 255 c’est presque la fin de toute écriture, et pourtant

le 18 juillet  elle écrit la longue  LT-258 à Bellière éploré.

 

Les jours qui suivent : grande souffrance pour Thérèse de tout ce qui s’agite autour d’elle, des incompréhensions de ses soeurs. Harcelée de questions.

 

24 ou 25 juillet un petit mot aux Guérin pour accompagner un pauvre petit bouquet de fleurs PHOTO 102  peut-être cueillies par Th même et confié au sacristain, Auguste Acard, qui conduit l’abbé Youf à la Musse pour un séjour de santé – il est très malade et mourra quelques jours après Thérèse le 7 octobre à 54 ans. Les Guérin émus ont conservé les fleurs.

 

26 juillet On lui défend d'écrire mais elle écrit courageusement une autre lettre à Bellière LT-261 où elle raconte l’histoire de sa famille.

 

29 juillet médisance sur Thérèse qui la peine beaucoup. Une de ses soeurs lui avait rapporté à l’infirmerie cette réflexion faite en récréation : « Pourquoi donc parle-t-on de ma Sr Thérèse de l'Enfant Jésus comme d'une sainte ? Elle a pratiqué la vertu, c'est vrai, mais ce n'était pas une vertu acquise par les humiliations et surtout par les souffrances. »

Thérèse s’effondre : Et moi qui ai tant souffert dès ma plus tendre enfance ! Ah ! que cela me fait de bien de voir l'opinion des créatures au moment de la mort !

Et tout cela un jour terrible où Thérèse est très oppressée.

 

30 juillet Extrême onction et communion PHOTO 104 la procession vers l’infirmerie

Marie Guérin raconte à son papa le lendemain :  -105

C'était bien touchant, je t'assure, de voir notre petite malade toujours avec son air calme et pur ; lorsqu'elle a demandé pardon à toute la Communauté, plus d'une a fondu en larmes.

Août 1897

 

« ces jours-là » sans plus de précision, Thérèse écrit « toute son âme »  dans sa dernière lettre au Père Pichon. MSC joint cette lettre à la sienne dans un courrier pour le Canada et jette un œil sur les lignes de sa sœur. Touchée, elle décide a posteriori de la copier mais l’enveloppe tourne (qui voudrait ajouter un mot au bon Père ? dans la même enveloppe car ça coûte moins cher) et l’enveloppe part avant que MSC ne puisse copier la lettre de Thérèse. 

 

mais le 3 août LT 262 à Céline, Thérèse se dit aussi toute entière : PHOTO 106 Voyez l’écriture et le contenu :

O mon Dieu que vous êtes doux pour la petite victime de votre Amour Miséricordieux ! Maintenant que Vous joignez la souffrance extérieure aux épreuves de mon âme, je ne puis dire : «Les angoisses de la mort m'ont environnée» mais je m'écrie dans ma reconnaissance : «Je suis descendue dans la vallée de l'ombre de la mort, cependant je ne crains aucun mal: parce que vous êtes avec moi, Seigneur!»

 

ce même 3 août les La Néele regagnent Caen et dans 3 jours - le 6 août - ce sera au tour des Guérin mais Isidore veut aller en cure à Vichy et il consulte le Dr De Cornière qui lui dit qu’il peut partir sans crainte – lui-même s’en va à Plombières.[12]  PHOTO 107

 

6 août Transfiguration : on déménage la Ste Face du chœur PHOTO dans l’infirmerie, ornée de fleurs. Comme cette Ste Face m’a fait du bien dans ma vie !

7 août Que le bon Dieu est peu aimé sur la terre !

 

10 août Dernière lettre à l'Abbé BELLIERE LT 263 où elle lui dit que le médecin est étonné des progrès de sa maladie. Elle détaille l’héritage qu’elle lui laissera, notamment le petit crucifix tellement embrassé.  PHOTO 109  qu’il n'est pas beau, la figure du Christ a presque disparu… En le regardant je pense avec joie qu'après avoir reçu mes baisers, il ira réclamer ceux de mon petit frère.

 

12 août elle prend la peine d’écrire un petit mot PHOTO 110 pour Sr Marie de la Trinité qui a 23 ans. LT 264

           

17 août aggravation constante de l’état physique de Thérèse : oppression, étouffement, grande douleur du côté gauche ; enflure des jambes. Que faire ?

