Tableau de Céline Martin: la Vierge et Marie-Madeleine

La sainte Vierge et sainte Madeleine. Huile.


"Cette peinture a une histoire : c'est ce tableau que, le 16 Juin 1888 (il venait sans doute d'être verni) je portai à Papa dans son Belvédère. C'est à son occasion qu'il me proposa de me faire prendre des leçons à Paris. Je lui confiai alors que je voulais être religieuse et préférais être moins savante plutôt que d'exposer mon âme à ternir sa pureté dans les ateliers des artistes. « Viens, me dit-il tout ému, allons ensemble devant le St Sacrement remercier le bon Dieu de l'honneur qu'il me fait en me demandant tous mes enfants… »  Ce tableau fut encore le sujet d'une conversion. Nous étions dans la petite maison de la rue Labbey près de l'habitation de mon oncle. Papa, paralysé, était avec nous. Pour le soigner, nous avions un domestique. Cet homme était d'une bonne et chrétienne famille, mais sa conduite, sous tous rapports, ne répondait pas à son éducation. Or, un jour qu'il faisait le ménage de la grande chambre où se trouvait ce tableau, il m'arriva tout en larmes, se jeta à genoux à mes pieds me disant que le tableau lui avait parlé et qu'il voulait changer de vie. « Jusqu'ici, me dit-il, j'ai paru faire mon devoir religieux, mais c'était pour ne pas contrarier ma mère et mes soeurs, je fai­sais des sacrilèges. » II me continua sa confession, mais je 1’arrêtai lui disant d'aller trouver vite Mr le Curé. Je voulais qu'il profite de la grâce qui à ce moment était intense. Il y alla et me revint tout radieux. M. l'Abbé Bohée, curé doyen de St Pierre à qui il s'était adressé vint l'après-midi revoir son pénitent. Il me dit que cette conversion était une des plus belles de son mi­nistère, il exultait. Et dire que c'est ce pauvre tableau, plein de fautes, l'enfance de l'art, qui a produit cette merveille ! J’en ai été bien reconnaissante au bon Dieu qui daigne se servir des instru­ments les plus misérables pour opérer ces prodiges." Note de Céline.

Powered by FW Gallery