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De Jeanne Guérin à Céline - 24‑25 juin 1887.

De Jeanne Guérin à Céline. 24‑25 juin 1887.

 

Ma Chère Céline

Cette fois c'est moi qui suis en retard avec toi; tu es bien gentille de m'avoir écrit si vite, le facteur est toujours attendu avec impa­tience à Trouville. Hier matin cependant je ne l'attendais pas; il passe vers 7 heures à la maison, il faut que je le confesse, je dormais encore; mais quel doux réveil en jetant un regard sur ma table de nuit, deux lettres; c'est en me frottant les yeux que je les ai lues, la tienne m'a fait bien rire, comme il y a eu des événements dans votre ruelle depuis mon départ. Thérèse n'a pas été affligée du tout de la mort de son ver à soie a; elle se porte toujours bien la grande Thérèse et s'amuse aussi je crois; hier nous avons cueilli de la trem­blette dans le parc; figure-toi un champ de grandes pâquerettes et de tremblettes, jamais nous n'avions vu une chose pareille, nous en avons deux gros bouquets. Nous avons été aux roches chercher de l'eau de mer, Thérèse s'est déchaussée un moment. Nous allons tous les jours sur la plage, deux fois par jour

Mercredi nous avons passé l'après-midi avec ces demoiselles Colombe (à Deauville, où les Colombe ont une villa, prêtée aux Guérin), Alice m'a beaucoup parlé de Marguerite Fleuriot.

Depuis quelques jours il fait beaucoup plus froid; Marie est tout à fait souffrante du mal de dents, je ne sais si elle pourra supporter sa dent plombée b, Cette pauvre fille n'a pas encore pu profiter de son voyage, elle n'a vraiment pas de chance; heureu­sement que nous avons Thérèse pour la régayer un peu, elle en a besoin. Je n'ai pas peint du tout cette semaine; toutes nos pro­menades étant dirigées vers la plage, je n'en ai pas fait bien long ni en peinture, ni en couture.

[2 r°] As-tu été voir ma tante Maudelonde ? Marguerite est souffrante cette semaine, tu serais bien aimable d'aller la voir, cela lui ferait plaisir.

J'ai reçu une lettre de Marguerite Leroy en même temps que latienne, sa lettre est admirable de sentiment, on voit qu'elle a une force, un courage extraordinaire, mais on voit qu'elle est [2 v°] bien malheureuse et bien chagrine (Marguerite Leroy (1867‑1935), future Mère Marie du Rosaire à l'Abbaye de Lisieux (voir ses dépositions aux deux procès)connaît une épreuve de famille analogue à celle qui frappera les Martin dans deux ans).

Viendras-tu nous voir mon petit Célin ? tu pourrais venir un Dimanche avec papa, mon oncle viendrait passer un jour à Trouville le Jeudi suivant par exemple et te ramènerait.

Ecris-moi surtout, quand le cœur t'en dira et quand tu auras le temps, tes lettres nous font toujours bien plaisir.

Pauline nous a envoyé l'autre jour une petite pièce de vers charmante qu'elle avait composée à notre intention, je ne te demande pas de m'écrire en vers, oh ! non cela te donnerait trop de mal et te demanderait trop de temps, écris-moi en prose, mais le plus souvent possible des lettres qui aient le talent de me réveiller et de me faire sortir du lit.

Adieu, ma chère Céline, je t'embrasse de tout mon coeur, un bon baiser à léonie.

Tout à Toi

Jeanne

Bonjour à mon oncle pour moi.

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