En l’absence de De Cornière, c’est Francis qui vient à son secours. Il s’est déplacé de Caen pour aller voir la grand-mère de sa femme Jeanne, Mme Fournet et il vient tout naturellement voir Marie Guérin au parloir. Il demande à voir Thérèse.

Il constate qu’elle n’en a plus que pour 15 jours. Le second poumon est pris, dit-il. Marie Guérin le cite dans une lettre à son père : « La tuberculose est arrivée au dernier degré ».

 

Enfin, le mot est prononcé, pour la première fois.

 

Francis écrira lui-même à Isidore son beau-père le 26 août 1897:

 

Aussitôt introduit… C'est ému jusqu'aux larmes que je lui parlais en tenant ses mains diaphanes toutes brûlantes de fièvre. Après l'avoir auscultée, je la fis asseoir sur ses oreillers. Vais-je bientôt aller voir le Bon Dieu, me dit-elle. – Pas encore, ma chère petite sœur, le bon Dieu veut vous faire attendre encore quelques semaines pour que votre couronne soit plus belle au ciel. – Oh! non, je n'y pense pas, c'est pour sauver des âmes que je veux souffrir encore. – Oui, c'est bien vrai, mais en sauvant des âmes, vous monterez plus haut dans le ciel, plus près de Dieu. La réponse fut un sourire qui illumina sa figure comme si le ciel s'ouvrait devant ses yeux et l'inondait de sa divine clarté. – Dans combien de jours irais-je au ciel? – Dans votre maladie, ma petite soeur, c'est bien difficile à dire. Dans quelques semaines, un mois, peut-être plus, à moins d'un accident, à moins que vous ne soyez bien pressée d'aller voir le bon Dieu. – Comme il le voudra j'attendrai… Je suis resté une bonne demi-heure près d'elle avec Céline et la mère Prieure. Je l'ai embrassée encore en partant et elle m'a accompagné jusqu'à la porte de son sourire que je n'oublierai jamais.

Le poumon droit est absolument perdu, rempli de tubercules en voie de ramollissement. Le gauche est pris dans son tiers inférieur. Elle est bien amaigrie mais sa figure lui fait encore honneur. Elle souffre beaucoup de névralgie intercostale, c'est ce qui m'a procuré le bonheur de la voir. J'y suis retourné le mercredi suivant, espérant bien entrer encore mais Marie et la petite prieure n'ont pas osé demandé à la Mère Marie de Gonzague la permission d'entrer pour moi une seconde fois. Je lui ai fait une ordonnance pour calmer ses douleurs car elle souffrait beaucoup ce jour-là et j'ai fait demander Céline pour lui donner quelques conseils.

 

19 août  dernière communion possible de Thérèse, qu’elle offre pour l’ex-père carme Hyacinthe Loyson 1827-1912 PHOTO 111 dont c’est la fête. Il est âgé de 70 ans. Très opposé aux enseignements du Pape Pie IX, il rompit avec l’Eglise dès avant la naissance de Thérèse en 1869 et se fit le promoteur de l’Eglise du Libre Esprit. Epousa la veuve protestante américaine Mme Meriman.

Ce même jour, c’est le pèlerinage national à LOURDES. L'Abbé BELLIERE y va avec sa mère ; et Jeanne, Francis et Léonie PHOTO 111b y partici­pent également. Tout cela est très bien mais Thérèse sera donc 13 jours sans médecin.

 

22 août escarres – le mal touche les intestins Thérèse souffre : « à en perdre la raison », dit-elle.  Une ordonnance sera envoyée par De Cornière par courrier le 25 août car elle souffre terriblement.

 

25 août Retour des pèlerins de Lourdes. Dès son arrivée, Léonie se précipite au Carmel, avec sa bonbonne d'eau de Lourdes.

 

28 août pour aider Thérèse, son lit est disposé au centre de l'infirme­rie pour voir le jardin PHOTO 112 début du 20e siècle. De sorte que Thérèse peut regarder le jardin, appuyée sur ses oreillers. « Oh ! que je suis contente ! » s’exclame-t-elle.

