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De sœur Marie-Dosithée à Mme Guérin, sa belle-sœur - Le 14 juillet 1867

De sœur Marie-Dosithée à Mme Guérin, sa belle-sœur.

V. + J.

 

                                                                                                 De notre Mère du Mans

                                                                                                 Le 14 juillet 1867  

 

   Chère Sœur

Votre petite lettre m'a fait bien plaisir, car sans être absolument inquiète j'étais pourtant un peu tourmentée, mais puisque vous vous portez bien, que vous êtes si heureux tout va pour le mieux.

Vous arrivez de l'exposition (Exposition universelle de Paris, au champ de Mars : 52. 000 exposants, 11 millions de visiteurs) et moi de Rome; non pas que j'y sois allée effectivement comme vous le pensez bien, mais en esprit. Mr notre Aumônier en est arrivé hier, que de merveilles ! Quelle affluence (Rome fêtait le 18e centenaire du martyre des apôtres Pierre et Paul. Des cérémonies grandioses se déroulèrent pendant douze jours consécutifs, du 20 juin au 1er juillet. Pie IX profita de cet exceptionnel rassemblement du peuple chrétien pour annoncer l'ouverture du Concile Vatican I, convoqué le 29‑6‑1868, ouvert le 8‑12‑1869). 

20. 000 Prêtres, plus de 500 évêques ou cardinaux, 250. 000 personnes, quelle vénération pour le Saint Pontife! Qu’il est bon ! il  [1 v°] paraît que rien que sa présence charme et ravit, il a un cachet de sainteté inexprimable. Quelle belle cérémonie a eu lieu le 29 juin, elle a commencé vers 7 heures et fini à 1 h 1/2, on a chanté pendant l’offertoire un morceau qui a duré une heure il était composé de trois chœurs de 500 voix chacun, les spectateurs renoncent à décrire l'effet produit, on se borne seulement à dire, « au Ciel on verra mieux ». Enfin chère sœur je renonce à vous dépeindre le bonheur de tous les heureux pèlerins qui reviennent de la ville éternelle. Nous avons une de nos jeunes sœurs qui y est allée il y a deux ans avant d'entrer ici, et quoiqu'elle ne soit pas facile à émouvoir et qu'elle soit comme moi qui ne trouve rien de beau ici-bas, elle est cependant dans un enthousiasme si grand quand elle entend parler du St Père et de Rome, qu'elle sort pour ainsi dire d'elle-même.

  [2 r°)  Je vous prie chère Céline tâchez de faire sortir un peu Isidore, il a besoin de prendre l'air et de se distraire un peu ; enfin il est vrai que je ne m'en tourmente guère, je vous sais si heureux et si bien faits l'un pour l'autre que vous ne pouvez pas manquer d'être dans la joie et le bonheur; quand encore Dieu vous enverrait des épreuves, les sentiments de piété dont vous êtes animés vous les feront supporter avec résignation.

Je serai heureuse chère Sœur de vous revoir et que vous vouliez bien accepter ce petit livre (L' « Introduction à la vie dévote », qu'elle lui a proposé précédemment) ; je suis sûre que cette lecture vous sera agréable; elle a formé beaucoup de Saints; du temps de St François de Sales beaucoup de dames pieuses y conformaient leur vie, ce qui dans peu de temps les faisait arriver à la plus haute perfection.

Je suis de votre sentiment au sujet du voyage de Zélie, elle aurait bien du mener [2, v°] une de ses petites filles avec elle cela vous aurait fait plaisir. Mon Père doit être à demeurer chez elle J'en suis bien contente il y a bien longtemps que je désirais qu'il prît le parti de demeurer chez ses enfants; à son âge il a besoin de soins, qu'une domestique n'est pas capable de lui donner; je n'en ai point eu de nouvelles depuis longtemps, je ne serais pas fâchée de savoir comment il se trouve.

Adieu bonne petite sœur le suis heureuse de toute l'affection que vous me témoignez je puis vous assurer que je n'en ai pas une moindre pour vous, vous la méritez si bien à tous égards.

Je vous embrasse de tout mon cœur

Ta Sœur affectionnée

Sr Marie Dosithée Guérin

De la Von Ste Marie

         D. S. B. 

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