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De Mme Martin à Mme Guérin CF 133 - 4 juillet 1875.

 

Lettre de Mme Martin CF 133

 

A Mme Guérin

4 juillet 1875.

J'ai reçu la semaine dernière une lettre de ma sœur du Mans me disant que mon frère tient absolument à ce que Léonie aille à Lisieux. Je ne suis pas difficile à décider car je trouve de toute justice qu'elle y vienne et, sans ses résistances? elle y serait allée depuis longtemps; enfin, je me suis prononcée et elle en a pris son parti de bon cœur [lire ici la scolarité de Léonie].

Maintenant, elle s'en fait une grande fête, on n'entend plus parler que de cela; elle me demande combien il y a de semaines avant que ses sœurs arrivent, elle dit que ces semaines‑là ne diminuent pas, qu'elle n'a jamais vu Lisieux et qu'elle est bien contente d'y aller.

Mais Céline, qui devait y venir à sa place pleurait bien fort, quand elle a su qu'elle n'irait pas, j'ai été obligée de lui promettre qu'elle viendrait aussi. Je ne puis la laisser, elle aurait trop de chagrin et je n'aurais pas de plaisir, sachant que je laisse une enfant en si grande peine.

Ainsi, ma chère soeur, nous voyez‑vous tomber à cinq chez vous ! C'est vraiment trop, mais que voulez‑vous, on est bien embarrassé avec tout ce petit monde !

Quant à Thérèse, lorsqu'elle aura cinq ou six ans, on ne pourra pas la laisser non plus, il faudra qu'elle nous accom­pagne, car je ne crois pas qu'elle sera comme Léonie à vouloir céder sa place, ni pour or, ni pour argent...

Elle est enrhumée pour l'instant et cela lui arrive assez souvent. Pour moi, je ne me porte pas très bien, j'ai un enrouement, depuis trois mois, qui n'en finit point; avec cela, je tousse un peu, mais enfin, je ne souffre pas beaucoup et c'est pourquoi je ne fais rien pour en être délivrée, dans la persuasion que toutes les drogues du monde ne servent qu'à faire patienter les gens, mais les guérir, jamais !

Cependant, j'ai là deux paquets d'herbes de Saint‑Jean, qu'une bonne femme m'a donnés, il y a huit jours. Je les ai sentis et j'en ai eu assez. La femme est revenue, hier, pour voir si sa tisane m'avait fait du bien. Je lui ai dit que oui, car j'étais presque guérie; elle m'a répondu: « Je le savais bien, que ça vous guérirait, il n'y a pas de remèdes comme ça ! »

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