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De Mme La Néele à Léonie - Mars 1893.

 

De Mme La Néele à Léonie. Mars 1893. 

Ma Chère petite Léonie.

Je t'ai gardée pour la fin, c'est toi qui es servie la dernière et cependant tu es l'aînée ; c'est donc toi qui aurais dû avoir mon premier merci après mon anniversaire, mais je ne t'ai pas oubliée et j'ai tenu à répondre à tes souhaits si affectueux. Donc pour être la dernière servie tu n'en es pas la moins aimée [1 v°] et tu n'auras rien perdu pour attendre, d'abord parce que je vais te faire une longue causerie, ensuite parce que je vais te rassurer sur le petit paquet que tu m'as confié et qui vient de prendre le chemin de sa destination.

Je ne serai pas bien longtemps sans te voir, ma chère Léonie, nous pensons aller à Lisieux dimanche (5 mars) à moins que les malades, qui sont devenus très nombreux depuis deux jours, ne nous retiennent ici. En arrivant dimanche à 6 h. Francis a été positivement assailli et il est revenu dîner à neuf heures.

Il soigne en ce moment des personnes très gravement malades, mais d'ici quelques jours, il peut y avoir du [2 r°] changement ; hier je suis allée en voiture à Cagny et le soir nous avons dîné chez Henry avec la famille Pézeril.

J'ai été toute surprise de trouver mon oncle Maudelonde, vous aurez donc de nos nouvelles demain, doublement puisque tu recevras ma lettre et que tu voudras bien la communiquer à maman. Je voudrais bien que cette chère petite mère ne soit pas inquiète, elle compte recevoir une de mes épîtres demain, mais comme je t'écris j'ai pensé que ma petite maman serait aussi satisfaite et ne serait pas jalouse. Donne-lui un bon baiser pour moi et dis-lui que je l'aime bien, du reste elle aura des baisers de moi dimanche tant qu'elle en [2 v°] voudra. Dis-lui aussi que je vais très bien je n'ai pas eu de migraine après la soirée d'hier.

J'ai joué à la banque je n'ai fait absolument que de perdre, ce qui m'a montré  encore une fois la vérité de l'axiome : Qui n'a pas de chance au jeu en a en ménage.

Remercie Céline pour moi de sa dorure qui fait à ravir, embrasse bien pour moi mes chères petites sœurs, papa et mon bon oncle (M. Martin, qui habite rue Labbey avec Céline, tout près des Guérin), que je n'oublie pas et que je nomme souvent au bon Saint Joseph.

Adieu, ma chérie, je t'embrasse comme je t'aime. Francis vous envoie toutes ses amitiés.

Tout à Toi

Jeanne La Néele

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