Vers midi, elle contemple la vigne qui recouvre le petit ermitage de la Ste Face, PHOTO 113 au bout du pré, directement en face de sa fenêtre. La vigne est très touffue cette année-là et Thérèse commente : "voyez-vous là-bas le trou noir où l’on ne distingue plus rien. C'est dans un trou comme ça que je suis pour l'âme et pour le corps. Ah oui, quelles ténèbres ! mais j’y suis dans la paix. »

 

30 août  C’est le jour de la dernière photo de Thérèse PHOTO 114 de n°45 allongée sous le cloître.

Pendant tout ce tralala pour la prise de la photo, Thérèse regarde le préau.Sr Marie du Sacré-Cœur, jardinière du préau, étant près d'elle, lui dit :"Voici un rejeton de rhododendron qui se meurt, je vais l'arracher.

- Oh! ma Sr Marie du Sacré-Cœur lui répondit Thérèse d'un ton de voix plaintif et suppliant, je ne vous comprends pas. Pour moi qui vais mourir, je vous en supplie, laissez-lui la vie à ce pauvre rhododendron."  PHOTO 115 Il lui fallut insister encore, mais son désir fut respecommunauté.  Or, ce pauvre rejeton était le seul survivant de magnifiques rhododendrons qui avaient été donnés. En peu de temps tous étaient morts, sauf le rhododendron de Thérèse en question.  On le vit ressusciter, raconte Marie des Anges qui était là, pousser des branches, les étendre, prendre une forme gracieuse qu'il n'avait jamais eu, si bien qu'aujourd'hui, il est l'un des arbustes les plus jolis du préau. PHOTO 116 En 2013 encore, 116 ans plus tard.

Pour savoir comment Thérèse se porte, il suffit de réaliser que le jour de cette photo PHOTO 117 elle a révélé à AJ ses pensées de suicide, recommandant de ne pas laisser auprès des malades des médicaments qui sont des poisons. Quand on souffre ainsi, dit-elle, on s’empoisonnerait très bien ! DE annexe

Très alarmée, AJ demande à Gonzague d’envoyer un télégramme à Francis rentré de Lourdes le 25 août. PHOTO 118 les 3 personnes qui s’occupent le plus de Thérèse.  Il est arrivé par le train de 19hr et est allé tout droit au Carmel. Il n'avait pas pu venir plus tôt. La dépêche lui est arrivée trop tard pour qu'il prenne un train du matin.

Il a trouvé que la maladie a fait des progrès depuis 15 jours. Le second poumon qui n'était alors pris qu'à la base est pris à moitié. Elle a toujours ses beaux yeux bleus, dit Francis à Mme Guérin, et elle a souri quand je lui ai dit qu'elle irait bientôt Là-Haut.

 

31 août Le lendemain, nouvelle visite de Francis, malgré une petite altercation la veille avec Marie de Gonzague, qui au fond aurait préféré le vieux de Cornière, plus proche d’elle que Francis au niveau générationnel. Francis avait été rude avec elle, comme il avait expliqué à Mme Guérin : « Je suis sûr qu'elles ne font pas toutes mes ordonnances. »

Marie de Gonzague pleura, lui envoya la dernière photo de Thérèse comme pour s’excuser.

Francis reviendra cependant voir Thérèse une dernière fois le 5 septembre.

 

Or dans le cahier d’ordonnances, deux pages ont été arrachées : manquent du 30 juillet 1897 (grosso modo à partir du départ de De Cornière) au 15 juillet 1898. Céline commente dans un texte sur feuillet volante : Les calmants qui ont depuis franchi les portes du monastère…à ce moment-là étaient prohibés comme une honte. C’est sans doute là la cause des pages arrachées…

Septembre 1897

 

Début septembre Thérèse a faim ! Cela révolutionne tout le petit monde qui s’agite autour d’elle. Gonzague lui ordonne de demander tout ce qu’elle désire : rôti, purée, éclair au chocolat, etc. Les Guérin assurent l’intendance et offrent une image à Thérèse pour la réconforter PHOTO 118b « Sourire à la souffrance. »

3 septembre Mme Guérin, qui écrit à Jeanne que Thérèse est si sensible aux petits cadeaux, aux petites attentions, suggère de lui offrir un petit panier avec des délicatesses. Elle le suggère à Jeanne, mais c’est Léonie qui le fera, avec ce petit panier PHOTO 119 que ses soeurs lui avaient  rapporté d’Italie. Elle l’offre à donne à Thérèse rempli de bonbons.

