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Jeanne La Néele à son père M. Guérin - 29 septembre 1885

 

Ce 29 Septembre (1885)

 

Encore deux jours, mon cher petit Père, et tu ne seras plus seul, sans ta famille et dans ta grande maison, cela te semblera bon n’est-ce pas ? et nous aussi nous serons heureuses de revenir avec toi, c’est si triste de penser que tu es tout seul là bas à Lisieux. Trouville n’est pas gai pour le moment, tous les étrangers s’en vont et la plage commence a être abandonnée. Hier nous y avons passé deux heures à l’abri d’une cabine, nous n’y étions pas trop mal ;Céline, Marie et Thérèse se sont déchaussées pour s’amuser un peu au bord de la mer, il n’y faisait pas froid, aujourd’hui je crois qu’il va faire beau. Hier soir , ces demoiselles de Neuville ont passé la soirée avec nous, nous les avions vues dans l’après-midi et elles s’étaient plaintes de la longueur des veillées, maman les a donc invitées à venir après leur dîner jouer un peu avec nous, Madame de Neuville n’a pas pu venir ; Cette bonne Madame Maudelonde avait eu la bonté de nous faire faire deux tartes aux prunes que nous avons mangées pendant la soirée, elle est venue nous aider à les manger et nous avons joué à toutes sortes de petits jeux jusqu’à neuf heures et demie. Hier c’était la fête de Saint Michel, nous avons assisté à la messe et fait la sainte communion, nous n’avons pas oublié de prier pour la France, et pour que le bon Dieu t’aide à établir l’adoration nocturne . S’il faisait beau jeudi, et que tu puisses venir cela nous ferait plaisir, cela te donnerait deux jours à passer à Trouville puisque tu dois venir nous chercher Vendredi, maman ne m’a pas chargée de te dire cela, elle aurait peur de te contrarier cette chère petite mère, si tu ne viens pas, mon cher petit Père, et que le temps soit beau je regretterais. La journée de Dimanche ne pouvait pas compter, il faisait si mauvais temps.

Je n’ose trop espérer ta visite pour demain, mais enfin peut-être que tu nous surprendras. Adieu, mon petit Père chéri, je t’embrasse bien fort, et suis chargée de la part de toute la famille de t’envoyer mille baisers

Ta petite fille

Jeanne

Enf. de Marie

Maman n’a pas eu le temps d’écrire à bonne maman, elle pense que n’ayant plus que deux jours à passer ici, bonne maman ne lui en voudra pas, si j’ai le temps ce soir je lui écrirai. Souhaite le bonjour de notre part à toute la famille n’oublie pas Aimée à laquelle je recommande toujours de bien te soigner.

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