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De Mme Néele à Céline - 23 janvier 1892.

 

De Mme Néele à Céline. 23 janvier 1892. 

Ma Chère Céline,

La poste m'a apporté  hier une affectueuse lettre qui m'a fait bien plaisir. L'affection ne se paie que par l'affection, crois donc bien, ma chère petite sœur, que je ne serai pas en retard avec toi. Je vois que vous me plaignez beaucoup de toutes les visites que j'ai à faire. Hier j'en ai reçu onze, c'est-à-dire que pendant trois heures de temps, je n'ai pas quitté mon salon. C'est tout une nouvelle étude à faire pour moi, le [ l v°] monde que je vois n'est pas le même que celui que nous fréquentions à Lisieux. On ne me parle que de bals, de théâtre, voilà le principal sujet des conversations, tu penses que je n'y brille pas et si toutes ces jacasseries m'ennuient. Je n'avais jamais vu les femmes sous un aspect aussi frivole comme je les vois depuis que je suis à Caen. La vie n'a qu'un but : s'amuser. Aussi tu ne t'étonneras pas si toutes ces dames n'éveillent pas en moi une grande sympathie. Hier j'ai vu Mme Asseline et sa fille et certes c'est bien leur visite qui m'a fait le plus de plaisir. Dans quelques jours on ne parlera plus de visites, heureusement !

Francis est toujours bien occupé, il ne s'arrête plus, je crois qu'il a encore plus de malades [2r°] qu'il y a huit ou dix jours alors que vous étiez à Caen.

Je suis contente de voir que Maman et Pauline se portent mieux, je ne sais quand je pourrai aller à Lisieux, mon mari ne peut songer à y aller en ce moment : il remplace le Docteur Vigo, parti en voyage, ce qui lui donne un surcroît de besogne. Je serais bien heureuse de vous voir, car le Dimanche surtout le temps me paraît un peu long. Mme Mouton va venir déjeuner ici, ce qui va me distraire un peu.

Je pense toujours bien à  vous trois et c'est là le plus gros nuage qui se montre en ce moment dans mon ciel bleu, c'est d'être loin de vous tous. J'aurais si grand besoin de vos conseils, enfin le bonheur parfait n'est pas de la terre, et je remercie chaque jour le [2v°] ciel de la bonne part qu'il m'a faite. Je vais te quitter, ma chère petite Céline, car l'heure du déjeuner est arrivée. Je t'embrasse mille et mille fois comme je t'aime, embrasse pour moi mon petit Père, ma petite mère et mes petites sœurs et reçois pour toi les meilleurs baisers de

Ta Jeanne

Le 23 janvier 1892

Francis se joint à moi pour vous embrasser tous ainsi que bonne-maman.

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