Léonie ne peut que prier et offrir pour la malade ces menus cadeaux par où s'exprime sa tendresse.

 

6 septembre  Thérèse pleure de joie lorsqu'on lui offre une relique de Th. VENARD. Cette relique est une petit cadeau de Sr Aimée PHOTO 120 qui n’aimait pas spécialement Thérèse, ou plutôt le clan Martin. Elle avait été infirmière jusqu’en 1896 environ, de sorte qu’un jour où il fallut changer le lit à l’infirmerie, Thérèse l'avait proposée : «Je crois que ma sœur Aimée-de-Jésus me prendrait facilement dans ses bras; elle est grande et forte, et très douce autour des malades. » Dix ans plus tard, Sœur Aimée se souvenait encore du regard céleste et si plein de reconnaissance et d'affection que lui porta alors Thérèse.

Alors Sr Aimée était en charge des reliques, elle connaissait ce qui circulait comme reliques dans Lisieux, et elle savait que les soeurs de l’Immaculée Conception (qui tenaient à Lisieux une école) en avaient une de Théophane Vénard. Notre Sr Aimée leur emprunte la relique, et la rendra après la mort de Thérèse.

 

 

8 septembre Nativité de la Vierge et 7e anniversaire de la profession de Thérèse. Ce jour-là on exposait sur l’autel du chœur une statuette de cire PHOTO 120 de la Bambina.  Le 8 septembre 1890 au soir, Thérèse avait déposé sa couronne aux pieds de la Ste Vierge... C'était la petite Ste Vierge d'un jour qui présentait sa petite fleur au petit Jésus... Ms A 77r

 

Ce jour-là, Léonie lui offre une boîte à musique PHOTO 121-122, dont les airs sont si doux que Thérèse les écoute avec attendrissement. Se voyant si choyée, elle pleure de reconnaissance : «C'est à cause des délicatesses du bon Dieu à mon égard, dit-elle ; à l'extérieur, j'en suis comblée, et pourtant, à l'intérieur, je suis toujours dans l'épreuve... mais aussi dans la paix !»

 

Et ce même 8 septembre, Thérèse demande à revoir l’image de N.D. des Victoires, sur laquelle elle avait collé la petite fleur de saxifrage offerte par son papa lorsqu’elle lui avait demandé d’entrer au Carmel. Elle y trace d’une main tremblante son dernier autographe, PHOTO 123 qui deviendra sa dernière prière. PRI-21

O Marie, si j'étais la Reine du Ciel et que vous soyez Thérèse,

je voudrais être Thérèse afin que vous soyez la Reine du Ciel !....

C’est le dernier texte écrit par Thérèse.

 

10 septembre De Cornière, rentré de vacances, est consterné par l’état de Thérèse. Il suggère des piqûres de morphine mais la prieure propose qu’on s’en tienne au sirop de morphine.

11 septembre Thérèse s’interroge sur la mort : qu’est-ce que c’est que cette séparation de l’âme et du corps… La psychanalyste Claude Bourreille écrit que la Foi est une expérience à prendre au sérieux. La réponse à la foi est dans le maintien de sa question jusqu’à la mort.

 

14 septembre On lui apporte une rose PHOTO 124 qu’elle effeuille avec beaucoup de piété et d’amour sur son crucifix. PHOTO 124 Vie en images /dessin de Jouvenot Les pétales glissent de son lit sur le sol et ses sœurs les ramassent...

le 15 septembre Je suis comme un voyageur fatigué, harassé, qui tombe en arrivant à la fin du voyage.

 

17 septembre Dr CORNIERE trouve que l’enflure des pieds augmente et que c’est mauvais signe: "Elle ne peut pas vivre plus de 15 jours.''

 

18 septembre  Ordination de l'Abbé DENIS (Joseph Denis de Maroy) qui célèbre le lendemain, donc le 19 septembre, une première messe au carmel. Comme séminariste, il avait déjà rencontré les sœurs Martin au parloir.  Thérèse demande à voir son calice après la célébration PHOTO 125 et sur la suivante PHOTO 126 on voit qu’il a fait graver la date de son ordination à la base de son calice.

