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De Jeanne La Néele à Léonie Martin - 11 avril 1892.

 

De Jeanne La Néele à Léonie Martin. 11 avril 1892. 

Le 11 avril 1892.

Ma chère petite Léonie,

Tu as été fêtée par tout le monde et ma lettre arrivera une fois la fête passée. Il y a tant de Saint Léon que vraiment on s'y perd et je ne sais jamais lequel est le tien. Je compte sur ton indulgence, ma chère Léonie, pour me faire pardonner ; j'espère donc que tu voudras bien recevoir mes souhaits qui partent d'un cœur plein d'affection pour toi. Je voudrais pouvoir t'offrir une fleur et me joindre à toute [lv°] la famille pour t'exprimer mes souhaits de vive voix, si j'étais petit oiseau, je volerais vers toi pour te chanter ma plus belle chanson, mais je n'ai pas d'aile, il faudra donc remettre à la semaine prochaine et baisers et chansons.

J'ai reçu ce matin la lettre de ma bonne petite Mère qui me demande des nouvelles de Francis ; il va bien mieux aujourd'hui, il a repris visites et consultations à  la grande joie de ses clients, qui pendant son lombago se montraient intrépides et voulaient forcer la porte pour arriver à lui. J'ai été forcée d'en faire monter quelques-uns puis de faire les commissions des autres qui me racontaient leurs misères pour que j'en parle à mon mari. Tout cela est fini et je fais des préparatifs pour le mariage (d'Henry Maudelonde le 20 avril 1892. C'est à cette fête qu'il faut rapporter l'épisode de la danse manquée de Céline), afin que vous soyez bien tous ici. [2r°] Voudrais-tu demander à maman ce qu'elle a décidé pour la coiffure ?

Ensuite je ne sais si la petite Marie serait utile mercredi matin pour aider à la toilette de tout le monde ? Je la ferais coucher chez Mme Mouton qui a un lit en plus, puisque M. Mouton part demain.

Je suis allée chez la modiste pour mes chapeaux, j'ai choisi une forme de capote très petite qui me sied assez bien. Elle sera en dentelle un peu écrue et dorée avec les brides blanc et or, et un bouquet de fleurs roses et boutons d'or. J'aurais bien voulu que vous soyiez avec moi ma chère Léonie, toi ou maman ou les petites sœurs, mais je m'en rapport à Mlle Huet qui a bon goût. Pour le second chapeau, j'ai choisi une petite capote (ai-je raison?) avec des nœuds de ruban rouge et noir, je l'ai trouvée tellement distinguée que j'ai été tentée; mais pour ce second chapeau il sera encore temps de changer, elle ne le commencera que la semaine prochaine.

Nous avions Henry à déjeûner samedi, dans la conversation il m'a dit qu'il avait reçu un second service à poisson, et qu'il ne pouvait demander aux personnes qui lui avaient fait ce cadeau de le changer. Il m'a dit qu'il le regrettait beaucoup, car le nôtre était bien plus beau. Mais j'ai bien vu que cela lui faisait plaisir de le changer. Je suis donc allée chez Dalibon, j'ai pris 5 ou 6 objets à 70 francs, je l'ai priée de les porter chez Mme Asseline, j'y ai joint un petit mot. Hier ces dames sont venues me remercier, elles ont choisi un service à bonbons et à petits gâteaux. Il y a tant de cadeaux qu'on ne sait plus quoi offrir.

Adieu, ma chère Léonie, je t'embrasse mille et mille fois comme je t'aime.

Ta petite sœur,

Jeanne La Néele.

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