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De Mme La Néele à Céline. 20 octobre 1894

De Mme La Néele à Céline.

20 octobre 1894

Ma chère petite Céline,

C'est à mon tour aujourd'hui de te dire, merci; oh! oui merci de tout mon cœur pour tout le bien que tu m'as fait par ta bonne lettre; Non ma chérie, le bon Dieu ne nous a pas exaucées selon nos désirs mais Il a entendu nos prières et je suis sûre qu'il nous accordera ce que tu lui as demandé avec tant d'instance. Jésus ne peut rester insensible aux prières de sa petite fiancée qui s'est donnée à Lui si généreusement. Aussi, ma chère petite sœur, depuis ton entrée au carmel tu nous as déjà obtenu bien des grâces. Si tu savais comme mon Francis est bon et pieux, il l'a toujours été, mais depuis qu'il s'est fait un règlement, depuis que sa petite sœur lui a obtenu la lumière sur certaines choses qu'il ne comprenait pas, il est d'une piété exemplaire. Hier, sa sœur me disait: "J'ai vu mon frère à la messe de 7 heures mais il ne m'a pas vue, il prie le bon Dieu comme un ange." Elle avait des larmes plein les yeux et moi j'avais bien du mal à retenir les miennes, tant mon cher mari me donne de joie et de bonheur.

Oui, ma chère petite Céline, j'accepte de tout mon cœur les sacrifices que le bon Dieu me demande. S'il me demande le sacrifice de la maternité, je lui offre cette peine pour sa plus grande gloire.

N'était-ce pas la devise que Francis avait fait graver sur ma bague de fiançailles : A.M.D.G. Tout pour la plus grande gloire de Dieu. Tu me dis, ma chérie, que ces quatre années ont été fécondes pour le Ciel. Hélas! j'en doute, j'ai su si mal porter ma croix. La première année surtout, j'ai souvent murmuré contre cette épreuve. J'ai bien souvent pensé à ce que tu m'écris : que N.S. ne nous demandera pas si nous avons eu des enfants, ce n'est pas le but de notre vie ; notre but c'est de faire la volonté de notre Père qui est dans les cieux. Comme tu m'as fait du bien ma chérie, j'ai lu et relu ta lettre, je l'ai méditée et je la garde précieusement. Francis disait qu'elle était si belle qu'elle était à encadrer. Tu penses si j'ai ri, l'encadrer ce n'est pas bien utile, mais je la mettrai en lieu sûr et je la relirai souvent. Écris-moi de temps en temps, tu me feras un grand plaisir.

J'aurais voulu aller te voir dimanche, pour souhaiter la fête de Thérèse, j'avais l'intention de la lui souhaiter de vive voix, c'est pourquoi je ne lui avais pas écrit, puis j'ai eu un empêchement et les petits gâteaux ont seuls parlé pour moi. Embrasse donc notre chère petite Thérèse et dis-lui combien je l'aime et que je prie le cher petit Jésus qu'elle adore d'exaucer tous les vœux que je forme pour elle.

C'est aussi ta fête demain, ma chère petite Céline, je voudrais pouvoir t'embrasser fort comme je t'aime, et te dire comme je désire te voir heureuse dans ta vocation. Je termine car l'heure du courrier approche, je viens de voir Léonie. Elle n'a pas pleuré depuis trois jours, elle est mieux depuis la fête de la Bse Marguerite Marie. J'ai eu une longue conversation d'une heure avec la maîtresse des novices. Je la rapporterai à Marie qui t'en parlera à son prochain parloir. D'ailleurs elle ne m'a rien dit de plus que ce que maman t'a rapporté à son dernier voyage. Elle m'a donc dit que Léonie était mieux depuis trois jours, mais qu'il fallait prier avec acharnement car elle ne répondait pas de la persévérance de notre Léonie.

A Dieu, ma chérie, je t'embrasse fort comme je t'aime, ainsi que tes trois petites sœurs.

Ta Jeanne

Francis me charge de mille amitiés pour ses chères petites sœurs.

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