Thérèse se mire dans le fond du calice! PHOTO 127 Céline explique dans CSG qu’elle faisait souvent cela comme sacristine en préparant les vases sacrés: il lui semblait que l’or ayant reflété son image, c’était sur elle que reposeraient les divines espèces.

 

20 septembre PHOTO 127d noir De Cornière parle de son héroïque patience à travers des souffrance qui, dans un corps d’une maigreur impressionnante, sont un vrai martyre. Thérèse elle-même revient sur le suicide 2 jours plus tard : « Si je n’avais pas eu la foi je me serais donné la mort sans hésiter un seul instant ! » (CJ 22 sept.)

 

25 septembre C’est bien facile d’écrire de belles choses sur la souffrance, mais écrire ce n’est rien !  Elle sait pertinemment de quoi elle parle, elle qui a beaucoup écrit sur la souffrance.

 

27 septembre Trois jours avant sa mort, Marie de la Trinité raconte qu’elle la vit dans un tel état de souffrance qu’elle en était toute troublée. Thérèse fit un effort pour lui sourire et d'une voix entrecoupée par l'étouffement, elle lui dit: « Ah ! si je n'avais pas la foi, jamais je ne pourrais supporter tant de souffrances! Je suis étonnée qu'il n'y en ait pas davantage parmi les athées qui se donnent la mort. » 

Ce jour-là elle demande à boire de l’eau de Lourdes.

 

 

29 septembre Thérèse entre en agonie PHOTO 128 de la Vie en images.  La Communauté récite autour d’elle les Prières de la recommandation de l’âme, que l’on récitait pour les soeurs agonisantes. Thérèse demande à se confesser, elle aura l’abbé Faucon PHOTO 129, car l’aumônier habituel l’abbé Youf est lui-même mourant. Faucon a été confesseur des carmélites qq fois par an de 1886 à 1891 alors qu’il était vicaire de St Jacques et est donc un familier du carmel.

Le même jour que l’Abbé Bellière embarque à Marseille pour ALGER.

 

30 septembre

MSC, qui a assuré la veille de la nuit avec Céline, est si bouleversée par l’état de Thérèse qu’elle hésite à revenir à l’infirmerie. Mère Agnès quant à elle prie devant la statue du SC et de Marguerite-Marie Alacoque à l’étage PHOTO 130 et photo 131 pour la statue pour que Thérèse ne se désespère pas dans ses derniers moments.

 

PHOTO 132 Thérèse expire à la fin de ce long jour.  M. et Mme Guérin prient à ce moment dans la chapelle du Carmel, avec Léonie. Tout de suite après la mort de Thérèse, AJ leur fait passer un billet :

Mes bien aimés Parents
Ma Léonie chérie
Notre Ange est au Ciel. Elle a rendu le dernier soupir à 7h. en pressant son crucifix sur son cœur et disant : « Oh! je vous aime! » Elle venait de lever les yeux au ciel, que voyait-elle…

 

Le 3 octobre, Céline prit un autre cliché PHOTO 133. Thérèse fut enterrée le 4 octobre au cimetière de Lisieux, où on enterrait les carmélites depuis 1887.[13]

PHOTO 134

 

La famille fait aussitôt part du décès PHOTO 135 tout comme le Carmel 135b

Le journal Le Normand publie une note nécrologique PHOTO 136

 

Le Carmel de Lisieux, via Marie de Gonzague, en avise à son tour tous les carmels de France et quelques-uns à l’étranger PHOTO 137 de la venue prochaine d’une circulaire…

Nous savons qu’aussitôt la tombe de Thérèse commencera à être visitée. PHOTO 138 Voici une photo prise l’année suivante, après le décès de Mère Hermance. La croix de Thérèse est à droite.

PHOTO 137 et voici son avenir tel qu’elle l’avait pressenti.

 

 

*

Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre !

 

 

A la mort de Thérèse, Mère Agnès hésite entre deux phrases pour inscrire sur la croix surplombant la tombe.

 

                   Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre !

 

et un extrait de la poésie PN-24 strophe 17 :

 

Que je veux, ô mon Dieu

Porter au loin ton Feu

Rappelle-toi.

