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De Mme La Néele à Thérèse - 22 (?) août 1896

 

De Mme La Néele à Thérèse.
22 (?) août 1896
Date déduite du contenu.

Ma Chère petite Thérèse,
Que tu es gentille de m'avoir adressé une aussi charmante poésie a ; je ne sais comment t'en remercier.
J'ai pleuré en la lisant, mais ce n'était pas des larmes de douleur, c'était quelque chose de bien doux
qui me les faisait verser. Aussi je tiens à venir te dire un gros merci pour le plaisir que tu m'as fait.
Hélas ! il nous éprouve bien en ce moment le bon Jésus, nos chers parents sont au lit. Il y a un petit
peu de mieux aujourd'hui, mais je crains qu'ils ne soient encore longtemps souffrants. Nous avons
commencé une neuvaine à Notre Dame de Lourdes avant-hier, chaque jour je leur donne un peu
d'eau de Lourdes; depuis que cette neuvaine est commencée papa n'a pas eu de crises aiguës. Je suis à
Lisieux depuis vendredi, je repars lundi matin pour revenir jeudi, tu vois que je mène une vie nomade.
Léonie soigne très bien papa et maman, elle est vraiment bien bonne et bien dévouée et leur rend de
grands services. Remercie ma petite Marie de l'Eucharistie pour la belle lettre qu'elle m'a écrite et pour
ses bons souhaits ; j'ai encore pleuré en lisant ce qu'elle m'avait écrit sous son image de prise d'habit,
décidément c'était la journée des pleurs. Le Docteur Saint et Célèbre (PN 37) a été ravi, il me charge
de remercier beaucoup sa chère petite sœur Thérèse de l'enfant Jésus.
Je vais donc mettre à profit les confidences que Jésus t'a faites, et je vais m'abandonner complètement
à sa sainte volonté. Il sait bien mieux que moi ce qui m'est nécessaire et si nos prières ne sont pas
exaucées, c'est sans doute parce que l'objet de mes désirs serait un obstacle à mon salut. Je te dirai,
ma chère petite Thérèse, que le bon Dieu m'a accordé la grâce de la résignation ; au commencement
de mon mariage je faisais comme les israélites dans le désert, je murmurais, je me révoltais et cela
ne m'avançait pas du tout au contraire, maintenant je me soumets ; je ne te dirai pas que mon cœur
ne se serre pas lorsque je vois un petit enfant dans les bras de sa mère, mais je ne suis plus tentée de
murmurer et il me semble entendre la Ste Vierge me dire : « Va communier, va à la sainte table et
je te donnerai mon cher petit Jésus, alors tu ne seras plus seule et tu seras plus heureuse que la plus
heureuse des mères. » Je m'aperçois ma chère petite Thérèse que ma lettre est bien mal écrite, je te prie
de m'excuser, Léonie est occupée dans sa chambre, et je suis continuellement dérangée par mes chers
malades. Embrasse bien la petite Marie de l'Eucharistie et les trois autres petites sœurs, dis-leur que
Francis vient d'arriver et qu'il a trouvé nos chers parents mieux. Remercie bien la bonne Mère Marie
de Gonzague de ses souhaits si affectueux, dis-lui que je fais bien des vœux pour sa guérison.
A Dieu, ma chère petite Thérèse, je t'embrasse bien fort en te recommandant de bien prier pour moi,
car ton cher petit Jésus ne peut rien te refuser.
J. La Néele

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