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De Jeanne Guérin à son père - 16 juin 1886.

De Jeanne Guérin à son père. 16 juin 1886.

 

Trouville s/mer 16 Juin 1886

Mon cher petit Père

Dans quelle charmante maison tu nous as installées (au « Chalet des Lilas », 29, rue de la Cavée, du 15 juin au 31 juillet 1886), comme on vit heureux ici, comme on y vivra heureux surtout Dimanche prochain (avec la venue de M. Guérin, retenu en semaine à sa pharmacie). Marie dans ce moment est dans le jardin occupée à écaler des petits pois, l'air de la mer nous arrive tout droit et on peut le respirer à pleins poumons, car malgré le beau temps il fait un vent du nord très froid. Nous avons été sur la [1 v°] plage cette après midi environ trois heures, derrière les cabines, on y était fort bien. Il y a déjà quelques personnes sur la plage, je voudrais qu'il n'y en ait pas davantage, on est si bien, si tranquille en ce moment.

Nous avons appris par mon oncle (M. Martin, qui vient de temps en temps passer une journée à Trouville avec l'une ou l'autre de ses filles) que ces demoiselles de Neuville viendraient passer le mois de Juillet à Trouville, elles ont loué dans une rue derrière Madame Maudelonde, nous ne serons pas tout à fait dans le même quartier mais nous pourrons nous rencontrer sur la plage. Quelle différence d'air, de jour, de gaieté, de tout enfin entre notre rapide côte et les petites rues de Trouville ; nous sommes tout près du [2 r°] parc, ce qui me permettra d'emporter ma boîte à peinture, il y a de si jolies choses à prendre. Je te prie de m'apporter Dimanche un carton pour peindre, de 20 centimètres de longueur à peu près ; je ne sais pas le numéro, c'est pourquoi je te donne à peu près la dimension que je désire. Il ne faut pas confondre ce carton avec le papier à peindre ni avec une toile, ce qui n'est pas du tout la même chose, j’espère que tu trouveras ce carton chez Mme Beau. Je termine, mon bon petit père, en te remerciant de nous avoir choisi une maison si gentille, tu ne pouvais pas trouver mieux, pour ne pas dire aussi bien.

Adieu chère (sic) petit père, je pense [2 v°] bien à toi et je t'embrasse des billions de fois.

Ta petite fille qui te chérit

Jeanne

le Bonjour à tous.

Mon cher petit Père

Je ne veux pas laisser partir la lettre de Jeanne sans te dire un mot du bonheur que j’ai éprouvé en voyant la maison. Elle est charmante, je suis déjà habituée complètement, le jardin est bien plus grand que je ne pensais et il y a de la place pour jouer une partie de volant. Je me plais beaucoup dans ma chambre d’où j’ai une vue magnifique, ce matin je m’amusais dans mon lit, à regarder la mer. Nous avons été faire une visite à Louise Bellanger qui a été très gentille pour nous, elle va bien mieux.
Le papier me manque, mais il m’en reste toujours assez pour te remercier et te dire tout ce que te petite fille peut trouver de meilleur dans son cœur. Reçois une grande part de mes baisers. N’oublie pas toute la famille. Comment va bonne maman.

Ta petite fille

Marie

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