 

Elle opte pour la poésie, mais un ouvrier ayant laissé traîner sa manche sur la peinture encore fraîche, rendant ainsi le texte illisible, AJ a fait inscrire à la place sa première idée.

 

 

 

 



[1] Sr St Pierre de Ste Thérèse (que Thérèse aidait pour aller du choeur au réfectoire) remplit seule, pendant 15 ans, l'office des pains d'autel ; Sr Aimée entrée en 1871 - MSC entrée en 1886

 

[2] Si vs saviez comme il faut lui pardonner, dit-elle à MSC selon le témoignage de cette dernière, comme elle est digne de pitié ! Ce n’est pas sa faute si elle est mal douée. Elle sortira en 1909, à la demande de la nouvelle prieure Marie-Ange, qui exigera du Dr La Néele un certificat médical justifiant l'éloignement de la communauté pour neurasthénie grave.

[3] Godefroid Madeleine, prémontré de Mondaye, prêche un triduum ces 22-24 juin 1896 pour disposer les sœurs à la grâce du jubilé exceptionnel concédé aux catholiques de France, en l'honneur du 14e centenaire du baptême de Clovis à Reims.

[4] Ami des Guérin, il fut appelé à reconnaître les restes de la sainte en qualité de médecin assermenté lors des exhumations de 1910 et 1917 -   dcd le 25 juin 1922 à Lisieux.

 

[5] Avoir soin de bien nettoyer la place où l'on veut l'appliquer, le serrer sur la peau, l'y

fixer au moyen de sparadrap et retenir le tout au moyen d'une serviette. Un

vésicatoire a produit son effet quand, en le soulevant, on aperçoit une ou

plusieurs grosses cloques. Dans ce cas, on soulève le vésicatoire, on perce la

cloque pour permettre au liquide qui s'y trouve de s'écouler et on fait un pansement. Il faut de dix à douze heures pour obtenir l'effet ci-dessus indiqué. Jacques Nauroy in: Revue d'histoire de la pharmacie, 73e année, N. 265, 1985. pp. 113-115.

 

[6] Le carmel avait reçu des bibelots pour les missions dont une toupie. Plusieurs sœurs n’en avaient jamais vu alors MT leur fit une démo à la récréation.

[7] Frère Siméon, Frère des Ecoles chrétiennes. 1814-1899

Il participe à la fondation du collège français à Rome où il aimait recevoir ses compatriotes en visite à Rome. Il reçut M. Martin en septembre 1885 au retour de Constantinople et en novembre 1887, sans doute sans Céline et Thérèse, en excursion à Naples. Il correspondit avec le Carmel entre 1890 et 1898.

 

[8] du 10 février 1891 au 20 février 1893.

[9] Le pointillisme est un courant artistique issu du mouvement impressionniste qui consiste à peindre par juxtaposition de petites touches de peinture de couleurs primaires (rouge, bleu et jaune) et de couleurs complémentaires (orange, violet, vert). On perçoit néanmoins des couleurs secondaires, par le mélange optique des six différents tons seulement1. Cette technique est née en France notamment sous l'impulsion de Georges Seurat.

[10] dans les 6 n° du 10 janvier au 31 mars 1897.

[11] Confidence de Marie de la Trinité à AJ - 17 janvier 1935.

[12] L'état stationnaire de Thérèse, à partir du 5 août, ne laissait pas prévoir de complications immédiates. Avant de partir en vacan­ces pour Plombières, le Dr de Cornière avait donc simplement conseillé quelques soins et indiqué un confrère lexovien (cf. L 66). On n'eut pas recours à ce dernier, pour la raison que le Dr La Néele, bien qu'exerçant à Caen, venait souvent à Lisieux et pouvait visiter sa cou­sine en cas de nécessité

[13] Thérèse a été la première carmélite enterrée dans le second enclos de  la communauté au cimetière de la ville. On y enterrait les carmélites depuis 1887, date à laquelle on avait acheté un terrain.. Dix ans plus tard, ce petit terrain était rempli et M. Guérin, prévoyant la mort prochaine de sa nièce, acheta pour la communauté un second terrain. Le 4 octobre 1897,  Thérèse y fut la première inhumée.

 

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