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De Jeanne Guérin à Céline - 10‑11 novembre 1887.

De Jeanne Guérin à Céline 10‑11 novembre 1887.

 

Ma Chère Céline,

Je viens du sermon, la neuvaine des morts est finie ce soir, c'est à cette heure que nous nous réunissions d'habitude ; depuis huit jours tout est bien changé pour nous; au lieu de nous entretenir avec vous, nous allons rêver de vous. Si tu savais comme notre pensée s'envole souvent vers vous; elle a bien vite quitté Lisieux pour vous suivre visitant Milan, Venise, Bologne, que sais-je encore? Tout ce que je puis te dire, c'est que je crains bien que le pauvre Tom (l'épagneul de Thérèse) n'ait pas la même consolation que moi, celle de rêver de vous; il nous fait pitié avec ses pauvres yeux tristes et ses jappements qu'il pousse quand il nous aperçoit. Tout semble bien triste chez vous quand vous n'y êtes pas, jusqu'au Saint Joseph du petit cabinet qui m'a paru attristé de votre départ. J'ai appris à l'instant que vous étiez émerveillées de la Suisse; papa revient du Carmel où il a vu la mère prieure et nous a rapporté de vos nouvelles. Hier nous avons eu un bon parloir avec elle et nos chères cousines; nous sommes restées plus d'une heure à parler de vous. Nous pensons bien souvent à notre petite Thérèse, nous espérons que le bon Dieu tirera un grand bien de son voyage à Rome, et qu'il se laissera toucher par toutes les prières qui lui sont adressées. Je remercie bien ce cher petit ange d'avoir pensé à moi dans l'Eglise du Sacré Cœur, j'en ai été bien touchée.

Pendant que vouscourez le monde en admirant les merveilles de Dieu, notre petite vie s'écoule toujours la même, je serais fort embarrassée de t'apprendre des nouvelles, nous avons beaucoup d'ouvrage pour le moment, mais tout ce travail ne nous empêche pas de trouver le temps long et de désirer le retour de nos chères petites sœurs.

Adieu, mon petit Célin, je t'embrasse bien fort et te prie de donner un bon baiser de ma part à ma Thérèse

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